Political scheming - Chapitre 12 - Je n'arrivais pas à trouver un titre
La réponse de Lu Ping fut catégorique. « Je ne me préparerai pas. »
« Il y a tellement de personnes brillantes au Pavillon Baihu, je ne suis même pas sûr d’être sélectionné. D’ailleurs, cette épreuve combinée est destinée à être vue par l’Empereur. Ceux qui cherchent à se faire une place ou à obtenir une promotion donneront tout pour obtenir un rang. Moi, je n’en ai pas besoin, alors pourquoi irais-je me précipiter pour participer à l’agitation ? »
Ce disant, Lu Ping trouva que ses paroles n'avaient peut-être pas pleinement exprimé ce qu’il voulait dire : non seulement il n’en avait pas besoin, mais il n’en avait de toute façon pas la capacité. Il se mit à rire. « Pour l’épreuve écrite, je pourrais encore faire de mon mieux, mais pour l’épreuve martiale, mieux vaut ne rien attendre de moi. »
Le lendemain, la nouvelle de l’épreuve combinée entre les grandes familles, l’Académie impériale et le camp d’entraînement militaire se répandit dans toute la ville de Qi’an. L’Académie impériale était en effervescence, et le camp d’entraînement militaire intensifia également ses exercices quotidiens. Les jeunes gens des grandes familles de toute la ville disparurent comme par enchantement des lieux de divertissement pour se rassembler dans les terrains d’entraînement et les académies privées.
Tout le monde disait qu’il s’agissait d’une compétition qui, sous couvert d’un simple échange, était en réalité une confrontation entre les grandes familles et les lettrés, et que le résultat influencerait la décision de l’empereur concernant le système de transmission héréditaire des charges. Cela lui conférait donc une importance particulière.
Ces jours-ci, Lu Ping continuait, après les cours au Pavillon Baihu, à se rendre à la bibliothèque de livres pour chercher des ouvrages. Il poursuivait ses commentaires, recopiant des passages du Nanhua Jing, allant du chapitre “Le Monde des hommes” jusqu’à “La Vertu parfaite”. Chaque fois qu’il tombait sur une phrase d’une subtilité éblouissante qui l’éclairait soudain, il ajoutait ses propres remarques en dessous.
Un jour, une réponse l’attendit dans son compartiment à livres. Non seulement son correspondant lui répondit, mais il accorda également une très haute estime aux nouveaux commentaires.
« Transformation de soi et du monde extérieur se fondent, la mort et la vie ne font qu’un, on ne craint ni faveur ni disgrâce, on n’aspire ni à la noblesse ni à l’humble condition, on ne manifeste ni goût ni aversion, on ne détermine ni ce qui est bien ni ce qui est mal… » Lu Ping lut chaque phrase, un mot après l’autre, et vit à la fin une phrase nouvellement ajoutée : « Je vous souhaite respectueusement paix et santé. »
(NT : La phrase écrite par Yan Ren résume l’idéal taoïste de l’« oubli de soi » et de l’harmonie avec le Dao : en dépassant toute dualité (vie/mort, statut social, goûts personnels, jugements moraux), on atteint une liberté intérieure absolue où le soi se fond dans l’unité du monde.)
Il reposa les commentaires et dit à Da Sheng : « Bien que cette personne soit d’accord avec mon point de vue, elle me conseille aussi de ne pas rechercher à l’excès l’idéal de détachement absolu, mais de saisir les opportunités et de réfléchir à long terme pour pouvoir un jour réaliser ma liberté. »
« … Votre serviteur trouve que son conseil est judicieux », dit Da Sheng.
Lu Ping resta un moment pensif, trempa son pinceau, réfléchit, puis rédigea sa réponse.
Les jours suivants, il échangea plusieurs lettres avec cette personne. Il finit par comprendre qu’elle retournait au Pavillon Baihu environ une demi-heure après la fin des cours. Parfois, elle était sans doute retenue par quelque affaire, et ce jour-là il n’y avait pas de lettre. Lui-même, quand la paresse le gagnait, n’écrivait pas de nouveaux commentaires.
Leurs échanges épistolaires étaient à la fois décontractés et d’une sincérité profonde. Ce petit espace confiné derrière un paravent et ce compartiment à livres étaient restreints, contenaient peu de choses, mais étaient plus vastes que le ciel et la terre.
Au banquet de la cour pour la fête de la mi-automne, Lu Ping revit l’empereur pour la première fois depuis plusieurs mois. Mais même lors de ce banquet familial organisé dans le palais, il fut encore assis à la périphérie, éloigné.
L’empereur évoqua l’épreuve combinée à venir. Lu Jing, ainsi que Lu Zhi, Lu Fang, Lu Qiang et d’autres, s’empressèrent tous de l’informer des préparatifs qu’ils avaient faits ces derniers jours. Lu Ping savait que l’empereur ne l’appellerait pas à répondre, aussi ne prit-il pas la peine de préparer ses mots. Effectivement, jusqu’à la fin du banquet, l’empereur ne fit pas attention à lui.
L’épreuve combinée commença par la joute martiale, qui eut lieu au terrain d’entraînement situé près de l’étang Taiye, dans le palais. La veille de l’épreuve martiale, Lu Ping se rendit au terrain d’entraînement du palais de l’Est pour regarder Lu Jing s’entraîner.
« Neuvième Prince, Son Altesse le prince héritier est en train d’affronter à la lance le jeune maître de la famille Yan », l'informa un eunuque aux côtés de Lu Jing.
Yan Ren ?
Lu Ping savait seulement que Yan Ren s'était rapproché récemment de Lu Qiang, mais il n’avait pas entendu dire qu’il était également familier de Lu Jing. Il franchit la porte principale et entendit au loin le tintement des lances qui s’entrechoquaient. Deux silhouettes tournoyaient sur la plateforme d’entraînement, leurs lances portant et parant les coups.
À côté, quelqu’un n’arrêtait pas d’applaudir : c’était Lu Qiang.
Dès que Lu Qiang vit Lu Ping, elle leva les yeux au ciel et ricana : « Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »
Lu Ping dit : « Je viens voir Son Altesse le Prince héritier. Ma huitième sœur ne vient d’habitude pas ici, elle ne peut donc pas savoir que je viens souvent. »
Lu Qiang saisit le sous-entendu. Elle était proche de Lu Zhi, Lu Fang et des autres, mais n’entretenait qu’une relation superficielle avec Lu Jing, échangeant à peine quelques paroles avec lui. Pourtant, elle se trouvait ici par hasard. Elle renifla froidement et expliqua avec arrogance : « Je me promenais simplement dans le palais avec le jeune maître Yan. Il a dit qu’il voulait voir Son Altesse le Prince héritier, alors je l’ai suivi, c’est tout. »
Lu Ping ne dit rien et s’assit avec elle dans le kiosque pour regarder l’affrontement sur la plateforme.
Lu Qiang applaudissait sans cesse, excitée : « Le jeune maître Yan est vraiment fort ! Bientôt il va gagner ! »
Lu Ping, indifférent, constata : « Je trouve plutôt que mon frère l’héritier a un léger avantage. »
Lu Qiang répondit sèchement: « Balivernes ! Regarde comme le jeune maître Yan est beau et élégant ! »
Lu Ping laissa échapper un « Hé hé » et ne voulut plus débattre avec elle.
Au loin, Yan Ren fit un saut périlleux sur une seule main puis frappa l’avant-bras de Lu Jing, qui para rapidement d’un coup sec. Les deux lances restèrent suspendues en l’air, immobiles, en opposition pendant un long moment. Finalement, Yan Ren relâcha son effort et laissa délibérément Lu Jing gagner.
Des serviteurs du palais leur tendirent des linges pour s’essuyer. Les deux hommes posèrent leurs lances et descendirent côte à côte tout en discutant. Lu Jing semblait dire qu’il n'avait pas combattu avec une telle intensité depuis longtemps. Yan Ren l’invita alors à venir un autre jour au terrain d’entraînement de Shuofang. Lu Qiang releva sa robe et s’élança vers eux, adressant un doux sourire à Yan Ren.
Lu Jing demanda : « Demain, l’épreuve commencera par le combat. Qiang’er, as-tu l’intention de participer ? »
Lu Qiang releva fièrement la tête : « Bien sûr que oui ! Voilà un mois que je m’entraîne tous les jours avec le fouet, je ne suis plus la petite demoiselle sans force dont les mains ne pouvaient même pas ligoter un poulet! » Puis, avec une pointe de pudeur, elle ajouta : « C’est grâce au jeune maître Yan qui m’a souvent entraînée personnellement, que j’ai pu progresser si vite… »
Lu Jing la rappela à la prudence : « Les jeunes filles de la famille Huo sont toutes très douées en arts martiaux, tu ne dois pas les prendre à la légère. »
Lu Ping était assis près de la table à thé, buvant tranquillement, lorsqu’une personne vint soudain s’asseoir à ses côtés. Yan Ren déposa son linge, prit un grand bol, et demanda avec intérêt : « Comment la Neuvième Altesse se prépare-t-elle pour la joute martiale de demain ? Comptes-tu montrer ton talent ? »
Lu Ping répondit : « Non. »
Yan Ren : « … »
Lu Qiang éclata de rire : « Il ne sait pas faire d’arts martiaux, jeune maître Yan, ne le mettez pas dans l’embarras »
Yan Ren était incrédule: « … Vraiment ? »
Lu Ping déclara sans la moindre pudeur : « C’est vrai. »
Yan Ren n’en revenait toujours pas, il insista : « Alors comment feras-tu demain si tu es appelé sur le terrain ? »
Lu Ping, tout en battant le thé avec un geste continu et arborant un sourire affable, parla avec aisance : « Demain, j’aurai mal à la tête, je ne me sentirai pas bien, j’irai le dire au responsable des études et ce sera réglé. »
Lu Jing secoua la tête en souriant, impuissant, tandis que Lu Qiang décochait un regard méprisant à Lu Ping. Le visage de Yan Ren s’assombrit encore, partagé entre agacement et incrédulité.
Lu Ping tendit le thé qu’il venait de battre à Lu Jing. Yan Ren leva la tête et vida d’un trait le bol de thé grossier qu’il tenait à la main. Il demanda alors : « Tu fais souvent cela ? »
(NT : Battre le thé, c’est à dire fouetter la poudre de thé dans de l’eau chaude pour produire une mousse, demande un bon contrôle du poignet, du rythme et de la pression pour obtenir une mousse fine et homogène, sans bulles grossières ni séparation de l’eau et de la poudre.)
Ne sachant pas à qui la question s’adressait, Lu Ping préféra se taire. S’il en était le destinataire, il ignorait si elle portait sur sa manière de préparer le thé ou sur sa résolution d’éviter l’épreuve martiale. Il choisit donc simplement de garder le silence.
Yan Ren reprit enfin la parole, cette fois sur un ton où perçaient la déception et une forme de résignation. « Fais à ta guise. »
Lu Ping, troublé, ne comprit pas ses paroles. Après réflexion, il tendit un nouveau bol de thé : “ Pour le jeune maître. »
L’expression de Yan Ren s’adoucit légèrement. Il haussa un sourcil en examinant la boisson ; l’art n’était pas parfait, mais restait honorable. Il l’accepta avec un sourire en coin. « Je préfère d’ordinaire un thé bien plus clair, mais puisque Son Altesse l’a préparé spécialement pour moi, je reçois volontiers cette marque de faveur du neuvième prince. »
(NT : ‘thé clair’ veut dire un thé infusé, au goût plus léger que le thé battu qui est plus épais)
Lu Ping : « … »
Lu Qiang jeta un coup d’œil à la mousse à la surface de la tasse et ricana : « Pff, quelle sorte de thé est-ce là ? Jeune maître Yan, attendez un instant, vous goûterez le mien, il sera bientôt prêt ! » Elle fit tournoyer le fouet à thé dans ses mains avec une dextérité consommée.
Mais Yan Ren en prit pourtant une gorgée et déclara, amusé : « Il est vraiment excellent. »
Le visage de Lu Qiang s’assombrit immédiatement.
Après encore quelques instants, Zong Yun s’approcha pour leur annoncer que les portes du palais allaient bientôt se refermer pour la nuit et qu’il convenait de se préparer à partir.
Lu Jing proposa alors avec chaleur : « Pourquoi ne pas t’installer au pavillon Anren pour la nuit ? Demain matin, nous nous rendrons directement au terrain d’entraînement. De ton côté, le chemin est long, passer la nuit ici serait bien plus commode. Même en partant un peu plus tard, nous serons à l’heure. »
Yan Ren le remercia mais déclina poliment l’invitation.
À ces mots, le visage de Lu Qiang s’illumina d’un vif enthousiasme. Elle se rapprocha vivement de Yan Ren : « Jeune maître Yan, pourquoi ne pas rester dans mes appartements ? Ils sont encore plus près du terrain d’entraînement ! »
Lu Jing lui lança sur un ton moqueur : « Ne sois pas ridicule, Qiang’er, cela ne serait pas convenable. »
Lu Qiang fit la moue, manifestement déçue.
Lu Jing poursuivit : « Maître Yan, ne va pas chercher ailleurs. La salle annexe du palais de l’Est est libre, et ce soir la cuisine a préparé des oranges farcies au crabe et une soupe de poulet aux feuilles de lotus. Partageons ce repas tous ensemble, la convivialité n’en sera que plus agréable. »
À ces mots, les yeux de Lu Ping s’illuminèrent et il reposa aussitôt sa tasse.
Lu Jing le désigna du doigt d’un air narquois : « Je sais bien que tu ne peux jamais résister aux oranges farcies au crabe. Regarde-toi, tu en as presque l’eau à la bouche. »
Yan Ren jeta un coup d’œil à Lu Ping, un sourire discret aux lèvres, puis se tourna vers Lu Jing : « Merci, Votre Altesse. On dirait bien que Zikeng va se régaler ce soir. »
De bonne humeur, Lu Jing donna l’ordre à un serviteur de prévenir les cuisines, et tous quatre retournèrent tranquillement ensemble.
En chemin, Yan Ren fit remarquer : « La princesse a raison : demeurer près des terrains d’entraînement est effectivement plus commode. »
Bien que son ton fût neutre, ces paroles jetèrent Lu Ping dans une profonde perplexité. Qu’un homme passe la nuit chez une princesse ? En quoi cela pouvait-il être convenable ? À moins que l’Empereur et la mère de Lu Qiang n’eussent déjà scellé son union avec Yan Ren, rendant une telle proposition acceptable ?
Lu Qiang, radieuse, s’exclama : « Jeune maître Yan, ma suggestion est donc judicieuse ? Je vais tout faire préparer sans tarder… »
Mais avant qu’elle n’ait achevé sa phrase, Yan Ren eut un petit rire et se tourna vers Lu Ping, une lueur malicieuse dans le regard. Changeant de sujet, il déclara : « J’ai entendu dire que la résidence de Son Altesse se trouve dans les quartiers nord, tout près de l’étang Taiye, à deux pas du terrain d’entraînement. »
Lu Ping s’immobilisa net.
Lu Jing et Lu Qiang se retournèrent, surpris, leurs regards fixés sur lui.
Percevant la raideur de Lu Ping, Yan Ren se pencha imperceptiblement vers lui. Son souffle tiède effleura son oreille tandis qu’il murmurait d’une voix aussi douce qu’une brise printanière frôlant la surface de l’eau : « Je me demande… Votre Altesse serait-elle disposée à accorder à Zikeng un lieu de repos pour la nuit ? »
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« À l’attention de Liu’an :
La joie que m’a procurée votre lettre m’a fait l’effet de retrouvailles après une longue séparation.
À la veille de l’épreuve combinée, les discussions du monde s’élèvent comme une poussière tumultueuse; le système de transmission héréditaire des privilèges est critiqué et moqué par les lettrés roturiers.
Pourtant, le Pavillon Baihu n’a toujours pas su imposer une voix unique.
À mon humble avis, on ne peut se contenter de suivre aveuglément soit l’abolition pure et simple, soit la stricte conservation des règles établies ; il faudrait plutôt un compromis et une réforme réfléchie.
À la cour, les avis sont multiples et les affaires emmêlées comme un écheveau de fils trop nombreux. Qu’en pensez-vous ? Par quelle méthode mener cette réforme ?
Je vous souhaite un automne paisible et j’attends votre réponse.
Respectueusement, Yuan Shan. »
Traduction: Darkia1030
Check: Hent_du
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