IRNDGL - Chapitre 58 - Apaiser les gens
En voyant le client adresser des éloges sincères à la rose qu’il avait cultivée, Lin Jie esquissa un sourire et dit : « Merci pour votre appréciation, je pense qu’elle en sera elle aussi très heureuse. »
Toute chose avait une âme ; respecter toutes les fleurs, les plantes et les petits animaux était une forme de romantisme de la vie.
De plus, la demoiselle elfe avait spécialement précisé que cette fleur avait aussi des pensées ; ne serait-ce que par respect pour sa sensibilité romantique, il fallait bien prendre au sérieux ce côté mystérieux de vendeur un peu accrocheur.
— Si jamais la demoiselle elfe revenait un jour et voyait à quel point il accordait de l’importance à son cadeau et à son intention, elle se sentirait valorisée… et ainsi, il gagnerait encore une cliente fidèle, n’est-ce pas ?
Vous voyez, l’art de gagner de l’argent repose sur l’accumulation progressive.
Les détails font le succès ou l’échec, ce n’est pas un mensonge.
Sans compter que cette rose, il l’avait plantée lui-même ; ces sept derniers jours, il en avait pris soin chaque jour, l’arrosant, la faisant grandir — il s’y était forcément attaché.
« … » En entendant cela, Ackerman repensa à la scène qu’il venait de voir, et ressentit un dégoût encore plus glacé.
Ce propriétaire de librairie ne se contentait pas de manipuler l’esprit des gens ; il montrait aussi une telle proximité avec cette « fleur »… comme s’il considérait ce monstre comme son propre enfant.
Même une sorcière noire comme Mofei, qui avait violé des tabous, se contentait tout au plus de ressusciter des bêtes oniriques pour les vénérer comme des créations parfaites ; jamais il ne traiterait une créature aussi répugnante comme un être humain.
Alors, qu’était donc réellement ce libraire ?
La paupière d’Ackerman tressaillit ; une hypothèse plus plausible surgit soudain dans son esprit — et si le libraire n’était pas humain, lui non plus ?
Si, en réalité, il était du même genre que cette « rose », simplement caché sous une apparence humaine, alors tout devenait logique.
Pourquoi ne dégageait-il aucune aura éthérée, pourquoi son caractère était-il si déformé et malsain, pourquoi était-il si puissamment inexplicable… Parce que ce qui se tenait devant lui était en réalité une forme de vie d’un niveau supérieur.
Mais la Société de la Vérité, pouvait-elle l’ignorer ?
Maudite Société de la Vérité, ils se servaient de lui comme d’un pion !
Comment Wilde pourrait-il être qualifié pour faire de cet endroit un simple point de transit ? Il devrait plutôt venir ici faire des offrandes !
« Heh… héhé… »
Ackerman laissa échapper un rire sec. Sentant que le libraire semblait satisfait des compliments adressés à cette « fleur », il dit à contrecœur, le coin de l’œil tressaillant : « Je n’ai fait que dire la vérité. »
Lin Jie observa que le teint de ce nouveau client devenait de plus en plus pâle, et déplaça le pot de fleurs sur le côté : « Vous ne vous sentez pas très bien, on dirait. Voulez-vous vous asseoir un moment ? »
Mince, le libraire avait remarqué que son attitude n’était pas normale. Ackerman secoua précipitamment la tête : « N-non, je ne ressens aucun malaise… »
Lin Jie fronça les sourcils : « Vraiment ? Ne vous forcez pas. »
Il pensait que ce client avait un tempérament orgueilleux, le genre qui, même au bord de l’épuisement physique et mental, refuse de montrer sa faiblesse devant les autres.
À en juger par son apparence, ce nouveau client était un employé typique d’environ trente-cinq ans. À cet âge-là, on a des parents et des enfants, un patron et une épouse ; à l’approche de la crise de la quarantaine, tout en étant attaché à sa jeunesse, c’était une période où la pression explosait.
De plus, il semblait être venu par curiosité après avoir été attiré par l’explosion, sans but précis — il paraissait profondément perdu intérieurement.
Au premier regard, quelqu’un qui valait vraiment la peine d’être guidé.
Ainsi, Lin Jie sourit doucement et dit : « Rassurez-vous, asseyez-vous. Il n’y a personne d’autre ici, personne ne vous verra. S’il y a quelque chose qui vous rend malheureux, vous pouvez m’en parler — je suis très doué pour apaiser les gens et les aider à aller mieux. »
A-aider les gens à aller mieux ?!
Tout le corps d’Ackerman se raidit ; il avait l’impression que, s’il ne s’asseyait pas, quelque chose de terrible et d’effrayant allait se produire.
Y avait-il autre chose qui le rendait malheureux ?
Bien sûr que oui : le fait qu’il ait voulu tendre une embuscade dans cette librairie et se soit fait piéger à son tour…
Mais pouvait-il le dire ? Évidemment non !
S’il le disait, ne serait-il pas « aidé » ?
Tu es malheureux ? Alors je vais t’ouvrir le cœur (littéralement) — l’intention du libraire était d’une clarté terrifiante.
Face à cette menace encore plus directe que précédemment, Ackerman ne put qu’acquiescer avec humiliation et s’asseoir, hésitant, sur le seul autre siège de la librairie.
En voyant le client, encore hésitant mais déjà assis, Lin Jie sut qu’il avait réussi la première étape. Mais faire parler quelqu’un de ce caractère restait difficile.
Il devait prendre l’initiative de poser des questions, comme ouvrir une coquille, avancer pas à pas, pour découvrir le cœur tendre caché sous cette carapace dure.
Lin Jie croisa les mains et afficha un sourire professionnel : « Si vous ne voulez pas en parler, ce n’est pas grave. Laissez-moi deviner — cela concerne un dépassement personnel, n’est-ce pas ? »
Le « dépassement personnel »… tout comme « rencontrer des difficultés », c’était un terme professionnel de l’enseignant Lin.
Une personne ordinaire, tant qu’elle ne souffre pas de dépression sévère, possède forcément, à un degré ou un autre, une quête de soi et un désir de progression.
Beaucoup disaient d’eux-mêmes qu’ils étaient des bons à rien, des otakus obèses ou des inutiles, mais au fond d’eux, en leur âme et conscience, ils gardaient toujours des attentes envers eux-mêmes.
— Même ceux atteints de « syndrome du collégien » (NT : chūnibyō , mot d’origine japonaise décrivant un comportement adolescent où l’on se croit spécial ou supérieur) s’imaginaient intérieurement une version idéalisée d’eux-mêmes.
Et vouloir atteindre un certain dépassement personnel pouvait désigner beaucoup de choses : apprendre une nouvelle compétence, améliorer ses capacités, tout cela en faisait partie.
Même corriger un petit défaut, comprendre quelque chose, résoudre un problème pouvait être considéré comme un dépassement personnel.
Si l’on y réfléchissait bien, le champ était incroyablement vaste. D’autant plus que le client devant lui affichait une confusion évidente, jusque dans son apparence.
Il correspondait parfaitement à quelqu’un plongé dans une impasse.
Cette phrase touchait juste, impossible qu’elle ne l’atteigne pas.
Les pupilles d’Ackerman se contractèrent brusquement, sa respiration s’alourdit un instant — il sait que je suis en train de passer une certification de niveau Destructeur ?
Non… s’il ne le savait pas, ce serait plutôt étrange…
Ainsi, à en juger par la situation, il doit déjà savoir que j’ai accepté la récompense offerte pour Wilde, et que c’est pour cela que je suis venu tenter une embuscade.
Ackerman ne savait pas quels étaient exactement les objectifs du propriétaire de la librairie.
S’il avait voulu le tuer, la minute entière pendant laquelle il avait été gelé par la « fleur » aurait suffi pour qu’il meure un nombre incalculable de fois. Mais le libraire n’avait pas agi ; au contraire, il s’était mis à discuter avec lui, comme s’il avait d’autres intentions.
« J’ai déjà abandonné. »
Ackerman décida de dire la vérité : « Ils ne font que m’utiliser, me traiter comme un instrument, puis me jeter une fois que j’ai servi. J’ai compris leur jeu. Ce genre d’organisation, qui se prétend juste, est en réalité hautaine et méprise les gens comme nous. »
Son ton portait une pointe de sarcasme.
Que ce soient les sorciers noirs ou les érudits de la Société de la Vérité, au fond, ils méprisaient tous les chasseurs ayant emprunté le pouvoir des bêtes oniriques.
Or, la volonté de dompter le sang impur était pourtant leur propre force !
Lin Jie hocha la tête, pensif. Ainsi donc, il s’agissait d’exploitation par la hiérarchie.
Il voulait obtenir une promotion et une augmentation, mais ses supérieurs sans scrupules le pressuraient sans cesse. Ayant pris conscience de sa condition de simple employé corvéable à merci, il en avait développé une lassitude, s’était mis à errer sans but, perdu, et avait fini par entrer dans sa librairie.
Tout cela relevait du destin.
Lin Jie le regarda : « As-tu déjà envisagé de chercher une autre voie ? »
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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