Buddha - Chapitre 32 – Jamais aimé.
« Aucune autre raison ? »
La dernière syllabe de You Shulang tomba, calme et mesurée, sans révéler la moindre émotion.
Lu Zhen se sentait coupable, et cette culpabilité l’avait rendu mal à l’aise. Les mots de rupture qu’il avait préparés et répétés toute la nuit précédente sortaient maintenant avec difficulté, décousus et incomplets.
« Tu es quelqu’un de formidable. C’est moi qui ne suis pas assez bien pour toi. »
Cette seule phrase faillit briser le calme du visage de You Shulang. L’ombre sous l’arc de ses sourcils s’approfondit. Il sortit une cigarette, mais se contenta de la tenir entre ses doigts, la faisant lentement rouler.
Le jeune homme en face de lui gardait la tête baissée ; You Shulang ne pouvait voir que le sommet de son crâne. Il avait autrefois aimé ces cheveux doux et fins — ils semblaient porter en eux une gentillesse silencieuse qui se prolongeait jusqu’à leurs pointes, et lorsqu’il y passait les doigts, il avait l’impression que son cœur se laissait pénétrer par une douce pluie printanière.
À présent, ces mèches brillaient encore doucement sous la lumière du soleil, voilant les yeux et les sourcils du jeune homme, ne laissant entrevoir que son menton.
Ses lèvres étaient serrées, et ses doigts tripotaient les trous volontairement déchirés de son jean. On était déjà en fin d’automne, et pourtant Lu Zhen, élégant et beau, ne portait toujours qu’un simple pantalon. Ses ongles s’enfonçaient dans les bords effilochés du tissu, laissant de légères marques rouges sur sa propre peau.
« Laisse tomber. » Le cœur de You Shulang s’adoucit.
Une couronne étincelante sur l’étagère, des articles coûteux dans l’armoire, des excuses grossières, des contradictions dans ses explications, des emplois du temps qui ne coïncidaient plus…
Il ne poserait plus de questions.
Puisque Lu Zhen avait déjà décidé de le quitter, et avait même préparé suffisamment de prétextes pour dissoudre leur relation vouée à l’échec, pourquoi You Shulang l'humilierait-il davantage en l'accusant de quelque chose ?
La cigarette fut portée à ses lèvres et allumée.
À travers le voile de fumée blanche qui s’élevait en spirale, You Shulang posa une dernière question : « As-tu bien réfléchi, Lu Zhen ? »
Lu Zhen releva enfin la tête et croisa son regard. Ses doigts se crispèrent lentement, froissant le tissu de son jean. Le rouge au bord de ses yeux s’intensifia. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, mais chaque fois, il renonça.
Finalement, un éclat vif se refléta dans ses pupilles — c’était la lueur de la couronne posée au sommet de l’étagère. Serrant les dents, Lu Zhen parla, articulant chaque mot un à un : «J’y ai bien réfléchi. »
Un silence s’installa entre eux.
En dehors du mince filet de fumée blanche qui montait lentement, il semblait qu’il ne restait plus rien de vivant dans la pièce.
Après avoir terminé sa cigarette, You Shulang écrasa le mégot dans le cendrier. Il se leva et déclara : « Je m’en vais. Prends bien soin de toi, à partir de maintenant. »
Il marcha d’un pas ferme, sans laisser paraître la moindre hésitation. Juste au moment où ses doigts touchèrent la poignée de la porte d’entrée, une voix l’appela derrière lui : « You Shulang ! »
Avant même que l’écho de son nom ne se dissipe, Lu Zhen se précipita soudain en avant et se jeta dans ses bras, l’enlaçant étroitement à la taille, pleurant comme un enfant profondément lésé.
Ses larmes étaient brûlantes et incontrôlables ; elles traversèrent la chemise et semblèrent ébouillanter la peau en dessous. Les mains de You Shulang restèrent pendantes le long de son corps — il ne rendit pas l’étreinte, comme il l’avait fait autrefois.
« Tu ne te soucies plus de moi.. »
Au milieu de ses sanglots, Lu Zhen sentit la pression douce mais ferme des mains de You Shulang qui le repoussaient. L’homme baissa les yeux pour croiser son regard : « Ne pleure pas. En réalité, tu es quelqu’un de courageux. Tu arrives à affronter tes propres sentiments..»
Sa paume ébouriffa une dernière fois les cheveux du jeune homme. « Vis bien. Ton environnement de travail est compliqué, alors sois prudent et protège-toi. Et ne te laisse pas léser d’aucune manière. »
Après ces ultimes recommandations, You Shulang se tourna pour partir, mais Lu Zhen le retint encore une fois. L’éclat humide de ses yeux se heurta de plein fouet au regard de l’homme, sans la moindre tentative de dissimulation.
« You Shulang, m’as-tu déjà aimé ? » Il n’y avait plus de tendresse dans la voix de Lu Zhen, seulement une pointe de reproche.
Le grand homme resta silencieux un instant. Pour la première fois, une froideur légère apparut dans son regard habituellement calme et posé.
« Ne l’as-tu pas senti ? » répondit-il à son tour.
« Les soins attentifs, l’inquiétude constante pour ma santé, le fait de veiller à chacun de mes besoins, de me soutenir sans condition ? » Le jeune homme laissa échapper un léger rire moqueur. « You Shulang, penses-tu vraiment que l’amour se résume à cela ? »
Voyant les sourcils de l’homme se froncer lentement, le ton de Lu Zhen devint presque accusateur : « Oui, tu as bien agi avec moi. Tu étais un petit ami parfait, irréprochable aux yeux de tous. Tout ce que je disais, tu l’acceptais. Tout ce que je faisais, tu me suivais — même quand c’était quelque chose que tu n’aimais manifestement pas. »
« Mais en dehors de tout cela, je ne te sentais pas ! Je ne sentais pas ton vrai toi ! Tu ne me parlais jamais de ton travail. Je sais que je n’y aurais peut-être rien compris, mais je voulais quand même faire partie de chaque aspect de ta vie. Et toi, tu n’étais pas non plus intéressé par ce que je te racontais. Même si tu écoutais avec attention, je pouvais foutrement sentir que ça ne te plaisait pas ! »
« Et plus encore, je n’ai jamais pu entrer dans ton monde. Dans les silences, quand tu fumais, quand tu souriais, même après que nous ayons fait l’amour — je sentais ta solitude. Même quand j’étais là, juste à côté de toi, à te serrer dans mes bras, tu étais toujours seul. Ton cœur est fermé trop hermétiquement. Ou peut-être n’as-tu jamais eu l’intention de m’y laisser entrer ! La distance entre nous est trop grande — si grande que, peu importe mes efforts, je ne pouvais jamais m’en approcher ! Sais-tu à quel point c’est écrasant ? Ce genre d’impuissance… c’est absolument dévastateur. »
Lu Zhen essuya une larme et prononça son verdict final : « You Shulang, tu ne m’as jamais aimé. »
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Note de l’auteur :
Chapitre de transition. J’aime consacrer tout un chapitre à une seule scène émotionnelle ; celui-ci est donc un peu court.
Traduction: Darkia1030
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