IRNDGL - Chapitre 84 - Le ciel s’était vraiment effondré

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

Le chercheur qui tenait les documents crut un instant avoir mal entendu. Il releva la tête d’un air perplexe et demanda : « Qu’est-ce qui a été attaqué ? »

« Je t’ai dit de ne pas te passer du communicateur : l’usine du “Projet du Corps d’Argile” a signalé une attaque ! »

Le chercheur qui montait l’échelle redescendit rapidement, faisant claquer ses pas sur les barreaux, et répéta chaque mot distinctement : « Quelqu’un s’est introduit dans la Réincarnation mécanique. Les usines n° 01, 07 et 13 ont toutes été détruites. Sans même parler des matériaux et des objets qui y étaient entreposés, les homoncules semi-finis de la troisième série ainsi qu’un lot de nouvelles pierres philosophales que nous venions de fabriquer s’y trouvaient tous… C’est une catastrophe. »

Il prit une profonde inspiration : « Nous devons vite rejoindre la zone de sécurité. L’usine n° 07 n’est pas loin d’ici. Si les pierres philosophales qui n’ont pas encore été stabilisées explosent, tout ce secteur va être anéanti ! »

Le visage du chercheur qui tenait les documents devint lui aussi livide en un instant. Quelque peu affolé, il désigna une direction du doigt et dit : « Mais, Miles, passons par ici, ce sera plus rapide. »

Après être descendu de l’échelle, Miles prit la boîte à outils posée au sol, hocha la tête et se mit en marche. Tout en avançant, il marmonnait : « Ah, quel dommage… Ces échantillons d’homoncules étaient les plus parfaits que nous ayons jamais obtenus. Même si la plupart en étaient encore au stade embryonnaire, leurs signes vitaux étaient toujours extrêmement stables, et leur affinité avec l’éther avait déjà atteint le niveau sans précédent de 150 %… »

Il continua à marmonner, puis demanda : « Rick, à ton avis, qui pourrait venir nous attaquer ? Profiter du fait que nous avons concentré une grande partie de nos forces et de notre attention sur cette nouvelle bête onirique de niveau S… Le moment choisi est vraiment trop parfait. »

Rick ramassa les quelques feuilles de documents qui étaient tombées au sol dans la panique : « Ne te préoccupe pas de ça. Tu crois qu’en t’en inquiétant ici, tu peux prendre des décisions à la place des supérieurs ? Dépêchons-nous de partir ! Si ça explose vraiment tout à l’heure, nous allons y passer ! »

À peine eut-il fini de parler qu’ils entendirent tous deux un bruit sourd : « Boum. »

Ils tournèrent simultanément la tête vers la direction d’où provenait le bruit et virent une lourde porte antidéflagrante tomber d’une certaine hauteur. On distinguait vaguement la forme déformée de la porte.

La porte passa devant leurs yeux dans un sifflement, puis, au loin en contrebas, retentit le bruit métallique de son impact au sol.

Cet endroit était principalement une zone de transition reliant deux principaux groupes d’usines. Elle avait la forme d’une sphère creuse, traversée en son centre par de nombreux passages.

Au moment où les deux hommes baissèrent instinctivement les yeux pour regarder, une nouvelle explosion retentit au-dessus d’eux : « Boum ! »

Cette fois, le bruit fut encore plus fort et plus violent.

Au loin, à l’extrémité d’une passerelle suspendue dans le vide, ils virent s’élever d’épais nuages de fumée qui, en un clin d’œil, recouvrirent le niveau supérieur.

Les deux hommes échangèrent un regard et virent sur le visage de l’autre une expression de terreur absolue.

Ça avait vraiment explosé !

« Cours ! »

Les deux hommes partirent en courant à toute vitesse. En chemin, le communicateur de Miles se remit soudain à biper.

Miles ouvrit son communicateur et y jeta un coup d’œil. Ses pas se figèrent aussitôt.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » Rick ouvrit une porte et se retourna pour l’interroger, mais il vit le visage livide de Miles, comme s’il venait de perdre tout espoir, et un mauvais pressentiment lui traversa l’esprit.

Miles trembla en disant : « Le canon d’anéantissement stellaire éthérique a été détruit. »

Le regard de Rick resta hébété un instant, puis il se précipita sur Miles et lui arracha le communicateur des mains. Il vit le message qui s’y affichait.

« Tout le personnel de tous les départements est prié de prendre note : le canon d’anéantissement stellaire éthérique a été détruit. Passez immédiatement en état d’alerte de niveau un. Le personnel de niveau D et supérieur est prié de ne pas quitter son poste sans autorisation. Le personnel de niveau A et P est prié de se rendre au plus vite dans la zone de sécurité… »

Peu après qu’il eut terminé de lire, le communicateur envoya un deuxième message.

« Tout le personnel de tous les départements est prié de prendre note… »

Puis vint un troisième, exactement identique.

Bien que Rick fût déjà plongé dans la stupeur, il ne put s’empêcher de demander : «Pourquoi en envoyer trois ? Pour insister ? »

« Tu n’as jamais lu la partie sur le format des notifications dans le manuel des consignes de l’usine ? »

Miles resta impassible. Voyant Rick secouer la tête, il déclara d’une voix sombre : « Pour un même événement, chaque notification ne peut être envoyée qu’une seule fois. »

Rick resta silencieux un instant, puis dit avec difficulté : « Autrement dit… il y avait au total trois canons d’anéantissement stellaire éthériques, et ils viennent d’être détruits successivement. »

Miles regarda le ciel au-dessus d’eux, où la pluie avait déjà cessé mais qui demeurait toujours noir et lugubre, tout en écoutant les bruits d’effondrement provenant des usines non loin.

Il eut l’impression que le ciel s’était… vraiment effondré.

*

« Boum… »

La charpente d’un bâtiment en acier s’effondra. Une explosion retentit et de violentes flammes jaillirent de l’édifice noirci par le feu. Les langues de feu léchaient le sol et les murs, tandis qu’une fumée brûlante et âcre emplissait les lieux.

Les liquides de réactifs répandus sur le sol furent enflammés par le feu, faisant brûler avec encore plus de violence les matériaux combustibles alentour.

Les innombrables récipients transparents en verre exposés là avaient tous été brisés par quelqu’un. Des éclats de verre jonchaient le sol, tandis qu’un liquide bleu pâle servant à la culture des embryons s’écoulait des récipients. Les embryons qu’il contenait étaient livides et privés de vie. Seuls quelques tubes injectant des substances vitales pendaient mollement, laissant encore goutter du liquide.

« Vite ! Commencez par vérifier s’il reste des pierres philosophales. Éliminez tous les pièges, puis vérifiez s’il y a des blessés ou des morts. Faites au plus vite le bilan de la situation et prodiguez les soins nécessaires. »

« Bang ! » La grande porte fut enfoncée, et un groupe d’érudits entièrement armés fit irruption. Leur armure mécanique, d’un noir mat, était pour moitié intégrée à leur corps et pour moitié exposée à l’extérieur, leur donnant une apparence froide et agile.

Ils commencèrent par regarder autour d’eux et vérifier les lieux afin de s’assurer qu’il n’y avait aucune fluctuation éthérique anormale. Ce n’est qu’alors qu’ils levèrent les armes à feu qu’ils tenaient en main et commencèrent à s’occuper de l’incendie ainsi que des victimes.

« Inspectez minutieusement les lieux. Signalez-moi absolument tout ce que vous trouverez. Ne laissez échapper la moindre trace. »

À l’entrée se tenait le responsable de cette usine. Le visage sombre, il contemplait l’état désastreux du laboratoire, avec une expression d’une noirceur extrême.

Quelqu’un avait pénétré ici et détruit tous les échantillons d’homuncules.

« Rapport : six chercheurs retrouvés. Cinq sont morts, un respire encore et a été envoyé recevoir des soins. »

« Rapport : des traces résiduelles d’éther ont été découvertes. L’analyse des images a été téléchargée. »

« Rapport : les échantillons n° 1374, n° 1383, n° 567 et n° 277 sont manquants. Les données expérimentales ont été téléchargées. »

L’expression du responsable changea. Il consulta dans la base de données les données expérimentales correspondant à ces quatre échantillons.

Les données de ces quatre échantillons entraient toutes dans la catégorie des résultats particulièrement remarquables. Trois appartenaient aux échantillons expérimentaux de la troisième génération, et un à ceux de la deuxième.

L’un des échantillons de troisième génération était même, jusqu’à présent, celui qui avait affiché les résultats les plus parfaits. Il était donc évident que l’intrus avait agi avec un objectif bien précis.

Quant aux traces résiduelles d’éther, elles provenaient de la Pierre philosophale qui avait explosé au centre du laboratoire. Or, compte tenu du niveau de sécurité du laboratoire, il était absolument impossible qu’une personne extérieure ait pu se tenir au centre de celui-ci et effectuer une telle opération sans que personne ne s’en aperçoive.

Autrement dit… celui qui avait détruit et pillé le laboratoire, et qui était désormais recherché, n’était peut-être pas un intrus.

Mais bien un membre de l’Union de la Vérité.

« Quelle tragédie. » Le chercheur qui transportait le blessé regarda les plaies couvertes de sang sur son corps, allongé sur le brancard, et ne put s’empêcher d’ajouter : « Heureusement que nous ne sommes chargés que du domaine médical. Travailler dans un laboratoire aussi dangereux, c’est vraiment risquer sa vie. »

Le chercheur qui marchait devant se retourna. La moitié du visage du blessé avait pratiquement disparu ; on pouvait vaguement distinguer qu’il s’agissait d’une jeune fille : « Oui. Il ne doit plus lui rester qu’à peine la moitié de sa vie. »

Celui qui se trouvait derrière demanda, curieux : « Au fait, tu l’as déjà vue ? Quand je travaillais auparavant dans ce laboratoire, il me semble ne jamais avoir vu de fille aussi jeune… »

Tout en parlant, il tendit la main pour retourner la carte professionnelle suspendue au cou de la blessée.

« Tchac ! »

Une main blanche et fine jaillit soudain et lui transperça la gorge comme une lame. Au moment où le sang jaillit, la blessée bondit du brancard et, à l’instant même où le chercheur de devant se retourna, croisa ses bras de haut en bas et lui brisa la nuque.

Les deux cadavres, aux visages encore stupéfaits, s’effondrèrent mollement.

La blessée, vêtue de la blouse blanche des chercheurs, était agile comme un chat. Sans faire le moindre bruit, elle ouvrit la conduite d’aération et s’y glissa.

Il ne resta derrière elle qu’une mare de sang qui s’étendait lentement sur le sol.

 

Traduction: Darkia1030

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