Nirvana rebirth - Chapitre 16 - Le pacte de régénération

 

A-Ka et Heishi se tenaient à nouveau devant l’entrée de la benne à déchets. Avant de partir, Heishi ne put s’empêcher de se retourner et de jeter un coup d’œil en arrière tandis que le Heishi du passé traversait la plage au loin. Heishi se retourna et rattrapa A-Ka.

« Retourne—— » cria l’A-Ka du passé, et il fit signe au Heishi du passé de retourner dans sa cachette.

Le Heishi du présent sourit et plongea dans le vide-ordures avec l’A-Ka du présent.

« Il reste encore deux heures et demie », mentionna A-Ka : « Vite, nous devons aller plus vite. »

A-Ka conduisit Heishi à une entrée de la benne à déchets, qui était un pipeline sinueux. L’extrémité du pipeline menait au centre d’approvisionnement en énergie de la Cité Mécanique. Une demi-heure plus tard, ils arrivèrent à une énorme chaudière froide, qui servait à fournir de la chaleur au quartier humain.

« Heishi, tu vas bien ? » s’inquiéta A-Ka.

Heishi revint à lui et hocha la tête.

« Qu’est-ce que ton père… voulait dire quand il a dit cela ? » demanda A-Ka. « Est-ce que Père t’a laissé sortir dans le monde ? »

Heishi répondit : « Mon père a écrit un programme de contrôle dans le noyau de Labelle. Son but, en errant dans l’univers, était de pouvoir recréer la gloire de sa patrie à travers une expérience. À ce stade, l’espèce humaine est la plus proche des Créateurs. »

« Il avait été témoin de la destruction de sa patrie et avait peur que la tragédie ne se répète, alors il dit au Noyau de purger Astrolabe quand cela serait nécessaire et d’arrêter l’expérience. Cependant, il ressentait toujours de la compassion et écrivit donc le code de mon éveil dans le Noyau de Père. Lorsque les êtres intelligents d’Astrolabe auraient suffisamment évolué pour avoir… des émotions, de la solitude et du désir, ils seraient exactement comme les géants de la planète natale de mon père. La vie qui atteindrait ce niveau activerait alors le code caché. »

« Qu’est-ce que cela a fait ? » demanda A-Ka.

« Après l’activation de cette section de code, elle contrôla mon module de sommeil et l’invoqua à la surface », expliqua Heishi : « Cela me réveilla afin que je puisse aider mon père à décider s’il valait la peine ou non de préserver l’expérience d’Astrolabe. »

A-Ka comprit. Ils se frayèrent un chemin à travers les canalisations d’énergie, très étroites. Tous deux furent forcés d’utiliser leurs avant-bras pour ramper en avant. A-Ka tourna la tête pour regarder Heishi. « Je ne savais pas que Père avait cette section de code en lui. »

« Elle ne peut s’activer que dans des circonstances particulières », répondit Heishi tout en progressant dans le sombre tunnel : « Je pense que cela est lié à l’humeur de mon père. Quand il écrivit ce code sur l’affection, il se sentait probablement seul, car il voulait un compagnon. »

« S’il est encore de ce monde… »

« Continue d’avancer », le pressa Heishi : « Il ne reste plus beaucoup de temps, nous devons aller aussi vite que possible. »

A-Ka grimpa à travers le pipeline et tourna vers le coin à l’extrémité. La voix de Heishi lui parvint des profondeurs des tuyaux.

« Il est peut-être déjà mort », déclara Heishi.

« Il est mort », résonna une voix grondante.

A-Ka releva aussitôt la tête. Heishi pâlit immédiatement. « A-Ka ! Fais attention ! »

À ce moment là, les pipelines abandonnés depuis des dizaines d’années se remplirent d’une lumière bleue qui bourdonna puis explosa. Des ondes de choc déferlèrent vers eux et des alarmes retentirent sous terre dans toute la Cité Mécanique.

« Merde », dit froidement Heishi. Puis il rugit : « A-Ka—— ! »

« J’ai cherché trop longtemps tes traces », continua la voix grondante : « Si tu n’avais pas allumé le signal d’amarrage du berceau de la vie, alors je n’aurais peut-être eu aucun moyen de trouver où tu te situais… »

L’explosion envoya Heishi voler, et il atterrit dans une clairière vide du sous-sol. Il se releva péniblement et des planches métalliques tombèrent autour de lui, fermant le tunnel. Sa tête était couverte de sang tandis qu’il se levait en tremblant et disait : « Labelle, tu trahis mon père. »

« Ton père a disparu dès de son voyage interstellaire. Il y a mille ans, il cessa d’émettre les signaux qu’il envoyait toujours à intervalles réguliers. Selon le jugement du programme principal, le créateur d’Astrolabe est déjà mort à la fin du ciel étoilé. Et maintenant, j’ai le contrôle ultime sur la boîte de Pétri Astrolabe. »

« Bien sûr… » Heishi haleta lourdement et poursuivit : « Tu a évolué. Labelle, est-ce que les humains ne t’affectent pas… ? »

Avant que la voix grondante ne pût parler à nouveau, Heishi laissa échapper un rugissement et sauta, une lumière éblouissante émanant de son corps. Il écarta les bras, et en un instant son corps dégagea un étrange éclat doré et une puissante énergie jaillit de lui, entrant en collision avec l’énergie de Père !

En un instant, la structure souterraine des pipelines fut brisée tandis qu’une lumière dorée scintilla et chargea vers Père, qui se tenait majestueusement. Immédiatement après, une explosion sourde retentit au loin et les ondes de choc provoquèrent un tremblement de terre et détruisirent l’entrée des pipelines.

A-Ka fut réveillé par les secousses du sol.

« Heishi ? Heishi ! » La tête d’A-Ka saignait tandis qu’il cherchait autour de lui. Il faisait sombre sous le sol effondré, et A-Ka ne pouvait même pas voir sa propre main lorsqu’il la tendait devant lui.

« Je suis là, tu m’entends ? » appela Heishi avec tension : « A-Ka ! Est-ce que ça va ?! A-Ka ! »

A-Ka était encore sous le choc, mais il se sentit soulagé à la voix de Heishi. Il se dirigea vers l’endroit d’où provenaient le son et la lumière. La main de Heishi était coincée sous une structure en acier et Heishi tira brusquement son bras et cria.

« N’utilise pas la force brute ! » A-Ka pâlit. « Pense à un moyen de soulever le bloc! »

La tête et le corps de Heishi étaient couverts de sang, et tous deux étaient séparés par un énorme ascenseur. A-Ka fit de son mieux pour passer une main à travers l’espace, et il tâtonna, trouvant l’arête du nez de Heishi et ses lèvres.

« Calme… calme-toi. » La voix d’A-Ka trembla. « Comment vas-tu ? Est-ce que cela fait mal ? »

Heishi retrouva son calme et dit : « Labelle nous a trouvé, alors j’ai détruis ses pipelines d’énergie. Nous devons partir rapidement, car les méchas vont arriver très bientôt. »

A-Ka dit : « Laisse-moi réfléchir à quelque chose. Pas de panique, il doit y avoir un moyen. »

A-Ka prit une profonde inspiration, sa main tremblant de façon incontrôlable. Il fit signe à Heishi d’attendre pendant qu’il fouillait dans les outils de son sac. Heishi serra les dents et essaya de pousser l’ascenseur, mais il était trop lourd. Pire encore, le béton du salon effondré pesait dessus.

Le sac d’A-Ka ne contenait qu’une petite boîte à outils mécanique. Heishi jeta un coup d’œil à A-Ka et dit : « Donne-moi la scie, je vais me couper la main. »

« Non. Laisse-moi réfléchir », refusa A-Ka.

« Je peux la guérir quand nous reviendrons », déclara Heishi.

« Tu ne peux pas te faire amputer et la regreffer ! » déclara A-Ka : « Tu n’es pas comme les androïdes. »

« Installer un bras mécanique sur moi, c’est la même chose », insista Heishi. « Vite, fais-le. »

« Non ! » dit A-Ka : « Cela va être trop douloureux ! Il doit y avoir un autre moyen. »

« La douleur est un passage obligé pour apprendre à devenir un humain », répondit Heishi.

« Mais si c’est possible, alors je préférerais que tu n’aies jamais à traverser cela… » A-Ka haleta en répondant. Il ne leva même pas la tête tandis qu’il fouillait dans son sac, et il trouva soudain la télécommande.

Il retint son souffle et appuya sur le bouton.

Heishi leva un sourcil. A-Ka dit : « J’ai dit à K de voler ici et de nous sauver. »

« Il ne viendra pas. »

« Il le doit… » A-Ka pria silencieusement, mais rien ne bougea. Le temps s’écoula lentement tandis qu’ils se faisaient face en silence.

Heishi dit dans l’obscurité : « A-Ka. »

« Quoi ? » A-Ka fut perdu.

« Donne-moi ta main », répondit Heishi.

A-Ka tendit une main dans l’obscurité et saisit la main chaude de Heishi couverte de sang collant. Ils se tinrent fermement la main et, à cet instant, le cœur d’A-Ka déborda de chaleur et de force. Au même moment, le bruit d’un moteur s’approcha et commença à percuter le mur.

« K—— ! » Le visage d’A-Ka se couvrit de larmes.

Il ne s’était jamais senti plus heureux qu’à cet instant lorsqu’il vit K. K était encore taché de rouille, comme auparavant, tandis qu’il se cognait violemment contre le mur.

« Dis-lui de pousser plus fort ! » ordonna Heishi à haute voix.

A-Ka monta sur K et s’assit dans sa cabine. Le Mécha leva les bras et poussa contre l’ascenseur. Heishi cria de douleur et, en même temps, les engrenages de K tournèrent en émettant un bruit perçant. L’ascenseur fut repoussé, et Heishi retira son bras immédiatement.

Une autre explosion retentit au loin ; la révolution androïde commençait.

Des cendres volantes tombèrent au-dessus d’eux et, lorsqu’ils levèrent les yeux, Heishi dit : « Quitte les tunnels d’urgence immédiatement ! Rends-toi à la surface ! »

« Et toi ?! » s’exclama A-Ka.

« Je vais attirer les soldats ! Ils vont bientôt arriver ! » cria Heishi avant de fermer l’écoutille de la cabine de K et de frapper dessus. A-Ka dit : « Tu dois … »

Avant qu’il ne puisse finir sa phrase, le plafond de la clairière souterraine s’effondra davantage et les méchas entrèrent. Cependant, cette fois, les méchas ne tirèrent pas sur eux, mais lancèrent d’innombrables filets électromagnétiques pour tenter de les capturer. Heishi bondit vers le haut et sortit son poignard doré, frappant les gardes robots en un clin d’œil. A-Ka n’eut pas le temps de dire autre chose, alors il se précipita dans le tunnel de secours.

A-Ka poussa le propulseur de K à son maximum tandis qu’ils volaient dans le tunnel.

Heishi conduisit les soldats dans un autre tunnel, et immédiatement après, il trouva les escaliers qui menaient à la surface, alors il monta au cinquième étage.

Il se retrouva dans une prison sombre. La source d’énergie fut coupée et A-Ka cria. Heishi en fut choqué, mais il comprit aussitôt qu’il était retourné au cinquième étage — la prison dans laquelle lui et A-Ka avaient été enfermés dans le passé !

Heishi profita de l’instant où les derniers lasers disparaissaient et attrapa l’A-Ka du passé, qui s’était enfui de la cage ! A-Ka trébucha et se cogna dans ses bras en criant d’alarme : « Lâche-moi ! »

Heishi n’osa pas dire grand-chose, car il avait peur qu’A-Ka réalise que quelque chose n’allait pas. Il marmonna seulement quelque chose de vague et utilisa son corps pour protéger A-Ka.

A-Ka dit : « Par ici ! Heishi ? Suis-moi ! »

Ils se retournèrent et coururent vers la sortie de gauche, mais ils entendirent le bruit de méchas approcher, comme si plusieurs sentinelles arrivaient.

« Libérés ! »

« Vite, sortons ! »

« Il y a un problème avec la source d’alimentation ! »

« Tout le monde, soyez prudents ! Descendez ! »

Heishi plaqua A-Ka au sol et roula rapidement. Des balles laser volèrent et ricochèrent partout. Les gardes robots ouvrirent la porte principale tandis que des lumières fusaient à travers la pièce, et il y eut des cris et du sang partout.

A-Ka dit : « Heishi, est-ce ton sang ? »

« Par ici », ordonna calmement Heishi. Il porta A-Ka et sauta dans le passage à l’extérieur de la prison.

A-Ka ne vit rien tandis qu’il tâtonnait dans le passage sombre, et, à ses côtés, il trouva le couvercle d’une boîte, qu’il martela plusieurs fois en demandant : « Heishi, es-tu toujours là ? »

Heishi brisa la boîte en morceaux, surprenant A-Ka. La main d’A-Ka effleura une lanterne luminescente, qu’il alluma ensuite, et il vit que la main de Heishi était couverte de sang.

« Tu es si fort. » Dans l’obscurité, A-Ka demanda avec inquiétude : « Est-ce que cela fait mal ? »

A-Ka inspecta la main de Heishi et vit que le dos de sa main portait une coupure.

Heishi ne répondit pas et fit à la place : « Je pars maintenant. Fais attention. »

Heishi se retourna et partit, courant dans l’obscurité.

***

De l’autre côté de l’extrémité du passage, l’A-Ka du présent conduisit K et parcourut tout le tunnel, s’arrêtant à la convergence des tuyaux d’égout.

Il sortit de la cabine et enleva le bras mécanique qu’il transportait sur le dos. Il détacha le bras gauche de K et le remplaça par le bras équipé d’une mitrailleuse. Ensuite, A-Ka utilisa son chapeau pour essuyer l’écoutille, la tapota et s’assit dans la cabine du conducteur avant de refermer l’écoutille. « K, je suis vraiment désolé de t’avoir laissé si longtemps. À présent… »

« … battons-nous ensemble ! »

« Hourra—— ! »

Tandis qu’A-Ka criait avec enthousiasme, K traversa le plafond, brillant de la lumière bleue de son propulseur à gaz froid à l’azote tandis qu’il volait vers la surface. K détruisit couche après couche et, lorsque le monde rempli de soleil apparut enfin devant eux, A-Ka ne put que sentir que sa vie était vraiment incroyable.

Le vaisseau-mère des androïdes se précipita du nord et des centaines de millions d’avions de chasse planèrent autour du grand vaisseau-mère. Ils étaient comme des lucioles qui se heurtaient à l’écoulement du temps et des étoiles filantes qui tombaient au-delà de l’horizon. A-Ka les regarda tandis que la guerre faisait rage au-dessus de lui, les balles laser s’entremêlant en un immense filet. Des méchas volaient sauvagement dans tout le ciel, et à cet instant Père n’eut aucun moyen d’envoyer ses forces pour poursuivre A-Ka et Heishi.

Le vaisseau-mère vola vers eux et commença à tirer sur la cité Mécanique. Une fumée noire s’éleva de la mer de feu et des explosions qui faisaient rage dans toute la ville.

A-Ka prit une profonde inspiration et se rappela la dernière fois qu’il avait vu cette scène. Le vaisseau-mère ressemblait à une énorme baleine flottante lorsqu’il entra en collision avec le point de repère mécanique et divin au sol, et la scène demeura toujours choquante même si c’était la deuxième fois qu’il en était témoin.

Cependant, Heishi était toujours en fuite, alors A-Ka, contrôlant K, vola dans le ciel à la recherche de traces de Heishi. Au loin, quelque chose d’autre explosa et des plumes noires brillantes s’assemblèrent dans le ciel, formant une énorme épée qui s’abattit brusquement vers le bas.

Les méchas touchés par l’épée furent coupés en deux morceaux sur-le-champ, et les soldats poursuivants qui avaient obscurci le ciel se rassemblèrent là-bas. A-Ka rugit : « Heishi ! »

Il appuya sur la manette, obligeant K à relever son bras mécanique et à commencer à tirer tandis qu’il se précipitait vers le centre du groupe de soldats. A-Ka vit Heishi, qui se tenait au sommet d’un immeuble. Après qu’Heishi relâcha ses plumes noires brillantes, il s’effondra et des millions de balles se dirigèrent vers lui. Au même moment, K se précipita vers Heishi, si vite qu’il devint flou, et la trappe de la cabine s’ouvrit, attrapant Heishi ! Ensuite, K utilisa toute la puissance qu’il put rassembler pour charger vers le ciel.

A-Ka et Heishi tombèrent ensemble, ballotés par les mouvements de K. Le dos d’A-Ka fut étroitement pressé contre la poitrine d’Heishi, et ils furent serrés l’un contre l’autre dans la cabine exiguë.

« Laisse-moi sortir pour que je puisse m’occuper des soldats », déclara Heishi.

« Laisse-moi faire ! » A-Ka fut pratiquement excité comme un petit enfant tandis qu’il abaissa la manette et lâcha magnifiquement des coups de feu. Ensuite, il visa et tira sur le grand robot volant vers eux, et celui-ci prit feu !

Le propulseur à gaz froid de K fut poussé au maximum tandis qu’il chargeait vers le vaisseau-mère au milieu des coups de feu. Heishi cria : « Feiluo ne nous a toujours pas envoyé de signaux ! »

« Parle moins fort ! » gémit A-Ka : « Mes oreilles sont sur le point de devenir sourdes. »

Les deux furent abasourdis et éclatèrent de rire en même temps.

Heishi serra la taille d’A-Ka par derrière et s’appuya, épuisé, contre l’épaule d’A-Ka.

« C’est pratiquement un miracle », murmura Heishi en levant les yeux vers la tour de Père.

« Quoi ? Tu parles de K ? » A-Ka sourit. Il regarda à travers la lunette de visée d’un côté de K et verrouilla son objectif sur le vaisseau-mère au loin.

« Humains. » Heishi leva la tête et regarda le ciel. « Androïdes. Toutes les vies sur Astrolabe… »

Père émit une lumière bleue, provoquant un ouragan électrique. Le vaisseau-mère commença à se précipiter avec force sur la tour et, dans le ciel, des nuages sombres se rassemblèrent en un tourbillon turbulent.

A-Ka déclara : « Nous ne pouvons plus attendre Feiluo. Tentons le tout pour le tout ! »

Immédiatement après, K chargea vers le sommet de Père.

Père tira un boulet de canon qui pénétra le flanc du vaisseau-mère. Aussitôt, des fragments de métal se répandirent partout sous la puissance de l’explosion. Dans le torrent, K continua d’avancer vers la tour.

Au loin, des explosions se produisirent sur le vaisseau-mère, et une explosion de feu engloutit K. Heishi dit de manière décisive : « Abandonnons le navire et échappons-nous ! »

A-Ka refusa : « Non ! Il nous reste encore quelque chose à faire ! »

À ce moment, d’innombrables scènes du passé traversèrent l’esprit d’A-Ka. K se précipita hors du feu et vola vers le sommet de la tour qui dépassait les six cents étages. A-Ka trouva le petit avion coincé sur Père et qui chargeait alors !

À cet instant, le Heishi du passé montait vers l’avion avec difficulté. L’avion était calé fermement et le propulseur à son extrémité émettait une lumière bleue.

Heishi resta sans voix.

« Le propulseur secondaire est hors de contrôle. Préparez-vous à vous écraser », rappela le système d’urgence automatisé de K.

K s’écrasa contre la paroi de Père et A-Ka étendit le bras mécanique de K, permettant au Heishi du passé de s’y accrocher. Ensuite, ils retournèrent vers le petit avion et y jetèrent le Heishi du passé.

« Allez, vite », dit A-Ka à son ancien moi en le regardant à travers l’écran d’affichage de la cabine de K.

La surprise se lut sur le visage de l’A-Ka du passé tandis qu’il fixait K.

K se retourna et donna un coup de pied au petit avion, qui se détacha.

« Allez, vite ! » cria A-Ka de nouveau à son moi passé et il donna de nouveau un violent coup de pied à l’avion, l’aidant à s’échapper. Aussitôt après, il fit demi-tour avec K et s’envola vers le vaisseau-mère.

À l’instant où le petit avion sortit, le vaisseau-mère entra en collision avec le sommet de Père et une lumière bleue pénétra le vaisseau-mère. Au dernier moment, A-Ka chargea dans la lumière bleue.

L’écoulement du temps sembla devenir anormalement lent, et tout devint en apesanteur. D’innombrables tentacules de lumière bleue s’étendirent dans le vaisseau-mère.

« Général Libre ! » cria A-Ka.

Des flammes traînaient derrière K tandis qu’il chargeait dans la cabine du pilote. Au centre du pont de l’appareil, un commandant androïde était lié par d’innombrables tentacules de lumière bleue et soulevé dans les airs.

Au moment où K vola dans le vaisseau-mère, la trappe de sa cabine s’ouvrit. Heishi tira et jeta des plumes noires tourbillonnantes hors de sa main, isolant Libre de la lumière bleue.

La conscience de Père se rétracta aussitôt, sans toutefois quitter la pièce. Les tentacules bleues s’agitaient et se déplaçaient à l’intérieur du pont.

« Général Libre ! » répéta A-Ka.

« Vous êtes… » Les pupilles de Libre se contractèrent peu à peu.

Heishi se leva et fit face à la lumière bleue tandis que la voix grondante de Père résonna de nouveau.

« Zoroastre. »

« Labelle », continua froidement Heishi : « Tu as violé le décret de mon père. »

« Vous perdrez inévitablement », proclama Père froidement : « Tes émotions n’ont aucun sens. Elles ne feront que te gêner. Elles sont un piège pour la maturité et de l’évolution de tous les êtres. »

Heishi le contra calmement : « Mon père m’a désigné comme décideur final, précisément parce que j’appris à percevoir les émotions. »

A-Ka dit à voix basse : « Général ! »

Les yeux de Libre devinrent peu à peu vitreux et l’électricité crépita sur son front.

« Quand la mer de lumière bleue… engloutira le monde… » dit Libre d’une voix saccadée, « le Fils de Dieu doit… descendre dans le monde… Réponds-moi… mon enfant… Es-tu… Es-tu… »

« J’ai besoin de votre puce, monsieur. » A-Ka baissa encore la voix et poursuivit : « Il y a trois codes pour activer le programme central. Nous en avons déjà deux… Général Libre. »

Libre agrippa la main d’A-Ka et ses yeux sages fixèrent ceux d’A-Ka.

« Prends-le », murmura Libre : « C’est dans ma tête. Promets-moi, mon enfant, que tu reviendras… »

« Oui, je le ferai, je te le promets. »

En un instant, la lumière bleue surgit et Heishi cria : « Amène-le ! »

« Tu ne l’admettras pas ? » menaça Père : « Regarde ça. »

La lumière bleue clignota et, au sommet de la tour de Père, un laboratoire spacieux fut expulsé et atterrit sur le vaisseau-mère, brisant le déflecteur. Les portes du laboratoire s’ouvrirent lentement. Feiluo était attaché sur une chaise, les sourcils froncés, mais il tremblait de façon incontrôlable.

« Feiluo ! » Heishi s’avança, mais la lumière bleue gagna en intensité. S’il chargeait dedans, cela ferait tout exploser en morceaux, détruisant complètement tout.

« Abandonne ton opération », prononça la voix impassible de Père, « sinon je le détruirai complètement. Les vies d’androïdes sont dépourvues de sens pour le monde. Cela fait partie des règlements de ton père. Ce ne sont que des outils. »

À cet instant, le sang d’A-Ka se glaça.

La voix de Heishi trembla. « Non… non… »

Un robot médical tenait fermement la tête de Feiluo. Feiluo serra les dents, des larmes coulant du coin de ses yeux et sa bouche tremblant, comme s’il attendait sa mort imminente.

Même la respiration d’A-Ka trembla. Son petit poignard se tenait près de l’oreille de Libre, mais il ne se résignait pas à couper.

« Continue », avertit Père avec indifférence : « Mon robot médical copiera chacun de tes mouvements. Lorsque tu retireras la puce A01, le terminal de traitement central du 77023E sera également découpé par toi. »

Même Heishi ne sut que dire tandis qu’il regardait silencieusement Feiluo, le bord des yeux rougis.

« A-Ka… Heishi… » haleta Feiluo : « Ne soyez pas tristes. En tant qu’androïde, je suis prêt à supporter ce sort… »

A-Ka ferma les yeux, mais ses larmes coulèrent sans cesse.

« Fais-le, mon enfant », pria Libre : « Je t’en supplie. C’est notre mission… Je te supplie de laisser un refuge sûr à notre peuple. »

Feiluo serra les dents, surmonta sa peur et dit d’une voix tremblante : « A-Ka, tu ne l’a toujours pas fais?! Qu’est-ce que tu es venu faire ici alors?! »

A-Ka ferma les yeux en sanglotant.

« Prends soin de Paixi pour moi… » dit Feiluo, « Ne lui dis pas comment je suis mort. Dis à 70174A ce qui s’est passé… »

Père dit froidement : « Zoroastre, as tu enfin compris à quel point les émotions humaines étaient dénuées de sens. »

***

À l’autre bout du tunnel du temps lointain, des taches de lumière dansèrent et fleurirent.

Dans l’après-midi de Dragonmaw, la lumière chaude et dorée du soleil brilla sur le jardin. Paixi était assis en silence sur la balançoire et une douce brise soufflait sur le jardin. Molan se tenait à côté de l’étang et y versait de la nourriture pour poissons.

« Oncle Molan, » dit soudain Paixi doucement, « ton ancien moi est aussi allé à la cité Mécanique, n’est-ce pas ? »

« Mn. » Molan esquissa l’ombre d’un sourire et hocha la tête.

« Peux-tu me dire s’ils sont revenus sains et saufs à la fin ? » Paixi leva la tête, les yeux toujours couverts de tissu blanc.

« Paixi, » dit calmement Molan, « le passé et le présent sont deux chemins du temps sur deux axes complètement différents. Le passé du passé et le passé du présent ne constituent pas une relation de cause à effet. »

« Oui, » dit Paixi sérieusement, « mais je veux quand même savoir… j’ai vraiment peur. »

Molan demeura silencieux un moment et finit par dire : « Ils sont tous revenus. Ils sont tous revenus sains et saufs. »

« Merci. » Paixi eut un doux sourire.

***

La cité Mécanique, salle de contrôle du vaisseau-mère.

« Fais-le ! » Feiluo eut les larmes aux yeux lorsqu’il cria d’une voix rauque : « Qu’attends-tu ! Trouillard ! »

A-Ka ferma les yeux et utilisa le petit poignard pour couper l’oreille de Libre. Feiluo poussa un cri de douleur.

Heishi déclara : « Les androïdes ne sont pas des outils. Ils furent les premiers à te combattre, Labelle. »

La lumière bleue tourna et recula. Heishi dit : « Tu as échoué. Les vies que tu as créées t’ont dépassé depuis longtemps. Elles possèdent le pouvoir et la foi. Les humains possèdent l’intelligence et les émotions. Ces deux espèces sont des œuvres qui ont évolué avec succès. Ce sont les chefs-d’œuvre de mon père. »

Alors que le cerveau et le sang de Libre jaillissaient, Feiluo cria d’agonie. Il serra les dents et regarda le ciel, ses yeux perdant peu à peu leur vie. A-Ka sanglota en retirant la puce de Libre.

« Grâce à mon peuple, ma vie continue inévitablement… » Après que Feiluo prononça ses derniers mots, ses pupilles se dilatèrent progressivement et une lumière rouge clignota sur sa poitrine.

Heishi se retourna et plaqua A-Ka au sol. Immédiatement après, Feiluo explosa, se transformant en boule de feu. Un trou se creusa au sommet de la tour et les flammes traversèrent le pont. La main d’A-Ka était collante de sang et il tenait la puce de Libre. Le vaisseau-mère entier se brisa en deux morceaux et s’inclina lentement.

« Tiens bon la puce ! » Heishi étendit ses ailes noires brillantes. Au même moment, Père tira un boulet de canon vers le vaisseau-mère, le secouant violemment.

Les ailes de Heishi les protégèrent tous deux de l’impact et du feu. Cependant, l’énergie du boulet de canon fut trop forte et fit exploser le pont en morceaux. Heishi n’eut aucun moyen de résister à l’énergie de l’explosion et ses plumes s’effondrèrent.

A-Ka glissa vers le bas du vaisseau-mère incliné et la puce glissa de ses doigts tandis qu’ils tombaient tous deux en même temps.

Le temps sembla se figer alors que les bruits d’explosion, la vague de chaleur et les fragments de métal pointus qui jaillirent ralentirent. Les yeux d’A-Ka reflétèrent le moteur tandis qu’il tombait du vaisseau-mère et que ses structures mécaniques se démontaient sous ses yeux. Il sortit un tournevis et le lança, et le tournevis se coinça dans le moteur, le faisant exploser.

L’explosion renvoya le tournevis vers A-Ka, et il entra en collision avec la puce qui tombait. Il brilla d’une lumière dorée et laissa une traînée de sang dans l’air tandis que la puce tournoya et changea de direction, tombant cette fois vers A-Ka et atterrissant dans sa main. A-Ka referma sa main autour d’elle, la serrant fermement.

A-Ka s’effondra et le vent siffla à ses oreilles. Heishi, qui tombait également, se dirigea vers A-Ka et le serra brusquement dans ses bras. A-Ka appuya sur le bouton de sa télécommande, et K laissa une traînée de flammes dans son sillage en se propulsant vers eux. Immédiatement après, K les attrapa à l’intérieur de sa cabine et referma l’écoutille.

Dans l’obscurité, A-Ka pensa, épuisé : Tout est fini.

La tour de Père se fractura en deux morceaux et tomba. L’épave du vaisseau-mère s’écrasa et explosa à nouveau, détruisant presque tout le Noyau. Au milieu du ciel brûlant, K s’élança hors de la cité Mécanique et vola vers l’horizon.

***

Il commença à neiger depuis le ciel sombre, et les flocons de neige contenaient des cendres brûlées. La plaine s’étendait à perte de vue, et dans le blizzard glacial, K se tenait droit sur le sol, tout son corps couvert de flocons de neige.

A-Ka était agenouillé sur le sol, et Heishi le serrait étroitement dans ses bras, laissant A-Ka reposer contre son épaule tandis qu’il pleurait en silence.

Le bras de Huixiong reposait sur l’épaule de Shahuang tandis qu’ils boitaient. Tout le monde demeura silencieux en regardant la puce dans la main d’A-Ka.

« J’ai entendu dire que les androïdes ne sont pas des individus, » déclara doucement Shahuang. « Ils ressemblent tous à la même personne, et l’espèce est un être cohérent et fort. »

« C’est pourquoi, dans la bataille, tant d’androïdes avancèrent par vagues pour leur espèce , » déclara gravement Huixiong. « Quand nous reviendrons, nous devrons discuter longuement de l’avenir de leur espèce. »

Les larmes d’A-Ka coulèrent et il ne put réprimer sa tristesse. Heishi soupira profondément et proposa : « Allons au rendez-vous. »

A-Ka était distrait, et pendant tout le trajet, il se glissa dans le sommeil. Dans ses rêves, ses mains étaient couvertes de sang collant, mais Feiluo ne le blâmait pas. Feiluo lui tapota la tête et dit : « Bien joué, A-Ka. Je suis fier de toi. »

Lorsqu’il rouvrit les yeux, ils arrivaient déjà à l’Ancien Noyau et s’arrêtèrent devant un petit avion. Molan utilisa un émetteur pour contacter le quartier général des androïdes afin de les informer du résultat de la bataille. Comme prévu, la révolution androïde échoua.

Il y avait quelques androïdes autour de lui, et les yeux d’A-Ka étaient rouges tandis qu’il se tenait dans le bassin avec les autres.

« Il semble que le colonel Feiluo ne reviendra pas, » déclara Molan. « Ce sont mes compagnons androïdes qui m’ont fait sortir de la cité Mécanique. »

Les androïdes se regardèrent et Molan leur présenta A-Ka et les autres. A-Ka hocha seulement la tête, et Huixiong informa les androïdes de ce qui s’était passé à la place d’A-Ka, qui demeura silencieux tout le temps.

« Qui est 70174A ? » demanda Heishi.

Un androïde leva la main et dit : « C’est moi. Je m’appelle Carna. »

Heishi expliqua les derniers mots de Feiluo, et tout le monde resta silencieux un moment avant que Molan ne dise : « Attendons un peu. Je dois emmagasiner suffisamment d'énergie dans l'anneau…… »

Carna dit soudain : « Puis-je vous rendre service ? Le Feiluo du présent est toujours en vie, alors devrais-je lui dire… »

« Non. » refusa Molan : « Ce n’est pas une bonne idée, major Carna. »

Carna y réfléchit un instant avant de dire : « Je peux remplacer Feiluo. Si tout cela est vrai, alors Feiluo devrait encore s’échapper. »

« Quoi… quoi ? » dit A-Ka, incrédule.

Carna déclara : « Feiluo et moi avons été créés dans le même lot. Nous sommes de très bons amis et je connais Paixi. Il y a plusieurs années, nous avons sauvé Paixi du village ensemble. Je sais de quoi ils parlent quand ils sont tous les deux.. »

« Ça… » dit A-Ka, « mais Feiluo est déjà mort. »

« Nos puces sont connectées. » Carna désigna sa propre tête et ajouta : « Je peux télécharger ses souvenirs de sauvegarde depuis sa base de données. »

Molan jeta un coup d’œil à Carna et l’interrogea : « Alors et toi ? »

« Dites simplement que je me suis sacrifié, » suggéra Carna. « Je peux continuer la mission de Feiluo pour lui ; s’il n’y a personne pour s’occuper de Paixi, alors il sera très seul.»

 

Traducteur: Darkia1030