Le Dasheng accueillit le premier Nouvel An depuis l’avènement du nouvel empereur.
Après délibération du ministère des Rites, le nom d’ère de la nouvelle année fut fixé à «Yuanxiang » (NT : litt. « image originelle) et le nom posthume de l’empereur défunt fut élevé à celui d’« empereur Duan » (NT : intègre). En outre, le nouvel empereur conféra à titre posthume à l’ancien prince héritier le titre de «Prince impérial de la Bienveillance », afin de lui témoigner son respect.
Ayant appris que le nouvel empereur n’avait pas pris de nom de courtoisie, les fonctionnaires du ministère des Rites, fort inquiets, insistèrent pour que l’un de ses aînés, à savoir la douairière impériale, lui en choisît un, afin de se conformer aux rites. Le nouvel empereur ne parvint vraiment pas à leur résister et dut se plier à leur demande, il choisit donc au hasard « Pingzhi » (NT : celui qui protège).
Le quatorzième jour du premier mois, le jeune empereur accomplit officiellement son rite de majorité au palaisTaiji , revêtit la coiffe et les vêtements de l’âge adulte et annonça qu’il était désormais majeur. Pour la première fois, la date de naissance de l’empereur fut officiellement mise en avant et largement proclamée.
Le deuil national n’étant pas encore terminé, ce Nouvel An fut différent des précédents. Dans toute la ville de Qian’an, les instruments à cordes et à vent ne résonnaient pas sans interruption comme autrefois et les lanternes et cordons colorés ne décoraient pas l’avenue Zhuque. Au contraire, les pavillons et les toits des habitations des quartiers étaient recouverts d’une épaisse couche de neige blanche, ajoutant au paysage une certaine désolation et une atmosphère solennelle.
Un mois s’était écoulé depuis l’avènement de Lu Ping.
Il avait quitté la cour Cangdi pour s’installer au palais Qianqiu, une résidence située à l’ouest du palais impérial Taiji. Le mobilier et les décorations du palais avaient été entièrement renouvelés, l’ensemble était imposant sans être luxueux. Cependant, Lu Ping ne rentrait chaque jour du palais Liangyi que très tard et même le Nouvel An ne fit pas exception.
Les trois hauts fonctionnaires des Trois Offices chargés de l’affaire de la rébellion de Lu Zhi présentèrent leur rapport : « Votre Majesté, nous avons procédé à un premier interrogatoire et à un premier tri des complices de l’armée rebelle du prince Wu. Ils se trouvent principalement au sein de la droite de la Garde Shence, des gardes des portes de gauche et de droite, du ministère des Rites et du ministère de la Guerre. Quant à savoir s’il existe encore d’autres personnes impliquées dans cette affaire qui auraient échappé aux recherches, les ramifications sont extrêmement complexes et il faudra encore du temps pour mener une enquête approfondie. Avec le temps, toute la vérité finira par apparaître au grand jour ! »$
Lu Ping prit la liste et l’examina attentivement. Elle était couverte de noms de fonctionnaires civils et militaires de tous les rangs. Les militaires étaient nombreux, les civils moins nombreux; de haut en bas, l’ensemble était saisissant. En la parcourant minutieusement, il constata qu’elle ne comportait pas le nom de Xu Yan.
Xu Yan appartenait au Temple de Dali. Le Temple de Dali le protégeait-il ? Ou bien les Trois Offices n’avaient-ils pas encore entièrement découvert la vérité ? Ou encore, Xu Yan n’avait-il réellement aucun lien avec les rebelles ?
Lu Ping savait que l’enquête sur une grande affaire nécessitait beaucoup de temps. Il ne les pressa donc pas, se contentant de leur enjoindre de faire toute la lumière sur l’affaire et de ne laisser échapper personne.
Le préfet de Jingzhao fit savoir à la cour que l’enquête sur l’affaire de Song Siyuan avait déjà abouti à un résultat. Il s’avéra qu’un membre d’une branche collatérale de la famille Song, qui nourrissait depuis de nombreuses années une rancœur née d’une vieille affaire datant de plus de dix ans, avait conçu de mauvaises intentions envers Song Siyuan et s’était introduit dans la résidence du Grand Précepteur durant une nuit d’hiver pour y mettre le feu. Lu Ping examina en détail le dossier de l’affaire et après avoir confirmé qu’il s’agissait effectivement d’un conflit interne à la famille Song, ordonna au ministère de la Justice de traiter l’affaire conformément à la loi.
Le grand censeur Chen Jun présenta une remontrance : « Votre Majesté, deux mois se sont déjà écoulés depuis la mort de l’empereur défunt. À présent que nous sommes entrés dans la première année de l’ère Yuanxiang, conformément aux usages des dynasties précédentes, ne devrait-on pas accorder une amnistie générale, libérer les prisonniers et les servantes emprisonnés et ouvrir une session exceptionnelle des examens impériaux?»
Lu Ping réfléchit un instant avant d’acquiescer : « Cela devrait effectivement être fait. J’ai également constaté que le palais n’avait plus besoin d’autant de personnel pour assurer le service. Nous pourrions donc laisser tous les eunuques et toutes les dames de palais qui souhaitent quitter le palais retourner dans leur région d’origine, ce qui permettrait de réduire les dépenses du palais. Lorsque viendra, dans quelque temps, la saison des labours de printemps, ces personnes pourront justement rentrer chez elles pour cultiver les terres. »
« Votre Majesté est clairvoyante ! » Chen Jun marqua une pause avant d’ajouter : « Votre Majesté, vous devriez vous désigner vous-même par le terme “zhen”. »
Lu Ping : « … Très bien. »
Puisqu’il fallait accorder une amnistie générale et ouvrir une session exceptionnelle des examens impériaux, cela impliquait l’enregistrement des noms sur les registres, la réintégration des personnes libérées dans leur communauté d’origine, l’organisation de nouveaux examens impériaux, ainsi que quantité d’autres tâches fastidieuses.
Les fonctionnaires du ministère des Revenus vinrent à leur tour présenter une requête : «Votre Majesté, puisque vous souhaitez amnistier les prisonniers et permettre au personnel du palais de retourner dans leurs foyers, il y aura inévitablement une petite partie de ces personnes qui n’ont plus aucun parent en vie et ne pourront pas retourner dans leur région d’origine. Comment devons-nous les prendre en charge ? »
Lu Ping ne sut pas quoi faire et demanda précipitamment conseil aux deux chanceliers du Secrétariat central.
Liang Hansong répondit : « Les hommes robustes peuvent être enrôlés dans l’armée ; les hommes peuvent recevoir des terres et être inscrits sur de nouveaux registres ; les veufs, les veuves, les orphelins et les personnes sans soutien familial peuvent être affectés à des tâches simples. Si cela ne convient vraiment pas, ils peuvent entrer au palais ou être répartis dans les familles de fonctionnaires et de dignitaires pour y servir comme domestiques. Dans tous les cas, ils auront un endroit où aller. »
Lu Ping accepta humblement cette suggestion et rédigea une annotation sur le rapport, ordonnant au ministère des Revenus de s’en charger.
Les fonctionnaires du Bureau des Travaux impériaux avaient eux aussi quelque chose à demander : « Votre Majesté, après les grands bouleversements de l’année dernière, de nombreux pavillons et bâtiments des jardins impériaux doivent être réparés. Nous demandons au Temple du Trésor impérial de débloquer les fonds afin que nous puissions procéder à la restauration des palais. »
« Très bien. » Lu Ping baissa la tête et continua à rédiger ses réponses aux rapports. Après réflexion, il ajouta : « Je me suis souvenu que cette année, certaines parcelles de la partie Est des jardins impériaux se sont libérées. Elles n’ont pas été utilisées depuis longtemps. Inutile donc de les réparer. Pourquoi ne pas… transformer en bonnes terres cultivables les quelques lis de terrain situés à l’ouest de la porte Zuoyintai et au sud de l’étang Longshou et permettre aux réfugiés sans inscription et aux habitants de Qian’an de les cultiver ? Qu’en pensez-vous ? »
Liang Hansong répondit : « Excellente idée. Le peuple considère la nourriture comme le ciel. Cette mesure permettrait non seulement de réduire les nombreux travaux à effectuer dans le palais, mais aussi d’utiliser les terres à bon escient, afin que les habitants de la ville puissent vivre et travailler en paix et en prospérité, reconnaissants des bienfaits de Votre Majesté. Votre Majesté est véritablement clairvoyante ! »
Lu Ping poussa intérieurement un soupir de soulagement.
Il n’avait pas encore fini de reprendre son souffle que d’autres affaires se succédèrent.
Le ministère des Travaux : « Votre Majesté, ma requête concerne la restauration du canal Yong’an, au sud de la ville… »
Le ministère des Revenus : « Votre Majesté, ma requête concerne l’agriculture et l’élevage des vers à soie… »
Le ministère des Rites : « Votre Majesté, concernant les examens du printemps que nous avons décidé d’organiser cette année… »
Le ministère des Nominations : « Votre Majesté… »
Lu Ping recommença à être si accaparé qu’il n’avait même plus le temps de toucher terre, pas même pour manger.
Après la fête des Lanternes, les affaires commencèrent enfin à diminuer une à une et tout rentra progressivement dans l’ordre. Un matin, dans le palais Liangyi, Liang Hansong se tenait courbé devant le bureau impérial et déclara avec bienveillance : « Depuis que Votre Majesté a accédé au trône, vous vous levez tôt et vous couchez tard, vous gouvernez avec diligence et économie, et les affaires de la cour prospèrent de jour en jour. Votre vieux serviteur a constamment l’impression de retrouver l’époque de l’empereur défunt, ce qui ne peut que me réconforter. »
Ses paroles étaient à la fois polies et sincères. Mais Lu Ping savait que, bien qu’il eût été poussé à monter sur le trône, il avait également dû supporter le mépris et le manque de confiance que certains lui témoignaient en secret. Ce n’était qu’en épuisant toutes ses forces et toute son énergie qu’il pouvait amener ces personnes à changer peu à peu de regard sur lui.
« Grand Chancelier Liang, je suis naturellement lent d’esprit, mon expérience est limitée et mes horizons sont étroits. Maintenant que je viens à peine d’accéder au trône, je n’ose pas espérer accomplir de grandes œuvres ni réaliser de hauts faits. J’espère seulement pouvoir réaliser le dernier souhait de mon père impérial et ne pas ruiner l’œuvre de mes ancêtres. Si j’ai pu éviter toute erreur jusqu’à présent, c’est entièrement grâce au Grand Chancelier Liang et aux autres ministres qui, appelés à agir dans les moments de péril, ont retroussé leurs manches alors que tout semblait désespéré. À l’avenir, si ma réflexion devait manquer de profondeur dans certaines décisions, j’aurai encore besoin que le Grand Chancelier m’éclaire et me conseille. »
En entendant cela, des larmes affleurèrent aux coins des yeux ridés de Liang Hansong, tandis que son regard se fit encore plus bienveillant.
La période la plus chargée du début de l’année étant enfin passée, Lu Ping trouva du temps, à la fin du deuxième mois, pour aller rendre visite à Fu Yu au palais Anren.
Par chance, Fu Yi s’y trouvait également.
Une dame de palais emmena Yiwen, tandis que Fu Yu tendait à Lu Ping le thé qu’elle venait de préparer. Elle fronça les sourcils et dit : « Cela fait quelques jours que je ne vous ai pas vu. Pourquoi avez-vous l’air si épuisé ? Faites venir le médecin impérial cet après-midi pour qu’il vous examine. »
À ces mots, Lu Ping se massa les tempes : « Ce ne sont que les dossiers qui m’ont épuisé. Il me suffira de me coucher plus tôt ce soir. »
Durant le premier mois de l’année, Fu Yi avait demandé à plusieurs reprises à entrer au palais pour rendre visite à Fu Yu et à Yiwen. Lu Ping lui avait donc exceptionnellement accordé le droit d’entrer et de sortir librement du harem. Comme il était un héros ayant contribué à réprimer la rébellion, personne n’y avait trouvé à redire.
Craignant qu’il ne se fatigue à force de faire des allers-retours, Lu Ping lui proposa : « Et si tu venais dans la Garde impériale ? Fu Xuan est parti, et le poste de commandant de la Garde impériale est toujours vacant. Tu es trop loin, au camp de Shuofang, et il n’est pas pratique pour toi d’entrer au palais. »
Fu Yi secoua la tête : « Non. La Garde impériale est composée de gens trop différents, et je ne suis pas porté sur les relations sociales. Quelques lis de distance, ce n’est rien, je peux les parcourir. »
Lu Ping but une gorgée de thé et approuva pleinement : « C’est vrai. Dans les grands endroits, on trouve toutes sortes de gens, on est plus tranquille dans les petits endroits. Moi aussi, je suis mal à l’aise au palais Qianqiu. Chaque jour, j’ai envie de retourner dans les jardins orientaux. Dommage que ce soit trop loin et que ces ministres refusent de me laisser y habiter. »
La cour Cangdi était réellement trop simple et trop rudimentaire. Les fonctionnaires de la cour, ainsi que les eunuques, semblaient particulièrement tenir au fait que Lu Ping eût autrefois résidé dans cette cour. Avant même son accession au trône, ils lui avaient demandé à plusieurs reprises de la quitter pour s’installer dans le palais deTaiji.
Fu Yu demanda : « J’ai entendu dire que le Bureau des Travaux impériaux avait l’intention de rénover la cour Cangdi ? »
« Oui. Je leur ai dit de se contenter de réparations simples. » Lu Ping fit la moue, profondément indigné. « Vous savez quoi ? Il y a même quelqu’un qui est venu me proposer de renommer la cour Cangdi. J’étais tellement furieux que j’ai failli perdre mon sang-froid et j’ai refusé catégoriquement. »
Fu Yu demanda : « Quel nom voulait-il lui donner ? »
« … La cour Qianlong (NT : cour du Dragon latent). » répondit Lu Ping.
« Pouf ! » Fu Yu et Fu Yi éclatèrent simultanément de rire.
Lu Ping : « … »
« Votre Majesté, pardonnez-moi ! » Fu Yi, retenant son rire, se couvrit la tête et s’affaissa sur la table à thé.
L’humeur de Lu Ping, qui avait été épuisé toute la matinée, se détendit enfin et une joie rare monta en lui.
Tous trois parlèrent encore de nombreuses autres choses. Par exemple, la dépouille de Yan Cen avait finalement été enterrée ces derniers jours. Lu Ping était personnellement sorti du palais pour lui rendre hommage et avait rencontré Tang Ruochu. Comme Tang Ruochu l’avait dit, Yan Ren n’était pas rentré à la cour et avait passé le Nouvel An à la frontière septentrionale. Avec l’arrivée du printemps et le réchauffement du climat dans le Nord, les combats contre les Turcs allaient de nouveau devenir plus intenses.
Lu Ping pensa qu’il devrait demander prochainement combien d’argent se trouvait dans le trésor impérial et voir s’il était possible d’affecter davantage de matériel militaire à la frontière septentrionale, afin de faciliter les combats de Yan Ren.
Dans l’après-midi, après être retourné au palais Liangyi depuis le palais Anren, Lu Ping recommença à s’occuper des affaires politiques.
Il n’y avait encore que quelques mémoriaux et Liang Hansong n’était pas à ses côtés.
Alors, autant essayer de se reposer un peu !
Lu Ping se frotta les mains avec enthousiasme et dit à Da Sheng : « Apporte-moi le livre que je n’ai pas encore terminé ! »
Une fois le livre apporté, Lu Ping trouva une méridienne et s’y allongea pour le lire avec passion. Le seul avantage d’être devenu empereur était peut-être de pouvoir aller au pavillon Wenyuan chercher des livres rares et obscurs qu’il n’aurait auparavant jamais pu trouver.
Lu Ping venait d’arriver à un passage particulièrement profond et subtil lorsqu’un eunuque chargé de garder la porte entra et annonça : « Votre Majesté, le ministre Liang Hansong, secrétaire général du Secrétariat central, demande audience. »
Il referma immédiatement le livre et se redressa.
Il ne se passait pourtant rien de particulier. Pourquoi venait-il encore ?
Lorsque Liang Hansong entra, Lu Ping avait déjà quitté la méridienne pour s’installer devant le bureau, un mémorial entre les mains, faisant semblant de travailler. Il demanda : « Chancelier Liang, vous n’êtes pas encore rentré chez vous pour vous reposer ? Y a-t-il une affaire importante ? »
« Rien de particulier. » Liang Hansong sourit avec bienveillance. « Votre vieux serviteur est simplement venu voir si Votre Majesté n’avait pas quelque décision sur laquelle elle hésiterait, afin de pouvoir vous apporter son aide. »
« … » Il existait donc réellement des gens capables de se créer eux-mêmes du travail avec autant d’enthousiasme.
Lu Ping ne put que faire apporter un tabouret pour qu’il s’assît.
Mais Liang Hansong se dirigea en quelques pas vers la méridienne placée derrière le paravent et demanda : « Votre Majesté lisait un livre ? »
Le cœur de Lu Ping se serra : « Oui. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu, alors je jetais simplement un coup d’œil. »
Liang Hansong arriva enfin devant la méridienne et aperçut, ouvert sur la table à thé, le livre dont la couverture portait le titre : Guan Yin Zi. (NT : titre d’un ancien ouvrage philosophique taoïste)
Il fronça aussitôt les sourcils.
Lu Ping sentit les alarmes retentir dans sa tête.
Liang Hansong soupira et prit lentement la parole : « Votre Majesté connaît-elle Wang Yan, de la dynastie précédente ? »
Comme prévu, il allait commencer à lui faire la morale.
« Wang Yan occupait une haute fonction de Grand chancelier. Il aurait dû gouverner avec diligence et œuvrer pour le pays et le peuple. Pourtant, il s’adonna aux discussions philosophiques futiles, rechercha la tranquillité dans une existence médiocre et se contenta de préserver sa situation. C’est précisément parce qu’il lisait des ouvrages de ce genre, tels que le Nanhua Jing, le Liezi ou le Guan Yin Zi, qu’il finit par laisser ces lectures corrompre son esprit, perdre toute ambition et sombrer progressivement dans l’abattement. »
Lu Ping, pris de mauvaise conscience, reposa son mémorial.
« C’est précisément parce que nous avions tiré cette leçon du passé qu’au début de la fondation du Dasheng, l’empereur fondateur réprima le taoïsme et déprécia les doctrines ésotériques, enseignant aux fonctionnaires qu’ils ne devaient pas se laisser contaminer par ces voies hétérodoxes, mais qu’ils devaient au contraire accorder la priorité aux classiques confucéens. Votre Majesté ferait mieux de ne plus lire ce genre d’ouvrages et de vous tourner plutôt vers le Livre des Documents, le Livre des Odes, les Rites des Zhou, le Livre des Rites, les Entretiens de Confucius, le Classique de la Piété filiale… »
« Oui, Grand Chancelier Liang a raison. » Lu Ping s’empressa de l’interrompre afin de l’empêcher de poursuivre. Il se leva, fit quelques grands pas jusqu’à la table à thé et referma le livre, avant de lui adresser un léger sourire, avec une attitude humble et respectueuse. « J’ai reçu une illumination soudaine. Je vais immédiatement envoyer quelqu’un au pavillon Wenyuan chercher un exemplaire du Classique de la Piété filiale. »
Liang Hansong fut extrêmement satisfait.
Un peu moins d’une heure plus tard, Liang Hansong finit enfin par partir.
Lu Ping s’affaissa, puis posa avec colère le dernier mémorial sur le bureau d’un coup sec : « Je ne peux même plus lire des livres sans rapport avec les affaires de l’État ! »
À peine eut-il prononcé ces mots que l’eunuque chargé de garder la porte entra de nouveau.
Lu Ping se raidit. Liang Hansong ne l’avait tout de même pas entendu ?
L’eunuque annonça : « Votre Majesté, la princesse aînée impériale Hua Wei demande audience. »
La grande princesse impériale Hua Wei…
Lu Qiang ?
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Lettre pour Yuan Shan :
Au sud de la montagne Dajin, nos lettres se font presque rares ; au nord de la ville de Qian’an, que les nuits d'automne sont longues ! Si je pouvais me muer en oie sauvage pour m'échapper de ces profonds palais, qu'importe d'aller tenir compagnie à l'immensité nordique jusqu'aux terres de garnison ? Depuis que je suis enfermé dans la capitale, je me lève avant l'aube et ne me couche qu'à la nuit et c'est à ce prix que j'ai pu mettre un semblant d'ordre aux mille affaires. J'ai bien conscience d'être comme un âne attelé à une charrette : parti en hâte aux premières lueurs du jour, je ne rentre qu'au clair de lune. Dans l'obscurité, je lèche amèrement mes plaies ; dans mes rêves, je retrouve le temps jadis. Quand donc cette épreuve prendra-t-elle fin ?
Je dépose cette lettre dans la case aux livres, la confie au vent du sud pour qu'il la porte droit vers le nord-ouest, et je forme le vœu que vous soyez en paix, là-bas, par-delà les monts lointains.
Liu'an s'incline avec déférence.
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Note de l’auteur
Cela fait le énième jour que Shizi n’est pas là, il me manque…
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Note du traducteur
Pour le taoïsme, un bon gouvernant gouverne avec retenue, évite de multiplier les lois et les interventions et laisse les choses suivre leur cours naturel (wuwei, « non-agir »), afin de maintenir l’harmonie et la stabilité du pays. Risque : Une intervention insuffisante peut laisser les problèmes s’aggraver ou favoriser le désordre.
Pour le confucianisme, un bon gouvernant gouverne activement par sa vertu, respecte les rites et les devoirs, éduque son peuple et maintient l’ordre social, en étant lui-même un modèle moral. Risque : Trop de règles et de hiérarchie peuvent devenir rigides, conservatrices et étouffer l’initiative.
En résumé, le taoïsme cherche à ne pas trop gouverner et privilégie la liberté et la simplicité; le confucianisme cherche à bien gouverner et privilégie l’ordre et la responsabilité.
Traduction: Darkia1030
Check: Hent_du
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