« Frouch… »
Lin Jie feuilletait distraitement son registre d’emprunts, en faisant un peu de tri.
Si quelqu’un approchait de la date limite de retour, il devait passer un coup de téléphone pour faire un rappel ; si le délai était dépassé, il devait alors s’inquiéter de savoir si le problème venait du livre… ou de la personne.
Si c’était le livre qui avait un problème, il devait régler cela selon la situation : quand une négociation était possible, il discutait d’un dédommagement ; sinon, il devait se déplacer lui-même pour réclamer réparation.
— De toute façon, il n’avait rien de mieux à faire au quotidien, et il attendait même avec impatience ce genre « d’activité de plein air ».
Mais malheureusement, jusqu’à présent, aucun mauvais client de ce genre ne s’était présenté. Au contraire, de bons clients comme le vieux Wilde ou Yuanwei Ruisi pensaient même à lui apporter quelques spécialités locales.
Et si c’était la personne qui avait un problème, il était également disposé à fournir une aide dans la mesure de ses moyens ; mais quoi qu’il arrive, le livre devait être rendu.
À bien y réfléchir, tenir une librairie n’était vraiment pas une tâche facile.
« Hum… le vieux Wilde a déjà rendu tous ses livres cette fois. Je me demande quand il reviendra en emprunter d’autres… et je me demande aussi s’il a réussi à régler le problème avec Charles. »
« Ji Zhixu approche aussi de la date de retour pour ses deux livres, mais cette demoiselle ne semble pas présenter de risque de non-retour. Et même si elle ne les rendait pas, elle ne risquerait probablement pas de ne pas payer. »
« Melissa… cette sale gosse, je me demande combien d’exercices du “Cinq-Trois” elle a fait. J’espère qu’elle aura un peu progressé et qu’elle ne cherchera plus les gens pour faire des concours de bras de fer n’importe comment. Qu’elle comprenne enfin que le savoir est la véritable force. »
« En parlant de Melissa… à bien y penser, Joseph approche lui aussi de la date de retour pour son livre. »
Lin Jie tourna une page vers l’avant et aperçut le nom de Joseph.
L’adresse qu’il avait laissée n’était pas la même que celle de Melissa, mais d’après ce que la petite avait raconté, son père était absent de la maison toute l’année, absorbé par son travail.
L’adresse laissée par Joseph devait donc probablement être celle de son lieu de travail.
Comme Joseph était un ancien militaire, il n’y avait pas vraiment à s’inquiéter pour le retour du livre. Même s’il gérait mal sa relation avec sa fille, il n’allait tout de même pas faire défaut pour un simple livre.
La dernière fois, Lin Jie avait même suggéré d’« ouvrir » les services de consultation psychologique du professeur Lin, en lui proposant de lui confier ses soucis psychologiques.
Même si Joseph avait semblé intéressé, il n’avait pas immédiatement accordé sa confiance au professeur Lin, probablement par instinct de méfiance ; il avait dit qu’il devait y réfléchir.
C’était parfaitement normal. Après tout, ils ne se connaissaient que depuis moins d’une journée ; il aurait été étrange qu’il lui fasse totalement confiance d’emblée.
Mais Lin Jie avait tout de même semé une graine susceptible de transformer l’homme en client fidèle de longue durée.
Quant à savoir si cette graine germerait, cela dépendrait aussi un peu de la chance.
« Mais vu à quel point il semblait apprécier Le Petit Prince à ce moment-là, les chances sont grandes. Et au pire, il y a toujours Melissa. Cette petite est facile à berner… hem, à convaincre, à convaincre ; et quand il s’agit de payer, elle ne rechigne pas. »
« Les enfants qui entraînent les parents avec eux, c’est aussi une stratégie marketing très efficace. »
Lin Jie souriait déjà en projetant ses plans sur toute la famille.
Il tourna encore une page, jeta un coup d’œil, puis revint en arrière.
En réalité, il avait déjà feuilleté ce mince carnet de fond en comble. Lorsqu’il n’avait pas de clients et qu’il n’avait pas envie de lire, il avait accompli ce geste d’innombrables fois.
Imaginer qu’un jour il posséderait toute une pile de ces carnets, puis discuter chaque jour de la vie et servir un peu de « soupe au poulet pour l’âme » à un flot ininterrompu de clients, c’était là son plus grand rêve actuel.
Malheureusement, ce genre de rêverie survenait toujours durant ces longues périodes creuses.
Cela faisait déjà trois jours que le dernier client — cette sublime femme d’affaires au style grande sœur dominatrice, avec ses cheveux argentés en ondulations — avait emprunté Te regarder partir.
En vérité, auparavant, la librairie pouvait rester plusieurs mois sans le moindre client, et Lin Jie y était habitué.
Mais peut-être que la croissance explosive récente du nombre de clients avait créé un contraste trop brutal : après quelque temps sans personne avec qui bavarder, même Lin Jie commençait à ressentir une certaine solitude.
« Ding-dong — »
La clochette de l’entrée de la librairie retentit de nouveau.
Lin Jie releva immédiatement la tête vers la porte et aperçut avec surprise cette silhouette robuste qu’il n’avait pas vue depuis longtemps, ainsi que cette chevelure blanche chargée d’une impression de vécu.
Celui qui poussa la porte et entra n’était autre que ce vieil homme nommé Joseph.
Après plus d’un demi-mois sans le voir, son aura n’avait pas diminué d’un iota. Les muscles puissants qui se dessinaient sous son costume ainsi que ce visage empreint de férocité dégageaient toujours une présence semblable à celle d’un lion, suffisamment intimidante pour inspirer la crainte.
« Joseph ! Je pensais justement que vous alliez venir rendre votre livre. » Lin Jie avait commencé à sourire en parlant lorsque son regard fut soudain attiré par l’objet porté dans le dos de Joseph.
Bien que la librairie fût plongée dans une lumière tamisée, cette chose possédait une présence extraordinairement marquée ; elle semblait luire faiblement dans l’obscurité d’un éclat impossible à ignorer.
Cependant, à cause de l’éclairage, Lin Jie ne put distinguer qu’un objet long et irrégulier enveloppé dans du tissu.
Lorsque Joseph s’approcha du comptoir, la lumière chaude révéla enfin un peu mieux son apparence.
Ce qui scintillait ainsi était un ornement en or, incrusté de pierres précieuses somptueuses et gravé de motifs anciens et élégants.
Une épée ?
Lin Jie tira cette conclusion en un instant.
Ce qui brillait sous la lumière n’était autre qu’une poignée d’épée forgée en or. Et sa longueur, ainsi que la manière dont Joseph la portait dans son dos, confirmaient indirectement sa supposition.
… Il n’allait quand même pas imiter le vieux Wilde et lui apporter des « spécialités locales » ?
Rien que la poignée lui donnait déjà une impression d’un luxe poussé à l’extrême. Lin Jie se redressa aussitôt et regarda Joseph.
Joseph posa d’abord le livre qu’il tenait sur le comptoir, le poussa légèrement vers l’avant et dit : « Merci pour votre générosité. Ce livre m’a énormément apporté. »
Il remarqua d’un seul coup d’œil que le registre placé devant Lin Jie était justement ouvert à sa page. Il s’assit devant le comptoir et dit : « Il semblerait que vous m’attendiez depuis longtemps. »
« Pas tant que ça. » Lin Jie sourit.
Il n’allait tout de même pas dire : Je passais justement mon temps à calculer quand vous alliez rendre le livre, et comment réclamer un dédommagement si vous ne le faisiez pas.
Il prit Le Petit Prince, le feuilleta pour vérifier qu’il était intact, puis saisit son stylo et nota « rendu » sur la fiche d’emprunt de Joseph.
Il posa ensuite son stylo avec un sourire : « Vous avez l’air en meilleure forme. On dirait que ce livre vous a vraiment aidé pendant cette période. »
Joseph hocha la tête et soupira : « Il a considérablement apaisé ma souffrance et m’a apporté une légèreté que je n’avais jamais connue auparavant. Je vous remercie sincèrement. »
« Pas de quoi. Aider mes clients à résoudre leurs problèmes est ma plus grande joie. »
Le PTSD (Ned : référence Chapitre 17) était une chose difficile à soigner, mais si les contes pouvaient l’aider à se détendre, alors cela constituait son remède miracle.
Pouvoir soulager un client tourmenté par la maladie était réellement une source de satisfaction.
Le sourire professionnel de Lin Jie se fit encore plus chaleureux. Il était temps de promouvoir un peu plus ses services de soutien psychologique : « Au fait, avez-vous réfléchi à ce dont je vous ai parlé la dernière fois ? »
Joseph prit une profonde inspiration et retira l’objet qu’il portait dans son dos.
Bang !
Le métal enveloppé dans les bandes de tissu heurta la table. Les bandes se déployèrent, révélant complètement son apparence.
C’était bel et bien une longue épée.
Une poignée d’or, des ornements de cristal éparpillés le long des bords, un fourreau blanc lourd et solennel : une épée d’une beauté exquise, semblable à une véritable œuvre d’art, apparut sous leurs yeux.
Joseph déclara : « J’y ai réfléchi. Voici ma décision. »
Traduction: Darkia1030
Check: Black_Orchid
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