TTBE - Chapitre 97 — Défection

 

Le palais de l’Est.

Le prince héritier faisait les cent pas avec anxiété. En repensant aux deux cadavres de femmes que Ji Anmin avait rapportés du domaine funéraire, il éprouvait vaguement un sentiment de malaise.

« Faites venir Zheng Quan! »

Il n’aurait pas dû avoir peur. La plupart des femmes du pavillon Xiefang étaient des personnes sans famille ni proches. Après leur mort, des personnes spécialement chargées de cette tâche leur retiraient la peau du visage selon une méthode particulière, puis, une fois leurs bijoux et leurs vêtements enlevés, les corps étaient secrètement envoyés au domaine funéraire pour y être brûlés et traités. Il était absolument impossible que quelqu’un reconnaisse leur identité. Toutes ces années, il n’y avait d’ailleurs jamais eu le moindre incident.

Cependant, le vieil eunuque qui était allé transmettre son message au Temple Dali lui avait dit que le ministre du Temple Dali avait accepté sans la moindre hésitation au départ, mais que deux ou trois jours s’étaient écoulés sans qu’aucune nouvelle de la mort des frères Sun ne parvienne. Au contraire, les cellules de la prison du Temple Dali étaient gardées avec une vigilance si rigoureuse que même une mouche ne pouvait y entrer.

Réprimant l’irritation qui montait dans son cœur, le prince héritier but difficilement une gorgée de thé. C’est alors que Zheng Quan entra, courbé en deux.

« Votre Altesse. »

Si les sœurs Shen et les frères Sun avaient été présents, ils l’auraient certainement reconnu : ce vieil eunuque était celui qui venait chaque fois chercher les personnes ou faire transporter les cadavres.

« Tu es certain d’avoir fait disparaître toutes les dépouilles de ces femmes ? » Le prince héritier le fixa d’un regard sombre et menaçant.

« Cela… oui. » Le vieil eunuque, courbé en deux et les yeux rivés au sol, hésita un instant avant de donner une réponse affirmative.

« Je veux une réponse certaine ! Es-tu certain qu’ils ont tous été éliminés ? Réfléchis bien avant de répondre ! »

Une tasse de thé brûlant s’abattit sur la tête du vieil eunuque, lui trempant entièrement le visage et les cheveux. Ses jambes se dérobèrent et il tomba à genoux, se prosternant avec terreur.

« Durant les deux premières années, votre vieux serviteur les a regardés brûler de ses propres yeux. Seulement… seulement, par la suite, je me suis habitué à la chose. Je savais que les frères Sun s’occupaient convenablement de leurs affaires. Et puis, il se trouvait justement que j’avais encore des affaires à régler et que je n’avais pas tout arrangé comme il fallait, alors… alors… »

« Tu n’as donc plus surveillé personnellement la chose ? » Le prince héritier articula ces mots entre ses dents.

« Votre Altesse, épargnez-moi ! » Le vieil eunuque connaissait bien son tempérament et se prosterna frénétiquement.

Mais le prince héritier le regardait comme s’il avait déjà devant lui un homme mort. D’un geste de la main, il fit avancer deux gardes qui le traînèrent dehors.

« Il ne faut plus te laisser en vie. Quant aux quelques vieilles nourrices du pavillon Xiefang, occupez-vous également d’elles jusqu’au bout. Ne laissez aucune trace susceptible de remonter jusqu’à nous. »

Les gardes reçurent l’ordre et se retirèrent. L’agitation dans le cœur du prince héritier s’apaisa quelque peu. Se souvenant que la princesse héritière était elle aussi au courant de cette affaire, il changea de direction et se rendit de nouveau aux appartements de la princesse héritière.

La grossesse de la princesse héritière n’était pas encore bien établie et, ces derniers jours, elle se consacrait entièrement à prendre soin de sa grossesse. Lorsque le prince héritier arriva, il aperçut de nouveau une petite chaise à porteurs arrêtée dans la cour extérieure. Il fronça les sourcils et demanda aux gardes postés des deux côtés : « La princesse héritière a encore fait venir cette taoïste ? »

Les gardes répondirent : « Oui. Elle la fait venir tous les cinq ou six jours. »

Le prince héritier en fut mécontent et son visage s’assombrit davantage. Pour rechercher la longévité, l’empereur An Qing avait recruté de nombreux taoïstes. Non seulement cela n’avait pas augmenté sa longévité ne serait-ce que d’un seul instant, mais il avait même failli y laisser la vie. C’est pourquoi le prince héritier n’aimait guère ces taoïstes. Seulement, puisque la princesse héritière était enceinte et qu’il ne dormait pas souvent de ce côté-ci, il avait toléré que ces taoïstes au nez de bœuf (NT: terme péjoratif désignant les taoïstes, en référence à leur coiffure traditionnelle) entrent à plusieurs reprises dans le palais de l’Est, considérant simplement qu’ils tenaient compagnie à la princesse héritière pour lui faire passer le temps.

Mais sa patience avait également ses limites.

Il se dirigea à grands pas vers la chambre à coucher, mais aperçut les deux servantes personnelles de la princesse héritière qui attendaient à l’extérieur. À sa vue, elles parurent quelque peu paniquées et s’apprêtèrent à le saluer. Le prince héritier leva la main pour leur indiquer qu’elles n’avaient pas besoin de le faire, puis entra dans la chambre intérieure.

À l’intérieur, de l’encens brûlait. Derrière plusieurs épaisseurs de voiles, la princesse héritière était assise face à une grande taoïste mince et élancée, toutes deux discutant à voix basse du Dao.

En voyant arriver le prince héritier, la princesse héritière se leva seulement alors pour le saluer. « Votre Altesse, n’aviez-vous pas dit que vous étiez très occupé ces derniers jours et que vous ne viendriez donc pas ? »

« Je me suis souvenu d’une affaire dont je dois te parler. » Après avoir jeté un regard aux livres ouverts sur la table, le prince héritier ricana. « Depuis quand la princesse héritière s’est-elle mise à croire à ces choses ? »

La princesse héritière se rassit et répondit doucement : « Ces derniers temps, je me sens agitée et anxieuse. J’ai demandé à la Maîtresse véritable de me réciter les enseignements sacrés, afin de pouvoir retrouver un peu de calme intérieur. »

Le regard du prince héritier parcourut la taoïste de la tête aux pieds. Depuis son entrée, celle-ci avait toujours gardé la tête baissée sans prononcer un mot. Tapotant la table du doigt, le prince héritier déclara : « Vous autres pratiquants n’êtes-vous pas tous terriblement arrogants ? Et pourtant, tu as même peur de regarder le visage de ton prince ? »

En entendant cela, la taoïste releva la tête. Sa voix était légèrement rauque. « Ce n’est que parce que je crains d’offenser Votre Altesse. »

Cette voix…

Le prince héritier fronça profondément les sourcils. Son regard se posa sur elle. Cette taoïste était grande et mince ; non seulement sa silhouette ne présentait pas la moindre courbe féminine, mais même ses mains avaient une ossature épaisse. On aurait dit que—

Le regard du prince héritier se durcit. Il se pencha brusquement en avant et arracha le col de son vêtement, qui la couvrait entièrement. Lorsqu’il aperçut la pomme d’Adam nettement saillante, une rage furieuse lui monta aussitôt jusqu’au sommet du crâne. Il se retourna et gifla la princesse héritière.

« Femme vile ! »

La princesse héritière poussa un cri et allait dire quelque chose lorsqu’elle entendit le prince héritier, le visage sombre, appeler des hommes à l’intérieur. « Emmenez ce traître… »

Il marqua une pause, puis se reprit : « Emmenez ce faux taoïste et battez-le à mort à coups de bâton ! Bouchez-lui la bouche ! »

« Votre Altesse ! » La princesse héritière avait le visage bouleversé. « Votre Altesse, épargnez-nous ! »

L’homme qui s’était déguisé en taoïste avait déjà la bouche bâillonnée et était traîné dehors. Il semblait encore vouloir se débattre, mais deux gardes puissamment bâtis le maintenaient fermement et il ne pouvait absolument pas leur échapper. Il fut ainsi traîné de force hors de la pièce.

« Femme vile ! » Le visage du prince héritier était déformé par la fureur. Il la saisit à la gorge et la souleva. « Tu oses encore implorer sa grâce ? »

La princesse héritière s’efforça en vain de lui écarter les mains. Ce ne fut que lorsqu’elle eut les yeux révulsés et qu’elle fut sur le point de ne plus pouvoir respirer que le prince héritier la jeta au sol, tel une bête enragée.

« Oser avoir une liaison sous mes yeux ? » Le prince héritier se pencha, lui saisit le menton et, d’une voix aussi légère et glaciale que celle d’un démon venu réclamer sa vie, demanda : « Dis-moi donc, qu’est-ce que vous faites ici chaque jour ? »

Forcée de lever la tête pour le regarder, la princesse héritière vit la férocité de son regard et, au lieu de paraître plus faible, son visage se départit de cette expression de faiblesse. Une séduction trouble se glissa dans le coin de ses yeux et dans ses sourcils, tandis qu’elle riait d’un air hébété.

« Que font un homme et une femme au lit, Votre Altesse ? Vous ne le savez donc pas ? Je porte l’enfant de Votre Altesse dans mon ventre, et je prends du bon temps ici, dans ce lit, avec un autre homme. »

Elle força les doigts qui lui retenaient le menton à s’écarter, essuya le sang au coin de ses lèvres et se releva en titubant.

« L’homme qui est dehors, lui, est très prévenant et se montre également très doux au lit. Il n’est pas comme Votre Altesse. Si vous ne preniez pas de médicaments, vous n’oseriez probablement même pas coucher avec moi, n’est-ce pas ?

« Qui aurait pu imaginer que Son Altesse le prince héritier, si brillant et si martial, ne puisse être un homme qu’en maltraitant des femmes ? Au quotidien, lorsque vous couchez avec moi, vous devez vraiment vous sentir lésé, Votre Altesse. » Elle se couvrit la bouche et rit d’une voix affectée.

Son secret le plus humiliant venait d’être dévoilé. Le visage du prince héritier se déforma de colère. Il lui saisit de nouveau la gorge, le regard désormais meurtrier. « Tu… cherches… la mort ! »

La princesse héritière respirait avec difficulté, mais ne montrait pas la moindre faiblesse. Elle ouvrit grand les yeux et lança d’une voix haineuse : « Votre Altesse ferait mieux de me tuer sur-le-champ. Ainsi, la grand-mère impériale et l’impératrice du palais, tous les hauts fonctionnaires de la cour et tous les habitants de l’empire sauront que l’héritier du trône d’un pays est en réalité pire qu’une bête ! »

« Tu crois que je n’en suis pas capable ? » La poitrine du prince héritier se soulevait avec violence tandis que ses doigts se resserraient de plus en plus.

« Alors tue-moi ! » hurla la princesse héritière d’une voix rauque. « J’en ai assez depuis longtemps ! Tu n’es qu’une bête ! Un monstre ! Sais-tu ce que je ressens chaque jour lorsque je te regarde ? J’en ai seulement la nausée, au point de vouloir vomir ! »

« Femme vile ! »

Le prince héritier la projeta au sol. Son visage livide était secoué de spasmes incontrôlables, mais, finalement, il ne la tua pas sur-le-champ. Après avoir jeté un dernier regard à la princesse héritière affalée au sol, il se retourna et sortit. Sa voix parvint vaguement depuis l’extérieur du palais : « Continuez à le frapper. Lorsqu’il sera mort, découpez son cadavre en morceaux et donnez-le à manger aux chiens. »

La princesse héritière se releva du sol et poursuivit le prince en titubant. En voyant dans la cour l’homme couvert de sang, désormais parfaitement immobile, elle hurla à s’en déchirer la voix : « Xiao Qi’an, tu recevras le châtiment que tu mérites ! J’attendrai le jour où je te verrai subir le supplice des mille entailles ! »

Les gardes et les serviteurs du palais présents dans la cour firent comme s’ils n’avaient rien entendu. Seule la servante personnelle de la princesse héritière poussa un cri paniqué : « Madame, l’enfant ! »

La princesse héritière baissa les yeux et vit que l’ourlet de sa robe de palais rouge rosé était déjà devenu rouge sombre sous l’effet du sang. Celui-ci coulait le long de ses jambes et traçait derrière elle une longue traînée sanglante.

Elle resta à le regarder fixement un moment, puis tourna de nouveau la tête vers l’homme réduit à un amas de chair et de sang que l’on emportait. D’un geste machinal, elle posa la main sur son ventre et murmura d’un ton engourdi : « Tant pis. De toute façon, je n’aurais pas dû te garder. Maintenant que ton père est parti, tu n’as plus besoin de continuer à souffrir avec moi. »

Sur ces mots, elle ne fit même pas appeler le médecin impérial et regagna, comme une âme perdue, la chambre intérieure.

*

« Il n’y a aucune femme taoïste dans le monastère ? » demanda Xiao Zhige, intrigué. « Alors, d’où la princesse héritière a-t-elle fait venir cette taoïste ? »

« D’après l’apparence et la silhouette de cette taoïste, elle ressemble plutôt à un jeune taoïste du monastère. Peut-être que… »

Il n’avait pas encore terminé sa phrase que l’on frappa à la porte du cabinet. La voix d’An Changqing retentit depuis l’extérieur : « Il s’est passé quelque chose au palais de l’Est. »

Xiao Zhige fit signe à l’espion d’attendre sur le côté, puis appela An Changqing à entrer.

« Qu’est-ce qui s’est encore passé ? » Ji Anmin ne devrait pourtant pas avoir agi aussi rapidement, non ?

An Changqing avait une expression quelque peu difficile à décrire. « Le message que Kui Er a rapporté. Tu n’as qu’à le lire pour comprendre. »

Xiao Zhige prit la feuille et la parcourut rapidement. Une expression étrange apparut sur son visage. « Cette princesse héritière a vraiment beaucoup de courage. »

Puis, s’adressant à l’espion qui attendait à côté : « Inutile de poursuivre l’enquête sur l’identité de la taoïste. Tu peux repartir. »

« Tu avais demandé à quelqu’un d’enquêter sur cette taoïste ? » demanda An Changqing, surpris.

Auparavant, il avait effectivement voulu découvrir l’identité de l’amant de la princesse héritière, pensant qu’il pourrait peut-être se révéler utile à l’avenir. Mais les espions n’avaient rien trouvé d’anormal et, par la suite, tant d’événements s’étaient succédé qu’il avait temporairement laissé cette affaire de côté.

Il était loin d’imaginer que la princesse héritière aurait autant d’audace : en plein jour, elle avait osé faire passer son amant pour une taoïste afin de le faire entrer clandestinement dans le palais de l’Est pour la retrouver.

« Même si nous l’avions découvert, cela ne servira plus à rien. Il est mort. » Xiao Zhige ajouta : « Mais cette fois, la princesse héritière risque de haïr profondément le prince héritier. Je vais demander à Kui Er d’essayer de prendre contact avec elle. Peut-être pourrons-nous en tirer parti. »

An Changqing demanda, intrigué : « Pourquoi le prince héritier n’a-t-il pas simplement tué la princesse héritière ? Avec son tempérament, il ne devrait pas l’avoir épargnée si facilement. »

Xiao Zhige eut un sourire moqueur. « Il n’ose pas. Ji Anmin n’a pas encore agi. Si, en plus, le palais de l’Est semait lui-même le chaos et qu’un scandale venait à éclater, il n’aurait plus aucune possibilité de redresser sa situation. Tu verras : cette affaire ne sortira absolument pas du palais de l’Est. »

*

Comme Xiao Zhige l’avait dit, dès le lendemain, une nouvelle circula depuis le palais de l’Est : la princesse héritière, inquiète pour le prince héritier qui se faisait trop de souci, avait malheureusement fait une fausse couche par inadvertance.

On apprit que la grand-mère impériale Zhao et l’impératrice du palais, après avoir entendu parler de l’affaire, s’étaient rendues à tour de rôle auprès de l’empereur An Qing pour défendre le prince héritier et intercéder en sa faveur.

Mais l’empereur An Qing était lui aussi agacé. Après tout, ce n’était pas lui qui avait voulu enquêter sur cette affaire. La plainte officielle adressée directement à l’empereur était parvenue jusqu’à lui et, de surcroît, elle était justement tombée entre les mains du Grand Censeur. S’il l’empêchait encore d’être examinée, c’était alors lui, l’empereur, qui aurait été critiqué.

Excédé, l’empereur An Qing répondit distraitement quelques mots avant de se réfugier dans les appartements de la noble consort Shu, préférant ne rien voir et ne rien entendre afin d’avoir l’esprit tranquille.

Quant au prince héritier, il ne pouvait que rester assis, prostré, dans le palais de l’Est, attendant passivement la prochaine initiative de Ji Anmin. Jusqu’alors, toutes les personnes envoyées au Temple Dali et au manoir Ji pour s’enquérir de la situation, qu’elles aient été envoyées par lui, par l’impératrice ou même par la grand-mère impériale, avaient été repoussées avec une fermeté mesurée. De toute évidence, cette fois, le Temple Dali et Ji Anmin étaient parvenus à un accord.

Après avoir attendu anxieusement deux jours, Ji Anmin réunit enfin les témoins et les preuves matérielles nécessaires, puis demanda à l’empereur An Qing et au prince héritier de se rendre au Temple Dali pour assister à l’audience.

L’empereur An Qing n’avait guère envie d’y aller, mais puisque l’affaire concernait le prince héritier, il ne pouvait que faire semblant de s’en soucier et se rendre au Temple Dali.

L’empereur An Qing et le prince héritier prirent place sur les sièges supérieurs, tandis que les deux magistrats chargés de présider l’audience s’installèrent en contrebas et interrogèrent les témoins les uns après les autres.

Plus l’audience avançait, plus le visage de l’empereur An Qing devenait sombre. Jusqu’à ce que, finalement, les deux cadavres de femmes, recouverts de draps blancs, soient apportés.

Ji Anmin se leva alors, présenta le registre à l’empereur An Qing et dit à voix basse : « Votre Majesté, veuillez regarder. Les dépouilles de ces deux femmes ont déjà été examinées par le médecin légiste et correspondent parfaitement aux noms inscrits dans ce registre. »

Toutes les preuves indiquaient que les frères Sun n’avaient pas menti : le registre était authentique, les dix-neuf femmes torturées et assassinées étaient bien réelles, et la participation du palais de l’Est à cette affaire l’était également.

À côté, le prince héritier avait le visage sombre. Au fond de lui, il regrettait vaguement d’avoir accepté que l’affaire fasse l’objet d’une enquête approfondie. Mais il était désormais trop tard pour regretter. Il ne pouvait plus que chercher par tous les moyens à se défendre.

« Il semble donc que cette affaire soit effectivement liée au palais de l’Est. Maître Ji, connaissez-vous l’apparence et le nom de ce vieil eunuque ? Je vais ordonner qu’on l’arrête et qu’on l’interroge. »

Ji Anmin le fixa longuement avant de répondre : « C’est effectivement ce que j’avais l’intention de faire. Seulement, les deux frères sont incapables de décrire précisément l’apparence du vieil eunuque. Serait-il possible que Votre Altesse accorde sa bienveillance à ce vieux serviteur et me permette de les emmener au palais de l’Est afin qu’ils identifient l’homme ? »

Le prince héritier voulut instinctivement refuser. Cependant, voyant le visage sombre de l’empereur An Qing à côté de lui, il ne put que donner son accord à contrecœur. « Très bien. »

Ji Anmin ne lui laissa pas la moindre occasion de revenir sur sa décision. « Cette affaire doit être réglée au plus vite. Pourquoi ne pas nous y rendre aujourd’hui même ? Nous aurons également besoin que Votre Altesse nous montre le chemin. »

L’empereur An Qing, qui n’avait pas parlé jusque-là, déclara soudain : « J’irai avec vous. »

Le prince héritier fut secrètement surpris, mais ne put que serrer les dents et répondre avec un sourire : « Bien. »

Le groupe se rendit en grande pompe au palais de l’Est. Le prince héritier ordonna à l’eunuque en chef de rassembler tous les serviteurs du palais afin que les frères Sun puissent les identifier un par un.

Ji Anmin jeta un coup d’œil aux serviteurs qui gardaient les yeux baissés et le visage impassible. Il sut immédiatement que le vieil eunuque ne se trouvait plus parmi eux.

Il ne se pressa pas et attendit tranquillement que les frères Sun identifient les personnes une à une.

Tout le monde était assis depuis environ le temps nécessaire pour boire une tasse de thé qu’ils entendirent soudain des cris qui se succédaient dans la cour intérieure.

Ji Anmin se leva. « Que s’est-il passé ? »

Les cris provenaient manifestement de la direction des appartements de la princesse héritière. Le visage du prince héritier changea légèrement de couleur. Instinctivement, il ne voulait pas les laisser entrer. Il se leva donc et déclara : « Je vais envoyer quelqu’un voir ce qui se passe. »

À cet instant, l’empereur An Qing dit à l’eunuque qui se trouvait derrière lui : « Vous aussi, allez voir ce qui se passe. »

Le prince héritier s’arrêta un instant, puis les conduisit avec lui vers la cour intérieure.

Ji Anmin se rassit, comme s’il n’éprouvait pas la moindre curiosité pour les cris provenant de la cour intérieure. À côté de lui, en revanche, l’empereur An Qing avait le visage sombre et semblait plongé dans ses pensées.

Après environ le temps nécessaire pour boire une demi-tasse de thé, l’un des eunuques de l’empereur sortit précipitamment. Paniqué, il balbutia : « Votre Majesté… Votre Majesté… il… il s’est passé quelque chose de grave ! »

« Que se passe-t-il ? Parle clairement. » L’empereur An Qing manifesta son mécontentement.

L’eunuque essuya la sueur froide sur son front et répondit d’une voix tremblante : « Je… je ne sais pas d’où il est venu, mais un chien féroce est entré dans les appartements de la princesse héritière avec une peau de visage humain arrachée entre les mâchoires et… et il a effrayé la princesse héritière… »

« Une peau de visage humain ? » L’empereur An Qing fut stupéfait.

Le regard de Ji Anmin s’éclaira légèrement. « Cette affaire est pour le moins étrange. Sur les cadavres de toutes ces femmes assassinées, la peau du visage a également été retirée. Il vaudrait mieux ordonner une fouille, afin de vérifier qu’il n’en reste pas d’autres cachées ailleurs et d’éviter que la princesse héritière ne soit effrayée de nouveau. »

L’empereur An Qing resta silencieux. Il regarda Ji Anmin pendant un long moment, puis ferma les yeux avec fatigue et agita la main. « Très bien. Puisqu’il faut enquêter, qu’on enquête. »

« Oui. »

Ji Anmin fit un signe discret aux hommes du Temple Dali, qui entrèrent alors en file dans la cour intérieure et commencèrent la fouille.

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Note de l’auteur :

Songsong : « Alors, tu ne peux vraiment pas? » (avec compassion)

Le prince héritier : « … Va en enfer ! »

 

Traducteur: Darkia1030