A certain someone - Chapitre 4 - Un petit objectif
Fixons-nous un petit objectif
Ce fut sans doute l’examen le plus long de l’histoire.
À trente minutes de la fin, après avoir fait tournoyer son stylo deux fois autour de son index, Sheng Wang le posa sur la table. Ce n’était qu’un geste insignifiant, et pourtant, il attira une multitude de regards — curieux, compatissants, voire amusés.
À l’adolescence, les rumeurs se propageaient toujours à une vitesse fulgurante ; il n’existait aucun secret entre jeunes, et la moindre broutille devenait affaire publique.
En une nuit, tout le monde sut que le nouvel élève transféré dans la classe d’élite, la classe A, avait de graves lacunes dans ses cinq matières, et que ses notes risquaient d’être à un seul chiffre — une véritable tragédie du siècle ! Même le surveillant, pourtant professeur d’une autre classe, ne put s’empêcher de le regarder plus souvent que de raison.
À la dernière seconde, la cloche sonna. Le surveillant frappa dans ses mains : « Bon, le temps est écoulé, posez vos stylos. Oui, le garçon près de la fenêtre, première rangée, arrête d’écrire. Vous êtes tous en classe A ici, ces dix ou vingt secondes sont-elles si importantes ? Laissez un peu de chance aux autres classes. »
Des rires étouffés s’élevèrent. L’élève visé lâcha son stylo, le visage rougissant, et essuya la sueur de ses paumes.
L’élève derrière lui lui donna un léger coup de pied aux fesses en plaisantant : « Pourquoi es-tu si nerveux ? Ce n’est que la dernière question. Le nouveau est encore plus calme que toi. »
Tous les regards se tournèrent de nouveau vers Sheng Wang.
Ce genre de plaisanterie n’était ni vraiment de bon goût ni franchement déplacé. Mais, parce qu’il était un étranger, ces paroles le plaçaient inconsciemment à l’écart du groupe. C’était le passage presque inévitable de tout élève transféré. Sheng Wang y était habitué et entra même dans le jeu avec un sourire : « C’est vrai. »
Personne ne s’attendait à cette réponse, et tous restèrent un instant interdits.
« Ne bavardez pas. Le dernier élève de chaque rangée, ramassez les copies de l’arrière vers l’avant. »
À ces mots, un concert de chaises raclant le sol retentit.
Jiang Tian prit sa copie et se leva. Du bout des doigts, il tapota la table de Sheng Wang avec un « toc », lui indiquant de remettre la sienne.
Sheng Wang lui lança un regard. Au moment où il allait lui fourrer la copie dans la main, Gao Tianyang se retourna dans le désordre ambiant et demanda : « Alors, ça a été ? »
« À peu près », répondit Sheng Wang.
« Waouh, tu arrives encore à sourire. » Gao Tianyang leva le pouce. « Ta force mentale est impressionnante. Si j’étais à ta place, je me serais déjà effondré. »
Sortir du sujet n’était rien — au moins, le stylo continuait de bouger. La vraie torture, c’était de rester deux heures à ne rien comprendre.
Quelques élèves se retournèrent pour jeter un coup d’œil et voir à quel point la copie de Sheng Wang était vide. La curiosité était naturelle, et Gao Tianyang n’y échappait pas non plus.
Mais personne n’y parvint, car un certain élève au visage impassible leur barra le passage.
Avant même qu’ils ne puissent apercevoir quoi que ce soit, Jiang Tian avait déjà pris la copie. Alors que Sheng Wang s’apprêtait à parler, sa main se retrouva soudain vide. Lorsqu’il leva les yeux, Jiang Tian frappait déjà sur le bureau de Gao Tianyang.
« Prends-la, prends-la, prends-la. » Gao Tianyang se ratatina et rendit sa copie d’un air abattu.
Il avait enfin terminé une épreuve.
Sheng Wang étira les bras et se redressa, puis se leva avec sa tasse.
« Que fais-tu, élève ? » demanda le surveillant, perplexe.
Sheng Wang l’était encore plus : « Je vais chercher de l’eau au fond ? »
Après avoir parlé, il balaya la salle du regard. Il réalisa soudain que tout le monde restait assis à sa place — il était le seul à vouloir faire une pause.
Le surveillant posa les copies ramassées à gauche du bureau, puis prit le paquet à droite et déclara :
« Ce n’est pas fini, il y a encore une épreuve. Vous avez oublié ? »
Hein ?
Sheng Wang s’affaissa sur sa chaise. Le surveillant ouvrit le paquet et distribua une nouvelle série de sujets.
Gao Tianyang se pencha en arrière jusqu’à toucher son bureau et dit : « Ah oui, c’est vrai, tu ne savais pas ? On a deux épreuves de maths. Le sujet principal d’abord, récupéré après deux heures, puis une épreuve supplémentaire d’une demi-heure. Et bien sûr, le sujet principal est distribué cinq minutes avant le début officiel. »
N’obtenant aucune réponse, il se retourna et vit Sheng Wang affalé sur sa chaise, la tête penchée, l’air complètement abattu.
« Dis-moi juste une chose : combien valent les maths chez vous ? » Le ton de Sheng Wang montrait qu’il avait perdu toute envie de vivre.
« Pour les filières scientifiques, 200 points. Le total du gaokao (NT: examen national d’entrée à l’université en Chine) est de 480 points. Tu ferais bien de prendre ça à cœur. »
« …… »
Après être resté quelques secondes à fixer le vide, quelqu’un posa un doigt sur le sommet de sa tête.
La voix de Jiang Tian retentit derrière lui : « Lève-toi de mon bureau. Prends ta copie. »
Être touché ainsi sur la tête était étrange. Les cheveux de Sheng Wang se dressèrent ; il se redressa brusquement, comme un cadavre sortant de sa tombe. Il prit sa copie et passa la dernière feuille derrière lui.
Grâce au « monstre des maths » qui lui avait préparé le terrain, les épreuves suivantes lui semblèrent moins écrasantes. En un clin d’œil, il était déjà neuf heures du soir.
« Jiang Tian, le professeur Wu veut te voir au bureau. » Une fille assise près de la fenêtre transmit le message après la collecte des copies.
Sheng Wang se retourna et vit la « peste » sur le point de partir rapidement, puis froncer les sourcils en entendant cela : « Maintenant ? »
« Oui. Il est venu dès que la cloche a sonné et a dit ça. » Elle montra le coin de la fenêtre. « Il veut que tu viennes dès que tu as fini. »
Jiang Tian avait l’air pressé. Manifestement contrarié, il attrapa son sac et partit.
L’école disposait de bus de nuit pour ramener les élèves en ville ; il suffisait de présenter sa carte. Les horaires étaient ajustés selon les heures de fin des classes de première et de terminale ; les jours d’examen comme celui-ci, les bus partaient à 21 h 20, laissant le temps aux élèves de ranger leurs affaires et de rejoindre le parking.
« Je prends le bus scolaire. Et toi ? » demanda Gao Tianyang.
Sheng Wang remplissait sa tasse au fond de la classe : « J’attends quelqu’un. »
« D’accord, à demain alors. » Gao Tianyang partit avec son sac.
Mais à peine avait-il franchi la porte qu’il revint aussitôt : « Frère, va au bureau d’en face. Lao He te cherche, je les ai croisés en sortant. »
« Quel “lao He” ? » demanda Sheng Wang en prenant une gorgée d’eau.
« Le professeur principal, sinon qui d’autre ? » répondit Gao Tianyang. « Ah, c’est vrai, tu n’as pas vraiment eu l’occasion de le rencontrer depuis ton arrivée. Il s’est passé quelque chose : il n’était pas à l’école hier, et aujourd’hui il a été envoyé surveiller dans une autre classe. J’imagine qu’il est enfin libre maintenant. »
Gao Tianyang partit aussitôt après avoir transmis le message. Sheng Wang posa sa tasse, envoya un message vocal à l’oncle Chen, qui devait venir le chercher, puis se dirigea vers le bureau.
Il y avait un grand bureau pour les élèves de deuxième année, où se trouvait l’ensemble du corps enseignant principal, car un professeur n’enseignait généralement pas à une seule classe — à l’exception de la classe A. Big Mouth Xu lui avait déjà montré le chemin : les enseignants des matières principales de la classe A n’acceptaient aucune autre classe, et disposaient donc de leur propre bureau, à cinq, rien que pour eux.
Sheng Wang avança le long du couloir.
Le bloc Mingli constituait le territoire des élèves de deuxième année à Fuzhong ; il comptait quatre étages, avec plusieurs classes à chaque niveau, à l’exception du dernier.
Le dernier étage ne comprenait que la classe A, le bureau des professeurs de la classe A, des toilettes et deux pièces mystérieuses.
Aucune indication ne figurait devant ces pièces, et elles restaient verrouillées depuis deux jours. Sheng Wang ne pouvait donc pas deviner à quoi elles servaient.
Alors qu’il approchait du bureau, il remarqua la présence de quelqu’un dans le couloir. Les lumières n’étaient pas allumées près des deux pièces mystérieuses ; une bande d’ombre recouvrait l’entrée, et deux personnes se tenaient là, discutant, adossées à la balustrade.
Un simple regard lui suffit pour reconnaître Jiang Tian de dos ; l’autre ne pouvait être que le professeur Wu.
Sheng Wang n’avait pas l’habitude de se mêler des affaires d’autrui, mais étant si proche, il ne put s’empêcher de capter quelques bribes.
« Bien sûr, c’est ainsi que nous procéderons pour les examens. J’appellerai le doyen Xu demain », disait le professeur Wu.
« Mm », répondit simplement Jiang Tian.
« Et ton père— »
Jiang Tian l’interrompit aussitôt : « Cela n’a rien à voir avec lui. »
Sa voix devint brusquement glaciale, empreinte d’un rejet difficile à décrire. Même Sheng Wang, qui n’avait déjà pas une bonne opinion de lui, ne l’avait jamais entendu parler sur un ton aussi dur.
Le professeur Wu se tut et lui tapota l’épaule.
« Y a-t-il autre chose, professeur ? » demanda Jiang Tian.
« Non, rien de plus que ce que nous venons de dire. »
« Alors j’y vais. »
Il s’apprêtait à se retourner pour partir lorsqu’il croisa le regard de Sheng Wang. À cet instant, Sheng Wang ressentit une pointe rare et subtile de culpabilité.
Après réflexion, il était évident qu’une telle conversation n’était pas destinée à être entendue.
Sheng Wang déclara presque aussitôt : « Lao He m'a demandé de venir à son bureau. . »
Les pupilles sombres de Jiang Tian se posèrent sur lui, sans laisser transparaître la moindre réaction. Il resta immobile quelques secondes, puis se mit en mouvement sans expression. En passant devant Sheng Wang, il baissa légèrement la tête, posa une main sur son épaule et dit d’un ton indifférent :
« Le professeur He a à peine trente ans. On n’en est pas encore au point de l’appeler “lao He”. »
Puis il partit sans se retourner.
Sheng Wang resta un moment sur place ; lorsqu’il se retourna, le couloir était déjà vide. Il lâcha un « tsk » intérieur, puis entra dans le bureau.
Le bureau du professeur principal se trouvait juste à l’entrée ; une plaque sur la table portait le nom « He Jin ».
Comme Jiang Tian l’avait souligné, la professeure principale semblait à peine avoir trente ans. Son visage était ovale et elle portait une paire de lunettes ; sa peau était très pâle et ses cheveux bouclés lui tombaient sur les épaules. Avec un minimum d’effort, elle aurait pu être très élégante. Son seul défaut était sa maigreur, qui lui donnait un air légèrement maladif.
En effet, le professeur He était une femme, chargée d’enseigner la physique à la classe A. (NT : il / elle se prononcent de la même façon à l’oral en chinois d’ou la confusion de Sheng Wang)
Se rappelant sa maladresse avec « lao He », Sheng Wang se frotta le nez du bout de l’index. Tout cela était la faute de cet idiot de Gao Tianyang, qui appelait sérieusement un professeur comme elle « lao He » — à quoi pensait-il donc ?
« Vous êtes là ? » demanda He Jin, les yeux élargis derrière ses lunettes, avec douceur et bienveillance.
Sheng Wang lui rendit son sourire : « Le professeur a-t-il besoin de moi ? »
« Pas vraiment. Je n’étais pas à l’école hier pour accueillir le nouvel élève, et je m’en veux un peu. Et puis, il y a aussi la question de ton avancement scolaire. »
Elle désigna derrière elle d’un léger mouvement du menton : « Nous avons déjà discuté avec le doyen Xu. Tu as un semestre de retard dans chaque matière. C’est de ma faute si je n’étais pas là hier; sinon, j’aurais pu t’aider à faire une demande et tu n’aurais pas eu à te forcer pour le test hebdomadaire d’aujourd’hui. »
Sheng Wang sourit en apparence, mais intérieurement il cracha du sang, se disant : pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt !
He Jin perçut l’agitation derrière son sourire ; amusée, elle poursuivit : « Ça a été un peu difficile de tenir plus de dix heures aujourd’hui, n’est-ce pas ? »
Sheng Wang répondit avec modestie : « Oui et pas qu’un peu. »
Les autres enseignants rirent également, y compris le professeur Wu : « Ce n’est pas grave, nous connaissons ta situation. Nous ne prendrons pas tes résultats au sérieux cette fois. Cinq ou dix points, c’est normal, ne te mets pas la pression. »
« Attendez, pour le chinois ce serait un peu exagéré, non ? »
« Et pour l’anglais aussi. »
Les professeurs plaisantèrent bruyamment, et l’atmosphère du bureau s’allégea. He Jin jeta un coup d’œil à Sheng Wang, comme pour vérifier s’il était nerveux ; elle conclut finalement que cet élève était remarquablement imperturbable.
Elle décida alors d’aller droit au but : « Nous ne prendrons pas tes résultats au sérieux cette fois-ci, mais l’écart de progression est réel, et important. Le programme de la classe A avance très vite ; nous devons terminer tout le contenu du lycée durant la première moitié du semestre et ne pouvons pas nous arrêter pour t’attendre. Par conséquent… tu devras probablement trouver une solution par toi-même pour rattraper ton retard, tout en suivant les cours actuels. »
He Jin poursuivit : « Faites bon usage de votre temps libre. Vous rencontrerez certainement des difficultés, mais serrez les dents et cela passera. Pendant les vacances d’été, vous aurez beaucoup plus de temps libre ; notre étude personnelle du soir ne durera que jusqu’à vingt heures, et la veille des examens, il n’y aura même pas d’étude du soir — nous vous accorderons des “jours fériés”. »
C’était la première fois que Sheng Wang entendait une pause être appelée ainsi ; il laissa échapper un rire sec.
Les autres professeurs rirent à leur tour. He Jin lui fit un signe de la main et dit : « Ne riez pas pour rien. Bien, passons aux choses sérieuses. Cette fois-ci, nous ne prendrons pas vos résultats au sérieux, mais la semaine prochaine il y aura un autre test hebdomadaire. Puis-je espérer voir des progrès de votre part ? »
« Bien sûr. »
He Jin échangea un regard avec les autres enseignants, puis déclara : « Nous avons estimé approximativement ce que vous pourriez rattraper en une semaine. Fixons-nous un petit objectif. »
Sheng Wang répondit franchement : « D’accord, combien ? »
« Le total pour la physique et la chimie est de cent vingt points ; nous espérons que vous pourrez atteindre plus de cinquante après une semaine. Pour les mathématiques, hors question supplémentaire, le total est de cent soixante points ; vous devriez viser soixante-dix. Pour la langue et l’anglais, nous ne fixerons rien — nous verrons comment cela évolue. »
Alors qu’elle parlait, He Jin remarqua que l’expression du nouvel élève était quelque peu étrange et demanda : « Ça va ? Est-ce un peu trop difficile ? »
« Non. »
« Alors, qu’y a-t-il ? »
Sheng Wang laissa échapper un « hm » et répondit : « Rien, gardons cet objectif pour l’instant. »
Les enseignants restèrent un instant déconcertés.
Le lendemain soir, lors de l’étude personnelle et de la correction des tests hebdomadaires, le nouvel élève, qui avait reçu le matériel pédagogique la veille seulement, obtint les résultats suivants : 62 en chimie, 68 en physique, 83 en mathématiques, et ses notes en langue et en anglais dépassèrent largement la moyenne de la classe A.
Traduction: Darkia1030
Correction: Religieuse Aucafé
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