TTBE - Chapitre 87 — Confrontation avec le prince héritier

 

Les propos du prince de Guerre du Nord à la Tour Wangxian se répandirent rapidement sous le manteau, et avec elles, sa réputation d’un homme craignant sa femme.

On ignorait encore ce qu’en pensaient les fonctionnaires de l’ancienne cour, mais dans les demeures, leurs épouses et autres femmes de la famille étaient à la fois furieuses, envieuses et quelque peu amères. Elles étaient furieuses parce que leur projet initial d’envoyer des femmes au palais princier était tombé à l’eau ; elles enviaient le prince de Guerre du Nord, dont la sinistre réputation n’était plus à faire, de se montrer pourtant si prévenant envers son épouse. Puis, en regardant leurs propres maisons, ou les concubines passaient leurs journées à rivaliser de beauté et d’élégance, la colère leur montait au nez.

Nous aussi, nous avons été de jeunes couples un jour – comment l'écart a-t-il pu se creuser à ce point ?!

Ces derniers jours, nombre de hauts fonctionnaires, une fois rentrés chez eux après avoir quitté la cour, avaaient inexplicablement été cibles de querelles et sétaient fait rabrouer par leur épouse. D’un côté, ils compatissaient avec le prince de Guerre du Nord qui craignait sa femme ; de l’autre, ils en éprouvaient quelque ressentiment : qu’il craigne sa femme et n’ose pas prendre de concubine, passait encore, d’accord qu’il prononce un tel discours pour sauver les apparences, mais pourquoi fallait-il encore que tout le monde le sache, au point de les entraîner dans cette affaire ?!

Seulement, dans les grandes familles nobles, il fallait toujours préserver les apparences. Aussi irrités qu’ils fussent intérieurement, ils devaient garder bonne contenance en public et préserver leur dignité. Lorsqu’ils croisaient le prince de Guerre du Nord en allant ou en revenant de la cour, aucun n’osait réellement le provoquer ; ils se contentaient de le saluer avec une pointe d’ironie : « Votre Altesse, vous rendez-vous encore au Sanwei Zhai aujourd’hui ? »

Ils avaient posé la question sur un ton étrangement doucereux et sarcastique, mais Xiao Zhige, d’ordinaire peu patient, se montra cette fois d’excellente humeur. Haussant un sourcil, il répondit : « Non. Ces derniers jours, le wangfei aime manger du canard rôti. »

Les hauts fonctionnaires : « … »

Xiao Zhige ne ralentit pas le pas et regagna rapidement le palais princier. La réaction de ces hommes ne faisait pas partie de ses préoccupations. Ce qui l’intéressait davantage, c’était de savoir comment se vendaient les nouveaux récits imprimés parus quelques jours auparavant.

Puisqu’il fallait influencer l’opinion publique parmi le peuple, ces récits devaient nécessairement être écrits de manière originale et intéressante, afin d’inciter davantage de gens à dépenser leur argent pour les acheter et les lire, et de les faire circuler dans les plus larges proportions possibles. Ce n’était qu’ainsi que son objectif pourrait être atteint.

Par coïncidence, aujourd’hui même, le responsable de la librairie de Chengnan devait venir apporter les registres comptables. Ainsi, dès qu’il eut quitté la cour, il se hâta de rentrer au palais.

Dans le bureau du palais princier, le responsable de la librairie de Chengnan présenta les registres et rendit compte de la situation des affaires de ces derniers jours.

« Les récits écrits conformément aux exigences de Votre Altesse ont rencontré un immense succès dès leur parution. À présent, le premier tirage est déjà épuisé et nous nous efforçons d’en produire un second. Par ailleurs, les librairies de la commanderie de Changyang, de la commanderie de Qinghe et de plusieurs autres régions ont également envoyé leurs responsables nous trouver. Ils souhaitent acheter nos livres en grandes quantités… »

An Changqing regarda les chiffres inscrits dans le registre. Les recettes étaient effectivement considérables. Il semblait donc que les nouveaux récits aient véritablement rencontré du succès. Depuis que Xiao Zhige lui avait avoué, la fois précédente, être à l’origine de ces récits, il ne lui cachait plus rien concernant la librairie de Chengnan et lui en avait confié l’ensemble de la gestion.

« Ces nouveaux récits sont écrits d’une manière si extravagante. Personne ne les a remis en question ? »

Lorsque les nouveaux récits avaient été imprimés pour la première fois, un exemplaire avait aussitôt été envoyé au palais princier. Cette fois, Xiao Zhige n’avait pas osé lui cacher la vérité et ils l’avaient lu ensemble. Les lettrés engagés par la librairie étaient remarquablement compétents. À l’origine, Xiao Zhige ne leur avait donné que quelques grandes lignes ; non seulement ils avaient écrit conformément à ses exigences, mais ils l’avaient également fait avec beaucoup de talent. Toutefois, par rapport aux récits précédents, le contenu était plus audacieux et plus extravagant encore ; on pouvait même dire qu’il était contraire aux conventions et aux principes établis.

Par exemple, dans ce récit, An Changqing était devenu un immortel descendu du ciel pour rendre une dette de gratitude, tandis que Xiao Zhige était devenu un général victime d’une injustice. Afin de s’acquitter de sa dette de gratitude, l’immortel traversait d’innombrables épreuves et périls, avant de parvenir finalement à laver le général de l’injustice dont il avait été victime. Alors qu’il s’apprêtait à accomplir sa mission et à retourner au royaume céleste, le général l’emprisonnait dans sa demeure à l’aide d’une chaîne de scellement divine. Il s’avérait que le général était depuis longtemps amoureux de l’immortel. Sachant que celui-ci allait partir et ne pouvant obtenir ce qu’il désirait, il avait tout simplement décidé de le retenir prisonnier.

L’immortel demeurait enfermé dans la demeure du général et partageait chaque jour son intimité avec lui. À peine six mois s’étaient-ils écoulés qu’il se retrouva enceinte. Le général, à la fois stupéfait et ravi, ne s’attendait toutefois pas à ce que la nouvelle soit divulguée. L’immortel enceinte fut accusé d’être un démon, et l’empereur ordonna personnellement de le brûler vif en public, lui et l’enfant qu’il portait. Pris de panique, le général attaqua en pleine nuit le lieu de l’exécution. Cependant, alors qu’il tentait de protéger l’immortel, il tomba par inadvertance dans un piège et se retrouva à l’article de la mort. Avant de mourir, le général déverrouilla la chaîne qui scellait les pouvoirs divins de l’immortel, afin que celui-ci l’oublie.

L’immortel refusa naturellement de se plier à ce souhait. Après avoir recouvré ses pouvoirs divins, il escorta personnellement l’âme du général vers sa réincarnation, tandis que lui-même retournait au royaume céleste, où il donna naissance à des jumeaux, un garçon et une fille. Par la suite, chaque année, lors de la fête de Qingming, l’immortel emmenait les enfants dans le monde des mortels pour se recueillir devant la tombe du général…

Le récit s’arrêtait là. D’après ce qu’An Changqing avait entendu du responsable, le lettré comptait encore écrire une suite racontant la réincarnation du général. Si ce récit n’avait pas pris pour modèle Xiao Zhige et lui-même, il aurait certainement fait l’éloge de l’ouvrage en s’exclamant : « Excellent ! »

« Il y en a effectivement quelques-uns, mais la plupart disent que la grossesse d’un homme est une pure absurdité. » Le responsable ajouta respectueusement : « Cependant, davantage de gens pensent que puisqu’il s’agit d’un immortel, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il puisse tomber enceinte. Cela ne nous a donc pas vraiment causé de tort. Au contraire, nombre de clients qui avaient acheté le récit sont revenus nous demander quand paraîtrait la suite. »

An Changqing ne s’était pas attendu à ce que le peuple accepte cela aussi facilement… Il avait manifestement largement sous-estimé la capacité d’acceptation des habitants de Yejing. Après réflexion, il déclara : « Dans ce cas, demandez au lettré d’écrire rapidement la suite. Quant à la coopération avec les autres librairies, négociez directement avec elles. Du moment que nous ne sommes pas perdants, vous pouvez vendre… »

Xiao Zhige venait à peine d’arriver qu’il entendit les derniers mots. « Je suis arrivé trop tard ? »

« Nous avons presque terminé. »

Xiao Zhige s’assit à ses côtés, prit le registre et le parcourut, tout en écoutant An Changqing organiser méthodiquement les dispositions à venir. Une fois qu’il eut terminé de donner ses instructions, le responsable salua respectueusement, puis se retira.

Une fois seuls, Xiao Zhige posa le registre et haussa un sourcil. « Je t’avais bien dit qu’il n’y aurait aucun problème. Mais tu ne voulais pas me croire. »

An Changqing répondit : « Le peuple peut accepter l’histoire racontée dans ce récit, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il pourra accepter que cette histoire devienne réalité. »

« À force de voir et d’entendre les choses, même ceux qui n’y croient pas finissent par y croire un peu. » Xiao Zhige en était certain. « Du moment que nous procédons progressivement, étape par étape, conformément au plan, à l’avenir, même s’ils refusent d’y croire, ils devront bien y croire. »

Ses paroles étaient si affirmatives que le léger doute qui avait commencé à poindre dans l’esprit d’An Changqing se dissipa de nouveau. Il se mit plutôt à lui parler d’une autre affaire : « La princesse héritière nous a fait parvenir une invitation et nous convie demain au palais de l’Est pour partager un repas et boire quelques coupes ensemble. »

Leur relation avec le prince héritier avait toujours été mauvaise, et ils n’avaient rencontré la princesse héritière que quelques rares fois. Si elle leur envoyait soudain une invitation, il était fort probable que ce banquet ne fût pas un véritable banquet de bonne volonté et que, comme dans l’expression « l’intention du vieil homme ivre n’est pas le vin » , son véritable dessein ne fût pas de les inviter à boire.

(NT : Idiome signifiant que l’intention véritable se trouve ailleurs que dans le prétexte affiché. L’expression vient d’un texte ancien de Ouyang Xiu, « Notes sur le pavillon du Vieil Ivre »(醉翁亭记 ). Dans le texte, « vieil ivre » est le surnom que l’auteur se donne lui-même. )

Cependant, le prince héritier était leur frère aîné et, de surcroît, le prince héritier du royaume. Bien qu’ils sachent parfaitement qu’il s’agissait d’un « banquet de Hongmen » (NT : un piège dissimulé derrière une invitation en apparence amicale), ils ne pouvaient en aucun cas refuser.

Xiao Zhige plissa légèrement les yeux et déclara : « Puisque nous ne pouvons pas refuser, allons-y. Désormais, nous n’avons d’ailleurs plus besoin de le craindre. »

*

Le lendemain matin, tous deux se rendirent ensemble au palais de l’Est pour le banquet.

Le palais de l’Est était construit à l’extérieur de l’enceinte du palais impérial. Après avoir franchi la porte extérieure en voiture et pris vers l’est, ils arrivèrent à destination.

Des serviteurs du palais de l’Est les attendaient déjà devant la porte principale. En voyant arriver le carrosse du palais du prince de Guerre du Nord, ils vinrent précipitamment les accueillir. Après être descendus de voiture et être entrés dans le palais, ils furent conduits par un serviteur jusqu’à un petit pavillon dans la cour intérieure.

Le banquet avait été dressé dans un pavillon octogonal au milieu du jardin. De petites tables délicates étaient disposées à l’intérieur, sur lesquelles étaient posées plusieurs assiettes de pâtisseries raffinées. À côté, un petit brasero en terre rouge maintenait le vin au chaud, tandis qu’une légère vapeur blanche s’en élevait en volutes. Le prince héritier et la princesse héritière étaient déjà arrivés. Lorsqu’ils virent les deux hommes s’approcher, conduits par les serviteurs, ils les invitèrent à prendre place.

La princesse héritière leur adressa un sourire chaleureux et déclara : « Puisqu’il s’agit d’un banquet familial, nous n’avons pas voulu faire preuve de trop de solennité. Ne trouvez donc pas cela trop modeste. »

« Comment pourrait-on qualifier de modeste un banquet aussi original ? »

La princesse héritière arborait un sourire et feignait la familiarité ; An Changqing, naturellement, n’allait pas se laisser distancer et afficha lui aussi une expression parfaitement impénétrable.

Les quatre personnes prirent place, et des servantes commencèrent à apporter les plats froids. Un peu plus loin, des musiciens jouaient également du qin, dont les notes mélodieuses et paisibles ajoutaient encore à l’atmosphère poétique.

La princesse héritière renvoya les servantes qui les assistaient et se mit elle-même à préparer le vin. Elle sortit le vin chaud d’un petit tube de bambou et le versa dans une coupe de verre, puis y ajouta une prune verte avant de leur parler doucement, comme si elle bavardait avec eux : « Ces prunes vertes ont été récoltées l’année dernière, puis marinées dans l’alcool. En cette saison, c’est justement le moment idéal pour les sortir et les déguster avec le vin. Le vin aux prunes des neiges spécialement préparé au palais, accompagné d’une prune verte, offre une saveur merveilleuse. »

« Je me souviens vaguement que le wangfei appréciait ce vin aux prunes des neiges. J’ai donc spécialement demandé au temple de Guanglu de m’en réserver deux jarres. Aujourd’hui, vous pourrez certainement en boire à votre contentement. »

Son visage arborait un sourire empreint d’une douceur parfaite et chacun de ses gestes était élégant et posé. À ne considérer que son maintien et ses manières, elle ne déshonorait nullement le titre de princesse héritière… si seulement elle n’avait pas reparlé de ce vin aux prunes des neiges.

La première fois qu’An Changqing avait participé à un banquet impérial, c’était précisément ce vin qu’il avait bu. À l’époque, comme il l’avait apprécié, il en avait bu quelques coupes de trop. Il n’aurait cependant jamais imaginé que, peu après, le prince héritier profiterait du nom de la princesse héritière pour lui faire envoyer du vin, ce qui lui avait inspiré un profond dégoût.

Il ne s’attendait pas à ce que, deux ans plus tard, cette vieille histoire fût remise sur le tapis.

An Changqing regarda le sourire parfait de la princesse héritière et ne parvint réellement pas à comprendre ce qu’elle espérait obtenir en faisant tout cela pour le prince héritier.

Il baissa les yeux vers le liquide limpide de son vin et pinça les lèvres, rien que sa vue lui donnant la nausée.

« Je crains donc de devoir décevoir les bonnes intentions de la princesse héritière. L’année dernière, lors de mon voyage à Yanzhou, je me suis pris de goût pour les alcools forts de la région. Après avoir goûté à cela, un vin aux prunes des neiges aussi délicatement élaboré me paraît inévitablement fade et insipide. Je préfère encore boire de l’eau chaude ou du thé ordinaire. »

Son refus était impitoyable. Non seulement la princesse héritière, mais même le prince héritier vit son expression changer légèrement. Avec un sourire qui n’en était pas tout à fait un, il déclara : « La princesse héritière s’est donné beaucoup de mal pour obtenir ce vin aux prunes des neiges. »

An Changqing se contenta de sourire sans répondre et jeta un regard à Xiao Zhige assis à ses côtés.

Le regard de Xiao Zhige, profond, balaya le prince héritier. Il saisit directement la cruche posée sur le petit brasero, délaissa les coupes pour prendre un bol et le remplit généreusement de vin avant de le soulever.

« Pardonnez-nous cette inconvenance, frère impérial et belle-sœur impériale. Changqing a toujours eu le palais difficile parce que je l’ai trop gâté. Puisqu’il n’aime pas boire cela, je boirai à sa place. Je suppose que vous ne vous formaliserez pas pour si peu, belle-sœur impériale. »

La princesse héritière reprit son sourire : « Naturellement… je ne m’en formalise pas. »

À ses côtés, le visage du prince héritier s’assombrit, mais il ne dit finalement rien de plus.

À cause de cet incident, l’atmosphère à table n’avait plus rien de chaleureux. Les quatre personnes cessèrent de converser et se contentèrent de manger en silence.

Du coin de l’œil, la princesse héritière observait les deux hommes assis en face d’elle. Bien qu’ils ne parlent guère, leurs gestes témoignaient d’une entente parfaite. Pour préserver l’élégance du banquet, les plats servis étaient essentiellement des mets froids raffinés, avec une grande variété de pâtisseries. Chaque fois qu’An Changqing prenait une pâtisserie et qu’il ne l’appréciait pas, il n’en goûtait qu’une petite bouchée avant de la remettre dans son assiette. Xiao Zhige la prenait alors tout naturellement pour la manger, puis lui en choisissait une autre.

Pendant le peu de temps où elle les observa, elle vit An Changqing goûter cinq ou six sortes de pâtisseries, mais n’en manger réellement que deux. Il ne faisait que prendre une bouchée des autres avant de les laisser à Xiao Zhige.

Il était vraiment difficile à satisfaire.

C’est du moins ce que pensa la princesse héritière. Non seulement il était difficile sur la nourriture, mais il ne respectait en outre pas le moindre protocole. Si le prince de Guerre du Nord n’était pas issu des rangs militaires et habitué à ce genre de comportement, il aurait été difficile de le supporter. Avec n’importe quel homme issu d’une famille attachée aux convenances, An Changqing aurait certainement été réprimandé aujourd’hui par ses aînés et aurait dû réapprendre les règles.

Réprimant les émotions qui traversaient son regard, la princesse héritière se rappela le but de son invitation. Elle pressa délicatement un mouchoir contre ses lèvres, puis relança la conversation : « J’avais autrefois entendu dire que mon deuxième frère se montrait extrêmement indulgent envers son wangfei, mais je ne le croyais pas. Aujourd’hui, je l’ai vu de mes propres yeux et je comprends enfin que tout ce qui est écrit dans les récits qui circulent au-dehors est vrai. »

Ainsi, c’était donc pour cette raison… An Changqing échangea discrètement un regard avec Xiao Zhige, puis sourit avec embarras. « La princesse héritière a donc vu ces récits, elle aussi ? Ce ne sont que des inventions de lettrés. Comment pourrait-on les prendre au sérieux ? »

« J’ai pourtant l’impression que le peuple les prend très au sérieux. »

Le prince héritier, à côté d’elle, but une petite gorgée de vin et le regarda d’un air scrutateur.

« Tout le monde raconte actuellement à l’extérieur que le wangfei de Guerre du Nord est un immortel descendu du ciel, capable de protéger le peuple de Dasheng. On dit même que la naissance de ses deux enfants a été accompagnée de présages auspicieux, ce qui serait un immense signe de bon augure. »

« En effet. J’ai également entendu dire que nombre de gens du peuple souhaitaient ériger pour le wangfei un sanctuaire funéraire personnel afin de lui rendre un culte et de lui offrir de l’encens. »

La princesse héritière caressa l’épingle à cheveux dorée près de sa tempe et poursuivit d’un ton presque plaisantin à l’adresse de Xiao Zhige : « Même Sa Majesté et le prince héritier ne bénéficient probablement pas d’un soutien populaire comparable à celui du wangfei. Il n’est donc guère étonnant que Votre Altesse se montre si indulgent envers lui… »

Ces paroles étaient véritablement une attaque meurtrière sans effusion de sang.

Après avoir porté leurs masques et pratiqué la duplicité pendant si longtemps, les quatre convives étaient enfin arrivés au moment où le véritable dessein du « banquet de Hongmen » se révélait pleinement.

« Le peuple n’a guère reçu d’instruction et ses connaissances sont limitées. Il est donc compréhensible qu’il prenne pour vraies les histoires racontées dans ces récits. Mais pourquoi la princesse héritière les aurait-elle, elle aussi, prises au pied de la lettre ? »

An Changqing afficha une expression parfaitement innocente. « J’ai moi-même lu ce récit. Il y est même écrit que je possède des pouvoirs immortels et que, sous la forme d’un homme, j’ai porté et donné naissance à des jumeaux, un garçon et une fille. »

Il tourna volontairement la tête vers Xiao Zhige et lui adressa un clin d’œil. « … À ce compte-là, puisque le jeune prince héritier et la jeune princesse sont eux aussi des jumeaux, un garçon et une fille, ils doivent naturellement être sortis de mon ventre. »

« Princesse héritière, ce que dit Changqing… n’est-ce pas exact ? »

La princesse héritière n’avait manifestement pas prévu qu’il se livrerait à une telle argumentation spécieuse. Son visage changea plusieurs fois d’expression, mais elle ne trouva rien à répondre.

Xiao Zhige, quant à lui, acquiesça et renchérit : « Les deux enfants sont bel et bien les tiens. À l’avenir, si quelqu’un ose dire qu’ils ne sont pas tes enfants biologiques, je me chargerai personnellement de lui donner une leçon. »

« Naturellement. A Heng et Zhuer doivent m’appeler leur père biologique. » répondit An Changqing avec un sourire radieux.

Ils se répondaient ainsi l’un à l’autre, mêlant neuf parts de vérité à une part de mensonge. Aux oreilles du prince héritier et de la princesse héritière, cependant, ce couple était tout simplement rusé : ils avaient saisi la moindre faille pour s’y engouffrer et délibérément jouer sur les mots.

Pourtant, cette fois-ci, leur intention initiale n’était que de profiter de l’occasion pour sonder les intentions réelles de Xiao Zhige. Le sanctuaire dédié au wangfei était sur le point d’être érigé par le peuple, et ils ne croyaient pas un instant que Xiao Zhige et An Changqing puissent n’en rien savoir. Le prince héritier soupçonnait même par moments que la situation actuelle était entièrement orchestrée par Xiao Zhige.

Après tout, si le wangfei était un immortel descendu du ciel pour protéger le peuple, le prince de Guerre du Nord n’était-il pas, lui aussi, celui que le Ciel avait personnellement choisi ?

Si tout cela était involontaire, passe encore. Mais s’il cherchait délibérément à se créer un élan politique…

Le regard du prince héritier devint féroce. Il était déterminé à obtenir ce trône impérial. Si Xiao Zhige comptait le lui disputer, alors il ne pourrait lui reprocher de frapper le premier.

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Note de l’auteur :

Nuonuo : « Quand nous disons la vérité, personne ne nous croit ; il faut absolument que nous leur mentions. Qu’ils sont difficiles à satisfaire ! »

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

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