A certain someone - Chapitre 14 - Alibi

 

Jiang Tian : Je rentrerai à la maison tard ce soir.

 

La pluie était si forte que la moitié du couloir était mouillée. Les étudiants qui flânaient à l’extérieur disparurent instantanément et retournèrent tous à leur place. Seul Sheng Wang voulut sortir prendre une bouffée d’air frais.

Il resta assis, se sentant comme un singe fraîchement importé dans un zoo. Les touristes affluaient de toutes parts autour de lui et l’encerclaient étroitement.

Gao Tianyang était le guide touristique. « Il y a 150 questions, êtes vous encore humains ? »

Il s’assit à sa propre table. Sa voix semblait automatiquement équipée d’un haut-parleur et était suffisamment forte pour que toute la classe l’entende.

Le groupe de ceux qui avaient indirectement copié ses devoirs se trouvait au premier rang et ses membres le rejoignirent un à un. « Sérieusement, ne parlons même pas de toutes les bonnes réponses. Je serai déjà content si je me trompe à moins de dix questions, vraiment. »

« Dix mauvaises réponses, c’est déjà trop pour moi. Vingt, oui. Je serai ravi si j’ai moins de vingt erreurs sur cent vingt. »

« Quelle ambition ! »

« Le règne cruel de l’anglais a fait souffrir le peuple pendant trop longtemps. Dès que le gaokao (NT : examen national chinois d’entrée à l’université) supprimera l’anglais, Tsinghua et l’Université de Pékin se battront toutes les deux pour m’avoir ! »

« Bah ! Va faire ton rêve de printemps et d’automne (NT : expression désignant un rêve irréaliste ou une ambition démesurée) ! »

Chacun dans ce groupe était plus éhonté que l’autre et ils se vantaient à un point tel que le représentant de l’étude, Song Sirui, ne put plus supporter de les écouter. Il écarta la foule, se glissa à l’intérieur et commença à repousser les gens. Après les avoir éloignés, il dit à Sheng Wang : « Wang (NT : litt. roi), discutons de quelque chose. »

Sheng Wang éternua deux fois de suite. Il prit un morceau de tissu et demanda d’un air perplexe : « Pourquoi me maudis-tu ? »

Song Sirui fut déconcerté par ses paroles et répondit comme s’il ne savait pas s’il devait rire ou pleurer : « Non, le jour de ton arrivée, j'ai dit que Xu avait déniché le beau gosse du lycée. Quand j’appelle quelqu’un, je n’utilise habituellement qu’un seul caractère, alors je t’ai appelé comme ça sur un coup de tête. »

Sheng Wang eut deux rires secs. « Ta façon de penser est assez unique. Peux-tu la changer ? »

Song Sirui répondit : « Bien sûr. Alors ce sera Sheng. »

« Je t'appellerai aussi "Rein" » (NT: rein : shèn ), lança Gao Tianyang en le giflant, puis, avec un sourire malicieux, ajouta : « Tu peux m'appeler "Wang" alors.

« Va te faire voir, espèce de chien !. » Après avoir maudit Gao Tianyang, Song Sirui regarda tristement Sheng Wang. « Pourquoi ton nom est-il comme ça ? »

Sheng Wang fut amusé. « Je suis vraiment désolé, mais il est trop tard maintenant. Tu devras faire avec. »

« Sheng-ge, Sheng-ge devrait aller, non ? » déclara Song Sirui.

Sheng Wang était en train de boire de l’eau, sa tasse à la main. Lorsqu’il entendit cela, il sourit. « Si tu continues comme ça, je vais finir par devenir arrogant. »

« Première règle de la classe A : celui qui a de bonnes notes devient Ge, nous ne nous soucions pas d’où tu viens. » Song Sirui désigna un point derrière Sheng Wang de façon désinvolte. « Tout comme celui qui est derrière toi : tout le monde l’appelle Ge. »

Sheng Wang était appuyé contre son dossier. Il continua à boire son eau, mais son regard se tourna machinalement.

Du coin de l'œil, il aperçut le bureau, aussi vide que possible, du moins d’après ce qu’il pouvait apercevoir. Jiang Tian était parti Dieu savait où. Vingt minutes s’étaient déjà écoulées depuis le début de la longue pause et il avait été introuvable dès le départ.

Song Sirui l’appela Ge à quelques reprises, puis continua à discourir avec véhémence : « La prochaine fois, peux-tu ne pas donner ton papier à des gens comme Gao Tianyang ? Notre professeur principal l’a déjà dit. Il m’a demandé de garder un œil sur tout le monde et de mettre fin à la mauvaise habitude générale de copier les devoirs. Chaque fois que j’en attrape un, je dois le signaler. »

« Alors, as-tu fait le signalement ? » Le rire de Gao Tianyang était particulièrement misérable.

« J’ai tout noté et je ferai mon rapport chaque trimestre. Attendez. »

Song Sirui n’était pas grand ; dans n’importe quelle classe, il aurait été placé au premier rang. Lorsqu’il retroussait ses manches et réprimandait les gens, il ressemblait particulièrement à un caniche de concours. Les élèves de la classe A aimaient le taquiner. Lui-même ne prenait pas vraiment de grands airs et ne donnait jamais suite à ses menaces de dénoncer quelqu’un.

Il harcela Sheng Wang pendant une bonne demi-journée, pour finalement n’entendre l’autre ne répondre que par des « mm, mm », avant de revenir à lui-même et de demander : « Qu’est-ce que tu viens de dire ? »

« … »

Song Sirui eut presque envie de sauter du haut du bâtiment.

« Sheng-ge, est-ce que tu te moques de moi ? » demanda-t-il, au bord de l’effondrement.

Sheng Wang détourna son regard et s’excusa sincèrement, sa tasse à la main : « Désolé, je me suis un peu égaré. »

Les fesses de Song Sirui tombèrent sur la chaise de Gao Tianyang et il poussa un long soupir. « Je ne peux plus rester au poste de représentant de l’étude. Celui qui veut le faire n’a qu’à le faire. Je démissionnerai après ce trimestre. »

Le visage de Sheng Wang était plein de remords.

Gao Tianyang le rassura : « C’est une vieille habitude, laisse-le simplement parler. »

Song Sirui faisait ce genre de déclarations impitoyables tous les quelques jours, mais lorsqu’arrivait un nouveau tour d’élections, tous les étudiants, à l’exception de lui, le choisissaient et le forçaient à conserver son poste de représentant de l’étude. Il ne pouvait même pas s’en échapper.

Gao Tianyang avait de bonnes relations avec les autres, tout comme Song Sirui. Ils amenèrent leur bande d’amis et discutèrent à côté de Sheng Wang pendant une bonne partie de la longue pause. En les écoutant, Sheng Wang se souvint des paroles de Jing-jie : la classe supérieure était à la fois simple et complexe.

D’après ce qu’il avait vu jusqu’à présent, il avait l’impression que ce groupe d’étudiants était plutôt simple.

Lorsque la longue pause fut presque terminée, tous ceux qui entouraient Sheng Wang se dispersèrent.

Il se sentait toujours étourdi et son nez était atrocement bouché. Il ne voulait ni faire des exercices ni lire. Alors, il posa simplement son front contre la table, tandis que ses deux mains restaient cachées à l’intérieur, jouant sur son téléphone à des jeux sans prise de tête.

Après deux parties, quelqu’un passa devant sa table.

Du coin de l’œil, il aperçut une paire de chaussures familière. À côté, un parapluie plié pendait, et les gouttes de pluie coulaient le long de sa pointe, formant une ligne d’eau sur le sol.

Sheng Wang contrôlait toujours le petit personnage qui parcourait son écran lorsqu’il entendit Gao Tianyang demander : « Où étais-tu, Tian-ge? Tu es quand même sorti avec une pluie pareille ? »

La paire de chaussures s’arrêta et la voix de Jiang Tian résonna à côté de lui : « Je suis allé faire un tour à l’infirmerie. »

Les mains de Sheng Wang s’immobilisèrent.

L’infirmerie ???

Il releva silencieusement la tête et vit Jiang Tian tenir un parapluie d’une main, tandis que l’autre tenait un sac en plastique portant le logo de l’infirmerie. L’ouverture du sac était extrêmement étroite et il était impossible de distinguer ce qu’il contenait.

« Pourquoi es-tu allé à l’infirmerie ? » demanda Gao Tianyang, perplexe.

Oui, pourquoi es-tu allé à l’infirmerie ?

Sheng Wang regarda du coin de l’œil le sac en plastique, tandis que des pensées parfaitement ridicules commençaient à se former dans son esprit.

On ne pouvait pas vraiment lui reprocher de penser ainsi. C’était principalement parce que Jiang Tian était plein de vitalité et certainement pas malade. De plus, ce matin même, il avait parlé de l’infirmerie avec Gao Tianyang. Avec ces deux éléments réunis, la coïncidence était honnêtement un peu trop grande.

… Ce n’est pas possible ?

Sheng Wang leva les yeux vers Jiang Tian.

Honnêtement, après avoir interagi avec lui au cours des deux derniers jours, il pouvait dire que cette personne semblait avoir un sale caractère en apparence, mais qu’elle était en réalité très douce à l’intérieur, du moins envers sa mère.

Peut-être… était-il également comme cela avec les autres ?

Sheng Wang se dit que si Jiang Tian était réellement allé acheter des médicaments, la prochaine fois que Sheng Mingyang lui demanderait de l’appeler Ge, il pourrait, à contrecœur, lui accorder cette petite faveur. Bien sûr, cela se limitait à ce seul scénario.

Peut-être s’ennuyait-il tellement parce qu’il était malade que les pensées de Sheng Wang s’étaient déchaînées dans son esprit. Alors qu’il mettait ce scénario en place, il entendit un bruissement provenant du sac en plastique. Jiang Tian laissa Gao Tianyang, qui était bien trop curieux, y jeter un coup d’œil, puis déclara : « Ma mère s’est brûlé la main ce matin, alors je suis allé chercher deux pots de pommade. »

Sheng Wang examina le contenu du sac en plastique et, comme annoncé, y aperçut deux petits pots ronds vert foncé, exactement semblables à celui que tante Sun avait appliqué sur Jiang Ou ce matin-là.

Il resta momentanément abasourdi, laissa échapper un « oh » intérieur, et le scénario qu’il avait imaginé à mi-chemin disparut sans laisser de trace.

Gao Tianyang discuta encore un peu avec Jiang Tian, mais Sheng Wang n’écouta pas vraiment.

Peu après, Jiang Tian referma l’ouverture du sac en plastique et se retourna pour regagner sa place. Au moment où il leva le pied, son regard s’inclina mystérieusement, sans que l’on sût pourquoi, et rencontra celui de Sheng Wang.

Au moment où leurs regards se croisèrent, Sheng Wang baissa les yeux.

La petite personne dans son téléphone était morte depuis longtemps. Il tapota l’écran pour la redémarrer, puis ses deux pouces glissèrent d’avant en arrière sur celui-ci.

Le ciel était d’un noir absolu à l’extérieur. Les lumières incandescentes d’un blanc froid étaient allumées dans la salle de classe et projetaient des carrés lumineux sur son téléphone. La moitié de l’écran était occupée par les sauts silencieux de la petite personne entre les falaises escarpées, tandis que l’autre moitié reflétait la silhouette de la personne à côté de lui.

Jiang Tian maintint cette position pendant deux secondes avant de retourner à sa place, derrière l’autre.

Pour le reste de la journée, Sheng Wang eut une malchance incroyable au jeu. Il mourut systématiquement dans tous les jeux sans prise de tête auxquels il joua, au point de s’énerver, d’éteindre son téléphone et de le jeter au plus profond de son sac.

L’étude du soir se termina à 20 heures. Avec l’arrivée d’un autre groupe d’élèves, la soirée devint soudain beaucoup plus animée. Le professeur principal, He Jin, entra dans la salle de classe alors que les cours touchaient à leur fin et colla à la hâte le nouvel horaire du bus scolaire. Lorsqu’elle repartit, la plupart des élèves du deuxième bloc étaient déjà partis.

Sheng Wang avait terminé de ranger ses affaires et s’apprêtait à se lever lorsque Gao Tianyang lui donna soudain une tape : « Hé, tu es libre ce soir ? »

« Je fais mes devoirs, pourquoi ? » demanda Sheng Wang.

« Autre chose que faire tes devoirs ? Rien d’autre ? »

Sheng Wang hocha la tête.

Gao Tianyang claqua des doigts : « Alors suis-moi. Le frère aîné du vieux Qi a ouvert un restaurant de barbecue à l’extérieur de la porte nord de l’école. Aujourd’hui, c’est le premier jour d’ouverture, et il prévoyait d’appeler un groupe de personnes pour mettre un peu d’ambiance. De toute façon, il n’y a pas beaucoup de devoirs ce soir. C’est tellement rare qu’on puisse se détendre un peu. Tu viens ? »

Sheng Wang n’avait en réalité aucun appétit à cause de son rhume, mais ces derniers temps, il n’était pas vraiment disposé à rentrer chez lui. Aujourd’hui avait été une journée particulièrement pénible, principalement parce qu’il ne voulait pas rencontrer Jiang Tian.

Le geste de bonne volonté de l’autre le rendit quelque peu impuissant. Il ne voulait pas se forcer à faire semblant devant les autres, et il avait déjà atteint la limite de ses efforts.

Par conséquent, il examina ses options pendant un moment, puis dit à Gao Tianyang : « Bien sûr, alors allons-y. Qui d’autre ? »

Gao Tianyang agita nonchalamment la main. Les personnes qui traînaient encore dans la classe attrapèrent toutes leur sac : « Moi, toi, le représentant de l’étude, le délégué de classe, le vieux Qi, le Singe, Big Flower… »

« Ça suffit », déclara Sheng Wang, exaspéré. « Même si tu continues, je ne pourrai pas retenir tous les noms. »

« Nous sommes environ douze ou treize, ce qui est parfait pour une grande table », déclara Gao Tianyang.

Song Sirui, qui avait correctement passé son sac à dos sur ses deux épaules, s’approcha et demanda : « Est-ce qu’on part ? »

« Nous sommes prêts », lui répondit Gao Tianyang. « Qi Jiahao et quelques autres sont allés aux toilettes. Allons-y et attendons-les là-bas. »

Sheng Wang passa son sac sur son épaule et jeta un coup d’œil à une certaine place vide, avant de demander : « Tu n’es pas assez proche de Jiang Tian ? Tu ne l’invites pas ? »

Gao Tianyang répondit : « Pas assez proche ? Nous sommes très proches. Nous sommes deux amis d’enfance. »

C’était la première fois que Sheng Wang l’entendait dire cela. « Amis d’enfance ? »

« Oui, nous vivions dans le même quartier », répondit Gao Tianyang. « Il n’a jamais participé à des activités comme celle-ci. Il a trop de choses à faire. »

En poursuivant, il haussa également un sourcil : « Mais le fait que tu aies réellement posé des questions sur lui me surprend plutôt. »

« Surpris de quoi ? »

« Vous n’avez bavardé tous les deux que le premier jour de ton arrivée, non ? Pendant ces deux jours, à part le moment où vous avez été obligés de partager le même devoir, je ne vous ai pratiquement pas vus vous parler. Je pensais que tu ne le connaissais absolument pas et que tu souhaitais plus que tout qu’il ne vienne pas. »

Sheng Wang hocha la tête : « Nous ne sommes effectivement pas familiers. »

À part le fait de devoir franchir la même porte tous les soirs, ils ne se connaissaient vraiment pas.

Tout en discutant avec Gao Tianyang, il alluma également son téléphone. Au moment où l’écran se déverrouilla, plusieurs notifications arrivèrent sur WeChat. Gao Tianyang n’y prêta pas particulièrement attention, leva la tête et demanda : « Veux-tu d’abord prévenir ta famille ? »

Sheng Wang pinça les lèvres. Il n’avait jamais eu à prévenir sa famille ; il lui suffisait d’informer le chauffeur, l’oncle Xiao-Chen.

Au moment où il ouvrit WeChat et s’apprêtait à chercher Xiao-Chen, il aperçut un point rouge sur la conversation située tout en haut de la liste, indiquant qu’un nouveau message était arrivé. Le nom affiché était celui de Jiang Tian.

Sheng Wang l’ouvrit sans réfléchir et découvrit finalement que Jiang Tian lui avait envoyé deux messages avant la fin de l’étude du soir.

Jiang Tian : « Je rentrerai tard ce soir. »

Jiang Tian : « S’il y a des questions, dis simplement que c’est un travail supplémentaire pour les Olympiades. »

C’était précisément l’heure où la fête allait commencer. Félicitations ! Certains ont finalement compris qu'ils devaient coordonner leurs versions au préalable, et pourtant Gao Tianyang, qui se trouvait à côté de lui, était déjà mort de peur.

 

Traduction: Darkia1030

Correction: Religieuse Aucafé

 

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