A certain someone - Chapitre 84 - Fausse alarme

 

« Je suis tellement heureux que mes jambes sont devenues de la gelée . »

 

Pour les étudiants dont la vie tournait uniquement autour de trois lieux — le dortoir, la cafétéria et la salle de classe — aucune fête ne méritait vraiment qu’on s’y attarde ; seules les vacances scolaires comptaient.

À Fuzhong, les élèves se repéraient dans le temps grâce aux examens hebdomadaires, aux examens mensuels et aux grandes activités de l’école. Ils savaient que novembre était arrivé avec le festival sportif, et que l’année touchait à sa fin lorsque le festival culturel commençait.

Sheng Wang, lui, n’avait pas encore acquis ce réflexe conditionné.

Il dormit sans la moindre honte dans le lit de Jiang Tian, jusqu’à ce que le soleil lui frappe le visage. Encore à moitié endormi, il attrapa son téléphone et découvrit un immense 31 décembre affiché sur l’écran.

« Tu te lèves ? » demanda Jiang Tian.

« Non. »

Sheng Wang rejeta son téléphone sur le côté. Ce lit était déjà ridiculement étroit pour une personne ; avec deux grands garçons, il devenait encore plus exigu. Il s’accrocha à Jiang Tian de toutes ses forces, bras et jambes enroulés autour de lui comme autour d’un traversin, puis marmonna d’une voix traînante : « Je n’arrive pas à croire que demain soit le Nouvel An. »

À moitié enfoui sous la couette, il gardait les yeux fermés. Peut-être n’avait-il simplement pas envie de bouger ; peut-être comptait-il aussi se rendormir.

Résigné, Jiang Tian lui servit d’oreiller humain. Son bras gauche était déjà engourdi, mais puisqu’il l’était de toute façon, il ne jugea pas utile de s’en plaindre.

« Et alors ? » demanda-t-il.

Sheng Wang sembla s’être rendormi. Ce ne fut qu’un long moment plus tard qu’il répondit : « Pas grand-chose… J’avais juste des états d’âme. J’ai l’impression que ces six derniers mois ont été incroyablement longs, plus longs que les dix années que j’ai vécues auparavant. »

« Vraiment ? »

Jiang Tian ferma lui aussi les yeux. Il était parfaitement réveillé quelques instants auparavant, mais la voix de la personne blottie contre lui commençait à le bercer.

Sheng Wang murmura : « C’est peut-être simplement parce que j’ai une mauvaise mémoire. »

Autrefois, il oubliait tout presque aussitôt : ce qu’il faisait, les gens qu’il rencontrait, les mille petits détails du quotidien. Les saisons défilaient en un clin d’œil ; il suffisait d’enchaîner quelques copies, de faire une sieste entre deux cours, de marcher un peu dans les couloirs, et le temps s’écoulait ainsi.

« Maintenant, c’est différent. Je me souviens de chaque petite bêtise avec une netteté incroyable. »

« Pourquoi ? »

Parce qu’il voulait en conserver davantage : leur rencontre, le moment où il était tombé amoureux, celui où ils s’étaient finalement mis ensemble… Lui-même ignorait pourquoi il tenait tant à ces souvenirs. Il se sentait comme un avare obsédé par sa fortune, serrant contre sa poitrine des montagnes d’or et d’argent. Il voulait jusqu’au moindre taël (NT : ancienne unité monétaire chinoise en argent), et perdre une seule sapèque lui semblait une perte insupportable.

Autrefois, il n’avait jamais compris ces gens qui photographiaient tout pour en faire des souvenirs : manger, boire, dormir, jusqu’à aller aux toilettes. Il trouvait cela plat et inutilement mélodramatique.

À présent, il les comprenait un peu mieux.

Mais ces pensées étaient beaucoup trop embarrassantes pour être dites à voix haute ; même avec dix visages de plus à perdre, il n’en aurait pas eu le courage.

Il répondit donc : « Aucune idée. C’est peut-être la deuxième poussée de croissance de la puberté : mon cerveau s’est amélioré et ma mémoire aussi. »

Jiang Tian se retint probablement pendant des siècles avant de céder malgré lui. Un bref reniflement lui échappa. « Tu te moques de moi ? »

Sheng Wang releva la tête hors de la couette. Il avait un peu trop chaud ; ses cheveux en bataille lui tombaient presque dans les yeux tandis qu’il fixait son ge.

L’autre n’ouvrit même pas les yeux. Il fit silencieusement le mort, espérant que tout passerait ainsi.

Sheng Wang le regarda un instant. Puis, sous la couette, sa main descendit discrètement avant de se glisser dans le pantalon de Jiang Tian comme lors d’une attaque surprise.

Jiang Tian se recroquevilla aussitôt. Il lui attrapa le poignet, ouvrit enfin les yeux et le fixa sans expression.

« … »

Sheng Wang retira immédiatement sa main, bondit hors du lit et fila vers le lavabo. Adossé au mur, il riait d’un air particulièrement canaille. « Je venais juste dire bonjour. Bonjour, Jiang Tian Junior ! »

Et c’est précisément à cause de ce salut insolent que la peau de sa lèvre inférieure se fendilla lorsqu’il éclata de rire.

À Fuzhong, les vacances scolaires avaient toujours un calendrier décalé. Peu importaient les autres établissements ou les dates officielles : l’école commençait simplement ses congés le jour où elle le décidait. Toutes les autres écoles de la ville fermaient le 1er janvier, mais Fuzhong s’obstinait à les faire débuter le 31 décembre.

Le campus était presque désert, baignant dans la désolation qui suit les festivités. Le vent bruissait doucement dans le froid de l’hiver. Pour une fois, le magasin Xi n’avait pas ouvert, et même les chariots de nourriture installés devant l’entrée de l’école avaient diminué de plus de moitié.

Jiang Tian avait quelque chose à régler et devait se rendre vers la porte nord. Après avoir traversé plusieurs rues et ruelles, ils entrèrent dans une petite échoppe appelée Jiu Lao Tai (NT : la grand-tante maternelle (épouse du grand-oncle maternel )) pour prendre leur petit-déjeuner. C’était le genre d’endroit qu’aucune application de livraison ne répertoriait.

« Tu arrives même à dénicher des endroits pareils ? » demanda Sheng Wang en s’asseyant, tout en parcourant le menu rudimentaire.

« Le vieil homme venait souvent ici acheter des cacahuètes pour accompagner son alcool », répondit Jiang Tian.

« Il traversait tout le quartier, de la porte ouest jusqu’à la porte nord, juste pour des cacahuètes ? » Sheng Wang était impressionné. « Elles sont si bonnes que ça ? »

Jiang Tian secoua la tête. « C’était la patronne qui était attirante. »

Sheng Wang resta figé une seconde avant de se retourner. Une petite vieille dame venait justement d’écarter le rideau pour entrer. Elle posa deux tasses de thé brûlant sur la table et leur sourit. « Vous venez pour la soupe aux vermicelles ? »

Sheng Wang lui rendit son sourire. « Oui, deux bols, s’il vous plaît. »

« Il y a quelque chose que vous ne mangez pas ? »

« Pas de piment dans le sien », précisa Jiang Tian.

« Très bien. »

La vieille dame s’essuya les mains avant de disparaître derrière le rideau.

Sheng Wang détourna le regard et but une gorgée de thé. « Elle devait être très belle quand elle était jeune… Pourquoi le vieux Ding ne vient-il plus ces derniers temps ? »

« Il n’était pas assez compétitif », répondit Jiang Tian.

« Hein ? »

Il était rare d’entendre des commérages sortir de la bouche de Jiang Tian ; cette expérience était presque rafraîchissante.

« Qu’est-ce que tu veux dire par “pas assez compétitif” ? »

« Caractère obstiné, voix tonitruante, regard féroce », résuma Jiang Tian en énumérant les traits du vieux Ding. « Il a perdu face à un professeur retraité. »

« Alors il a dû être triste pendant un moment ? »

Jiang Tian répondit d’un simple « Mn », puis ajouta : « Il s’est tellement mis en colère qu’il a arrêté de boire. »

Sheng Wang resta sans voix.

Le tempérament du vieil homme était vraiment… un peu terrible.

La vieille dame avait des gestes agiles et, bientôt, elle ressortit avec deux bols de soupe aux vermicelles. Les deux garçons ne purent se résoudre à la laisser porter les bols plus loin et se levèrent pour les lui prendre.

L’hiver dans cette ville était plutôt extrême : tant que le soleil brillait, le temps pouvait être aussi agréable qu’au printemps, mais à l’intérieur, il faisait généralement sombre et froid, d’un froid qui semblait s’infiltrer jusque dans les os.

Sheng Wang n’aimait pas superposer les couches de vêtements. Il était donc sorti avec une simple veste en jean noir par-dessus son sweat-shirt. Il avait tellement froid que ses jointures en étaient devenues pâles et, après avoir avalé deux bouchées de soupe brûlante, il se réchauffa enfin.

Il se concentra sur son repas pendant un moment, puis tenta de prendre un air désinvolte pour demander : « Le vieil homme n’est-il pas plutôt du genre à s’inquiéter ? J’entends sans cesse dire qu’il perd le sommeil dès qu’il se préoccupe de quelque chose. »

Jiang Tian s’arrêta et tourna les yeux vers lui.

Sheng Wang sentit le regard de l’autre, mais ne leva pas non plus les yeux. Il se concentra uniquement sur le tofu et l’œuf qu’il attrapait dans sa soupe, comme si cette question lui était réellement venue à l’esprit par hasard.

« C’est comme ça qu’il le dit. » Jiang Tian avait déjà détourné le regard et poursuivit doucement : « Lorsqu’il s’endort pendant trois ou quatre heures devant la télévision l’après-midi, il ne peut évidemment plus s’endormir le soir. »

Sheng Wang laissa échapper un « Oh » et retrouva aussitôt son entrain. Il trouvait toujours que le plat épicé de Jiang Tian sentait encore meilleur et prit plusieurs bouchées de nouilles malgré les tentatives de Jiang Tian pour l’en empêcher. C’est ainsi qu’il finit par se sacrifier héroïquement à table, tout en couvrant la coupure sur ses lèvres.

Lorsque la vieille dame ressortit, elle fut surprise et demanda à Jiang Tian : « Il a trop mangé ? »

« Ce sont les larmes causées par le piment. » Exaspéré, Jiang Tian se leva, choisit une bouteille de lait sur le comptoir et la pressa légèrement contre le visage de quelqu’un.

Le carillon près de la porte retentit soudain : un nouveau client venait d’entrer. Sheng Wang reçut le lait et se redressa brusquement, tel un cadavre revenu à la vie, avant de découvrir que le nouveau client était quelqu’un qu’il connaissait.

« Xi-ge ? » salua Sheng Wang.

Zhao Xi les avait déjà aperçus en entrant. Il inspira une bouffée de fumée avant d’écraser la cigarette qu’il tenait entre les lèvres contre la poubelle placée à côté. Un mince nuage de fumée se répandit devant son visage.

Ses yeux se plissèrent dans la fumée et, après les avoir salués, il demanda : « Vous ne dormez pas maintenant que vous êtes en vacances ? Vous êtes vraiment venus ici pour prendre votre petit-déjeuner ? »

Sheng Wang désigna Jiang Tian. « Il avait quelque chose à faire à la porte nord. Alors nous nous sommes arrêtés pour prendre le petit-déjeuner en chemin. »

« Oui. Nous irons chez Chu-ge plus tard », ajouta Jiang Tian.

« Ah, d’accord. » Zhao Xi hocha la tête. « La finale approche bientôt. »

La porte nord regorgeait de maîtres déguisés. Une classe spéciale d’élite était dissimulée dans le quartier résidentiel ; elle ne manquait jamais de clients et ses affaires prospéraient constamment. Zhao Xi, qui avait été le tyran de l’école à ses débuts, connaissait beaucoup de monde. Au départ, il avait présenté Jiang Tian afin que celui-ci aide l’organisation éducative de son ami à programmer un logiciel supplémentaire pour les mathématiques, la physique et la chimie, destiné à servir pour d’autres cours d’enrichissement. Pour un étudiant aussi brillant que Jiang Tian, non seulement cela lui prenait à peine du temps, mais cela lui rapportait également beaucoup d’argent.

Lorsque Sheng Wang venait tout juste de faire la connaissance de Jiang Tian, celui-ci se rendait à la porte nord pour travailler et ne rentrait chez lui qu’une fois son travail terminé, afin d’éviter que Jiang Ou ne s’inquiète trop si elle venait à l’apprendre. Plus tard, lorsque l’école reprit officiellement, il en informa l’autre personne et le projet fut ainsi mis en attente.

La finale approchait, ce qui signifiait que les vacances d’hiver arriveraient bientôt, tout comme une nouvelle vague d’inscriptions supplémentaires.

Zhao Xi commanda deux bols de soupe de vermicelles de riz à emporter et discuta avec eux pendant qu’il attendait. À la fin, comme s’il venait soudain de se souvenir de quelque chose, il demanda à Jiang Tian : « Ton anniversaire tombe-t-il avant le Nouvel An chinois ? »

« Mn. Pourquoi ? »

« Alors, il est encore temps », répondit Zhao Xi. « Lin-zi et moi vous offrirons un repas. »

Sheng Wang et Jiang Tian échangèrent un regard. Ils sentirent tous deux qu’il y avait autre chose derrière les paroles de Zhao Xi.

« Qu’est-ce que tu veux dire par “il est encore temps” ? »

« Par “il est encore temps”, je veux dire que nous allons bientôt partir », expliqua Zhao Xi. « Lin-zi et moi allons nous rendre à Pékin. »

« Pour les vacances ? »

« Pour le travail. »

« Et le restaurant de barbecue… »

Zhao Xi rit. « De toute façon, nous ne sommes pas des cuisiniers. L’endroit restera ouvert même si nous partons. Rock et les autres vous connaissent déjà bien. Vous bénéficierez toujours de la réduction à laquelle vous avez droit chaque fois que vous aurez envie de manger des brochettes. »

Sheng Wang laissa échapper un « Ah » très doux, ressentant une légère pointe de déception.

La vieille dame acheva rapidement de préparer les deux plats à emporter et ajouta automatiquement une grande quantité de piment dans celui de Zhao Xi, au point que la bouche de Sheng Wang lui fit mal rien qu’en le regardant.

Tous trois se dirigèrent ensemble vers le quartier résidentiel. Le cours supplémentaire de Chu-ge se trouvait dans l’immeuble situé près de la porte nord. Jiang Tian monta à l’étage pour récupérer le matériel nécessaire aux cours des vacances d’hiver.

Sheng Wang se prélassait au soleil en l’attendant en bas lorsque Zhao Xi s’arrêta également. Il le taquina légèrement : « Quel problème as-tu rencontré ? Pourquoi tes lèvres sont-elles si enflées ? »

« À cause du piment. » Sheng Wang souffla sur son lait pour le refroidir et parut plutôt embarrassé.

« Oh. »

Zhao Xi sortit une cigarette et l’alluma en tournant le dos au vent. C’était peut-être à cause du voile de fumée, mais il paraissait quelque peu fatigué.

« Xi-ge, tu n’as pas bien dormi ces derniers temps ? » demanda Sheng Wang.

« Mes poches sous les yeux sont-elles à ce point visibles ? » Zhao Xi se frotta les yeux et poursuivit : « La santé du vieux camarade Zhao n’est pas très bonne ces derniers temps. Lin-zi et moi avons continué à nous occuper de lui, alors nous avons moins dormi. Lorsque nous irons à Pékin plus tard, les deux anciens nous suivront également. Xi Le sera probablement confié à d’autres personnes. Si vous voulez acheter quelque chose, dépêchez-vous de le faire avant le Nouvel An chinois. Après le Nouvel An, vous ne bénéficierez peut-être plus de cette réduction amicale. »

En voyant qu’il était encore capable de plaisanter, Sheng Wang se sentit quelque peu rassuré.

Zhao Xi ne resta pas longtemps. Il reçut un appel, éteignit sa cigarette et s’apprêta à partir. Cependant, juste avant de partir, son regard parcourut le cou de Sheng Wang. Il poussa une exclamation et retira son écharpe.

« Je dois probablement vieillir, mais j’ai déjà froid rien qu’en voyant que ton cou n’est pas couvert en plein hiver. Mets-la, je m’en vais. »

Sheng Wang resta complètement déconcerté, l’écharpe entre les mains. Zhao Xi avait déjà disparu au coin de la rue, au loin.

Même si le jeune maître ne faisait que mettre une écharpe, il tenait à avoir une belle allure avec celle-ci et ne l’enroulerait jamais négligemment autour de son cou. Les fenêtres du premier étage brillaient parce qu’elles avaient été soigneusement nettoyées, alors il les utilisa comme miroir.

C’est ainsi qu’il aperçut une petite marque sur le côté de son cou. Qui savait si elle datait de la nuit précédente ou de ce matin ? Elle avait été laissée par son ge.

C’était là que le regard de Zhao Xi s’était posé quelques instants auparavant.

Sheng Wang, tenant toujours l’écharpe, se figea sur place. Son cœur se serra avec un bruit sourd.

Lorsque Jiang Tian descendit, Sheng Wang s’était déjà enveloppé dans l’écharpe. Le tissu en cachemire gris foncé couvrait son menton, soulignant la blancheur de son visage.

« D’où vient cette écharpe ? » demanda Jiang Tian.

« Xi-ge me l’a imposée. » La voix de Sheng Wang était légèrement étouffée sous l’écharpe. « Il a dit qu’il avait froid rien qu’à me regarder. »

Ils ramenèrent le matériel au dortoir, puis se rendirent à pied au cinéma voisin.

Tous les blockbusters majeurs étaient sortis pendant la période du Nouvel An chinois, et il n’y avait rien de particulièrement intéressant parmi les films récemment à l’affiche non plus. Les deux garçons en choisirent donc un au hasard, mais leur choix malheureux rendit finalement le film terriblement ennuyeux. De ce fait, Sheng Wang ne fut guère attentif dès qu’il entra dans la salle.

Il n’y avait pas beaucoup de gens qui regardaient des films le matin. Tous deux voulaient simplement trouver un endroit où se détendre ensemble. Par conséquent, lorsque Sheng Wang choisit leurs places, il chercha la salle la moins fréquentée et la dernière rangée, celle que personne d’autre n’aurait choisie.

Honnêtement, Jiang Tian n’aimait pas les films de ce genre. À mi-parcours, il s’assoupit, son doigt accroché à celui de Sheng Wang et la tête appuyée contre sa main. Sheng Wang ne le réveilla pas. Il sortit son téléphone, régla la luminosité au maximum et fit défiler ses Moments. Il finit par repérer deux clips vidéo partagés par Sheng Mingyang, sans autre légende que deux pouces levés.

Sheng Wang put déjà le deviner à partir de la miniature : il s’agissait des images de sa prestation et de celle de Jiang Tian lors du festival culturel.

Il resta brièvement abasourdi, avant d’envoyer précipitamment un message à Sheng Mingyang.

Tu le répètes : Tu es venu à l’école hier ?

Encyclopédie pour une vie saine : Non. Je te l’ai déjà dit, l’officier Ju m’a invité à dîner. Papa avait déjà repoussé son invitation à deux reprises, cette fois-ci je ne pouvais vraiment plus la reporter.

Tu le répètes : Oh. C’est juste que j’ai soudainement vu les deux vidéos que tu as partagées, alors j’ai pensé que tu étais venu voir avec tante Ou.

Encyclopédie pour une vie saine : Ce sont les Moments publiés par ton Doyen Xu, je les lui ai spécialement demandés.

Encyclopédie pour une vie saine : Nous devions rattraper nos regrets de ne pas avoir pu venir, a dit ta tante Jiang. C’était très beau.

Tu le répètes : Bien sûr, depuis quand ton fils n’est-il pas beau ?

Sheng Wang poussa un soupir de soulagement, pensant : Dieu merci, ce n’était qu’une fausse alerte.

À peine eut-il poussé ce soupir que Sheng Mingyang envoya un message : Pourquoi est-ce que je vois que Xiao-Tian portait ta chemise ?

Sheng Wang faillit jeter son téléphone. Il le rattrapa et jeta un coup d’œil à Jiang Tian. Voyant que celui-ci se contentait de froncer les sourcils, il se détendit et répondit mot après mot, en se mordant le bout de la langue : De l’encre a taché ma chemise, elle n’était donc pas très présentable pour la chorale de la classe, alors j’ai emprunté la sienne. Il se produisait en duo, après tout, leurs costumes n’avaient pas besoin d’être parfaitement assortis.

Encyclopédie pour une vie saine : Pas étonnant. J’ai vu que sa chemise n’était pas bien rentrée, il ne l’avait rentrée que d’un côté. Votre tante Jiang a dit que plus elle regardait, plus elle avait envie de rentrer l’autre moitié aussi.

Sheng Wang ne put s’empêcher de rire. Après ces paroles comiques, un sentiment ineffable l’envahit.

Après un moment de silence, il répondit à son père : Mon Ge appelle ça « être cool ».

Encyclopédie pour une vie saine : D’accord. Nous, les vieux camarades, n’y sommes pas habitués. Dis à Xiao-Tian que son jeu de guitare est excellent.

Sheng Wang répondit d’accord, puis n’écrivit plus rien.

C’était peut-être à cause des vacances, mais WeChat était particulièrement animé ce jour-là. À peine quelques instants s’étaient-ils écoulés que son téléphone s’alluma plus de dix fois. Sheng Wang pensa d’abord qu’il s’agissait de Sheng Mingyang, mais lorsqu’il appuya dessus, il se rendit compte que c’était une discussion de groupe qui provoquait toute cette agitation.

C’était un groupe de préparation formé pour le festival. Jiang Tian en faisait également partie, mais il l’avait quitté dès que le festival s’était terminé la veille au soir. Sheng Wang, lui, ne l’avait pas encore quitté.

Gao Tianyang et les autres s’ennuyaient énormément et partageaient ce qu’ils mangeaient en ce jour de vacances, essayant de se tourmenter mutuellement. Cependant, Petite Chili intervint soudainement et demanda : Avez-vous entendu ? Quelqu’un a perdu quelque chose dans le couloir hier soir ?

Gao Tianyang, sans prétention : Hein ?

Da-Song : Chili, j’apprécie ton esprit bavard, mais taguer tout le monde pour quelque chose comme ça… tu pourrais te faire réprimander par Tian-ge et Sheng-ge.

À peine eut-il dit cela que Petite Chili redevint soudainement silencieuse.

Ce fut Carp qui ajouta : Jiang Tian n’a-t-il pas déjà quitté le groupe ?

Da-Song : Oh, oui, j’avais oublié.

Carp : Je vais bientôt quitter ce groupe. Je mange du porridge à la maison, et regarder votre bataille de photos culinaires est franchement trop pénible.

Ils bavardèrent de tout et de rien pendant un bon moment, avant que Petite Chili ne réapparaisse et ne réponde : Je vous ai accidentellement tous tagués, oups.

Gao Tianyang, sans prétention : Vraiment ? Chili, tu es là pour plaisanter ?

Petite Chili envoya un mème indiquant qu’elle fermait le monde.

Gao Tianyang, sans prétention : Alors, qu’est-ce qui s’est passé avec quelqu’un qui a perdu quelque chose dans le hall ?

Cette fois-ci, Petite Chili répondit très rapidement : Il y avait beaucoup de monde hier, c’était probablement très chaotique. Un certain nombre d’élèves ont perdu leurs affaires, et apparemment, le représentant d’anglais de notre classe a perdu son sac.

Tu le répètes : Qi Jiahao ?

Depuis que Qi Jiahao avait saboté Sheng Wang au début, c’était comme si cette personne n’existait plus dans la classe A. Il n’avait pratiquement participé à aucune activité, grande ou petite, comme s’il n’avait de cœur que pour les études. En d’autres termes, il avait été discrètement mis à l’écart.

Les autres ne le comptaient plus parmi eux de leur propre gré, et lui avait également choisi de rester à l’écart des autres. Cette forme d’aliénation, qui ne le plaçait véritablement ni ici ni là, n’avait rien d’anodin pour un élève. Ainsi, malgré son apparence de travailleur acharné, ses notes baissaient régulièrement. Il s’était ainsi retrouvé encore davantage en marge des cercles sociaux. Sheng Wang l’avait à peine revu depuis son transfert en classe B ; si Petite Chili n’en avait pas soudainement parlé, il aurait presque oublié cette personne.

Qui savait si Chili était occupée ou si sa connexion Internet était lente, mais après que Sheng Wang eut envoyé son message, elle disparut de nouveau.

Un certain temps plus tard, elle finit par réapparaître et dit : Ouais.

Puis elle ajouta immédiatement : Apparemment, il s’est rendu aujourd’hui au bureau de l’administration pour vérifier les images de surveillance du hall.

Sheng Wang était déjà sur le point d’éteindre l’écran, mais lorsque ces mots apparurent soudainement devant lui, il cessa complètement de respirer. C’était comme si quelqu’un venait de lui pomper tout le sang du corps ; une sensation glacée explosa dans sa poitrine.

Des images de surveillance ? Les images de quelle heure ? Finiraient-ils par regarder celles du quatrième étage ?

Peut-être la façon dont il s’était figé était-elle trop évidente, car Jiang Tian se réveilla. Il se pinça l’arête du nez, sortit de sa somnolence, puis demanda à voix basse : « Que s’est-il passé ? »

Sheng Wang éteignit instinctivement l’écran.

Il se frotta vigoureusement le pouce, sentant la chaleur revenir jusqu’au bout de ses membres, avant de finalement parler : « Rien, c’est juste la discussion de groupe du festival culturel. Petite Chili avait les mains tremblantes et a accidentellement tagué tout le monde deux fois. Je pensais qu’il y avait quelque chose, mais j’ai fini par voir toutes leurs photos de hotpot et de barbecue. »

La vérité était que la vérification des images de surveillance signifiait qu’il était possible que ce qu’il avait fait avec Jiang Tian au quatrième étage soit découvert. Mettre au point à l’avance une contre-stratégie avec Jiang Tian aurait probablement été le choix le plus sage.

Pourtant, son instinct lui disait de ne pas en parler, tout comme il ne voulait pas évoquer la marque que Zhao Xi avait vue ce matin-là, ni les images publiées par Sheng Mingyang.

Il avait l’impression qu’une fois qu’il en aurait parlé à Jiang Tian, cela signifierait qu’ils n’auraient d’autre choix que d’aborder les problèmes auxquels ils seraient réellement confrontés et de les examiner ouvertement. Le résultat ne leur apporterait probablement pas beaucoup de joie.

Nous ne serons pas vus. Se dit-il.

Rationnellement parlant, il n’y avait aucune raison de se rendre au quatrième étage. S’il y avait réellement un étudiant aux doigts collants (NT : un voleur) qui avait dérobé un portefeuille, il lui aurait suffi de sortir du couloir et il ne se serait certainement pas donné la peine de monter à l’étage.

De plus, tant qu’ils vérifiaient uniquement les images du hall, ils pourraient découvrir avec qui le sac avait été retrouvé. Il n’était pas nécessaire d’examiner minutieusement chaque zone : cela leur ferait perdre beaucoup trop de temps.

Certainement, nous… ne seront pas vus.

Il se dit qu’il avait été trop sûr de lui, trop euphorique ces derniers jours, et que les cieux avaient décidé de lui donner quelques coups afin de lui rappeler de se calmer. Seulement, il avait eu la malchance d’en recevoir plusieurs le même jour, créant une sorte de coup en série qui l’avait empêché de mettre en place la moindre défense.

Pour le reste, tout allait toujours bien. C’étaient simplement Qi Jiahao et les images de surveillance qui constituaient une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, et il ignorait quand elle tomberait. De ce fait, il fut quelque peu distrait durant les jours suivants. Chaque fois que Jiang Tian n’était pas à ses côtés, il restait longtemps à regarder dans le vide, comme s’il abandonnait toute résistance.

Cet état se poursuivit jusqu’au matin d’un certain jour, une semaine plus tard. Small Mouth Xu descendit en classe B pendant la pause entre les cours et convoqua Sheng Wang à l’entrée de la salle de classe en lui disant : « Allez au bureau de l’administration, le doyen vous cherche. »

Sheng Wang eut littéralement l’impression de s’évanouir. Lorsqu’il vit Jiang Tian, qui le suivit également en bas, son cerveau explosa instantanément.

Il se lécha les lèvres et demanda d’une voix raide : « Nous deux ? »

Small Mouth Xu hocha la tête. « Oui. »

« A-t-il dit quelque chose ? » demanda Sheng Wang.

« Non ? » Small Mouth Xu secoua la tête. « Il m’a simplement demandé de vous transmettre le message. Il n’a vraiment rien dit. »

Sheng Wang ne parvint pas à se rappeler comment il s’était rendu au bureau de l’administration, ni ce que Jiang Tian et lui s’étaient dit en chemin. Il avait seulement l’impression d’être divisé en deux : une moitié souriait et parlait avec Jiang Tian, tandis que l’autre restait complètement silencieuse, figée dans la glace.

Finalement, lorsqu’ils entrèrent dans le bureau de l’administration, il ne vit pas Qi Jiahao, mais Yang Jing à la place. Big Mouth Xu tenait deux livrets de certificats soigneusement confectionnés, à la couverture de velours, et son sourire était si large que les coins de sa bouche semblaient atteindre ses oreilles, lui donnant l’apparence d’un babouin.

« Bien ! Très bien ! » Big Mouth Xu ouvrit les livrets, les agita devant eux deux et donna une bonne tape chaleureuse sur les épaules de Sheng Wang et de Jiang Tian. « Les résultats de l’Olympiade d’anglais sont enfin connus. J’ai presque fini par me casser la bouche à force de sourire. Deux premiers prix ! Au niveau national ! J’ai retenu cela toute la matinée uniquement pour pouvoir vous faire une surprise, à vous deux et à Xiao-Yang ! Alors ? Êtes-vous heureux ? »

« … »

Qu’est-ce que…

Sheng Wang resta abasourdi pendant dix secondes entières avant qu’un juron n’explose dans son esprit.

Les choses étaient donc ainsi : s’ils avaient réellement découvert quelque chose, il n’y avait aucune chance que Big Mouth Xu n’en parle pas du tout. Cela signifiait que tout devait aller bien. L’épée qui avait plané au-dessus de sa tête pendant une semaine entière s’abattit soudainement au sol, le frappant si violemment qu’il en vit des lumières dorées. À cet instant, il s’appuya sur l’épaule de Jiang Tian pour se soutenir. Sa bouche disait : « Quelle énorme surprise, j’ai failli être terrifié à mort », tandis que tout le poids de son corps reposait en réalité sur Jiang Tian.

Lorsqu’ils quittèrent le bureau, ce jeune maître était encore un « cadavre » ; il fut pratiquement traîné par Jiang Tian.

Jiang Tian le regarda de côté. « Nous descendrons plus tard. Tu es sûr de vouloir continuer à t’accrocher comme ça ? »

Sheng Wang répondit : « Je suis tellement heureux que mes jambes soient devenues de la gelée. »

Jiang Tian : « … »

Big Mouth Xu avançait devant eux en fredonnant, la tête haute, deux photographies à la main. Il conduisit Jiang Tian, qui avait reçu tant de récompenses qu’il y était désormais complètement indifférent, et Sheng Wang, qui venait soudainement d’être paralysé du cou, jusqu’au Mur de l’Honneur. Il y fixa solennellement les photographies des deux garçons côte à côte, puis colla un morceau de papier rouge fraîchement découpé :

Olympiade d’anglais du collège et du lycée (épreuve complète)

Premier prix national : Jiang Tian Sheng Wang

 

Traduction: Darkia1030

Correction: Religieuse Aucafé