TTBE - Chapitre 103 — Lutte acharnée

 

An Changqing ne s’était pas trompé : Xiao Qi’an était effectivement déjà impatient d’agir.

Il avait attendu ce jour beaucoup trop longtemps. Pour ce trône impérial, il s’était montré prudent à chaque instant, s’efforçant de jouer le rôle d’un héritier digne de ce nom. Mais malgré cela, l’empereur An Qing continuait à se méfier de lui ! Au palais, l’impératrice douairière Zhao et l’impératrice le surveillaient ; dans le palais de l’Est, la princesse héritière l’espionnait. Plus tard, l’empereur avait même voulu fouler sa dignité aux pieds : en réalité, lui, le prince héritier, n’était qu’une façade brillante !

Mais désormais, tout était différent.

Xiao Qi’an revêtit une robe impériale flambant neuve, confectionnée à la hâte. Il posa sur sa tête la couronne du Fils du Ciel, étendit les bras et fit un tour sur lui-même devant le miroir de bronze. Son reflet lui renvoya une expression triomphante. « J’ai tant attendu ce jour. »

Dans les appartements impériaux, pas une seule servante ni un seul eunuque n’osa répondre. Tous gardèrent prudemment la tête baissée.

Vêtue d’une robe ruqun rose pêche, An Xiange s’avança avec grâce, s’agenouilla à ses pieds et lissa le bas de sa robe impériale avant de répondre d’une voix douce : « Votre Majesté, permettez-moi de vous féliciter en premier. »

Depuis le jour où An Changqing avait définitivement rompu avec la famille An, An ZhiKe avait renoué contact avec Xiao Qi’an. Ayant appris que celui-ci avait l’intention de forcer le palais et de s’emparer du trône, il avait, afin de prouver sa loyauté, pris l’initiative d’envoyer An Xiange auprès de lui pour le servir.

Après tout, elle était la fille du Premier ministre. Bien qu’elle ne fût qu’une fille issue d’une branche secondaire, elle pouvait tout de même être nommée Liangdi. Seulement, comme Xiao Qi’an avait déclenché son coup de force à la hâte, tout avait été fait dans la simplicité. Officiellement nommée Liangdi du prince héritier, An Xiange avait en réalité été directement introduite au palais sans même qu’une véritable cérémonie ne soit organisée.

An Xiange avait beau être arrogante et tyrannique dans la demeure familiale, sa mère, la concubine Liu, savait fort bien comprendre les hommes et manier leurs sentiments. An Xiange avait appris d’elle avec une application parfaite. À présent, alors que la nouvelle princesse héritière n’avait même pas encore célébré ses noces avec le prince héritier, celui-ci n’avait auprès de lui que quelques concubines, et pourtant c’était elle qui était la plus favorisée.

« Xiange a vraiment le don de dire ce qui plaît. » Fou de joie, Xiao Qi’an se pencha, lui releva le menton et contempla avec satisfaction les marques de blessures qu’elle avait délibérément laissées à découvert.

Depuis son retour au palais, il avait tout simplement cessé de se contenir et ne cherchait plus à réprimer ses désirs. Chaque fois, les autres concubines pleuraient, sanglotaient et cherchaient à se dérober ; seule An Xiange savait véritablement comment lui plaire. Non seulement elle se montrait docile avec lui dans leur intimité, mais même à l’extérieur, elle savait comment le satisfaire.

« Lorsque j’aurai accompli la cérémonie de mon avènement, Xiange pourra devenir noble consort. »

An Xiange se réjouit et se laissa encore davantage aller contre sa jambe, adoucissant sa voix : « Je remercie Votre Majesté. »

Xiao Qi’an la releva et passa naturellement un bras autour de sa taille. Comme incapable de se maîtriser, il mordit avec force la peau délicate de son cou. Ce ne fut qu’alors que son expression troublée retrouva sa normalité. « Allons-y. Ma chère consort, accompagne-moi voir Père. »

Une douleur aiguë lui traversait le cou, mais An Xiange n’osa pas même froncer les sourcils. Elle afficha docilement un sourire. Une nouvelle marque sanglante de morsure encore fraîche se dessinait sur sa peau tandis qu’elle se laissait conduire par lui jusqu’au palanquin impérial, afin d’aller ensemble rendre visite à l’empereur An Qing.

Désormais, toute la défense du palais impérial était assurée par le Temple Weiwei. Jiang Yuzhong, ministre des gardes, avait déjà prêté allégeance à Xiao Qi’an. On pouvait donc dire que l’ensemble du palais impérial se trouvait entre les mains de Xiao Qi’an.

Il aimait par-dessus tout cette sensation de tout contrôler. N’ayant pas la patience d’attendre la mort de l’empereur An Qing, il avait déjà commencé à utiliser le cérémonial réservé à l’empereur.

L’empereur An Qing avait été empoisonné par un gu (NT : parasite de la sorcellerie chinoise, utilisée pour empoisonner ou contrôler une personne) et ne faisait désormais que prolonger péniblement son existence. Il sombrait fréquemment dans l’inconscience avant de reprendre connaissance, puis de retomber dans le coma.

Mais qu’il fût inconscient ou éveillé, aux yeux de Xiao Qi’an, il était déjà un homme mort.

Pour cette raison, il s’était même empressé de faire sortir l’empereur An Qing, gravement malade, de ses appartements impériaux et de le transférer dans un palais isolé. Quant aux anciens appartements de l’empereur An Qing, il les avait tout simplement pris pour lui-même.

Lorsqu’ils arrivèrent, l’impératrice était également présente. Seulement, tandis que l’empereur An Qing toussait faiblement à l’intérieur, elle mangeait des fruits glacés dans la pièce extérieure, se contentant de donner les apparences.

À la vue de Xiao Qi’an, vêtu d’une robe impériale jaune vif, l’impératrice fronça les sourcils. Elle congédia les serviteurs et le réprimanda avec désapprobation : « Ton père n’est pas encore décédé. Tu devrais faire preuve de davantage de retenue. Il n’y a aucune urgence. »

Xiao Qi’an sourit pourtant. « Cette place sera tôt ou tard la mienne. Qu’importe que je l’obtienne un peu plus tôt ? »

Sentant le mépris dans son attitude, l’impératrice reposa sa tasse avec mécontentement et l’appela d’une voix plus sévère : « Prince héritier ! »

Mais Xiao Qi’an ne s’excusa pas et ne chercha pas à s’humilier comme autrefois. Il joua nonchalamment avec les mains délicates d’An Xiange avant de lui rappeler avec un léger rire : « Mère impériale, tu devrais désormais m’appeler Votre Majesté. »

L’impératrice ne s’était pas attendue à ce qu’il lui parle sur ce ton. Une vague de colère la saisit et son visage s’assombrit. « Voilà donc l’attitude que tu adoptes lorsque tu t’adresses à ta mère impériale ? »

« Je suis le Fils du Ciel, investi par le Ciel. Il est donc naturel que je sois honoré par les salutations de tous. Même Mère impériale ne fait pas exception. »

Le visage de Xiao Qi’an s’assombrit légèrement et sa voix devint froide et lugubre. « Je ne suis plus la marionnette entre les mains de Mère impériale et de l’impératrice douairière. »

Après quoi, il tourna le visage vers An Xiange dans ses bras et déclara : « Ma chère consort, je vais t’emmener voir Père. »

Sans plus se soucier de l’expression furieuse de l’impératrice, il entra directement dans la chambre intérieure en tenant An Xiange dans ses bras.

Désormais, il ne craignait plus que la famille Zhao ose entreprendre quoi que ce soit. L’impératrice Zhao n’avait que lui pour fils, et la famille Zhao n’avait d’autre choix que de le soutenir. À moins qu’elle n’ose devenir une famille de rebelles cherchant à usurper le pouvoir impérial, il ne lui restait qu’à lui prêter allégeance. Ils étaient déjà tous liés au même destin.

Dans la chambre intérieure, l’empereur An Qing était allongé sur son lit. Le médecin impérial venait tout juste de lui administrer une séance d’acupuncture et il avait retrouvé un bref instant de lucidité.

À la vue de Xiao Qi’an vêtu de la robe impériale, l’empereur An Qing ouvrit de grands yeux sous l’effet de la colère. Sa poitrine se souleva violemment pendant quelques instants, puis il cracha de nouveau du sang.

Le doigt tremblant, il le désigna en le traitant sans cesse de « fils indigne ».

Le médecin impérial, terrifié, s’agenouilla aussitôt jusqu’à toucher le sol du front. Sans avoir reçu les instructions de Xiao Qi’an, il n’osait même pas s’avancer pour soigner l’empereur An Qing.

Ce fut pourtant Xiao Qi’an qui parla le premier : « Pourquoi restez-vous là, immobile ? Vous ne voyez pas que Père vient de cracher du sang ? Surtout, ne le laissez pas mourir maintenant. Je veux qu’il me voie de ses propres yeux monter sur le trône. »

Le médecin impérial, le visage livide, s’avança en tremblant pour examiner l’empereur An Qing.

Xiao Qi’an resta là à contempler tout à loisir l’état misérable de l’empereur An Qing. Ce ne fut qu’une fois pleinement satisfait qu’il tourna les talons et partit.

De retour dans ses appartements, il apprit justement que Jiang Yuzhong était venu demander audience.

Jiang Yuzhong n’aimait pas An Xiange. Xiao Qi’an la fit donc sortir et lui ordonna d’attendre à l’arrière, avant de recevoir Jiang Yuzhong seul.

Jiang Yuzhong était venu lui faire rapport de la situation au palais du prince de Guerre du Nord.

À présent, l’empereur An Qing était déjà comme un poisson sur une planche à découper. Du troisième prince et de la famille Shu, il ne restait plus personne.

La seule menace qui demeurait était Xiao Zhige.

Bien que Xiao Zhige fût parti à l’ouest, les forces dont il disposait à Yanzhou ne pouvaient être sous-estimées. Xiao Qi’an n’osait désormais plus le prendre à la légère et devait absolument saisir son point faible avant qu’il n’apprenne la nouvelle et ne revienne contre lui.

Au départ, il n’était pas entièrement sûr de lui. Il craignait que Xiao Zhige, même en abandonnant son wangfei et ses enfants, ne choisisse de l’affronter. C’était alors qu’An Xiange lui avait spécialement affirmé qu’An Changqing était la personne la plus chère au cœur du prince de Guerre du Nord. Il suffisait de capturer An Changqing pour que le prince de Guerre du Nord se retrouve contraint d’agir avec prudence par peur de mettre en danger l’être qui lui était cher.

Xiao Qi’an n’en était pas vraiment convaincu. Il savait que Xiao Zhige aimait ce wangfei, mais s’il devait choisir entre l’empire et la beauté, basé sur ses propres priorités, il jugeait que Xiao Zhige choisirait probablement l’empire.

An Xiange, cependant, lui avait affirmé avec une certitude absolue que le prince de Guerre du Nord choisirait An Changqing.

Lorsqu’elle avait prononcé ces mots, son expression était empreinte de rancœur, mais aussi d’une conviction inébranlable. Xiao Qi’an s’était soudain dit que l’intuition de cette femme était peut-être juste.

Il avait donc ordonné à Jiang Yuzhong de faire encercler le palais du prince de Guerre du Nord avec ses hommes, avec pour objectif de capturer vivants An Changqing ainsi que les deux enfants de Xiao Zhige.

Jiang Yuzhong lui rapporta que, ces derniers jours, personne n’était entré ni sorti du palais du prince de Guerre du Nord. Les défenses intérieures étaient extrêmement rigoureuses et il était possible qu’An Changqing se fût déjà préparé.

Xiao Qi’an, nonchalamment adossé à son divan, n’y accorda aucune importance. « Alors attaquez de force. Peu importe qu’ils vivent ou meurent ; quant au wangfei du prince de Guerre du Nord, vous devez absolument le capturer vivant. »

Jiang Yuzhong reçut l’ordre et se retira pour organiser les préparatifs.

Après son départ, An Xiange sortit de l’arrière, s’agenouilla aux pieds de Xiao Qi’an et demanda d’une voix douce : « Si An Changqing est capturé vivant, Votre Majesté pourrait-elle me le remettre afin que je m’en charge ? J’ai autrefois subi bien des humiliations dans la demeure du Premier ministre. »

« Ce n’est pas impossible. »

L’expression de Xiao Qi’an était étrange. Lorsqu’il la vit sourire de joie, il marqua une pause avant d’afficher un sourire malveillant. « Après que je me serai d’abord occupé de lui, je pourrai toujours te le remettre ensuite, ma chère consort. »

Le sourire d’An Xiange se figea. L’instant suivant, elle retrouva pourtant un sourire parfaitement naturel. « Je remercie Votre Majesté pour sa grâce. »

*

Après avoir reçu son ordre, Jiang Yuzhong ne perdit pas un instant. Le soir même, il renforça les effectifs et fit encercler complètement le palais du prince de Guerre du Nord.

Les rues et les ruelles étaient illuminées par les torches au point de ressembler au plein jour.

Monté sur un grand cheval, Jiang Yuzhong tenait dans ses mains un rouleau de décret impérial jaune vif qu’il se mit à lire à haute voix. Il y énuméra un à un les crimes du prince de Guerre du Nord, puis leva le bras et cria : « Criminel An, n’allez-vous donc pas ouvrir les portes et vous soumettre pour répondre de vos crimes ? Si vous persistez dans votre résistance acharnée, ne venez pas nous reprocher de laisser les lames et les lances frapper sans distinction ! »

Dans la cour intérieure du palais, quatre cents soldats d’élite de Yanzhou, lourdement armés, avaient été répartis pour garder les différents points susceptibles d’être percés. Cent autres soldats d’élite, armés des dernières armes à feu mises au point, étaient embusqués dans l’ombre des cimes des arbres et sur les toits.

An Changqing portait une tenue noire ajustée, ses longs cheveux soigneusement attachés. Le commandant de sa garde l’accompagnait, entouré de ses hommes.

La voix de Jiang Yuzhong retentit depuis l’extérieur de la porte. An Changqing eut un rire dédaigneux et répondit à haute voix : « Le prince de Guerre du Nord a passé dix années sur les champs de bataille, repoussant les Beidi et pacifiant les révoltes populaires. Il a défendu les frontières de Daye de sa propre chair et de son propre sang ; sa loyauté sincère est attestée par le Ciel et la Terre ! De quel crime serait-il coupable ? Et de quel crime serais-je coupable, moi ?

« Vous autres rebelles, singes revêtus d’habits officiels, vous calomniez les loyaux et inversez le vrai et le faux. Vous devriez également demander au palais du prince de Guerre du Nord s’il accepte cela ! »

À peine eut-il prononcé ces mots que les soldats du palais frappèrent le sol de leurs lances et crièrent d’une seule voix : « Nous refusons ! »

Leur cri, puissant et solennel, résonna dans toutes les directions.

À l’extérieur, le visage de Jiang Yuzhong se crispa de colère. « Le courage désespéré d’une bête acculée ! Enfoncez les portes et tuez-les ! »

Les deux mille gardes impériaux derrière lui poussèrent à leur tour un cri à l’unisson avant de se diviser en plusieurs groupes pour attaquer le palais de tous côtés.

À l’extérieur, la lumière des torches vacillait. Peu après, des bruits sourds de coups commencèrent à retentir contre la grande porte. Celle-ci resta pourtant parfaitement immobile : elle avait été renforcée récemment et ne pouvait être enfoncée en si peu de temps.

Jiang Yuzhong comprit manifestement le problème. Il fit un nouveau signe et des gardes impériaux apportèrent des échelles, dans l’intention de franchir les murs pour pénétrer dans le palais.

Cependant, bien que les soldats qui défendaient les lieux fussent peu nombreux, ils étaient tous des soldats d’élite. Ils avaient affronté les hommes des Beidi d’innombrables fois. Comparés aux gardes impériaux habitués au confort et aux privilèges, leurs réactions étaient bien plus rapides et leurs contre-attaques bien plus impitoyables.

À l’intérieur des murs, des plateformes furent également dressées. Les soldats du palais ripostèrent à coups de longues lances, tandis que des archers embusqués sur les toits voisins leur prêtaient main-forte.

Quiconque s’avançait était abattu.

À l’intérieur comme à l’extérieur des murs, les bruits des combats acharnés ne cessaient pas de résonner. En quelques instants seulement, une forte odeur de sang se répandit dans l’air.

Le commandant des gardes, craignant qu’An Changqing ne fût blessé en restant à l’extérieur, ne cessait de lui conseiller de se réfugier dans la chambre secrète. An Changqing secoua cependant la tête et refusa. Xiao Zhige n’étant pas encore revenu, il était désormais le pilier du palais. En son absence, le moral des soldats risquait inévitablement de faiblir.

Après avoir décliné la proposition bien intentionnée du commandant, An Changqing toucha le poignard dissimulé dans sa manche, puis alla prendre une arme à feu. Il s’installa au siège principal de la salle des fleurs, dont les portes étaient grandes ouvertes. L’arme à feu fut posée à portée de sa main. Reprenant une expression grave, il déclara : « Commandant, inutile de vous distraire en vous préoccupant de moi. J’ai moi aussi appris à manier les armes à feu et je ne les maîtrise pas moins bien que ces soldats. S’ils parviennent à entrer, me cacher dans la chambre secrète ne servira à rien. Autant combattre aux côtés des soldats et profiter de l’occasion pour éprouver la puissance de cette arme à feu. »

Voyant qu’aucune peur ne se lisait sur le visage d’An Changqing, le commandant fut encore davantage ému. Il plia le genou et joignit les poings en signe de salut, puis se détourna pour inspecter les défenses du palais et s’assurer qu’aucune faille ne permettrait à l’ennemi de s’y introduire.

An Changqing resta solennellement assis dans la salle, à la tête de la défense, tandis que le fracas des armes ne cessait de retentir, de minuit jusqu’à ce que le ciel commence à pâlir. Après avoir subi une nuit entière de coups, la grande porte du palais demeurait toujours solide.

Dans la cour et le long des murs du palais, les cadavres s’amoncelaient. An Changqing les parcourut du regard : la plupart portaient l’uniforme des gardes impériaux. Il regarda le ciel à l’extérieur et compta intérieurement : premier jour.

Il suffisait de tenir encore deux jours.

Jiang Yuzhong avait amené deux mille gardes impériaux. Après une nuit entière, près de cinq cents avaient déjà été tués ou mis hors de combat, et ils n’étaient même pas parvenus à enfoncer la grande porte du palais. C’était la première fois que ces gardes impériaux habitués au confort et aux privilèges se heurtaient aux soldats féroces de Yanzhou. Terrifiés et profondément ébranlés, ils virent aussitôt leur moral s’effondrer.

Les dalles de pierre bleue autour du palais avaient été teintes d’un rouge sombre par le sang. Les gardes impériaux restants avaient la tête basse et l’air abattu ; ils avaient déjà perdu le moral qu’ils avaient la veille.

Jiang Yuzhong était profondément contrarié. Il avait cru l’affaire gagnée d’avance, mais un imprévu était survenu et il se demandait avec inquiétude comment rendre des comptes à Xiao Qi’an.

Ce ne fut qu’à midi que Xiao Qi’an apprit que cinq cents des deux mille gardes impériaux avaient été mis hors de combat sans qu’ils eussent réussi à capturer An Changqing. Fou de rage, il tua sur-le-champ le garde impérial venu lui transmettre la nouvelle et le visage déformé par la colère, il jura : « Bande d’incapables ! »

An Xiange poussa un cri de frayeur. Le voyant les yeux rouges et le souffle court, elle tenta de revenir prudemment vers lui et murmura : « Je vous l’avais bien dit : le prince de Guerre du Nord tient certainement énormément à An Changqing. Ceux qui sont restés au palais doivent être des soldats d’élite. Pourquoi Votre Majesté ne dépêcherait-elle pas davantage d’hommes ? Peu importe leur puissance, nous pouvons toujours les assiéger jusqu’à ce qu’ils épuisent leurs forces ! »

Le visage de Xiao Qi’an changea. Il la regarda longuement de ses yeux rougis avant de sourire. Il la releva du sol, puis lui mordit violemment la clavicule, avant de ricaner d’un air féroce : « Tu mérites vraiment d’être ma chère consort. Viens, accompagne-moi voir cela. Je veux assister moi-même à la capture d’An Changqing par les gardes impériaux ! »

Xiao Qi’an fit préparer son cortège impérial pour se rendre au palais du prince de Guerre du Nord.

Les événements de la veille avaient été trop importants. Ce jour-là, les rues étaient encore plus désertes qu’à l’ordinaire. Les habitants s’étaient tous enfermés chez eux, craignant d’être victimes des troubles environnants. Les demeures situées à proximité du palais étaient encore plus anxieuses, redoutant que les gardes impériaux ne viennent à leur tour attaquer leur propre résidence.

Le cortège impérial de Xiao Qi’an traversa les rues sans rencontrer âme qui vive.

En le voyant arriver, Jiang Yuzhong s’avança précipitamment pour le saluer. Xiao Qi’an ayant déjà laissé éclater sa colère, son attitude envers lui se montra nettement plus bienveillante. Après s’être renseigné sur la situation, il ordonna : « Faites venir trois mille hommes supplémentaires. Aujourd’hui, vous devez absolument le capturer. »

Jiang Yuzhong ne pouvait naturellement qu’obéir. Une demi-heure plus tard, trois mille gardes impériaux supplémentaires arrivèrent. Au total, quatre mille cinq cents gardes impériaux encerclèrent complètement le palais, ne laissant aucun passage libre.

À l’intérieur, le commandant des gardes avait le visage grave. « Le véritable combat commence maintenant. Faut-il utiliser les tonnerres qui ébranlent le ciel ? »

An Changqing n’avait pas dormi de toute la nuit et buvait du thé fort pour se maintenir éveillé. Il se frotta les sourcils et hésita longuement avant de rejeter finalement cette proposition. « Les tonnerres qui ébranlent le ciel ont une puissance considérable. D’autres demeures se trouvent juste de l’autre côté de cette ruelle. Si nous les utilisons inconsidérément, nous risquons de blesser de nombreux innocents. Tant que nous ne serons pas arrivés au dernier recours, il est interdit de les utiliser à la légère. »

La deuxième version améliorée des tonnerres qui ébranlent le ciel était encore plus puissante. C’était précisément ce qui préoccupait le commandant des gardes et l’avait rendu hésitant. En entendant An Changqing refuser catégoriquement, il ne tergiversa plus.

« Le prince pourra certainement revenir d’ici deux jours au plus. Nous défendrons le palais jusqu’à la mort ! »

An Changqing l’aida à se relever et sourit. « Avant qu’ils ne lancent une nouvelle attaque, faites d’abord prendre tour à tour du repos et un repas aux soldats. Ils auront besoin d’avoir repris toutes leurs forces pour pouvoir livrer le prochain combat. »

Le commandant reçut ses ordres et s’en alla.

An Changqing but encore deux tasses de thé fort, réfléchissant à un moyen de sortir de cette situation. Bien que leurs pertes eussent été faibles la nuit précédente, plusieurs dizaines d’hommes avaient tout de même été blessés. Avec trois mille gardes impériaux supplémentaires aujourd’hui, les pertes ne pourraient être que plus importantes que la veille. Et aussi solide que fût la grande porte du palais, elle ne résisterait probablement pas à une journée et une nuit de coups acharnés.

Il n’avait cependant pas encore trouvé de solution que de nouveaux bruits sourds de coups retentirent à la porte.

Au même moment, le rire arrogant de Xiao Qi’an se fit entendre. La voix stridente d’un eunuque pénétra à l’intérieur : « Écoutez, rebelles qui vous trouvez à l’intérieur ! Si vous vous rendez immédiatement, Sa Majesté vous accordera la faveur de vous laisser une dépouille intacte. Si vous persistez dans votre résistance acharnée, vos neuf degrés de parenté seront tous exterminés ! »

An Changqing répondit à pleine voix : « Le palais du prince de Guerre du Nord préférera mourir plutôt que de se soumettre ! Un rebelle qui complote pour usurper le trône ose espérer que nous nous agenouillerons devant lui ? Si vous voulez combattre, alors combattons. Épargnez-nous vos paroles inutiles ! »

À l’extérieur, le visage de Xiao Qi’an se déforma de colère. « Tuez-les ! Tuez-les tous pour moi ! »

Les gardes impériaux se ruèrent de nouveau à l’assaut.

Les soldats qui avaient combattu toute la nuit reprirent leurs lances et affrontèrent une nouvelle fois l’ennemi. À force de répéter les mêmes mouvements — piquer, soulever, frapper — leurs yeux étaient déjà injectés de sang et leurs instincts meurtriers s’étaient déchaînés. Le sang dégoulinait des houppes rouges fixées aux pointes des lances, ruisselait le long des hampes et les rendait presque impossibles à tenir tant elles étaient glissantes.

Non loin de là, un soldat de Yanzhou, épuisé, laissa échapper sa lance. Le sabre d’un garde impérial s’abattit sans la moindre pitié sur son bras gauche. La lame atteignit l’os et, pendant un instant, ne parvint même pas à être retirée. Le soldat saisit alors la lame malgré sa blessure et se jeta violemment sur son adversaire, avant de lui arracher d’un coup de dents une oreille entière.

La scène ne dura qu’un instant. Dans la salle des fleurs, un peu plus loin, An Changqing leva son arme à feu, visa et actionna le mécanisme. Le projectile siffla dans l’air et frappa le garde impérial qui poussait des cris de douleur, lui ôtant la vie.

An Changqing tenait son arme à feu et dit au garde à ses côtés : « Emmenez cet homme à l’arrière pour le faire soigner. »

Après quoi, il visa de nouveau et actionna à plusieurs reprises le mécanisme de son arme à feu, touchant presque chaque fois sa cible. Les gardes impériaux frappés par les projectiles tombaient au sol en hurlant, avant d’être aussitôt achevés par les soldats avec lesquels ils étaient aux prises.

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Note de l’auteur :

Song Song : Je suis là !

Nuonuo : Si tu n’arrives pas maintenant, tu n’auras bientôt plus de femme. :)

 

Traducteur: Darkia1030