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TTBE - Chapitre 96 — Le wangfei est une personne redoutable.
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La jeune femme qui s’était cognée contre le pilier fut envoyée recevoir des soins, tandis que les hommes du Temple Dali, tremblant de peur, invitèrent le prince héritier à venir. Entre eux, ils se regardaient avec consternation, ayant tous plus ou moins le pressentiment que le ciel allait changer.
D’ordinaire, le censeur en chef Ji Anmin, qui prenait très rarement parti, prononça pour la première fois à la cour un discours enflammé, fustigeant avec véhémence les crimes du prince héritier.
La sœur cadette qui avait porté plainte auprès de l’empereur s’appelait Shen Ruxin. Elle était originaire du district de Suyuan, dans la préfecture de Suzhou. Les deux sœurs, après avoir perdu leurs parents, étaient venues à Yejing chercher des parents auprès desquels se réfugier. Mais, avant même d’avoir pu retrouver leur famille, elles avaient été enlevées et vendues par des trafiquants d’êtres humains. Ces derniers leur avaient fait absorber des drogues et, après plusieurs transferts, elles s’étaient retrouvées totalement incapables de résister, avant d’être conduites par un vieil homme au visage pâle et dépourvu de barbe dans une vaste demeure.
Plus tard, lorsqu’elles avaient tenté de s’enfuir, elles avaient provoqué la colère des maîtres des lieux. Deux vieilles nourrices chargées de leur inculquer les règles étaient alors venues, et ce n’était qu’à ce moment-là qu’elles avaient appris que la vaste demeure où elles étaient enfermées était en réalité le Palais de l’Est. Quant au maître qu’elles étaient censées servir, il s’agissait en réalité du prince héritier en personne.
Les deux sœurs, terrorisées, avaient initialement abandonné toute idée de fuite. Mais, alors qu’elles feignaient de se montrer dociles, elles avaient par hasard entendu deux nourrices discuter dans la cour : « Je me demande combien de temps les deux sœurs de cette fois-ci pourront survivre. »
Les deux sœurs savaient lire et étaient capables de raisonner. Après avoir surpris ces paroles, elles s’étaient mises à réfléchir : le prince héritier de la cour actuelle pouvait obtenir toutes sortes de femmes, alors pourquoi enfermer secrètement des jeunes femmes issues de familles honnêtes dans sa propre demeure ? Il y avait manifestement quelque chose qui clochait.
Puisque leur vie était en jeu, elles avaient alors recommencé à songer à s’échapper.
La sœur cadette se souvenait encore des paroles de celui qui les avait aidées à partir. À l’extérieur du palais, elle s’était agenouillée devant le tambour des plaintes, frappant son front contre le sol et pleurant d’une voix déchirante :
« Le trafiquant qui nous a capturées s’appelle Sun Xinmin. Il a également un frère qui travaille au dépôt funéraire. Ce sont eux deux qui se sont entendus pour nous vendre au Palais de l’Est, et un vieil eunuque leur a même donné beaucoup d’argent ! Si Sa Majesté et les seigneurs fonctionnaires ne me croient pas, vous pouvez les faire venir pour qu’ils soient confrontés à moi ici même ! Si je prononce seulement une parole mensongère, que le Ciel me foudroie de cinq coups de tonnerre ! »
Sans fonction officielle ni titre, elle ne pouvait entrer dans le pavillon de Chongzheng. Ji Anmin se contenta donc de la conduire jusqu’au tambour des plaintes qui se trouvait à l’extérieur du pavillon. Il lui demanda de le frapper afin de faire retentir son grief et de présenter sa plainte.
À l’intérieur du pavillon, l’empereur An Qing et les différents fonctionnaires entendirent alors parvenir jusqu’à eux ses sanglots déchirants, chaque cri leur transperçant le cœur.
Ji Anmin s’agenouilla et déclara d’une voix grave : « Je prie Votre Majesté d’ordonner une enquête approfondie ! Si cette affaire n’a réellement aucun rapport avec le prince héritier, cela permettra également de laver son nom. »
À l’exception des partisans du prince héritier, tous les autres fonctionnaires s’agenouillèrent à leur tour pour approuver sa requête et demandèrent qu’une enquête approfondie soit menée.
Peu après, le prince héritier arriva lui aussi.
En passant devant le tambour des plaintes, il aperçut Shen Ruxin, venue faire entendre son grief. Son visage s’assombrit légèrement, mais il entra ensuite avec calme.
Le fonctionnaire du Temple Dali chargé de faire venir les personnes concernées s’avança et rapporta fidèlement tout ce qui s’était produit au Palais de l’Est.
L’empereur An Qing entendit également le rapport du grand eunuque. Quelque peu impatient, il tapota l’accoudoir de son siège et demanda : « Prince héritier, as-tu quelque chose à dire ? »
Le prince héritier s’agenouilla sans la moindre précipitation, joignit les mains et déclara : « Je prie Père Empereur de discerner clairement la vérité. Je suis le maître du Palais de l’Est ; quel genre de femme pourrais-je désirer sans pouvoir l’obtenir ? Pourquoi aurais-je besoin de prendre tant de peine pour demander à des trafiquants d’enlever des jeunes femmes issues de familles honnêtes ? Et pourquoi prendre spécialement soin de faire installer ces femmes enlevées au Palais de l’Est, comme si l’on craignait que quelqu’un ne le découvre ? Cette affaire comporte trop d’éléments étranges. Je supplie Père Empereur de m’autoriser à laisser d’abord l’intendant général du Palais de l’Est mener une enquête approfondie. Il se pourrait fort bien qu’un traître se soit infiltré au Palais de l’Est, qu’il ait conspiré avec des personnes extérieures et qu’il cherche à me faire porter le chapeau ! »
Son argumentation n’était pas dénuée de logique, et nombre de personnes affichèrent aussitôt une certaine hésitation. Elles craignaient qu’il ne s’agisse réellement d’un piège destiné à faire porter la responsabilité au prince héritier ; si l’affaire n’avait finalement aucun rapport avec lui, ceux qui s’étaient empressés de lui porter un coup risquaient de se retrouver eux-mêmes éclaboussés.
« Ce que dit le prince héritier n’est pas sans fondement », approuva l’empereur An Qing. Même s’il se méfiait profondément de ce fils, il ne souhaitait pas davantage qu’un scandale éclate au sein de la famille impériale.
« Qu’il s’agisse ou non d’une machination, il suffit de capturer le trafiquant qui a vendu ces femmes et de l’arrêter pour l’interroger. Nous le saurons après l’avoir soumis à un interrogatoire approfondi », déclara directement Ji Anmin.
Sur le chemin du retour, le prince héritier avait déjà pris sa décision. Cette affaire était difficile, mais elle pouvait aussi être simple. Même si l’enquête révélait finalement que l’affaire avait réellement un lien avec le Palais de l’Est, tout cela aurait été l’œuvre de subalternes. Il lui suffirait de livrer un bouc émissaire pour faire taire les autres ; qui oserait réellement remonter jusqu’à lui ?
Quant aux frères Sun… toutes les traces qu’il fallait faire disparaître avaient déjà été soigneusement nettoyées. Le moment venu, s’ils ne supportaient pas les tortures et mouraient en prison, cela ne ferait que paraître normal.
Il jeta un regard en biais à Ji Anmin et déclara avec indifférence : « Puisque le seigneur Ji ne me fait pas confiance, enquêtez donc si vous le souhaitez. Je coopérerai pleinement. J’espère seulement que le seigneur Ji appliquera la loi de manière impartiale et me rendra justice. »
Il avait accepté cette enquête avec empressement et indifférence à cet instant ; il allait par la suite le regretter.
Puisque c’était Ji Anmin qui avait révélé cette affaire et qu’il avait insisté de toutes ses forces pour qu’une enquête approfondie soit menée, l’empereur An Qing lui confia tout simplement la direction de l’affaire, avec la collaboration du Temple Dali.
Ji Anmin passa rapidement à l’action. Dès la fin de l’audience, il dépêcha des hommes du Temple Dali au dépôt funéraire et à l’agence de recrutement pour arrêter les responsables. C’était ce dont An Changqing avait discuté avec lui depuis longtemps.
Afin d’empêcher les frères Sun de se douter de quoi que ce soit, de prendre la fuite ou d’être réduits au silence par quelqu’un d’autre, An Changqing avait envoyé des hommes dès la nuit précédente pour placer sous surveillance les deux frères ainsi que tous les membres de leur famille.
En outre, il y avait un registre que Sun Xinshi, l’intendant du dépôt funéraire, gardait secrètement. Il s’agissait de l’une des preuves que l’espion infiltré dans le dépôt funéraire avait découvertes au cours des derniers jours, mais aussi de l’une des preuves sur lesquelles An Changqing s’était appuyé lorsqu’il s’était rendu en personne chez Ji Anmin pour lui demander son aide, convaincu qu’elles permettraient de faire tomber le prince héritier.
Les frères Sun étaient complètement terrifiés. Ce n’était que la nuit précédente qu’ils avaient appris que le maître auquel ils avaient juré fidélité était en réalité le prince héritier de la cour actuelle.
Ces deux frères, motivés par l’argent, avaient toujours supposé que le maître qui leur confiait ces tâches devait être quelque puissant personnage de quelque grande famille. Mais jamais ils n’auraient imaginé que ce personnage serait le prince héritier lui-même, et encore moins qu’il les entraînerait dans les luttes politiques de la cour.
Seulement, à présent, il était déjà trop tard pour regretter.
Ji Anmin prit en charge les deux frères ainsi que les preuves réunies et les escorta personnellement jusqu’au Temple Dali pour les interroger.
*
Lorsque Xiao Zhige se réveilla, le crépuscule était déjà tombé. Après avoir inhalé le narcotique et dormi aussi longtemps, il ne ressentit à son réveil qu’un léger mal de tête.
Prenant appui sur son bras, il se redressa, se frotta les tempes et attendit que le vertige se dissipe avant de se rappeler ce qui s’était passé la nuit précédente.
Son visage changea légèrement. Il s’apprêtait à se lever pour aller chercher quelqu’un lorsqu’il vit An Changqing entrer, une coupe d’eau sucrée à la main. Le voyant réveillé, celui-ci lui lança un regard noir et dit d’un ton contrarié : « Bois ceci. Yuxiao a dit qu’on avait un peu la tête qui tournait au réveil. »
Xiao Zhige voulut parler, puis se ravisa, ne sachant un instant quelle expression adopter devant lui.
Jamais il n’aurait imaginé que la première fois qu’il subirait un revers, ce serait aux mains d’An Changqing. Mais à bien y réfléchir, ce n’était pas si surprenant. En dehors d’An Changqing, personne n’aurait pu le prendre complètement au dépourvu.
Il avala d’une traite l’eau sucrée posée sur la table, puis, voyant qu’An Changqing était manifestement toujours en colère, se lécha les lèvres et dit d’une voix rauque : « Tu peux m’arrêter pour un temps, mais tu ne pourras tout de même pas m’arrêter pour toute ma vie. »
Il était résolu à tuer le prince héritier de ses propres mains afin d’apaiser la haine qui lui brûlait le cœur.
« Quand ai-je dit que je t’interdisais de tuer le prince héritier ? »
An Changqing en resta sans voix de colère et le railla : « Le prince de Guerre du Nord est réputé pour son génie militaire. N’existe-t-il donc, pour tuer le prince héritier, qu’une seule méthode : mener des soldats de force dans le Palais de l’Est ? La mort du prince héritier serait certes une délivrance, mais toi, tu devrais porter l’infamie d’avoir tué ton propre frère et de t’être rebellé ! Qui sait si, plus tard, certains n’iraient pas jusqu’à soupirer avec regret sur le sort du prince héritier ! Ils te maudiraient en disant que tu as perdu toute humanité et foulé aux pieds les liens de parenté ! »
Il se souvenait de ce qui s’était produit dans sa vie précédente. N’était-ce pas exactement ainsi ? Les mauvaises actions avaient été commises par les autres, mais c’était Xiao Zhige qui en avait porté l’infamie.
An Changqing, exaspéré qu’il ne comprenne pas, déclara : « Un homme comme le prince héritier mérite que ses crimes soient révélés au grand jour, afin qu’il porte cette infamie pour l’éternité. De son vivant, son nom devrait être rayé du registre généalogique impérial ; après sa mort, il ne devrait pas être admis dans les tombeaux impériaux ! Si c’est toi qui le tues, ce ne sera pas un fratricide, mais un acte de justice au nom du Ciel ! »
« Une vérité aussi simple, faut-il donc que ce soit moi qui l’enseigne au prince de Guerre du Nord ? »
Il l’appelait « prince de Guerre du Nord » à chaque phrase, signe évident qu’il était arrivé au comble de l’exaspération. Le coin externe de ses yeux était fortement relevé et ses pupilles, teintes par la colère, brillaient d’un éclat vif.
Xiao Zhige le regarda s’emporter ainsi pour lui, et le feu qui couvait dans sa poitrine s’éteignit de cette manière.
Depuis que la princesse aînée lui avait révélé la cause de la mort de sa mère, un brasier brûlait dans sa poitrine, lui torturant constamment les cinq organes et les six viscères et lui causant une douleur si intense qu’il aurait voulu périr avec le prince héritier, avec l’empereur An Qing, voire avec l’ensemble du clan impérial Xiao.
Il savait depuis longtemps que le palais impérial dissimulait toutes sortes de turpitudes, mais il ignorait que les souillures qui s’y cachaient étaient des centaines, des milliers de fois plus abjectes qu’il n’aurait pu l’imaginer. Une lignée aussi corrompue ne méritait-elle pas mieux que d’être entièrement réduite en cendres ?
Pourtant, An Changqing le ramena de force du bord de la falaise.
Xiao Zhige ferma les yeux un instant, se pencha vers lui et le prit dans ses bras, avant de reconnaître à voix basse : « Pardonne-moi. Je me suis trompé de chemin dans mes réflexions. »
« Du moment que tu as compris. »
An Changqing poussa un soupir de soulagement, frotta avec fatigue son visage contre le creux de son cou, puis se mit à se plaindre à voix basse : « Sinon, je n’aurais plus eu d’autre choix que de demander à Yuxiao de t’assommer une nouvelle fois avec ses aiguilles et de t’enfermer, pour t’empêcher de faire une bêtise qui m’aurait encore mis en colère. »
Le coin des lèvres de Xiao Zhige se releva. Il resserra son étreinte autour de lui : « Rassure-toi, cela n’arrivera plus. »
Il voulut encore ajouter quelque chose, mais remarqua que la respiration contre son cou était devenue régulière. Étonné, il tourna légèrement le visage pour regarder et vit qu’An Changqing s’était déjà endormi sur son épaule. Entre ses fins sourcils subsistait encore un léger pli.
Le cœur serré, Xiao Zhige le souleva avec précaution dans ses bras, le porta jusqu’au lit et l’y déposa. Puis il lissa du bout des doigts le pli entre ses sourcils avant de sortir silencieusement.
Yuxiao était assis sur les marches devant la porte. En le voyant, il sursauta et bondit aussitôt sur ses pieds, sur le point d’appeler quelqu’un.
Xiao Zhige lui fit signe de se taire et baissa également la voix.« Le wangfei s’est endormi. »
Yuxiao se couvrit immédiatement la bouche et murmura : « Le wangfei n’a pas encore pu se reposer depuis hier soir. »
En entendant cela, Xiao Zhige comprit qu’il s’était certainement passé autre chose pendant son long sommeil. Il hocha la tête en direction de Yuxiao, lui demanda de veiller sur An Changqing, puis se dirigea vers la cour extérieure.
Lorsque le commandant des gardes le vit réveillé, il poussa aussitôt un soupir de soulagement. Lorsque Xiao Zhige l’interrogea, il n’osa rien lui cacher et lui rapporta toute la succession d’événements qui s’étaient déroulés de la nuit précédente jusqu’à ce jour.
Lorsqu’il apprit que Ji Anmin avait déjà trouvé des pistes et qu’il suivait actuellement les indications de Sun Xinshi pour creuser les tombes du dépôt funéraire à la recherche des ossements, Xiao Zhige ne put s’empêcher de rire légèrement : « Il est décidément bien plus capable que moi. »
Le commandant des gardes songea en lui-même que c’était effectivement le cas. S’il n’avait pas été capable, qui aurait osé assommer le prince de Guerre du Nord et le ramener sur son dos ?
Le wangfei était vraiment quelqu’un de redoutable.
*
Il ne fallut pas même une demi-journée après leur arrivée dans les prisons du Temple Dali pour que les frères Sun avouent tout ce qu’ils savaient.
Au début, ils ignoraient que la personne qui leur donnait des ordres était le prince héritier, mais ils supposaient qu’il s’agissait nécessairement d’un quelconque personnage noble et puissant. Les deux frères étaient cupides, mais ils n’étaient pas idiots pour autant. Chaque fois que Sun Xinmin avait choisi une personne et l’avait envoyée là-bas, quelque temps plus tard, une dépouille féminine dont le visage avait été arraché était apportée au dépôt funéraire.
Une telle coïncidence éveilla leurs soupçons à tous deux. Elle les conforta également dans leur volonté de conserver quelques moyens de pression afin de se prémunir contre toute éventualité.
Par la suite, chaque fois que Sun Xinmin avait choisi une personne, Sun Xinshi consignait dans un registre les informations relatives à l’apparence de la femme, à ses caractéristiques physiques et autres détails.
Lorsqu’une nouvelle dépouille était ensuite apportée pour être incinérée, ils comparaient ses caractéristiques avec celles consignées dans le registre afin d’identifier la morte. Lorsqu’ils parvenaient à déterminer son identité, ils traçaient une croix rouge à l’encre vermillon, puis notaient sommairement la cause et la date du décès, entre autres informations. Lorsqu’ils ne parvenaient pas à l’identifier, ils commençaient une nouvelle page pour la consigner.
Sun Xinshi avait dissimulé ce registre avec une extrême prudence, mais il n’avait pas prévu qu’un espion déguisé en simplet, qui s’était approché de lui, finirait par le découvrir. À cela s’ajoutait qu’An Changqing avait fait placer sous contrôle les familles des frères Sun. Ainsi, dès que Ji Anmin les interrogea, ils avouèrent tout d’un seul trait.
Et le registre n’était pas la seule preuve. Afin d’éviter que, plus tard, leurs paroles ne soient considérées comme dépourvues de preuves, les deux frères avaient même pris soin de conserver deux dépouilles féminines dont l’identité pouvait être établie, sans les incinérer. Ils les avaient secrètement enterrées sous le vieil arbre situé derrière le dépôt funéraire.
À ce moment-là, Ji Anmin était déjà arrivé au dépôt funéraire avec les hommes du Temple Dali et faisait exhumer les dépouilles.
S’ils parvenaient réellement à retrouver les corps, les crimes du prince héritier seraient probablement établis par des preuves irréfutables, et il ne pourrait plus rien objecter pour se défendre.
Les doigts de Xiao Zhige tapotèrent légèrement son genou. Il estima que cela ne suffirait pas. Ces preuves permettraient tout au plus de ruiner la réputation du prince héritier. Même si l’empereur An Qing était contraint d’abdiquer le prince héritier de son titre, elles ne suffiraient pas à lui ôter la vie.
De plus, peut-être inspiré par les paroles d’An Changqing, il eut soudain une idée brillante.
Après le départ du commandant, Xiao Zhige fit de nouveau venir un espion afin de l’interroger. « Y a-t-il eu le moindre mouvement du côté de la princesse héritière ? »
L’espion répondit : « Rien à signaler. Depuis qu’elle est tombée enceinte, la princesse héritière reste enfermée chez elle et ne sort plus. Elle prétend simplement que sa grossesse est instable et qu’elle a besoin de repos. »
« A-t-elle eu secrètement des contacts avec quelqu’un, et en particulier avec des hommes ? »
Cette fois, l’espion hésita un instant avant de répondre : « D’après les nouvelles transmises par Kui Er, elle n’a effectivement eu aucun contact avec des hommes. Les gardes restent également dans les pièces extérieures et n’entrent jamais dans la cour intérieure. Cependant… récemment, une nonne taoïste vient régulièrement réciter et commenter les textes taoïstes avec la princesse héritière. Il semblerait que celle-ci soit agitée et impatiente, et que les enseignements de cette nonne taoïste l’aident à retrouver son calme. »
« Une nonne taoïste ? »
Xiao Zhige haussa un sourcil : « Enquête sur les origines de cette nonne taoïste. »
*
Ji Anmin fit exhumer deux dépouilles féminines au dépôt funéraire. Bien qu’elles fussent déjà en grande partie décomposées, le dépôt funéraire, à l’abri du soleil, était en permanence froid et humide en raison des années passées à y conserver des cadavres. Ainsi, même si les deux dépouilles avaient déjà commencé à se décomposer, le médecin légiste parvint encore à les identifier.
Le médecin légiste emmena les dépouilles pour procéder à l’examen post mortem. Pendant ce temps, Ji Anmin mobilisa de nouveau des hommes, qui passèrent la nuit à rechercher les dossiers correspondant aux noms du registre.
Parmi ces femmes, certaines, peu nombreuses, avaient été vendues par leurs parents ou s’étaient volontairement vendues comme esclaves. Mais beaucoup d’autres étaient issues de familles honnêtes. Lorsqu’une femme disparaissait soudainement, il était possible que sa famille se soit rendue aux autorités pour signaler sa disparition.
Ces dossiers avaient été transférés depuis le bureau du gouverneur de la préfecture de Jingzhao. Les hommes du Temple Dali se mirent à les consulter tous et, contre toute attente, retrouvèrent effectivement deux anciennes affaires de disparition. L’apparence, le nom et les autres informations concernant les femmes correspondaient aux indications consignées dans le registre.
Le ministre du Temple Dali regarda Ji Anminranger soigneusement les dossiers et les garder sur lui. Avec une pointe de reproche, il déclara : « Le Grand Censeur a déjà atteint le sommet de la hiérarchie des fonctionnaires. Pourquoi donc vous mêler à cette affaire ? Vous mettez également notre Temple Dali dans une situation délicate. »
Ji Anmin lui jeta un regard, puis tapota du doigt le registre ouvert devant lui et déclara d’une voix sévère : « Ce registre contient dix-neuf vies humaines. En à peine cinq ou six ans, dix-neuf femmes sont mortes. Toutes ont été torturées et assassinées. Je suis peut-être vieux, mais je ne suis pas aveugle, et mon cœur n’est pas encore complètement endurci ! »
Le ministre du Temple Dali voulut encore dire quelque chose, mais Ji Anmin secoua la tête et poursuivit : « Nous sommes fonctionnaires à la même cour depuis de nombreuses années et nous avons également passé ensemble le même examen impérial ; nous avons donc une certaine amitié. Je ne vous donnerai qu’un conseil : pour les petites affaires, fermer un œil et laisser passer peut suffire, mais dans les grandes affaires, ne perdez surtout pas la tête. Vous ignoriez autrefois quel genre d’homme était le prince héritier ; désormais, vous devriez le savoir. Si vous choisissez le mauvais camp, personne ne pourra vous protéger. »
Sur ces mots, il rangea les dossiers et les preuves avant de les remettre aux deux intendants qui l’accompagnaient. Puis il joignit les mains en guise de salut et prit congé.
Bien qu’habillés comme de simples domestiques, les deux hommes étaient élancés et vigoureux ; placés de part et d’autre de Ji Anmin, ils semblaient le protéger comme des gardes du corps.
Repensant aux paroles de Ji Anmin, puis regardant les deux gardes qui l’accompagnaient, le ministre du Temple Dali fut soudain saisi d’effroi. Il fit appeler en toute hâte l’un de ses subordonnés de confiance : « Va toi-même surveiller les frères Sun. Sans mon autorisation, personne ne doit les approcher. Souviens-toi bien de ceci : surveille-les attentivement. Il est absolument interdit qu’ils meurent d’une manière inexplicable ! »
Son homme de confiance hésita : « Mais, auparavant, vous aviez dit… »
« Ce qui était avant appartient à avant ! »
Le ministre du Temple Dali se remémora le vieil eunuque venu transmettre un message du palais. Il inspira profondément et une lueur de dureté apparut dans ses yeux : « Fais exactement ce que je t’ai dit ! »
Bien qu’il ne parvînt pas à déterminer si Ji Anmin avait prêté allégeance au troisième prince ou au prince de Guerre du Nord, le ministre du Temple Dali avait passé le même examen impérial que lui et le connaissait assez bien. Il savait que cet homme, d’ordinaire discret et silencieux, avait toujours eu un regard d’une perspicacité redoutable. Au cours de toutes ces années mouvementées, il ne s’était non seulement pas effondré, mais avait même réussi à accéder au rang de l’un des Trois Excellences (NT : les trois postes les plus élevés de la hiérarchie impériale). Cette acuité exceptionnelle lui avait été d’une grande utilité.
Le ministre du Temple Dali fit quelques pas, puis songea qu’en suivant ce vieux renard de Ji Anmin, il ne pouvait probablement pas se tromper.
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Note de l’auteur :
Commandant : « Le wangfei est vraiment quelqu’un de redoutable. » (Ressent profondément ce sentiment.)
Songsong : « C’est certain. Nuonuo est le plus capable. » (Fier.)
Commandant : « … » (Ce n’était pas ce que je voulais dire.)
Traducteur: Darkia1030
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