TTBE - Chapitre 71 - Le prince est contrarié

 

Vers la fin du mois d’août, les patates douces des champs furent toutes récoltées. Le rendement obtenu sur un mu de terre dépassa même de deux ou trois shi celui qu’avaient estimé les vieux paysans. Après avoir mis de côté suffisamment de patates douces pour les plantations de l’année suivante, le reste fut réparti entre les commanderies et districts en contrebas, où les fonctionnaires locaux chargèrent des hommes d’en faire connaître les bienfaits à la population et les encouragèrent à en planter en grande quantité au début du printemps suivant.

La promotion de leur culture dans la ville de Yanzhou fut plus précoce et se déroula également plus aisément que dans les commanderies et districts environnants. Nombreux étaient les habitants qui avaient déjà vu les champs de patates douces à l’extérieur de la ville, mais ils n’avaient jamais su ce qui y était cultivé. À présent que des fonctionnaires s’étaient chargés de les informer et de leur expliquer la situation, ils apprirent qu’il s’agissait en réalité d’une nouvelle culture récemment découverte. Bien qu’ils ne connaissent encore pas grand-chose à cette nouvelle plante, les habitants de Yanzhou vouaient une confiance presque aveugle au général et au wangfei. Lorsqu’ils apprirent que c’était sur l’ordre du général et du wangfei que l’on en encourageait la culture, ceux qui disposaient encore de réserves de nourriture chez eux apportèrent les uns après les autres leurs céréales ou leur argent afin de les échanger contre des patates douces.

La récolte de patates douces était loin d’être négligeable, mais pour étendre leur culture à l’ensemble de Yanzhou et en planter à grande échelle, les quantités disponibles restaient encore très largement insuffisantes. Alors qu’An Changqing s’inquiétait justement de ce problème, Zhou Helan, qui s’était rendu au loin dans le Sud, arriva à Yanzhou à la tête d’une caravane marchande et s’arrêta devant la résidence du général.

Auparavant, Zhou Helan avait conduit des hommes dans les régions méridionales de Qingzhou, Yongzhou et autres, afin d’ouvrir des routes commerciales pour les pierres brutes de jade. An Changqing ne s’étant pas mêlé des affaires de la mine de jade, Xiao Zhige avait correspondu avec Zhou Helan durant cette période. Aussi, lorsqu’il vit soudain Zhou Helan revenir à la tête de sa caravane, An Changqing perdit, fait rare, son sang-froid, et sa voix s’éleva sensiblement : « Zhou Helan ? »

Zhou Helan était un peu plus bronzé qu’avant son départ et avait également grandi de quelques centimètres. Les contours de ses traits étaient devenus plus marqués. Deux ou trois mois d’épreuves dans le Sud lui avaient déjà conféré, de manière diffuse, une prestance qui rappelait celle qu’An Changqing avait connue dans sa vie précédente.

Il se pencha, joignit les mains devant lui et salua : « Wangfei, Zhou Helan a eu la chance de ne pas faillir à sa mission. »

An Changqing sourit et ordonna que l’on ouvre la porte principale de la résidence du général afin de faire entrer la caravane. Une fois à l’intérieur, Zhou Helan commença par faire l’inventaire des marchandises. Ce ne fut qu’alors qu’An Changqing découvrit que la caravane transportait en réalité uniquement des patates douces.

Voyant la surprise se peindre sur le visage d’An Changqing, Zhou Helan expliqua : « Dans une lettre que j’ai précédemment adressée au prince, il était question de planter largement les patates douces de Yuze. Mais les plants disponibles à Yanzhou étaient insuffisants. J’ai donc demandé à des gens de trouver un moyen d’en faire venir une grande quantité de Yuze. »

À Yuze, les patates douces n’étaient pas une denrée précieuse. Comme elles supportaient les sols pauvres, étaient faciles à cultiver et offraient un rendement élevé, leur prix n’avait jamais pu monter. Les habitants de Yuze qui en cultivaient se contentaient de les utiliser pour se nourrir ou pour nourrir leur bétail. Zhou Helan avait donc pu se procurer très facilement plus d’une dizaine de chariots de patates douces et les ramener tous ensemble à Yanzhou.

En regardant les chariots remplis de patates douces, le sourire d’An Changqing s’élargit involontairement : « Je me demandais justement comment faire, puisque nous manquions de plants. »

On fit garer les chariots transportant les patates douces dans le jardin. An Changqing et Zhou Helan prirent le thé dans la salle de réception. Des domestiques étaient déjà partis à la caserne prévenir Xiao Zhige. Moins d’un quart d’heure plus tard, celui-ci revint au galop.

Xiao Zhige entra à grandes enjambées. En apercevant Zhou Helan, sa première question fut pourtant : « As-tu obtenu des nouvelles ? »

Zhou Helan hocha la tête, puis fit sortir les gardes de la caravane, ne conservant auprès de lui qu’une femme d’âge mûr, avant de répondre : « Oui. Il n’est pas commode d’en parler ici en détail. »

Tous quatre se rendirent dans le bureau. An Changqing, qui ne comprenait pas ce qui se passait, promena son regard de Xiao Zhige à Zhou Helan.

Voyant son expression, Xiao Zhige prit l’initiative de lui expliquer : « Je lui ai précédemment envoyé une lettre pour lui demander de trouver un moyen de se rendre à Yuze afin d’enquêter sur la tribu des hommes-poissons. »

Les préfectures et commanderies méridionales du Grand Ye jouxtaient Yuze. Zhou Helan, qui s’était rendu dans le Sud pour faire des affaires, avait justement l’occasion d’entrer en contact avec Yuze. De plus, il était d’une loyauté absolue envers An Changqing, et son unique proche parent était hébergé à la résidence princière pour y être soigné. C’est pourquoi Xiao Zhige lui avait révélé la grossesse d’An Changqing et lui avait demandé de trouver un moyen d’enquêter sur la tribu des hommes-poissons à Yuze.

Zhou Helan avait reçu pour mission de rechercher des informations, mais n’avait cessé de se heurter à l’absence de progrès. En revanche, ses affaires de pierres brutes de jade avaient pris une ampleur croissante et lui rapportaient chaque jour des sommes considérables. Cette fois-ci, Zhou Helan était revenu en personne. Lorsque Xiao Zhige l’avait appris, il avait compris que la mission qu’il lui avait confiée devait nécessairement avoir donné lieu à quelque indice ; sans cela, il n’aurait pas abandonné ses affaires dans le Sud pour revenir à Yanzhou.

Zhou Helan avait effectivement découvert certaines choses. Après avoir réfléchi un instant, il dit : « Auparavant, j’ai trouvé le moyen de me déguiser et de me rendre à Yuze. De la frontière jusqu’à la capitale, Fuliang, j’ai fait tout le trajet en me faisant passer pour un marchand et en me renseignant. Mais je n’ai pas entendu ne serait-ce qu’un mot concernant la tribu des hommes-poissons… »

Yuze étant bordé par la mer, les légendes maritimes de toutes sortes y abondaient. Pourtant, Zhou Helan avait beau s’être renseigné tout au long de son voyage, il n’avait jamais entendu la moindre rumeur concernant la tribu des hommes-poissons. Il avait alors changé d’approche et commencé à prêter attention aux éventuelles nouvelles concernant des hommes ayant donné naissance à des enfants ou des personnes portant des marques rouges sur le visage. Contre toute attente, cette recherche menée à l’aveuglette lui avait véritablement permis de trouver une femme qui était au courant de l’affaire.

« Voici Madame Guo. Sa famille pratique la médecine depuis plusieurs générations. Son grand-père avait autrefois aidé un homme à accoucher. »

En entendant Zhou Helan parler d’elle, Madame Guo s’avança et le salua avec une certaine gêne. Elle était de petite taille, avait une silhouette ronde et bien en chair, ainsi qu’un visage à l’expression honnête et bonhomme. Peu bavarde, elle ne prit la parole qu’en voyant les trois autres hommes la regarder, et dit avec une légère nervosité : « Oui. Lorsque j’étais enfant, j’accompagnais mon grand-père dans sa pratique de la médecine. Je l’ai vu aider un homme à accoucher. Cet homme avait sur le cou des marques rouges qui ressemblaient à des écailles de poisson. »

L’expression de Xiao Zhige changea légèrement, mais il réprima son émotion : « Madame sait-elle comment s’est déroulé l’accouchement ? Et en quoi l’accouchement d’un homme diffère-t-il de celui d’une femme ? »

Mais Madame Guo secoua la tête : « Je ne le sais pas. J’étais encore très jeune à l’époque et mon grand-père ne m’avait pas permis d’entrer. »

Avant même que l’expression de Xiao Zhige ne change, elle poursuivit aussitôt : « Toutefois, bien que je n’aie pas été témoin du processus à l’époque, j’ai trouvé par la suite, en rangeant les effets laissés par mon grand-père, un carnet dans lequel était décrit en détail le diagnostic par palpation du pouls durant la grossesse, ainsi que le déroulement de l’accouchement. »

Sur ces mots, elle sortit de sa manche un carnet et le tendit à Xiao Zhige avec une certaine appréhension.

Après réflexion, elle ajouta : « Bien que ce qui est consigné dans ce carnet paraisse quelque peu invraisemblable, ce n’est absolument pas une invention. Mon grand-père jouissait autrefois d’une grande renommée et était un médecin réputé de Fuliang. Seulement, mes propres compétences médicales sont insuffisantes et je n’ai pas réussi à recevoir toute la transmission de son savoir. »

Xiao Zhige prit le carnet et en feuilleta distraitement quelques pages. Il y lut :

« Premier jour du sixième mois : le patient est sur le point d’accoucher. Le fœtus se trouve dans son ventre, mais l’homme ne possède pas d’organe permettant l’accouchement. Le fœtus ne peut donc sortir. Il ne reste d’autre choix que d’ouvrir l’abdomen pour extraire l’enfant. »

On trouvait également cette note :

« Cinquième jour du sixième mois : hier, le patient a accepté l’ouverture de l’abdomen pour extraire l’enfant. Au troisième quart de l’heure du Cochon (vers 21 heures), le patient a pris de la poudre de mafeisan. J’ai incisé l’abdomen à l’aide d’une lame et en ai extrait un fœtus de sexe féminin. Le fœtus diffère d’un nourrisson ordinaire : une couche de membranes fœtales recouvre également sa peau. Les membranes fœtales se sont naturellement détachées deux heures plus tard. Les traits du fœtus sont plus délicats que ceux d’un nourrisson ordinaire ; seule sa taille et son poids sont légèrement inférieurs… »

Le regard de Xiao Zhige resta fermement fixé sur la partie « ouvrir l’abdomen pour extraire l’enfant »). Après un long moment, il referma le carnet et demanda : « Ce carnet m’est d’une grande utilité. Madame aurait-elle des exigences particulières ? Tout ce que je suis en mesure de faire pourra servir à vous dédommager en échange. »

Madame Guo se retourna et jeta un regard à Zhou Helan avant de répondre avec hésitation : « Monsieur Zhou m’a promis deux mille taëls d’argent. »

Prévoyant qu’elle se montrerait extrêmement exigeante, il ne s’était pas attendu à ce qu’elle ne demande que deux mille taëls d’argent. Xiao Zhige regarda instinctivement Zhou Helan pour obtenir confirmation. Celui-ci hocha la tête : « C’est effectivement ce qui était convenu. La fille cadette de Madame Guo souffre d’une grave maladie et nécessite de nombreuses substances médicinales précieuses pour être soignée. Je lui ai promis deux mille taëls, et c’est seulement à cette condition qu’elle a accepté de m’accompagner jusqu’ici. »

Ainsi donc, voilà ce qu’il en était. Xiao Zhige fut légèrement rassuré et dit : « Je vais d’abord demander aux domestiques de vous verser l’argent. Toutefois, je ferai encore vérifier l’authenticité de ce carnet par quelqu’un d’autre. Vous devrez donc rester quelques jours supplémentaires à la résidence. Une fois son authenticité confirmée, je chargerai des hommes de vous raccompagner chez vous. »

Madame Guo hésita un instant avant d’acquiescer.

Après avoir chargé des domestiques de conduire Madame Guo à ses quartiers, il ne resta plus que trois hommes dans le bureau. Xiao Zhige ordonna également que l’on fasse venir Hu Shifei. Ce ne fut qu’ensuite qu’il s’assit et tendit le carnet à An Changqing.

Ce carnet consignait avec une grande précision et force détails tout ce qui s’était passé depuis la première rencontre du médecin Guo avec cet homme enceinte jusqu’au départ de ce dernier après avoir donné naissance à une fille.

Mais plus le récit était détaillé, plus le processus de grossesse et d’accouchement apparaissait saisissant et effrayant. Le médecin Guo avait peut-être conclu un accord avec son patient, car même dans son carnet, il ne mentionnait ni son nom ni aucune autre information permettant de l’identifier. Les seuls éléments que l’on pouvait déduire du récit de leur première rencontre étaient que le patient était seul et que son état de santé n’était pas bon.

Lorsque le patient avait trouvé le médecin Guo, il était déjà enceinte de quatre mois. Sa grossesse ne se voyait pas encore, mais ses nausées étaient plus sévères que celles d’une femme enceinte ordinaire. Dans les moments les plus difficiles, il ne pouvait même pas avaler de nourriture et ne pouvait boire que de la bouillie chaque jour . Ses mollets étaient gravement œdémateux et il éprouvait des difficultés à marcher. De plus, il ne supportait pas la moindre chaleur et passait ses journées dans une pièce latérale sombre et fraîche.

An Changqing fronça les sourcils en lisant. Il n’avait certes pas souffert de nausées ni d’œdèmes, mais il supportait effectivement assez mal la chaleur, d’autant plus que cette année-là, l’été était particulièrement accablant. À en juger par cela, ce carnet ne semblait pas avoir été fabriqué de toutes pièces.

À cause des événements consignés dans le carnet, l’atmosphère du bureau était devenue quelque peu pesante. Lorsque Hu Shifei arriva en toute hâte, il vit les trois hommes froncer les sourcils, le visage grave.

Son cœur fit un bond. Après s’être empressé de saluer, il se retrouva avec un carnet entre les mains, que Xiao Zhige venait de lui fourrer : « Commence par regarder. Est-il authentique ? »

Hu Shifei n’eut même pas le temps de s’asseoir. Il prit le carnet et se tint près de la fenêtre pour l’examiner attentivement. Pendant un moment, le bureau ne fut plus troublé que par le léger bruissement des pages que l’on tournait. Longtemps après, lorsqu’il eut terminé sa lecture, Hu Shifei soupira avec admiration : « Ce médecin Guo était véritablement un homme hors du commun. »

« Le carnet est-il authentique ? » demanda Xiao Zhige.

« Il devrait l’être », répondit Hu Shifei. « Bon nombre des méthodes consignées dans ce carnet peuvent encore être utilisées aujourd’hui. Toutefois, à en juger par ses observations, le patient devait déjà avoir une constitution fragile, raison pour laquelle les réactions liées à sa grossesse furent très différentes de celles du wangfei. Le wangfei est en bonne santé et n’a donc pas besoin de s’en inquiéter. »

Mais ce n’était pas ce qui préoccupait Xiao Zhige. Il ferma les yeux un instant et expira lentement une bouffée d’air vicié avant de demander : « Si le wangfei devait arriver à terme, faudrait-il aussi ouvrir son abdomen pour extraire l’enfant ? »

Hu Shifei n’hésita qu’un instant avant de dire franchement la vérité : « Oui. Les hommes sont différents des femmes. Les femmes possèdent naturellement des organes reproducteurs, tandis que les hommes n’en ont pas. »

En réalité, si les récits concernant la tribu des hommes-poissons étaient véridiques, si toute personne portant les marques rouges, homme ou femme, était capable de donner naissance, alors ceux qui portaient ces marques rouges devaient nécessairement posséder à l’intérieur du corps des organes reproducteurs différents de ceux des gens ordinaires, et donc disposer d’un autre système reproducteur. Pourtant, lorsqu’il avait ensuite examiné Yu Xiao, Hu Shifei avait découvert que celui-ci ne présentait aucune différence avec les garçons ordinaires.

À présent, en mettant cela en parallèle avec ce qui était décrit dans ce carnet, il était d’autant plus certain que son raisonnement était juste. Soit les récits concernant la tribu des hommes-poissons étaient erronés, soit, au fil des années, les membres de cette tribu avaient épousé des étrangers et s’étaient mêlés à eux, si bien qu’un grand nombre des caractéristiques propres à leur peuple avaient progressivement régressé puis disparu.

Après tout, selon toute logique, la mère biologique d’An Changqing, Dame Yu, aurait elle aussi dû avoir un lien avec la tribu des hommes-poissons. Pourtant, Dame Yu ne portait aucune marque rouge et avait donné naissance à un fils et une fille ; il était cependant presque impossible de trouver chez elle le moindre trait lié à la tribu des hommes-poissons. Il en allait de même pour sa fille cadette, An Xianyu.

Hu Shifei supposa que cette mutation ne se produisait peut-être pas de manière systématique et que la probabilité qu’elle apparaisse chez les hommes était plus élevée.

Après avoir entendu ses paroles, le visage de Xiao Zhige s’assombrit. Il resta silencieux durant un long moment avant de demander d’une voix rauque : « Et si… nous ne gardions pas cet enfant ? Est-il possible d’interrompre la grossesse ? »

À peine eut-il prononcé ces mots que tous furent stupéfaits. An Changqing fut le premier à s’y opposer. Il fronça les sourcils et le regarda : « Prince ? »

Cette fois, Xiao Zhige ne céda pourtant pas devant lui. Le visage sombre, il déclara : « Ouvrir l’abdomen pour extraire l’enfant est trop dangereux. S’il devait arriver le moindre accident… je préfère renoncer à cet enfant ! »

An Changqing resta silencieux, ne sachant un instant comment lui répondre. Il voulait accompagner Xiao Zhige jusqu’à ce que leurs cheveux blanchissent ensemble, mais il ne pouvait pas non plus se résoudre à abandonner cet enfant qui venait à peine d’arriver. Ces derniers jours, il avait déjà accepté sa présence. Comment pourrait-il pu se résoudre maintenant à l’arracher de force de son ventre?

« Il existe peut-être encore d’autres moyens… » murmura An Changqing. « Je ne veux pas l’abandonner. »

Pour la première fois, Xiao Zhige se montra sévère envers lui. Il posa avec force une main sur son épaule, mais sa voix était empreinte d’une fermeté qui ne souffrait aucune objection : « Si tu aimes les enfants, nous pouvons en adopter ou en prendre un en adoption au sein de la famille ; tu peux en avoir plusieurs si tu le souhaites, mais il est hors de question de mettre ta vie en danger. »

Il fixa An Changqing droit dans les yeux et sa voix devint rauque de douleur : « Nous pouvons renoncer à l’enfant, mais moi, je ne peux pas vivre sans toi. »

Ayant déjà goûté à la douceur de s’étreindre l’un l’autre, s’il devait de nouveau le perdre, rien que d’imaginer cette possibilité lui faisait l’effet d’un feu qui lui brûlait le cœur et les poumons, et il ne pouvait le supporter.

An Changqing resta sans voix. Sa main se porta inconsciemment sur son ventre et son expression devint hésitante.

Voyant cela, Zhou Helan ne put s’empêcher de compatir : « L’état de santé de ce patient était beaucoup plus mauvais que celui du wangfei, et pourtant il a réussi à s’en sortir. »

Xiao Zhige secoua cependant la tête avec détermination : « Je n’ose pas prendre ce risque. »

An Changqing était plus important que sa propre vie. Comment aurait-il pu oser le laisser courir un tel danger ?

Tous trois demeurèrent silencieux pendant un moment. Finalement, ce fut Hu Shifei qui prit la parole pour les rassurer : « En réalité, ce n’est pas vraiment prendre un risque. Le wangfei est en bonne santé. Lui ouvrir l’abdomen pour extraire l’enfant lui fera certes subir quelques souffrances, mais je suis au moins sûr à quatre-vingts pour cent de pouvoir réussir. »

« Quant à interrompre la grossesse… » Hu Shifei secoua la tête. « Je n’ai réellement aucune certitude. Les médicaments abortifs destinés aux femmes ne conviendraient pas nécessairement au wangfei. En les utilisant inconsidérément, je crains au contraire que le résultat ne soit à l’opposé de celui recherché. »

En entendant cela, An Changqing poussa un soupir de soulagement. Il pinça légèrement les lèvres, prit la main de Xiao Zhige dans la sienne et sentit que la paume de l’homme était glacée. Son regard s’adoucit légèrement et il dit à Hu Shifei et Zhou Helan : « J’ai quelques mots à échanger avec le prince. Allez vous reposer pour le moment. »

Hu Shifei et Zhou Helan les saluèrent avant de se retirer, prenant soin de refermer la porte du bureau derrière eux.

An Changqing ne comptait pourtant pas rester dans le bureau. Il secoua légèrement la main de Xiao Zhige et lui adressa un petit sourire : « Je suis un peu fatigué. Prince, pourrais-tu me porter jusqu’à notre chambre ? »

Xiao Zhige resta le visage sombre, sans dire un mot. Cependant, sous le regard d’An Changqing, il finit par s’accroupir afin de lui permettre de monter sur son dos.

An Changqing passa ses bras autour de son cou, sa poitrine se pressant contre le dos de l’homme, et posa doucement le menton sur son épaule. Aucun des deux ne parla. L’homme le prit fermement sur son dos et se dirigea d’un pas assuré vers les appartements principaux.

--

Note de l’auteur :

Songsong : «Nuonuo veut encore faire des caprices pour me cajoler. Je ne suis pas si facile à amadouer. »

Nuonuo : « Vraiment ? »

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

Créez votre propre site internet avec Webador