Buddha - Chapitre 118 – Extra 12 – Mariage (partie 3)

 

Fan Xiao commençait à s’impatienter.

La nuit de noces, le moment le plus précieux de sa vie, était interrompue par un invité indiscret. « Xianglian, nous nous sommes déjà rappelé suffisamment de souvenirs, et tu as partagé assez d’histoires sur les merveilles africaines. Il est tard ; nous devrions tous nous reposer. Alors retourne d’où tu viens. »

Qin Zhiyang ne regarda même pas Fan Xiao. Il leva son verre pour trinquer avec celui de You Shulang. « You ge, même si certains ici sont… moins qu’idéaux, j’espère vraiment que tu trouveras le bonheur. Et à certaines personnes, je conseille de se taire et de cesser de se faire du mal à elles-mêmes et aux autres. »

« Certaines personnes ? » se moqua Fan Xiao. « La prochaine fois, appelle-moi par mon nom. J’aime t’appeler par le tien, Xianglian. »

« Fan Xiao », protesta You Shulang en prenant la main de son amant, « ne cause pas de problèmes. »

Fan Xiao obéit et garda le silence. Il prit la main de You Shulang puis détourna délibérément le regard, adoptant la stratégie « yeux qui ne voient pas, cœur qui ne sent pas».

You Shulang leva de nouveau son verre. « Xiao Qin, merci d’être venu assister à notre mariage. J’ai reçu tant de bénédictions aujourd’hui, mais je n’ai pas eu l’occasion de les rendre. »

Le tintement des verres résonna comme des ondulations dans la nuit. Le regard de You Shulang était chaleureux et sincère. « Xiao Qin, j’espère que toi aussi tu trouveras ton propre bonheur. »

D’un regard profond et persistant, Qin Zhiyang termina lentement sa boisson. « Je chercherai quelqu’un comme toi, You ge. Ainsi, je trouverai sûrement le bonheur. »

Fan Xiao, qui était resté silencieux pendant un bon moment, se moqua : « Je te conseille de ne pas courir après une “lumière de lune blanche” idéalisée (NT : un ancien amour pur et inaccessible). Tu pourrais finir avec une fin tragique. »

Cette fois, You Shulang ne le gronda pas. Au contraire, il annonça : « Fan Xiao a organisé quelques activités pour demain. Si ça t’intéresse, tu es le bienvenu. »

« Non, merci. Je prendrai bientôt un vol pour Johannesbourg. » Qin Zhiyang tendit la main. « You ge, à la prochaine. »

You Shulang lâcha la main de Fan Xiao et serra celle de Qin Zhiyang. « Prends soin de toi. »

Après que la silhouette solitaire de Qin Zhiyang se fut perdue au loin, Fan Xiao sortit quelques mouchoirs pour nettoyer la main de You Shulang. Son toucher passa de ferme à doux, et se termina par une étreinte prolongée et tendre.

« Directeur You, un moment de passion lors d’une nuit printanière vaut plus que mille pièces d’or» dit Fan Xiao, embrassant You Shulang et le coinçant contre le tronc d’un palmier. « Après une journée solennelle, il est temps de parler de quelque chose… pas très approprié pour les enfants. »

Les feuilles épaisses et luxuriantes du palmier se penchaient, cachant partiellement les deux hommes. Depuis la distance, on ne voyait que leurs vêtements fins.

You Shulang s’appuya contre le tronc, le menton légèrement relevé, un léger éclat étoilé dans les yeux. Il sourit et dit : « Le président Fan s’est comporté comme un enfant toute la journée. Il est juste que nous parlions maintenant de quelque chose d’approprié pour les enfants. »

Imperturbable, Fan Xiao s’approcha davantage, le coinçant contre l’arbre. « Par où commençons-nous ? » Ses mains, que You Shulang aimait tant, glissèrent sous ses vêtements, remontant lentement jusqu’à une légère protubérance. « Par ici ? »

Avant que You Shulang ne puisse répondre, Fan Xiao se pencha.

Bien que le banquet fût terminé et que la plupart des invités soient partis, le lieu du mariage n’était pas totalement désert. Certains employés et invités passaient de temps en temps. Les joues de You Shulang rosirent à l’entente de pas proches, il tenta de se dégager, mais son dos resta coincé contre le tronc. Il ne put que pousser Fan Xiao, qui le maintint fermement, serrant la prise et provoquant une légère douleur dans sa poitrine.

You Shulang céda simplement, détendant son corps, tout en prenant une boîte de cigarettes thaïlandaises sur la table du buffet proche. Il l’ouvrit, en prit une et la porta à sa bouche.

Sa première bouffée fut maladroite ; la fumée resta coincée dans sa gorge et se mêla à un léger gémissement.

You Shulang retira la cigarette. Attendant que l’intensité initiale diminue, il frotta ensuite la nuque de Fan Xiao. « Sois plus doux. Demain j’aurai encore mal en m’habillant. »

Ce n’est qu’après avoir satisfait son désir que Fan Xiao se pencha lentement, pressant ses lèvres contre celles de You Shulang et l’embrassant profondément et passionnément.

« Directeur You, veux-tu essayer la piscine sur le toit ? Elle est couverte de pétales de roses sauvages. »

You Shulang sourit et le repoussa, remettant la cigarette à sa bouche. « Bien sûr, mais le président Fan doit m’accompagner à un endroit d’abord. »

« Maintenant ? »

Les paupières de You Shulang se plissèrent tandis qu’il expirait lentement la fumée. « Maintenant. »

***

En Thaïlande, Fan Xiao se montrait exceptionnellement extravagant, en contraste frappant avec son comportement discret en Chine.

La voiture de luxe brillante glissait dans la nuit alors que la route devenait de plus en plus déserte. Fan Xiao se tourna vers l’homme au volant et demanda : « Où allons‑nous ? »

You Shulang ne répondit pas. Il prit une bouteille d’eau dans le compartiment —déjà ouverte—, but une gorgée et la tendit à Fan Xiao avec naturel. « Tu as beaucoup bu aujourd’hui. Hydrate ta gorge. »

Fan Xiao avait soif et ressentit une vague d’affection pour l’attention de son mari. Il prit la bouteille et but plus de la moitié avant de demander de nouveau : « Shulang, un moment de passion vaut plus que mille pièces d’or. Où allons‑nous ? »

(NT : du poème ‘Nuit de printemps’ de Su Shi, grand poète de la dynastie Song. À l’origine, cela décrit la beauté précieuse d’une nuit printanière, mais avec le temps, l’expression a pris un sens plus spécifique : elle désigne surtout les moments intimes entre amoureux, notamment la nuit de noces.)

« Je sais. Ça vaut plus que mille pièces d’or. »

You Shulang arrêta la voiture sur un tronçon désert de la route. Lorsqu’il se retourna pour regarder Fan Xiao à nouveau, son regard était celui d’une divinité contemplant son dévot. Il ordonna : « Président Fan, maintenant… passe à l’arrière. »

Fan Xiao ressentit une chaleur intense.

Un feu s’alluma en lui.

Assis sur le siège arrière, il jeta un coup d’œil à la bouteille d’eau dans le compartiment ; un sourire fleurit soudain sur ses lèvres, s’approfondissant jusqu’à ses yeux.

Se penchant dans le siège, Fan Xiao croisa les jambes à l’arrière spacieux de la voiture. « Directeur You, essaye-tu de te venger ? »

You Shulang baissa légèrement la vitre, laissant entrer l’air chaud et humide dans la voiture. Il regarda Fan Xiao et hocha la tête. « Tout ce que tu me dois sera payé. »

« Payer… je peux le faire », dit Fan Xiao, luttant pour réprimer son désir croissant. Il regarda la caméra du tableau de bord et négocia avec un sourire. « Mais ne filmons pas. J’ai bien peur que tu veuilles me le montrer après, et je ne crois pas que je pourrai supporter de me voir… »

Les lumières intérieures de la voiture étaient éteintes, et seule la lumière des lampadaires filtrait par les vitres. L’angle créait une ligne marquée entre lumière et ombre. You Shulang était assis de l’autre côté du siège arrière, sa silhouette disparaissant dans l’obscurité de la voiture.

« Le président Fan a toujours eu une double morale. Au lit, tu n’as jamais hésité à me faire regarder mes propres vidéos. Aujourd’hui, tu n’as ni voix ni vote. Alors ne me fais pas attendre, président Fan. »

Le feu caché brûlait plus fort, certaines zones se tendaient et gonflaient. Le pantalon sur mesure devenait insupportablement serré. Fan Xiao ne put plus garder son sang‑froid. Il retira sa veste de costume, laissant sa chemise à moitié déboutonnée. Les fines lueurs des lampadaires filtraient par les fentes, projetant un éclat séduisant sur ses muscles tendus.

Fan Xiao tendit la main pour rapprocher You Shulang, mais celui-ci bloqua élégamment sa main. La silhouette dans l’ombre parla lentement, d’une voix autoritaire : « Fais‑le toi‑même. »

Cette nuit-là, Fan Xiao avait trop bu. L’alcool agissait comme un aphrodisiaque, intensifiant chaque sensation dans son corps.

Il posa une main sur le dossier du siège avant ; ses longs doigts, pâles et légèrement recourbés, laissaient apparaître les contours marqués de son poing. Les veines saillaient de son avant-bras jusqu’au dos de sa main, réprimant une force sur le point d’exploser.

La voiture empestait l’alcool. You Shulang prit une gorgée de liqueur ambrée, et son regard se détourna vers la main de Fan Xiao. Ses yeux parcoururent lentement les doigts de l’homme, son bras, et enfin se posèrent sur son visage.

Ses traits étaient profonds et intenses, reflétant à la fois la férocité et le désir. Enfin, après un gémissement étouffé, You Shulang entendit le son d’une fermeture éclair qui s’ouvrait.

L’alcool fort lui brûlait les yeux. You Shulang serra le verre avec plus de force et prit une nouvelle gorgée.

Fan Xiao se recomposa, fixant You Shulang du regard, tel un prédateur aux aguets. « Directeur You, tu me donnes un coup de main ? »

You Shulang but le verre d’un trait tandis que son corps émergeait lentement de l’ombre. D’une main, il releva le menton de Fan Xiao. « Président Fan, il vaudrait mieux que cela se termine vite. Ta nuit de plaisir touche à sa fin. »

Il tapa doucement sur la joue de Fan Xiao et regarda la caméra du tableau de bord. «Arrange-toi pour que ça ait l’air bien. Ça filme, président Fan. »

Puis il se tourna et sortit de la voiture, s’appuyant sur la carrosserie pour allumer une cigarette.

Les environs étaient déserts. Fan Xiao baissa la vitre, la voix rauque et la respiration haletante. Mais même au bord de l’effondrement, il ne put résister à la tentation de plaisanter avec You Shulang : « Je ne peux pas promettre que ça aura l’air bien, mais je garantis que le Directeur You va apprécier. »

You Shulang, mordillant sa cigarette, contempla la vaste nuit sombre et répondit d’un ton indifférent : « Assez parlé. »

Une vague de chaleur l’envahit, ses doigts bougeaient rapidement. Il ne fit aucun effort pour étouffer ses gémissements, laissant à la fois l’agonie et l’extase se dissoudre dans la nuit. Sa voix était rauque, d’une sensualité insoutenable.

Les effets de la drogue étaient trop intenses, trop écrasants, privant Fan Xiao de tout soulagement. « Directeur You, laisse-moi tirer une bouffée. »

You Shulang se tourna pour regarder l’homme séduisant dans la voiture, l’observant sous la faible lumière. Il marcha lentement vers lui, s’appuya sur la vitre et plaça la cigarette qu’il tenait entre ses doigts dans la bouche de Fan Xiao.

L’homme, après avoir pris la bouffée, se risqua. Il prit le bras de You Shulang de sa main libre pour l’attirer et l’embrassa. « Shulang, aie pitié de moi. Aide-moi. »

You Shulang écarta Fan Xiao, mais acquiesça verbalement : « D’accord, je vais t’aider. »

Cependant, son aide se limita aux mots. Donnant des instructions depuis l’extérieur :

« Un peu plus bas. Ne pousse pas trop fort. Tire seulement. »

« Puis utilise les bouts des doigts pour caresser vers le haut. »

Les flammes dansaient sauvagement et le dos de Fan Xiao se tendit.

« Shulang », haleta Fan Xiao, la voix entrecoupé, presque au bord de l’effondrement, » je veux aller plus vite. »

You Shulang, la cigarette à la main, regarda l’homme qui suppliait à voix basse et sourit avec ironie. « Tiens bon. »

Puis il ordonna : « Fais des cercles avec les doigts, frotte doucement. »

On aurait dit qu’il alternait sans cesse entre le paradis et l’enfer, le menant au bord de la folie. Ignorant les règles et les ordres, Fan Xiao pressa ses lèvres contre la personne dehors de la vitre de la voiture. « Shulang, je ne peux plus. »

Alors que l’homme tremblait légèrement, l’expression délibérément froide de You Shulang s’adoucit enfin. Il pressa ses lèvres contre celles de Fan Xiao, soupira doucement et murmura : « Inutile. »

Il jeta la cigarette de côté et passa sa main par la vitre de la voiture, faisant perdre le contrôle à l’homme rapidement.

Dans la voiture, faiblement éclairée, seule la respiration haletante de Fan Xiao se faisait entendre. La portière les séparait ; l’un était assis, l’autre debout, leurs regards se croisant dans une danse de domination et de soumission. Leurs respirations chaudes s’entrelaçaient dans l’air.

You Shulang se pencha pour embrasser l’homme, lui demandant juste avant que l’esprit de Fan Xiao ne se brise : « M’aimes‑tu, Fan Xiao ? »

« Oui, je t’aime tellement que j’aimerais que nous puissions vieillir ensemble en une seule nuit. » (NT : idiome décrivant un amour si intense qu’il défie le temps).

You Shulang approfondit le baiser, et répondit finalement entre les doux gémissements de Fan Xiao : « Je t’aime aussi, énormément. »

Apparemment, You Shulang avait utilisé la mauvaise drogue ; le problème de Fan Xiao ne se résolut pas mais devint encore plus insupportable. Il demanda nerveusement : « Devons‑nous… aller à l’hôpital ? »

« Hôpital ? » Fan Xiao tira You Shulang vers le siège passager, puis se mit au volant et se couvrit avec sa veste de costume. « On retourne à l’hôtel. Le bain de roses sauvages nous attend encore. »

You Shulang ressentit soudain un pincement de regret en réalisant qu’il s’était vraiment mis dans un sacré pétrin cette nuit.

La voiture glissa rapidement dans les rues désertes, se dirigeant à toute vitesse vers un futur imprégné du parfum des roses sauvages.

 

Traduction: Darkia1030