IRNDGL - Chapitre 52 - Devant la porte de mon maître
George Byron, vingt-quatre ans, était un jeune érudit de la Société de la Vérité. Il excellait en alchimie et possédait de solides compétences en expertise magique ainsi qu’en lecture des traces.
En tant qu’alchimiste de second niveau certifié par la Société de la Vérité, il était capable de fabriquer des artefacts alchimiques suffisants pour tuer ou défendre contre des existences de niveau Destructeur.
En règle générale, bien qu’il disposa également de bonnes capacités d’investigation, il agissait le plus souvent comme personnel logistique, chargé de fournir un équipement fiable aux combattants.
Cependant, ces derniers temps, les événements survenus à Nuozin avaient été si nombreux et les affrontements si fréquents que la rotation du personnel de la Société de la Vérité avait eu du mal, à court terme, à suivre le rythme.
La Société de la Vérité ne manquait pas de personnel logistique, mais les enquêteurs capables d’agir sur le champ de bataille étaient peu nombreux, d’autant plus que la majorité des érudits, relevant davantage du civil, ne souhaitaient pas participer aux combats.
C’est pourquoi, cette fois-ci, Byron avait été dépêché en urgence afin de mener l’enquête de terrain sur cet incident grave.
On parlait d’incident grave, mais il s’agissait en réalité d’un attentat terroriste.
« Ces mages noirs sont vraiment fous. Déclencher ici un sortilège de niveau Destructeur, et pourtant le réseau de surveillance éthérique n’a donné aucun signal d’alerte auparavant… »
Byron avait les yeux écarquillés, debout sur les ruines, après avoir achevé une reconstitution sommaire de la scène.
Il observa les décombres sous la pluie battante et fronça les sourcils.
La gravité de la situation ne se limitait pas aux pertes humaines et aux destructions de bâtiments en surface.
Ce qui était encore plus glaçant était la défaillance de la Société de la Vérité en matière de surveillance et de prévision.
Cela signifiait soit que les mages noirs avaient trouvé un moyen d’échapper au réseau de surveillance éthérique, soit qu’une trahison était apparue au sein même de la Société de la Vérité.
Byron nota ses suppositions dans son carnet d’enquête.
« Les morts sont le chef de la secte Chijiao, “ae Prieure”, Morfei, ainsi que plusieurs autres mages noirs. Les moyens offensifs utilisés par les deux parties sont, dans l’ordre, les suivants… »
« Cette attaque présente une intention manifeste : toutes les offensives visaient la librairie de la vingt-troisième rue. Mais ce groupe de Chijiao combattait auparavant la Tour des Rites Secrets et l’organisation des chasseurs. Pourquoi sont-ils soudainement venus ici… Qui se trouve donc dans cette librairie ? »
Byron ne put s’empêcher de porter son regard au-delà des ruines vers la librairie.
La barrière qu'ils avaient établie recouvrait entièrement les environs, et ils procédaient à la modification des souvenirs de toutes les personnes présentes dans la zone — seule cette librairie demeurait en dehors du champ d’effet.
Comparée aux ruines alentour, la rue au milieu ressemblait à un immense gouffre, séparant les deux côtés.
D’un côté, une zone totalement détruite ; de l’autre, une partie intacte, paisible comme à l’ordinaire.
Cette attaque des mages noirs de la secte Chijiao avait été complètement bloquée, et une contre-attaque puissante les avait directement anéantis.
L’autre partie impliquée possédait une puissance de niveau Destructeur, voire supérieure.
La Société de la Vérité ignorait l’identité du propriétaire de cette librairie — ce qui signifiait qu'il pouvait s'agir d'un être qui pouvait s'avérer incontrôlable.
« Je vais enquêter dans la librairie », décida soudain Byron à ceux qui se trouvaient à côté de lui. Il sauta des décombres et se dirigea vers la boutique. Cette librairie ordinaire se trouvait de l’autre côté de la rue, éclairée par une lumière tamisée, indistincte à travers la brume.
Pourtant, elle semblait posséder une étrange force d’attraction, incitant à aller voir ce qu’elle recelait.
Après avoir marché un moment, il était presque arrivé à l’entrée.
« Paf. » Quelqu’un posa la main sur son épaule.
« Arrêtez-vous. » La voix de cet homme était grave et sévère.
Byron se retourna et aperçut un homme grand et robuste aux cheveux blancs. Il fronça les sourcils : « Monsieur Joseph, que se passe-t-il ? »
L’homme répliqua : « Que comptez-vous faire ? »
Byron répondit avec évidence : « Enquêter sur cette librairie suspecte. »
Il leva son carnet : « Ma responsabilité est de faire toute la lumière sur cette affaire et cette librairie est clairement l'une des parties impliquées. Je dois fournir la vérité à la Société de la Vérité. »
Joseph déclara à voix basse : « Pour le bien de votre raison, n’y allez pas. »
« La connaissance me permet de garder la tête froide et la rationalité est une qualité que tout érudit doit posséder », répondit Byron. « Je ne vacillerai jamais. Vos paroles portent atteinte à mon intégrité. Même si vous êtes un chevalier de niveau Destructeur, un aîné respectable, vous ne pouvez pas plaisanter avec ma raison.
« De plus, c’est mon devoir. »
Joseph avait toujours mal à la tête face aux têtes de bois de la Société de la Vérité. Il savait que, sans preuve tangible, une fois que ces gens faits de bois avaient arrêté leur opinion, même neuf bœufs ne pourraient les tirer en arrière.
Mais celui qui se tenait devant lui n’était pas simple non plus. Être capable de fabriquer des artefacts alchimiques de niveau Destructeur suffisait déjà à mériter le titre de « maître ».
D’ailleurs, la majorité des artefacts alchimiques utilisés par la Tour des Rites Secrets étaient achetés en grande quantité auprès de la Société de la Vérité.
Il était fort probable qu’un grand nombre d’entre eux aient été fabriqués par Byron.
« La Tour des Rites Secrets a déjà classé cette librairie comme zone de niveau S; les données n’ont simplement pas encore été synchronisées avec la base de données de la Société de la Vérité. Cette fois, c’est le propriétaire de la librairie qui nous aide. Ne mordez pas la main qui vous nourrit. »
Joseph jeta un regard vers la librairie : « Je pense que le propriétaire n’apprécierait pas que vous alliez l’interroger. »
Byron, en face de lui, occupait au sein de la Société de la Vérité une position suffisante pour avoir accès aux informations classées au plus haut niveau de confidentialité.
Les pupilles de Byron se contractèrent ; son expression fut bouleversée, et il déclara d’une voix incrédule : « Niveau S ? À Nuozin ? »
Son incrédulité était compréhensible. La Société de la Vérité s’était développée à Nuozin au point d’être presque omniprésente. Comment un être de niveau S aurait-il pu demeurer sous leur nez pendant tant d’années sans être découvert ?
Un niveau Suprême, bien que puissant, n’en demeurait pas moins détectable : le réseau éthérique de la Société de la Vérité avait lui-même été établi par une grande existence de niveau Suprême. En théorie, il ne devrait absolument pas y avoir de poisson ayant échappé au filet.
« Alors ? Tu trouves ça difficile à croire ? » Joseph retroussa les lèvres. « À l’instant même, un mage noir de niveau Destructeur a lancé ici un sortilège de niveau Destructeur. Mais votre soi-disant réseau de la Société de la Vérité n’a montré aucune réaction. Au final, c’est le propriétaire de la librairie qui les a arrêtés. Même la Tour des Rites Secrets a réagi plus vite que vous. »
« C… c’est… »
Byron resta un moment sans voix ; ses lèvres frémirent, embarrassées, sans qu’il sache quoi répondre.
Joseph ricana à deux reprises : « Vous devriez faire un sérieux examen interne. »
À cet instant, la clochette accrochée à la porte de la librairie tinta, et la porte en bois s’ouvrit dans un grincement.
Tous deux se tournèrent aussitôt vers la source du bruit et virent sortir de la librairie une elfe vêtue d’une robe blanche, d’une grande beauté.
Ils furent tous deux stupéfaits. Mais l’étonnement de Byron venait du fait qu’il ne s’attendait pas à voir apparaître une elfe dans la librairie, tandis que celui de Joseph relevait d’une confirmation attendue.
Lorsqu’il avait emprunté « L’Enfant de l’Abîme », il avait déjà supposé que le propriétaire de la librairie était une race à longue vie, et très probablement un elfe.
À présent, cette supposition était enfin confirmée.
Les elfes étaient une race extrêmement exclusive et fière ; il leur était presque impossible de vivre aux côtés des humains.
On pouvait dire qu’ils étaient des racistes par nature.
Les histoires d’amour entre humains et elfes n’étaient, en fin de compte, que des histoires.
Or, l’elfe qui sortait de la librairie possédait non seulement un sang d’une pureté irréprochable, mais, au moment de se retirer, elle avait adressé à l’intérieur de la librairie un regard empreint de respect !
Les derniers doutes de Joseph trouvèrent leur réponse. Il songea qu’il était temps pour lui de rendre le livre… et que l’épée démoniaque devait, elle aussi, avoir un nouveau maître.
L’elfe se tourna vers eux, leva la tête et déclara avec un sourire aux lèvres : « Humains, que faites-vous devant la porte de mon maître ? »
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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