Political scheming - Chapitre 13 - Je ne cherche pas à progresser
À l’heure où le jour déclinait, lorsque Yan Ren se tint devant la simple porte de planches de bois du pavillon Cangzhu, la stupeur le laissa longtemps sans voix.
Le silence était assourdissant.
Après un long moment, il finit par désigner cette porte du doigt et demanda à Lu Ping : “C’est donc ici que vous vivez ?”
Lu Ping répondit d’un ton froid : “C’est le jeune maître lui-même qui a exigé de venir; il est encore temps de faire demi-tour et d’aller trouver Son Altesse le Prince héritier.”
Plus tôt, lors du dîner au Palais de l’Est, Lu Ping avait déjà refusé à plusieurs reprises et avec tact la demande de Yan Ren; mais celui-ci avait manœuvré avec insistance, chaque parole étant chargée de sous-entendus. Lu Jing, qui avait initialement cru ces deux-là en mauvais termes, comprit qu’il ne s’agissait que de rumeurs, et encouragea lui aussi Lu Ping à accepter.
Yan Ren toussa deux fois, passa les mains derrière le dos et hocha la tête en feignant l’admiration : “Cela a un certain charme rustique, une saveur champêtre particulière; c’est fort rafraîchissant.”
Da Sheng ouvrit la porte en tenant une lanterne. À l’intérieur, Qiu Shui et Zhi Le attendaient déjà; en voyant ce grand gaillard qu’était Yan Ren, elles tombèrent aussitôt à genoux, ne sachant que dire.
Lu Ping déclara d’un ton neutre : “Voici le jeune maître Yan; il passera la nuit ici. Il se fait tard, et demain le jeune maître devra déployer tout son talent; pourquoi ne pas te laver et te reposer de bonne heure ?”
Lorsque Lu Ping prononça les mots « jeune maître Yan », Zhi Le faillit perdre l’équilibre en restant à genoux; le visage de Qiu Shui devint livide, mais elle tira discrètement la manche de Zhi Le pour qu’elle se contienne.
Yan Ren ne remarqua rien et regarda autour de lui : “Y a-t-il assez de place dans ces pièces ?”
Lu Ping le regarda fixement.
Yan Ren lui rendit son regard.
Lu Ping esquissa un sourire : “Naturellement que non. Nous sommes une humble maisonnée avec seulement trois pièces : une pour moi, une pour Da Sheng, et une pour les servantes et la nourrice; il n’y en a pas davantage.”
L’expression de Yan Ren devint étrange : “Il n’y a que quatre domestiques dans ta cour ?”
Lu Ping répondit : “Ce n’est pas peu; c’est suffisant pour s’occuper de moi seul.”
Un silence retomba.
Yan Ren se tourna vers Da Sheng : “Tu ne montes pas la garde de nuit pour ton maître ?”
Lu Ping répondit : “Dans notre pavillon Cangzhu, nous n’avons pas cette règle.”
Yan Ren demanda alors : “Alors, où vais-je dormir ce soir ?” »
« Lu Ping esquissa un léger sourire : “jeune maître, ne crains rien; tu es un fils de comte d’une noblesse précieuse comme l’or et le jade, comment pourrait-on te laisser dormir dehors, avec le ciel pour toit et la terre pour lit? Naturellement, tu partageras ma chambre.”
Yan Ren haussa les sourcils, surpris, puis sourit à son tour : “Je vous remercie, Votre Altesse.” (NT : utilisation du vous honorifique dans le texte original)
Les domestiques firent donc chauffer de l’eau; Yan Ren prit son bain dans la chambre de Lu Ping, tandis que ce dernier se lavait dans celle de Da Sheng. Une fois leurs ablutions terminées, Lu Ping revint dans sa chambre; après que les serviteurs eurent emporté les ustensiles, Yan Ren, vêtu de ses habits de dessous, s’assit sur le lit.
Les vêtements qu’il portait avaient été spécialement envoyés par Lu Jing; avec la stature de Lu Ping, le pavillon Cangzhu ne possédait tout simplement pas d’habits adaptés à Yan Ren.
Yan Ren replia les jambes, croisa les bras et regarda Lu Ping : “J’ai une question.”
“Je t’écoute, jeune maître.”
Yan Ren balaya la pièce du regard : “Il n’y a qu’un seul lit ici; Son Altesse n’a-t-elle pas prévu de faire étendre un matelas au sol ?”
Lu Ping fit signe vers la porte; Da Sheng et Qiu Shui apportèrent un rouleau de natte en bambou. Lu Ping déclara : “Pour être franc avec le jeune maître, nous n’avons ici que des nattes de bambou en surplus, pas de matelas moelleux; le jeune maître souhaite-t-il dormir sur une natte de bambou ?”
La natte, une fois déployée, ne permettait de coucher qu’une seule personne; avec un oreiller et une couverture jetés dessus, le tout était si rudimentaire qu’on peinait à soutenir le regard.
Yan Ren se leva, marcha pieds nus jusqu’à la natte et dit lentement : “Tu as le cœur bien dur.”
Lu Ping haussa la voix : “Deux choix pour le jeune maître : premièrement, dormir sur la natte; deuxièmement, sortir et suivre le petit chemin tout droit : vers le sud, tu atteindras le palais Anren; vers l’ouest, les appartements du troisième prince.”
Yan Ren demanda : “Et si je voulais un troisième choix ?”
Lu Ping, à bout de patience, répondit : “Yan Ren, n’exagère pas ! Que je dorme par terre pendant que tu prends le lit ? D’où te vient l’audace de faire une telle demande ?”
Dès qu’il se mettait en colère, ses joues devenaient toutes rouges; après cette tirade, il respira légèrement plus vite. Yan Ren, lui, restait imperturbable; avec un sourire, il fit deux ou trois pas, s’assit au bord du lit, caressa doucement la couverture déjà bien étendue et murmura : “Ce lit est assez grand… il semble, peut-être, qu’il pourrait accueillir deux personnes…”
Lu Ping : “…”
Finalement, Da Sheng apporta plusieurs livres du cabinet d’étude et les empila au milieu du grand lit pour former une frontière de Chu et Han, chacun dormant d’un côté.
(NT : désigne une ligne de séparation nette et infranchissable entre deux camps, par allusion à la division stratégique entre les royaumes de Chu et de Han durant leur guerre à la fin de la dynastie Qin )
Sous sa couverture, Lu Ping réfléchissait sans comprendre.
Ce Yan Ren, même s’il lui avait autrefois offert un pendentif aux deux lapins pour le taquiner, était de nature frivole; il aurait dû depuis longtemps ne plus y penser. Pourquoi était-il aujourd’hui si étrange ? Serait-il encore attaché à lui ?
À cette pensée, Lu Ping serra fermement sa couverture et frissonna légèrement.
À ce moment précis, la voix de Yan Ren parvint par-dessus les livres empilés : “Neuvième Altesse, j’ai encore quelques questions.”
“Jeune maître, tu as vraiment beaucoup de questions.”
Yan Ren sourit : “Je suis vraiment curieux; si je ne dissipe pas ces doutes, je ne pourrai dormir.”
Lu Ping répondit d’une voix sourde : “Je t’écoute.”
Yan Ren se retourna, sa voix se rapprochant : “Première question : pourquoi vivez-vous dans un endroit aussi retiré et… simple ? Est-ce toi qui as choisi cette cour ?”
Lu Ping ferma les yeux et récita : “Cette demeure est modeste, mais ma vertu la rend précieuse… ”
(NT : citation célèbre de l'essai «Inscription sur une humble demeure » ( 陋室铭, Ling Shou Ming) écrit par Liu Zongyuan pendant la dynastie Tang,qui valorise la vertu intérieure plutôt que le luxe matériel.)
Yan Ren éclata de rire, faisant trembler tout le lit.
Lu Ping dit froidement : “Ce lit atteint déjà sa limite avec deux personnes; s’il venait à s’effondrer, tu m’en apporteras un nouveau en pleine nuit.”
Yan Ren toussa deux fois et se calma.
Lu Ping ajouta : “Après que mon frère aîné ait quitté le palais de notre mère pour le Palais de l’Est, je suis venu m’installer ici de mon propre chef. C’est un choix qui me convient parfaitement. Quelqu’un comme toi, jeune maître, ne saurait en comprendre les avantages.”
“Je crois que je comprends, du moins un peu” répondit Yan Ren. Il réfléchit un instant, croisa les bras derrière la tête et fixa le plafond. “Deuxième question : pourquoi n’apprends-tu pas les arts martiaux ? Je ne crois pas qu’au départ tu n’aies pas eu de maître.”
Le sommeil gagnait Lu Ping, qui ferma les yeux.
“Cette épreuve comporte les techniques, le tir à l’arc et l’équitation; ce sont des disciplines que tous les enfants de grandes familles apprennent dès l’enfance, a fortiori toi, Neuvième Altesse. Même si tu es peu considéré au palais, un prince ne peut être privé d’enseignants. »
Après une pause, il poursuivit pensivement : « Tu as dit ne pas savoir monter à cheval, puis ne pas savoir combattre; alors que sais-tu faire ? Le tir à l’arc, au moins ? Si tu ne participes à aucune des trois épreuves, tu deviendras la risée du troisième et du quatrième prince. Participe au moins à une ou deux.”
Les paroles de Yan Ren se transformaient en fragments indistincts, entrant par une oreille et sortant par l’autre. Lu Ping ne savait pas depuis combien de temps l’autre parlait ; dans un demi-sommeil, il entendit Yan Ren frapper doucement la muraille de livres : “Neuvième Altesse, tu n’as pas encore répondu à mes questions; tu ne peux pas dormir.”
Lu Ping fut réveillé par ces mots et marmonna : “Ce n’est pas que je ne veuille pas apprendre, c’est que je n’y parviens pas.”
“Il n’existe aucun art qu’on ne puisse pas apprendre; il est évident que tes maîtres étaient incompétents,” rétorqua Yan Ren, soudain inspiré. “Si Son Altesse ne sait pas, je peux t’enseigner.”
Lu Ping répondit : “Ce ne sera pas nécessaire…”
Yan Ren poursuivit : “Nombreux sont ceux qui souhaitent devenir mes disciples, et je les refuse; Altesse, ne veux-tu vraiment pas essayer ?”
Lu Ping répondit : “Je ne veux vraiment pas apprendre…”
Yan Ren se tut un instant, puis dit : “Comment dit-on déjà… ‘le bois pourri ne peut être sculpté’?”
Lu Ping, très somnolent, se força à garder les yeux ouverts : “Merci de me comparer à du bois pourri. As-tu d’autres questions ? Poses-les toutes, j’y répondrai, puis nous dormirons.”
“Dernière question,” dit Yan Ren. “Quel est ton rêve ?”
Lu Ping ouvrit les yeux. Allongé du côté intérieur du lit, il voyait la lumière des bougies filtrer à travers le rideau comme une brume légère, mais cela lui paraissait étrangement lumineux et éveillant.
Il répondit par une question : “Et le rêve du jeune maître ?”
Du côté opposé, on entendit un léger bruit; Yan Ren baissa les bras : “Mon rêve… est de devenir un grand général invincible.”
Dans le calme profond de la nuit, sa voix s’adoucit.
Lu Ping répondit sincèrement : “Mon rêve est de devenir un prince oisif, passant ses journées à manger, boire et s’amuser.”
De l’autre côté, le silence s’installa.
Yan Ren resta silencieux un instant puis rompit le silence dans un murmure: « Tu manques d’ambition. »
« Tu ne sais pas profiter de la vie. »
Après un long silence, Yan Ren dit à voix basse : « Pour moi, progresser, c’est justement une forme de plaisir. Qu’on soit fils de rois et de marquis, enfant illégitime, ou simple homme du peuple, l’origine d’une personne ne se choisit pas. Si c’était moi, même enfermé dans une prison semblable à un bourbier, je ne me contenterais pas de lutter, je voudrais encore m’envoler. »
Lu Ping enchaîna : « Tu es quelqu’un d’impressionnant, je le sais. Ton souhait se réalisera certainement. »
« Merci, mais je parle de toi. » Yan Ren se redressa soudain, prenant appui sur un bras, soutenant sa tête de l’avant-bras, et, à travers le mur de livres, observa attentivement l’obscurité presque sans lumière de l’autre côté.
Lu Ping remarqua son mouvement et se tourna aussitôt en tirant la couverture sur lui :
« De quoi tu te mêles ? »
« Très bien, je ne m’en mêle pas. Tu fais comme tu veux. » Un rire étouffé monta de l’autre côté de la couette.
Lu Ping avait toujours l’impression que Yan Ren se moquait de lui. Plus il y pensait, plus cela l’agaçait; sa somnolence s’en trouva diminuée de moitié. Il ne put que rester là, l’esprit embrouillé, à penser à mille choses, jusqu’à ce que la respiration de l’autre devienne régulière — mais son propre esprit restait clair.
« Attends… »
Il se souvint enfin qu’il avait oublié quelque chose.
Après le cours au pavillon Baihu, Lu Ping n’était pas resté pour rédiger son commentaire; il s’était contenté d’aller derrière le paravent ouvrir le compartiment à livres et d’en retirer la réponse que lui avait laissée le seigneur Yuanshan.
Ces derniers jours, ils avaient échangé sans cesse autour du Nanhua jing et du Shishuo xinyu, écrivant pas moins d’une vingtaine de lettres. Ensuite, ils avaient simplement utilisé des enveloppes pour éviter de les perdre. Lu Ping avait glissé l’enveloppe dans sa manche, et, de retour à la cour de Cangzhu, l’avait déposée dans l’étude sans avoir encore eu le temps de la lire.
Il pensa qu’il devait la lire pour pouvoir dormir tranquille.
Il se leva discrètement, souleva la couverture, se glissa par l’espace laissé libre au bout du lit — là où les livres n’étaient pas empilés — et se retrouva sur la couverture de Yan Ren. Il redoubla de prudence, tâtonnant pour trouver comment enjamber ses longues jambes et descendre du lit.
Dans l’obscurité, Yan Ren parla : « Qu’est-ce que tu fais ? »
Lu Ping sursauta : « Tu ne dors pas encore ? »
Yan Ren laissa échapper un léger rire : « Alors, tu comptes faire quoi ? »
Sa voix, légèrement nasillarde, avait une nuance de désinvolture, ce qui irrita aussitôt Lu Ping : « Ne va pas t’imaginer n’importe quoi, je vais aux latrines ! »
Puisque Yan Ren ne dormait pas, il n’avait plus besoin de faire attention; il voulut passer directement, mais Yan Ren leva lentement le genou gauche pour lui bloquer le passage.
Lu Ping exigea : « Baisse ta jambe. »
Yan Ren ne répondit pas.
Lu Ping ne voulut pas discuter davantage; il rampa vers le centre du lit. Dans l’obscurité, il distingua vaguement un abdomen plat devant lui, et passa une jambe par-dessus, franchissant Yan Ren.
Un rire indistinct retentit au-dessus de lui.
Lu Ping leva la tête et croisa le regard de Yan Ren — ses yeux, brillants comme du jade poli, le fixaient dans l’obscurité. Son souffle se suspendit; il n’osa plus bouger, puis détourna les yeux.
Dans la confusion encore teintée de sommeil, il vit le sourire dans les yeux de Yan Ren devenir d’abord surpris, puis se calmer, avant de revenir : « Si tu ne descends pas tout de suite, je vais vraiment croire que tu as d’autres intentions. »
Lu Ping bondit; après avoir passé l’autre jambe, il sauta rapidement du lit, manquant de trébucher, se rattrapant de justesse — une série de gestes maladroits qui fit trembler Yan Ren de rire sous la couverture.
Dans l’obscurité, Lu Ping lança plusieurs regards noirs vers le lit, puis enfila ses chaussures et sortit.
« Attends », dit Yan Ren.
Lu Ping, agacé : « Qu’est-ce que tu veux encore ? »
« Mets une cape avant de sortir, il fait froid dehors. »
« … »
Lu Ping décrocha une cape du porte-manteau, l’enfila, prit une lampe et se rendit jusqu’à l’étude. Sur la table, il trouva l’enveloppe récupérée plus tôt au pavillon Baihu, l’ouvrit et se mit à lire à la lumière de la bougie.
L’écriture de Yuanshan était, comme toujours, ample et élégante, tout en étant structurée — une cursive que Lu Ping admirait sans pouvoir l’imiter. Tout en louant cette écriture, il lit les commentaires et réflexions qui lui étaient adressés : deux pages denses.
À la fin, le ton changeait soudain et évoquait l’examen martial du lendemain.
« L’examen martial va commencer; je vous souhaite que tout se passe bien, que vous avanciez avec prudence tout en progressant, que votre ardeur soit éclatante, et que vous remportiez la victoire dès le premier engagement. J’attends de bonnes nouvelles. »
Ce passage final fut à la fois une surprise et une source de trouble. Lu Ping resta silencieux.
À l’origine, il n’avait pas prévu de participer à l’épreuve de combat du lendemain.
Mais cette personne semblait attendre beaucoup de lui et avoir pleine confiance en ses capacités. S’il n’obtenait aucun résultat, comment pourrait-il répondre à cette lettre ?
Il pensait que « Yuanshan » comprendrait son idée de non-agir et d’inutilité, exprimée dans ses commentaires; mais au fil de leurs échanges, « Yuanshan » semblait seulement comprendre sans réellement partager ce sentiment, et l’encourageait même, de manière subtile, à agir et à se rendre utile.
Lu Ping posa la lettre et fixa la flamme de la bougie, pensif.
« Il espère que je participe au combat… » murmura-t-il.
–
Lettre de Liu’an
À Yuan Shan :
« Sous le vent d’automne finissant, je vous adresse une branche de bégonia en présent (NT : geste littéraire de courtoisie). La question du système successoral n’est pas mon domaine, mais puisque vous m’interrogez, je me permets d’exposer brièvement mon humble avis.
Premièrement, transformer l’hérédité perpétuelle en un système de rétrogradation progressive : en l’absence de mérites civils ou militaires, et en cas de médiocrité, le rang serait abaissé à chaque génération jusqu’à sa disparition.
Deuxièmement, adapter la succession selon les circonstances : si un héritier fait preuve de talent et de diligence, on peut exceptionnellement maintenir le titre, puis rétrograder progressivement les descendants; en revanche, ceux qui abusent du pouvoir à des fins personnelles et causent de graves torts seraient déchus définitivement.
Troisièmement, élargir l’octroi des titres de noblesse: ceux qui, parmi les hommes intègres, accomplissent des mérites éclatants au service de l’État recevraient des titres transmissibles à leurs descendants.
Ce ne sont que des propos aveugles et des réflexions grossières, offerts pour vous faire sourire.
Liu’an s’incline respectueusement. »
Traduction: Darkia1030
Check: Hent_du
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