Political scheming - Chapitre 42 - Et pourtant, je suis monté sur le trône
À la cour impériale, quiconque avait des yeux pour voir savait que Lu Ping était le moins remarquable et le moins capable des princes impériaux. Autrefois, l’empereur ne lui avait jamais accordé le moindre regard et il n’avait encore moins le moindre rapport avec le prince héritier. À présent, il ne restait plus que lui parmi les fils de l’empereur, chose à laquelle aucun des fonctionnaires civils et militaires de la cour n’aurait pu s’attendre.
Cependant, aussi stupéfaits fussent-ils, ils ne pouvaient que le soutenir pour qu’il devienne empereur, il n’y avait pas d’autre solution.
Le vice-premier ministre de droite du Département des Affaires d’État, Wu Hongyuan, déclara : « Son Altesse ne peut pas se laisser emporter par ses sentiments. À présent que le prince héritier est décédé, que le Prince Wu a été exécuté, que le Prince Yan et le Sixième Prince sont morts brutalement, il n’y a que Son Altesse le Neuvième Prince qui soit capable d’assumer une telle responsabilité ! »
Autrement dit : il ne reste vraiment plus personne sinon ce ne serait vraiment pas à toi de monter sur le trône.
Mais Lu Ping n’avait pas le temps de se préoccuper de ce que ces gens pensaient intérieurement. Il s’empressa de dire : « À la capitale, il reste pourtant le Prince Guangping, le Prince Shuoping et tant d’autres princes et rois de sang impérial ; hors de la capitale, il y a encore… » Il n’arrivait momentanément plus à se rappeler quels autres membres de la famille impériale, descendants des oncles de l’empereur, étaient encore en vie et ajouta donc au hasard : « Il y en a encore beaucoup qui sont plus aptes que moi à devenir empereur ! »
« Que dites-vous donc, Son Altesse le Neuvième Prince ? »
« Son Altesse doit être accablée par un trop grand chagrin. Il est vrai que moi non plus, je ne peux accepter la mort de Sa Majesté… »
Le Prince Guangping et le Prince Shuoping se trouvaient eux aussi parmi les rangs des courtisans. Soudain, attirés par l’attention des autres fonctionnaires autour d’eux, ils s’agenouillèrent tous deux avec effroi et s’écrièrent : « Votre serviteur n’oserait pas ! »
En voyant ces deux princes impériaux, dont le statut avait autrefois été supérieur au sien, s’agenouiller soudainement devant lui, Lu Ping eut réellement envie de se retourner et de fuir cette grande salle.
Finalement, Liang Hansong déclara, comme les autres : « Bien que le Prince Guangping et le Prince Shuoping se soient montrés diligents dans la gestion des affaires politiques, ils ne sont après tout ni des fils de sang de Sa Majesté, ni des descendants de la lignée de l’empereur Wen. Quant à Son Altesse le Neuvième Prince, bien qu’il n’ait jamais été mêlé aux affaires de la cour, il est le fils biologique de Sa Majesté. Élevé depuis son enfance sous la protection de l’impératrice, il est légitime et son accession au trône est conforme à la raison. À l’avenir, il saura assurément, à l’instar du prince héritier, cultiver assidûment sa vertu. Il est donc le seul choix véritablement approprié pour succéder au trône impérial. »
« En effet ! Comment un prince impérial pourrait-il être écarté du trône au profit d'un simple noble ou d'un duc ? »
« Son Altesse ne doit absolument pas se laisser emporter par ses sentiments, elle doit faire passer l’intérêt général avant tout ! »
« Votre serviteur est du même avis ! »
De plus en plus de personnes se levèrent pour exhorter Lu Ping à monter sur le trône. Leurs voix, telles une marée, emplirent peu à peu toute la salle du Palais suprême, jusqu’à en devenir suffocantes. Peut-être était-ce parce qu’il n’avait pas dormi de toute la nuit, mais Lu Ping eut soudain l’impression que toute la grande salle avait été renversée sens dessus dessous.
Réprimant la nausée qui lui donnait envie de vomir, il déclara : « Occupons-nous d’abord des funérailles nationales. Nous en reparlerons plus tard. »
Il n’avait jamais envisagé de devenir empereur et ne désirait pas non plus s’asseoir sur le trône.
Jusqu’alors, il avait toujours été capable de faire des compromis pour préserver la paix. Quoi que les autres lui disaient de faire, il le faisait. Mais sur cette question-là, il ne céderait absolument pas.
Durant les jours qui suivirent, les ministres évoquèrent effectivement très peu son accession au trône.
Mais Lu Ping demeurait malgré tout celui qui dirigeait les affaires. Toute la journée, il faisait des allers-retours entre la salle Taiji et la salle Liangyi, discutant avec les courtisans de l’organisation des funérailles nationales, écoutant les trois tribunaux réunis lui faire rapport sur l’avancement de l’enquête concernant l’affaire de rébellion, puis délibérant à part avec Liang Hansong et plusieurs autres premiers ministres. Ensuite, il allait brûler de l’encens devant les dépouilles de l’empereur et de Lu Jing, avant de ne rentrer au palais Cangdi qu’au milieu de la nuit.
Fu Xuan, commandant de la Garde impériale, demanda audience à Lu Ping et expliqua que, le soir de la rébellion, ses propres soldats l’avaient invité à boire dans le quartier de Dunyi. À l’origine, il ne comptait boire qu’une ou deux coupes avant de retourner au camp de la Garde impériale. Mais après avoir avalé la deuxième coupe, il s’était retrouvé ivre au point de perdre connaissance. Tout comme Fu Yi, il avait été manipulé.
Après avoir livré aux autorités tous les soldats rebelles de la Garde impériale, Fu Xuan décida même de démissionner pour assumer la responsabilité de ses fautes. Lu Ping savait qu’il imputait à sa propre personne la mort de l’impératrice et de Lu Jing. Comme il lui fut réellement impossible de le faire changer d’avis, il finit par accepter de le faire affecter à la préfecture militaire de Luoyi.
Vingt jours plus tard, les longues et complexes funérailles nationales arrivèrent enfin à l’étape du transfert vers le palais funéraire. Le cercueil impérial de l’empereur fut installé au Palais Ziwei, tandis que celui de Lu Jing fut placé au Palais Guanyun.
Devant le Palais Ziwei, un ministre finit par évoquer une nouvelle fois le principe selon lequel « le pays ne peut rester un seul jour sans souverain » et proposa que Lu Ping monte sur le trône et devienne empereur.
Lu Ping était résolu à tenir tête à ces hommes jusqu’au bout. Il secoua la tête et déclara : «Ces derniers jours, j’ai présidé aux rites funéraires de mon père impérial et je sais désormais que je ne suis qu’un homme médiocre et incapable, un bois grossier et inutile et que je suis inapte à cette fonction. Beaucoup de choses ont été mises en désordre sous ma direction, vous l’avez tous constaté. Je n’ai tout simplement pas l’étoffe d’un souverain éclairé. Vous avez raison : le pays ne peut rester un seul jour sans souverain. Alors, puisque nous sommes réunis ici, discutons plutôt dès maintenant de celui des princes impériaux qui serait le plus apte à monter sur le trône. »
Une nouvelle clameur éclata dans toute la salle.
Cela ne semblait manifestement pas être ce que les ministres souhaitaient entendre. Comme Lu Ping l’avait prévu, il regarda des groupes successifs de fonctionnaires s’avancer pour le persuader avec force et avec une sincère insistance.
Lu Ping pensa que l’image de lui comme d’un homme obstiné et incapable d’assumer de grandes responsabilités était désormais profondément enracinée.
« L’empereur défunt est déjà parti sans se retourner et l’ancien prince héritier n’est plus là non plus. À présent, dans tout le Dasheng, personne n’est prêt à assumer la responsabilité de l’intérêt général : voilà donc à quelle situation nous sommes réduits ! »
« Premièrement, le Prince Guangping ne dispose d’aucun testament impérial laissé par l’empereur défunt ; deuxièmement, il ne possède pas de lignée légitime. S’il montait sur le trône, les princes féodaux et les grandes familles nourrissant de mauvaises intentions refuseraient assurément de lui obéir. Ils prendraient pour prétexte de s’opposer à un ordre impérial ; alors, si les préfectures et les districts levaient des troupes et se rebellaient, ce seraient les gens du peuple qui en souffriraient ! »
« Pis encore, cela pourrait conduire à la fragmentation du pouvoir entre les gouverneurs militaires ! Au refus de se soumettre à la cour ! À des guerres incessantes et à une militarisation effrénée ! À l’augmentation vertigineuse du nombre de réfugiés ! À l’abandon des terres cultivées ! À l’instabilité de l’État ! Notre empire du Dasheng est condamné ! Notre peuple du Dasheng est condamné !!! »
« … »
Tous ces gens qui se lamentaient à qui mieux mieux laissaient Lu Ping profondément perplexe.
Ils essaient de me forcer la main ? pensa-t-il.
Il prit un air froid et, le cœur aussi impassible qu’un vieux puits, écouta un à un les ministres parler sans fin et ressasser inlassablement leurs arguments, avant de finalement secouer ses manches et de déclarer : « Commencez par enquêter sur les partisans restants du Prince Wu, nous reparlerons de cette affaire plus tard. »
Le refus de Lu Ping de monter sur le trône se répandit dans toute la ville de Qian’an.
Sans parler des ministres de la capitale, même les gens du peuple se moquaient de lui en secret.
L’empereur était mort, le Prince Wu, le Prince Yan et le Sixième Prince avaient uni leurs forces pour lever une armée et se rebeller et le prince héritier avait été tué par les insurgés. En une seule nuit, les uns étaient morts, les autres avaient péri et parmi les fils de l’empereur, il ne restait plus que lui en vie.
À l’origine, il n’était qu’un prince insignifiant et transparent, dont personne ne se souciait. En un jour, il était devenu l’unique héritier susceptible de monter sur le trône.
Une chance aussi extraordinaire et ce prince stupide refusait pourtant de l’accepter. Il fallait vraiment être idiot.
Lu Ping savait également que tout le monde se moquait de lui en secret en le traitant d’imbécile, mais en public, ils continuaient à le supplier avec insistance d’accepter le trône. Que ce soit dans le palais Taiji ou dans celui de Liangyi, les ministres avaient fini par en avoir la bouche sèche à force de parler, mais lui continuait invariablement à secouer la tête.
Même Liang Hansong consacrait chaque jour le temps d’un bâton d’encens à lui faire de longs discours devant son bureau.
N’en pouvant plus de leurs sollicitations, Lu Ping profita d’un après-midi pour se glisser discrètement hors du palais de Liangyi et se rendre au palais d’Anren, dans le Palais de l’Est.
Dans le palais d’Anren ne vivaient que Fu Yu et Yiwen. Le brasero chauffait à plein régime, Yiwen faisait sa sieste et Fu Yu recopiait des sutras bouddhiques sur une petite table derrière le paravent de la salle extérieure.
Lu Ping s’agenouilla près de la table et demanda : « Yiwen pleure-t-elle encore avant de s’endormir ? »
Fu Yu posa son pinceau et sourit : « Elle ne pleure plus autant qu’avant, mais elle appelle encore parfois son père. Ce n’est pas grave, elle finira par aller mieux. »
Le regard de Lu Ping s’assombrit. Oui, tout finirait par aller mieux peu à peu.
Fu Yu demanda : « Comment se fait-il que tu aies le temps de venir voir Yiwen ? Je te trouve si occupé ces derniers temps que tu as même maigri. Tout à l’heure, je préparerai quelques gâteaux aux fruits et je demanderai à quelqu’un de les apporter au palais de Liangyi pour toi. »
Lu Ping fronça les sourcils : « Je ne veux pas retourner au palais de Liangyi, ces gens sont trop pénibles. »
Il ne put se retenir : le ton de sa voix se brisa et ses yeux se brouillèrent.
Voyant son air accablé, Fu Yu ressentit une profonde peine pour lui : « Je sais. Ces derniers temps, les ministres te pressent tous de monter sur le trône et à l’approche de la fin de l’année, les affaires sont nombreuses. Tu as dû énormément souffrir. »
Autrefois, chaque fois qu’il rencontrait une affaire difficile à résoudre, Lu Ping allait toujours demander à Lu Jing quelle solution adopter. Lu Jing analysait patiemment avec lui les avantages et les inconvénients de la situation, avant de lui donner finalement le conseil le plus prudent. Lu Ping n’avait jamais eu l’habitude de faire des plans et agissait souvent selon son bon plaisir ; il estimait que tant que Lu Jing était là pour lui donner des conseils, tout ne pouvait pas trop mal tourner.
En pensant à cela, Lu Ping s’allongea sur la table, posa sa tête sur ses bras et leva les yeux vers Fu Yu : « Belle-sœur, que dois-je faire ? N’y aurait-il pas une meilleure façon de me dérober à cette responsabilité ? Après tout, que ce soit l’un ou l’autre qui devienne empereur, cela revient au même, alors pourquoi ces gens tiennent-ils tant à s’acharner sur moi ? Ne serait-il pas préférable que nous nous laissions mutuellement tranquilles ? »
Fu Yu esquissa un léger sourire et répondit d’une voix douce : « Mais ce qu’ils disent est vrai. Tu es le fils laissé par feu l’empereur, un véritable prince impérial. Quoi qu’il en soit, tu n’as pas les arguments de ton côté. »
Lu Ping fronça les sourcils et éleva la voix : « Alors je dois simplement les laisser décider de mon sort ? Au juste, qui est le prince impérial et qui sont les sujets ? Ils sont tellement insistants que rien ne leur convient, ni ceci ni cela. Dans ce cas, qu’ils aillent s’asseoir eux-mêmes sur le trône impérial ! »
Fu Yu fronça légèrement les sourcils et soupira.
« Liu’an », l’appela-t-elle.
Lu Ping la regarda.
Elle poursuivit lentement : « Je connais ton caractère et ta façon d’être. Il est certain que tes ambitions ne se trouvent pas ici. Je pense que, pour toi, le plus grand bonheur aurait probablement été que Yangzhi monte sur le trône, afin que tu puisses devenir un prince impérial chargé d’une fonction sans importance, aller où tu veux et faire ce que tu veux. »
Elle avait raison. Faire de Lu Ping un empereur n’était pas différent de le condamner à mort.
Lu Ping ne dit pas un mot et écouta silencieusement Fu Yu poursuivre : « Égoïstement, je souhaite réellement, comme Yangzhi, que tu puisses vivre toute ta vie sans soucis, sans être entravé par les conventions du monde ni enfermé dans une cage. Si c’était possible, qu’importerait que tu abandonnes toute la famille impériale et quittes Qian’an ? »
Lu Ping leva la tête et regarda Fu Yu avec stupeur, comme si ses paroles venaient de le frapper en plein cœur.
Cependant, Fu Yu secoua la tête. « Mais nous ne sommes pas en train de faire un long cauchemar. »
Lu Ping ouvrit grand les yeux.
Les yeux de Fu Yu se remplirent instantanément de larmes. « Il ne prendra pas fin et nous ne reviendrons pas à ce qu’était la vie autrefois. Yangzhi n’est plus là, c’est un fait. Parmi les fils de feu l’empereur, tu es désormais le seul qui reste, c’est également un fait. »
Comme si tous les sons du monde s’étaient soudain tus, le vent froid ne parvenait pas à traverser le paravent, et tout autour d’eux devint étouffant et sombre. Lu Ping sentit seulement quelque chose se briser au fond de son cœur.
« As-tu déjà songé que, si un autre prince de la famille impériale montait sur le trône, tu pourrais ne jamais réellement obtenir ce que tu souhaites ? »
Lu Ping resta silencieux.
Fu Yu retint ses larmes et poursuivit d’une voix toujours douce : « À ce moment-là, l’autre serait le souverain légitime, tandis que toi, tu ne serais qu’un prince impérial ou un prince de commanderie. Rien ne garantirait que tu puisses obtenir une bonne destination. Même si cela était possible pendant un temps, le sang de feu l’empereur coule malgré tout dans tes veines. Et si, un jour, le nouvel empereur commençait à te considérer avec méfiance et souhaitait t’éliminer avant que tu ne puisses devenir une menace ? »
« À présent, ces ministres te considèrent déjà comme le nouvel empereur et pourtant tu ne peux toujours pas obtenir tout ce que tu souhaites. À plus forte raison si tu ne montes pas sur le trône : le nombre de situations où tu seras contraint d’agir contre ta volonté est déjà facile à imaginer. »
« Ainsi, pour te protéger toi-même, je continue de penser que monter sur le trône est le choix le plus sûr. Dans tout le Dasheng, il n’existe aucune position plus sûre que celle d’empereur. »
Fu Yu accentua ses derniers mots.
Lu Ping la regarda, stupéfait. Les larmes qui emplissaient ses yeux coulèrent aussitôt sur ses joues. N’ayant pas le temps de prendre son mouchoir, elle essuya simplement le coin de ses yeux avec sa manche, puis sourit à Lu Ping.
Lu Ping baissa involontairement la tête, ses larmes brûlantes tombant sur la robe qui couvrait ses cuisses.
Une main douce se posa sur son épaule tremblante de sanglots.
Fu Yu ressemblait tellement à Lu Jing. En l’écoutant parler, Lu Ping avait l’impression que c’était Lu Jing lui-même qui se tenait encore devant lui.
C’était peut-être également le souhait de Lu Jing.
Après avoir quitté le palais d’Anren, Lu Ping descendit lentement les marches avec Da Sheng. Le soleil de l’après-midi était encore assez chaud, mais la neige tombée la veille venait à peine de fondre et les marches étaient encore dures sous leurs pieds.
Lu Ping entendit Da Sheng derrière lui dire : « Permettez-moi de dire quelque chose que je ne devrais peut-être pas dire. »
Lu Ping ne répondit pas.
Da Sheng poursuivit donc : « J’ai grandi aux côtés de Votre Altesse depuis mon enfance et je sais également ce que Votre Altesse déteste le plus. Mais dans la situation actuelle, Votre Altesse est seul, tandis que la princesse héritière et la petite princesse sont elles aussi deux orphelines, une veuve et une enfant. Si Votre Altesse ne monte pas sur le trône, après quelques années, où la princesse héritière et la petite princesse pourront-elles encore trouver leur place au palais ? Et si elles rencontrent la moindre difficulté, il n’y aura même personne pour écouter leur parole. »
Lu Ping s’arrêta.
Da Sheng s’arrêta également et ajouta à voix basse : « De plus, ces derniers temps, on enquête sur les partisans restants du Prince Wu. C’est uniquement parce que Votre Altesse a donné des ordres stricts que les Trois Services judiciaires n’osent pas faire preuve de négligence et mènent une enquête approfondie. Si quelqu’un d’autre montait sur le trône, Dieu sait comment ils bâcleraient l’affaire. » Il marqua une pause. « Dans ces conditions, comment Votre Altesse pourrait-elle encore venger le Prince héritier ? »
Lu Ping leva la tête vers le soleil dans le ciel.
Il n’était pas éblouissant, il était encore possible de le regarder directement. Lu Ping se rendit compte qu’autrefois, dans le Palais de l’Est, il n’avait jamais vraiment pris le temps de regarder le soleil hivernal. Maintenant qu’il le contemplait, il le trouvait pur et sacré.
Peut-être que, dans bien des affaires, celui qui se trouve au cœur de la situation est aveuglé par celle-ci, tandis que celui qui l’observe de l’extérieur y voit plus clair.
Lu Ping détourna le regard et renifla avant de dire : « Allons au palais de Liangyi. Je vais en parler à Liang Hansong. »
Da Sheng demanda : « Lui dire quoi ? »
Lu Ping descendit les marches. Il resta silencieux pendant un long moment avant de finalement déclarer : «J’ai décidé de faire des compromis. »
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A Yuan Shan :
Montagnes et fleuves nous séparent et voilà longtemps que je n’ai plus de tes nouvelles. Mes lettres restent sans réponse ; mon cœur, plein de tristesse et d’angoisse, ne sait où se répandre. Là-bas, au nord-ouest, les sables jaunes sont des champs de bataille ; quant à nous, au sud des passes, regagnant la capitale, comment ne pas rougir de honte ?
Deux printemps et automnes se sont écoulés comme l’eau vive. En une seule nuit, les affaires des hommes ont sombré dans le chaos. Les murs rouges et les tuiles vertes sont demeurés inchangés, la lune d’automne et les lanternes fleuries doivent encore orner les lieux. Mais les traits de ceux que j’ai connus, hélas, sont désormais voilés par les sources jaunes de l’au-delà ; dans cette brume immense, je ne distingue plus rien.
Lorsque je songe qu’autrefois j’ai poussé ces hommes en avant, et que vous voilà, braves guerriers, la lance brisée et les os ensevelis, où ma poitrine oppressée peut-elle bien exhaler son amertume ?
Je dépose cette lettre dans le casier, la confie au vent du sud pour qu’il la porte jusqu’au nord-ouest. Contemplant les montagnes lointaines, je prie pour ta quiétude.
Respectueusement,
Liu’an
Traduction: Darkia1030
Check: Hent_du
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