Peerless - Chapitre 11 – Détendez-vous, je suis encore plus rancunier que vous

 

 

« Vous êtes un homme si étrange. Ce n’est pas votre maison et vous n’êtes pas impliqué dans la conversation. N’y a-t-il donc aucune loi dans ce monde, que je ne puisse même pas parler dans un lieu public comme celui-ci ? »

Feng Xiao ne tourna même pas la tête vers l’homme. Il insista pour déposer avec ses baguettes le morceau de viande dans le bol de Cui Buqu. Cui Buqu tendit la main pour éloigner son bol, mais ces baguettes semblaient avoir des yeux : elles suivirent la même direction et réussirent tout de même à déposer la viande dans le bol.

Cui Buqu regarda ce morceau de viande comme s’il cherchait la trace de la salive de Feng Xiao dessus. Il n’eut même plus envie de toucher le bol à cet instant.

Mais cela était loin d’être fini. Feng Xiao prit une assiette de haricots verts frits sur la table et l’amena vers lui.

« Tu n’aimes pas le goût de la ciboulette ? Peu importe, il reste des haricots cuits. Viens, je t’en enlève les fils. Ils sont clairs et tendres. Vite, prends une bouchée… ou préfères-tu que je te nourrisse ? »

Cui Buqu : …

Ses mains étaient élégantes ; ainsi, lorsqu’il éplucha les haricots, on aurait dit qu’il cueillait des fleurs. En un clin d’œil, un tas de haricots proprement effilés apparut devant l’assiette de Cui Buqu, soigneusement alignés en plusieurs rangées.

Pei Jingzhe : « … »

Feng Xiao : « Mange. »

Cui Buqu savait qu’il y avait un motif derrière ces actions, mais il contracta malgré tout le coin des lèvres et tourna la tête pour regarder par la fenêtre, prétendant que personne n'était là.

Celui qui se trouva agacé fut quelqu’un d’autre.

« Vous ! »

Le visage de Su Xing devint incroyablement rouge. Il voulut se lever pour discuter avec lui, mais la femme assise à côté de lui l’arrêta.

« Frère, laisse tomber ! » La voix de la jeune femme était douce et basse. Son expression paraissait embarrassée. « Je connais Maître taoïste Cui, celui qui se trouve à côté est sûrement son ami. »

« C’est lui qui m’a provoqué le premier. Je dois rétorquer ! »

Le visage de Su Xing était plein d’irritation. Il se tourna vers Feng Xiao et lança : « C’est vraiment dommage que vous ayez l’air d’un gentleman, alors que vous agissez comme un personnage grossier qui parle sans réfléchir. Complètement honteux ! »

La jeune femme s’avança vers Cui Buqu et fit la révérence. « Salutations, Maître Cui. »

Cui Buqu la reconnut naturellement : « Que les bénédictions viennent à votre rencontre, Mademoiselle Lu. Comment va votre mère ? »

La jeune femme lui sourit. « C’est grâce à votre aide médicale que ma mère est presque guérie de sa maladie. »

Cui Buqu hocha la tête. « Ma méthode ne peut qu’atténuer un peu son état, mais elle ne suffit pas à la guérir complètement. La famille Lu doit encore chercher de meilleurs médecins pour elle. »

La jeune femme inclina la tête pour le remercier.

À ce moment-là, Su Xing déclara également : « Donc celui qui a aidé à soigner ma tante est ce maître taoïste Cui. La santé de ma tante s’est vraiment améliorée ces derniers jours ; veuillez accepter ma gratitude. »

Il se tourna vers Cui Buqu ; il joignit les mains et s’inclina, puis changea de sujet : « Pardonnez-moi si je suis franc, mais cet ami à vous est vraiment déraisonnable et indélicat. Maître taoïste Cui, vous avez une bonne réputation ; vous ne devriez pas vous mêler à un tel homme. »

Cui Buqu répondit catégoriquement : « Vous avez mal compris. Ce n’est pas mon ami, et je ne le connais pas non plus. »

Su Xing regarda Feng Xiao avec un regard plein de doutes ; son visage montrait clairement qu’il n’en croyait pas un mot.

Feng Xiao éclata de rire. « Pourquoi me regardez-vous ? Bien que je sois beau, puissant et fort, ce n’est pas quelque chose avec quoi vous pouvez rivaliser. Vous ne pouvez pas vous permettre de m’envier, jeune homme. »

Cui Buqu :  « … »

La couleur du visage de Su Xing passa du bleu au blanc, puis du blanc au bleu de nouveau, comme s’il avait été empoisonné par ce qu’il venait de manger.

Avec Cui Buqu et la jeune demoiselle Lu présents, Su Xing ne put frapper Feng Xiao même s’il l’avait voulu ; il se contenta donc de partir, dépité.

Feng Xiao les regarda tous deux s’éloigner, l’air désinvolte, mais une ombre de profonde réflexion apparut dans ses yeux. « Il y a quelque chose qui ne va pas avec ce Su Xing ; tu as fait ça exprès pour me les présenter ? »

Cui Buqu répondit : « Lu Ti n’a pas de fils. Après que Su Xing s’est enfui de chez lui, Lu Ti l’a traité comme son propre fils. Su Xing aimait étudier, mais ses talents étaient seulement moyens. En revanche, lorsqu’il suivit Lu Ti lors de voyages d’affaires, il se montra très capable. Cela rendit Lu Ti très heureux. Deux magasins sont maintenant sous la supervision de Su Xing. »

« C’est en effet très suspect », déclara Feng Xiao. « En tant qu’homme d’affaires qui converse avec toutes sortes de personnes, il devrait être charismatique et souple dans ses manières, mais pourquoi s’est-il si facilement senti provoqué simplement parce que je l’imitais ? »

Cui Buqu ricana froidement. « C’est peut-être parce que, Seigneur Feng, ton visage est de ceux que tout le monde a envie de frapper dès qu’il les voit. Peu importe où tu vas, tu agaces les gens. »

Feng Xiao éclata de rire. « Comment est-ce possible ? Tout à l’heure, tu aurais dû voir la façon dont Jeune Demoiselle Lu me regardait. Elle était clairement remplie d'étonnement et d'admiration. »

Cui Buqu avait déjà rencontré de nombreuses personnes narcissiques auparavant, mais jamais à ce point. Il regarda Feng Xiao avec une légère incrédulité. « Seigneur Feng, es-tu souvent ainsi, à t’admirer et te complaire dans ton propre reflet? »

Pas « souvent », il a toujours été comme ça’, pensa Pei Jingzhe en son for intérieur.

Feng Xiao haussa les sourcils. « N’est-ce pas la vérité ? »

Cui Buqu renifla. Il était trop paresseux pour continuer à plaisanter avec lui et reprit le sujet d’un peu plus tôt : « La seule possibilité est qu’il est qu'il traite la demoiselle Lu très différemment. »

« La demoiselle Lu aime certaines attitudes bien précises ; il agit donc en conséquence devant elle. Lu Ti aime les gens intelligents ; ainsi, lorsque Lu Ti se trouve à proximité, Su Xing parait être un jeune homme intelligent et rusé, avide d’apprendre. Comme c’est intéressant ! »

Feng Xiao changea soudainement de sujet : « QuQu (NT : apostrophe très familière), tu n’es dans la Cité de Liugong que depuis deux mois, mais tu as fait des recherches sur pratiquement tout le monde ici. Tu n’as même pas épargné les membres féminins de la famille Lu. Ah, ceux qui te connaissent penseront que tu es un prêtre taoïste, mais les autres penseront sûrement que tu complotes quelque chose de louche ! »

Cui Buqu toussa deux fois et dit avec un sourire forcé : « Même si c’était le cas, ne suis-je pas tombé entre les mains du deuxième commandant du Bureau Jiejian ? »

Feng Xiao répondit : « Bien sûr que non. Le Bureau Jiejian agit sous les ordres de l’Empereur et possède les mêmes pouvoirs que le Ministère de la Justice. Ne critiques-tu pas notre Empereur actuel avec tes paroles ? Je suis une personne très rancunière. »

Ne t’inquiète pas ; je suis encore plus rancunier que toi’, pensa Cui Buqu dans son cœur, puis il toussa de nouveau, dans l’intention d’économiser ses forces.

Après avoir déjeuné, ils se rendirent tous les trois à la boutique de la guilde de Linlang.

Ce que Feng Xiao et Pei Jingzhe ignoraient, c’est qu’après leur départ, deux personnes — un homme et une femme — entrèrent dans la pièce privée au deuxième étage.

« Tout à l’heure, j’ai vu que le Commandant n’avait pas l’air très bien. Je me demande s’il est retombé malade ! »

La femme qui parlait avait une voix claire comme la glace. Elle était d’une beauté exceptionnelle ; ces deux caractéristiques se mêlaient harmonieusement,telle une orchidée resplendissante en pleine floraison, illuminant le monde sans avoir besoin de regard extérieur. (NT : symbole de la beauté à son apogée, n’ayant pas besoin d’être admirée pour exister)

L’homme ne parla pas. Il se dirigea simplement vers la table où Cui Buqu et les autres s’étaient assis un instant auparavant ; il baissa la tête pour jeter un coup d’œil et écarta soudain les haricots.

« Qu’est-ce que le commandant a laissé derrière lui ? » demanda la femme en s’approchant.

« Fleur de prunier », répondit l’homme.

La femme le regarda d’un air interrogateur. « Le commandant veut que nous enquêtions sur les fleurs de prunier ? »

Les paroles de l’homme restèrent brèves et sèches : « affaire de meurtre de Khotan ».

Il chérissait les mots comme de l’or et s’exprimait aussi parcimonieusement que possible. Heureusement, la femme travaillait avec lui depuis de nombreuses années ; elle suivit le fil de ses paroles et rassembla plusieurs indices.

« Ces fleurs de prunier sont liées à l’affaire du meurtre de Khotan ; mais s’il était si facile d’enquêter, alors le Bureau Jiejian s’en serait déjà chargé. Le Commandant ne nous l’aurait pas laissée. Quoi qu’il en soit, nous devrions aller au stand des parfums pour nous renseigner. »

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

 

 

 

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