Des documents concernant l’ancienne langue perdue d’Azir !
Les yeux de Lin Jie s’illuminèrent.
La dernière fois que Joseph lui avait confié la précieuse épée transmise dans sa famille, Lin Jie, qui s’était pris d’un vif intérêt pour les inscriptions gravées sur la lame, avait profité de l’occasion pour lui en toucher un mot.
Joseph lui avait alors spontanément proposé de l’aider à trouver des documents. Lin Jie ne s’attendait pas à ce que le résultat arrive aussi vite.
Joseph était décidément quelqu’un de fiable !
Mais alors, comment un homme aussi posé que lui avait-il pu élever une enfant turbulente comme Melissa ? L’éducation familiale était décidément un problème majeur qui accompagnait l’histoire de l’humanité. Après tout, personne ne naissait parent : il fallait bien apprendre à le devenir, petit à petit.
Lin Jie tendit la main pour prendre la pile de documents. Il les parcourut rapidement du regard et comprit aussitôt que les propos de Claude sur la lenteur des recherches n’avaient rien d’exagéré. Il avait même été plutôt indulgent dans sa formulation.
Cette épaisse pile se composait presque entièrement de transcriptions et d’estampages des textes originaux. Les documents issus des recherches ultérieures ne représentaient que quelques maigres feuilles. De plus, ils ne suivaient aucun ordre apparent. On avait l’impression que plusieurs groupes de personnes, à des périodes différentes, avaient étudié successivement quelques parties distinctes de ces textes.
Pourtant, à en juger par les résultats, ces recherches n’avaient abouti à rien de concluant. Les pages étaient couvertes de mots tels que « conjecture » et « déduction », tandis que les passages véritablement traduits se comptaient à peine sur les doigts d’une main.
Après avoir parcouru ces quelques pages, Lin Jie ne put confirmer qu’une seule chose : la plupart des personnes qui avaient consigné ces informations et tenté de les traduire n’étaient pas des chercheurs spécialisés. Il s’agissait probablement des gens qui avaient participé aux fouilles des ruines à l’époque.
Cela ne signifiait pas que les personnes chargées des fouilles ne pouvaient pas être des chercheurs. Seulement, ces documents étaient désordonnés et semblaient avoir été rédigés à la hâte, peu après l’obtention des estampages, comme de simples impressions consignées sur le moment. Puis, ils avaient été abandonnés là, sans que personne ne poursuive les recherches.
En supposant que ces notes aient été rédigées par des chercheurs des générations suivantes, Lin Jie se mit à leur place et estima que, dans des circonstances normales, il lui aurait été absolument impossible de s’arrêter aussi brusquement. À moins, bien sûr, qu’un imprévu ne soit survenu.
Dans le cas contraire, il ne restait plus qu’à conclure à une incompétence professionnelle absolument déplorable.
Cependant, si l’on mettait de côté ces fragments de notes de recherche, il restait environ une trentaine de pages d’estampages. C’était bien plus que ce à quoi Lin Jie s’était attendu, et il en fut très satisfait.
Il remit les documents en ordre, les rassembla et les posa sur le comptoir, avant de se tourner vers Claude avec un sourire. « Je vous remercie d’avoir fait spécialement le déplacement. Souhaitez-vous vous reposer un moment et jeter un œil à quelques livres ? Je peux vous en recommander certains. »
Claude s’était attendu à ce que le propriétaire de la librairie lui propose quelque chose de ce genre. Il jeta un regard aux étagères derrière Lin Jie, dissimulées dans l’ombre, puis hésita un instant avant de secouer la tête et de répondre avec prudence : « Non, merci pour votre aimable proposition. Mais je dois encore m’occuper de ces trois imprudents. Je ne peux donc pas profiter d’un agréable moment de repos pour l’instant. »
Claude désigna les trois policiers étendus sur le sol, indiquant ainsi que s’il ne s’asseyait pas pour lire, ce n’était pas par manque d’envie, mais simplement parce qu’il n’en avait pas le temps.
Son refus ne relevait pas d’un manque de savoir-vivre : il respectait les recommandations de son maître.
Il savait que les livres de la librairie n’avaient rien d’ordinaire et connaissait également la puissance de son propriétaire. Toutefois, il devait aussi se demander s’il serait capable de supporter ce que celui-ci pourrait lui offrir.
La fille de son maître venait tout juste de sombrer dans un état où elle ne pouvait plus interrompre d’elle-même ses études, après avoir lu un livre provenant de cette librairie. Si son maître n’avait pas brutalement mis fin à cette situation, nul ne savait quelles en auraient été les conséquences…
Heureusement, à l’époque, Melissa s’était évanouie uniquement par manque de sommeil et de nourriture. Malgré cela, elle avait tout de même dû rester alitée pendant une semaine entière pour se rétablir.
De plus, sa personnalité semblait avoir subi quelques changements subtils.
Selon son maître, les bénéfices que Melissa avait retirés de cette expérience dépassaient de loin le prix à payer. Pourtant, cela n’empêchait pas un sentiment instinctif d’appréhension et de peur rétrospective de s’emparer de ceux qui en entendaient parler.
C’était pourquoi, avant son départ, son maître lui avait expressément recommandé de tenter de décliner poliment toute proposition de lecture du propriétaire de la librairie.
S’il devait absolument accepter un livre, il lui faudrait alors faire preuve de la plus grande prudence : demander à quoi servait l’ouvrage, l’ouvrir en présence du propriétaire de la librairie ou, s’il le rapportait chez lui, l’étudier d’abord avec son maître.
Il ne devait absolument, absolument pas se permettre de le lire de son propre chef. Les conséquences en seraient imprévisibles.
« Quel dommage ! Il faudra donc attendre la prochaine fois. »
Lin Jie éprouvait certes quelques regrets, mais il comprenait la situation. Jetant de nouveau un regard aux trois policiers étendus sur le sol, il secoua la tête et ajouta : « Mais franchement, c’est la pire promotion que j’aie jamais vue… Votre commissariat central ferait vraiment bien de relever ses critères de recrutement et d’améliorer le niveau général de ses policiers. »
« Cette promotion » ?
Claude saisit aussitôt le mot clé. Cela signifiait donc que le propriétaire de la librairie avait déjà eu affaire au commissariat central à une époque de l’histoire.
Il semblait s’agir d’une nouvelle information. Il la nota discrètement dans son esprit.
Il hocha la tête. « Vous avez raison. Je ferai remonter vos remarques à mes supérieurs. »
« Par ailleurs, si vous avez besoin de quoi que ce soit d’autre, vous pouvez me contacter à tout moment. Voici le numéro de mon communicateur. »
« Bien sûr, bien sûr. »
Tout en prononçant ces formules de politesse, Lin Jie ajouta un nouveau numéro à son communicateur, qu’il n’avait pas utilisé depuis longtemps.
Claude observa l’appareil que le propriétaire de la librairie venait de sortir. Au dos, on distinguait vaguement l’emblème d’un frêne aux branches luxuriantes.
D’après les informations vérifiables dont on disposait, cette librairie avait toujours été enregistrée sous le nom de la Chambre de commerce du Frêne, et ce, depuis exactement trois ans… Or, trois ans auparavant, la jeune métisse de la famille Chapman avait été ramenée auprès des siens.
Si l’on ignorait l’existence de cette librairie, la « sorcière des Chapman » constituait effectivement une énigme irrésolue.
Mais il suffisait à ceux qui étaient au courant de faire quelques rapprochements pour comprendre immédiatement.
Ainsi, l’influence du propriétaire de la librairie avait commencé à s’exercer dès trois ans auparavant. Et, au cours de ces trois années, Dieu seul savait combien de pions il avait déjà placés sur l’échiquier…
Claude sentit sa gorge se serrer légèrement. Heureusement, les personnes qui connaissaient actuellement l’existence de la librairie étaient encore peu nombreuses, y compris Wilde. Du moins, tous les membres de l’Union de la Vérité en étaient-ils encore au stade où ils ne savaient absolument rien.
C’était une bonne chose… La décision de la Tour des Rites Secrets de verrouiller les informations avait été prise juste à temps.
Sans cela, la Société de la Vérité risquait de se retrouver au bord de la scission. Espérons que ses membres ne choisiraient pas de creuser leur propre tombe. La Tour des Rites Secrets leur avait déjà adressé un avertissement suffisamment clair.
« Au fait… »
Le propriétaire de la librairie releva soudain la tête, interrompant les réflexions de Claude. Celui-ci se redressa aussitôt sur son siège.
« Avez-vous encore quelque chose à me demander ? »
En voyant l’expression de Claude, qui semblait se tenir sur ses gardes face à un ennemi redoutable, Lin Jie ne put retenir un rire amusé. Cette impression étrange, alors qu’ils avaient à peu près le même âge, de voir l’autre le traiter comme un aîné était vraiment assez singulière…
Enfin, à bien y réfléchir, puisqu’il connaissait le maître de Claude, ce décalage n’avait rien d’étonnant.
« Ne soyez pas aussi tendu. Je ne mange personne. »
Lin Jie plaisanta pour détendre un peu l’atmosphère, puis demanda avec un sourire : « Comment va Melissa ces derniers temps ? Est-ce qu’elle étudie ? Je parle de la fille de votre maître. Il y a quelque temps, elle est venue me trouver pour faire un bras de fer avec moi. Elle s’était probablement disputée avec Joseph et m’a acheté quelques manuels d’exercices avant de repartir.
« Maintenant que j’y repense, le niveau de difficulté n’était peut-être pas adapté à son stade actuel. Elle a dû avoir du mal à les étudier. J’espère qu’elle va bien, à présent. »
Elle a effectivement eu du mal… Elle est déjà restée alitée pendant une semaine.
Quant à savoir si vous mangez des gens ou non, les trois individus étendus sur le sol devraient en avoir fait une expérience particulièrement édifiante.
Claude formula cette remarque en son for intérieur, puis répondit avec circonspection : « Je vous remercie de vous soucier d’elle. Elle s’est plongée corps et âme dans ses études. Même si elle a effectivement souffert de quelques malaises physiques, ses progrès sont également très nets. »
Lin Jie déclara : « Tant mieux. Dites-lui de veiller à bien alterner travail et repos. C’est ainsi qu’elle obtiendra les meilleurs résultats. »
« Je le lui transmettrai. »
Claude poussa un soupir de soulagement. Puisque le propriétaire de la librairie lui-même le lui recommandait, Melissa devrait accepter de l’écouter.
« Si vous n’avez pas d’autres instructions à me donner, je vais prendre congé. »
Après avoir obtenu l’approbation du propriétaire de la librairie, il se leva, adressa un signe de tête à Mu’en, puis quitta la librairie en emportant les trois policiers inconscients.
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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