Cette fois, on avait enfin trouvé la cause de l’épidémie.
Au lever du jour, dans la chambre d’hôtes.
« C’était la même chose que l’hypothèse de Lu Jing », déclara Chen Xing.
« Après que Zhang Liu eut obtenu la perle de Dinghai, il aspira tout le qi spirituel du Ciel et de la Terre, puis emmena Xiang… Xiang avec lui pour tuer le dieu démon. »
« Trois mille ans ? » En entendant cela, Feng Qianjun tomba dans un profond état de choc.
« Cet artefact permettait donc aux gens de voyager dans le temps jusqu’à trois mille ans dans le passé ? »
Zhuyin était le dieu-dragon qui contrôlait la causalité ainsi que l’espace-temps, et les roues légendaires du Ciel et de la Terre tournaient sous la puissance de son dragon. Les anneaux de marée correspondaient exactement aux cycles de la veine divine du Ciel et de la Terre, et la rotation de ces immenses roues du temps provoquait l’écoulement des années et la succession des saisons dans ce domaine.
Ainsi, l’objectif de Zhang Liu avait été de remonter le temps et, avec Xiang Yuyan, de revenir à l’issue de la bataille de Banquan afin d’utiliser de nouveau la lame Acala pour détruire complètement les vestiges du Dieu démon.
« Alors, la suite des événements était très claire… », poursuivit Chen Xing.
« Pour des raisons inconnues, l’aîné Xiang Yuyan arriva par erreur dans le monde trois cents ans plus tard, puis choisit de rester à Saiwai… En somme, c’est bien ce qui se produisit, n’est-ce pas ? »
Xiang Shu, comme auparavant, ne dit rien. Il ne parvenait pas à rester calme à cet instant : il avait vu les fragments de souvenirs conservés en ce lieu par la cloche Luohun. Sa mère était en réalité l’une des anciennes d’il y avait trois cents ans !
Chen Xing caressa le dos de la main de Xiang Shu. Il pensait que celui-ci avait besoin de temps pour digérer cette révélation et cessa donc d’approfondir le sujet. Même si le lien avec Xiang Yuyan était désormais indéniablement clair, une question plus pressante se posait : Xiang Yuyan étant apparue seule à Saiwai, où était donc passé Zhang Liu ? Et qu’était devenue la perle de Dinghai ?
Pourquoi Xiang Yuyan, qui avait initialement décidé de voyager trois mille ans dans le passé avec Zhang Liu, était-elle arrivée à Chi Le Chuan trois cents ans plus tard à cause d’un dysfonctionnement ?
Pendant un temps, tout le monde oublia qu’ils étaient poursuivis par les rois démons de la sécheresse, et la pièce se remplit d’un silence méditatif. Chen Xing prépara le médicament destiné à Xiang Shu ; après l’avoir fait mijoter, il lui tendit le bol en disant : « Bois d’abord ce remède. Même si nous avons trouvé le lien le plus important, nous n’avons pas encore échappé au danger. »
Xiang Shu hocha la tête avec difficulté. Tous avaient passé une journée et une nuit entières à fuir pour sauver leur vie, et chacun était épuisé. Feng Qianjun ne prit même pas la peine d’ôter ses vêtements ; il s’allongea simplement sur le sol et s’endormit. Xiang Shu s’affaissa également sur le lit pour se reposer un moment. Chen Xing tendit la main et attira Xiao Shan dans ses bras. Au début, Xiao Shan se montra quelque peu réticent, comme si sa colère ne s’était pas encore dissipée ; mais il finit par céder, se glissa contre Chen Xing et s’allongea à ses côtés.
Chen Xing caressa doucement la tête de Xiao Shan. Autrefois, il y avait eu trop de choses à régler ; à présent qu’il pouvait enfin avoir une véritable conversation avec lui, que pouvait-il dire ? À ce stade, il n’était plus nécessaire d’ajouter quoi que ce soit.
« J’ai pris un bateau », dit soudain Xiao Shan. « J’ai pris un bateau pour venir ici. »
« Quoi ? » s’exclama Chen Xing.
Xiao Shan répondit d’un ton triste : « J’ai pris un bateau, de Goryeo à Jiangnan. »
« !!! »
Chen Xing se redressa brusquement, comprenant que Xiao Shan répondait enfin à la question qu’il lui avait posée depuis longtemps — comment es-tu arrivé ici — et s’écria, stupéfait : « Tu as appris à parler la langue des Han ? »
Toujours mécontent, Xiao Shan répliqua : « Oui, et alors ? »
Chen Xing resta sans voix.
Malgré la brièveté de leurs interactions initiales à Karakorum, Chen Xing était tout de même parvenu à enseigner à Xiao Shan un certain nombre de mots. À cette époque, Xiao Shan n’avait pas eu l’occasion de beaucoup s’entraîner avant que Chen Xing ne fût enlevé. Lorsque Xiang Shu retourna à Karakorum pour faire ses bagages, il confia Xiao Shan aux soins du chef de la tribu xiongnu ; sans même dire au revoir, il enfourcha un cheval rapide et partit sauver Chen Xing.
Xiao Shan dormit plusieurs jours à Karakorum, tandis que les Xiongnu utilisaient leur phytothérapie pour soigner ses blessures externes. Lorsqu’il se réveilla, il se lança immédiatement à la poursuite de Xiang Shu afin de retrouver Chen Xing.
Au début du voyage, Xiao Shan ne pouvait dire que « Chen Xing, Chen Xing », mais, au fil de ses rencontres, il apprit de nombreux mots nouveaux et retint également tout ce que Chen Xing lui avait enseigné. Les enfants apprennent les langues très rapidement, et lorsqu’il arriva à Goryeo, il pouvait déjà soutenir des conversations élémentaires. Après avoir appris que Xiang Shu et Chen Xing prenaient un bateau pour Jiangnan, Xiao Shan trouva lui aussi un autre navire et s’y faufila en se cachant.
Le capitaine de ce bateau était un Han. Il découvrit rapidement le passager clandestin qu’était Xiao Shan et, voyant qu’il s’agissait d’un enfant joli et vif d’esprit, il ne le jeta évidemment pas à la mer pour nourrir les poissons. Xiao Shan portait sur lui plusieurs ornements précieux du peuple xiongnu, si bien que les gens à bord devinèrent qu’il n’était pas un enfant ordinaire. Au début, ils l’attachèrent négligemment avec une corde ; vers la fin du voyage, le capitaine le cherchait même souvent pour bavarder avec lui et tromper l’ennui.
Le vocabulaire de Xiao Shan augmenta à mesure qu’il parlait, et ses paroles se teintèrent d’une légère pointe de dialecte wurong. Il savait demander son chemin, acheter de la nourriture, comprenait l’intérêt de loger dans des auberges et connaissait même la manière d’échanger de l’argent chez les prêteurs sur gage. Le temps passe vite quand on est séparé : après six mois loin d’eux, il avait même grandi d’une tête entière, bien nourri durant la traversée. À son arrivée à Kuaiji, Xiao Shan commença à se renseigner sur les allées et venues de Chen Xing et de Xiang Shu.
Chen Xing ne put que soupirer en disant : « Toi, toi… »
« Je suis tellement furieux contre toi ! » s’emporta Xiao Shan. « Tu ne veux plus de moi ! »
« Chut. » Chen Xing se hâta de le faire taire afin d’éviter de réveiller Xiang Shu et Feng Qianjun, qui dormaient d’un sommeil profond. Il serra Xiao Shan dans ses bras, lui caressa doucement la tête, puis, après l’avoir relâché, le regarda avec un sourire.
« Ce n’était pas que je ne voulais pas de toi », dit calmement Chen Xing. « J’ai été capturé, n’est-ce pas ? Tu le savais aussi. En réalité, je cherchais un moment pour envoyer une lettre à Saiwai afin de te faire revenir ici. »
Chen Xing comprit très clairement que le mécontentement de Xiao Shan venait de la manière dont il était parti si soudainement, le laissant seul à Karakorum. Mais qu’aurait-il bien pu faire ? Il ne put que faire comme si tout allait bien et ne plus revenir sur le sujet.
Après avoir souri un moment, Chen Xing sentit son nez le picoter légèrement. Xiao Shan était si en colère qu’il faillit pleurer ; allongé sur le sol, les bras et les jambes écartés, les griffes de dragon toujours visibles sur ses mains, il se retournait sans cesse dans les affres de sa crise.
« Chut ! » Chen Xing se hâta de l’apaiser en disant : « Puisque tu es ici maintenant, tout ira bien. »
À ces mots, Xiao Shan tourna enfin la tête pour regarder Chen Xing. Celui-ci jeta un coup d’œil vers Xiang Shu et dit à voix basse : « Il me reste encore un peu plus de deux ans… Xiao Shan, ce n’est pas que je ne veuille pas m’occuper de toi. »
Xiao Shan : « ? »
Chen Xing hésita un moment, mais finit par renoncer à expliquer le raisonnement qui guidait ses décisions. Même Xiang Shu n’en savait rien ; à quoi bon le dire à Xiao Shan ?
« Encore deux ans avant quoi ? » demanda Xiang Shu en relevant la tête, le front plissé de désapprobation. De toute évidence, il n’avait pas dormi du tout.
Chen Xing faillit répondre « ce n’est rien », mais une telle réponse n’aurait fait qu’éveiller davantage les soupçons ; il modifia donc aussitôt ses paroles. « Je disais qu’il reste encore plus de deux ans avant que je ne retourne à Chi Le Chuan pour aller le chercher. »
Xiang Shu ne dit rien de plus ; il se rallongea simplement, laissant échapper un long soupir de fatigue.
Chen Xing déclara : « Va te coucher. Nous pourrons en reparler après le réveil. Xiao Shan, toi aussi, tu dois être épuisé. »
Il caressa le front de Xiao Shan tandis que celui-ci se calmait enfin. Xiao Shan donna encore un coup de pied à Chen Xing par dépit, puis s’enfouit dans son étreinte.
« Oh, » dit Chen Xing, « tu as soudainement beaucoup grandi. »
Les enfants de cet âge grandissent à une vitesse étonnante : d’un jour à l’autre, ils semblent totalement différents, poussant comme des bambous au printemps. Chen Xing se dit que ce jeune Xiongnu pourrait un jour devenir plus grand que Xiang Shu. Et s’il dépassait même Chen Xing, quelle image cela donnerait-il s’il continuait à s’agripper à lui pendant son sommeil ? Mieux valait profiter de cette occasion pour ajuster sa position : il étendit Xiao Shan à plat sur le sol, au lieu de le laisser dormir affalé contre son épaule.
Xiao Shan ne persista pas non plus à rester éveillé, et bientôt le silence recouvrit la pièce. Après avoir couru pour sauver leur vie durant une journée et une nuit entières, ils étaient naturellement épuisés, et tous s’endormirent rapidement. Ce ne fut que lorsque le soleil se leva à la hauteur de trois perches de bambou (NT : expression indiquant que la matinée était déjà bien avancée) que le maître de la maison s’éveilla enfin et envoya des gens inviter Chen Xing à prendre le déjeuner.
Les yeux de Chen Xing étaient encore noyés dans la brume du sommeil, mais il réveilla tout le monde à temps. Lorsqu’ils arrivèrent au réfectoire, ils découvrirent qu’il y avait encore bon nombre d’habitants dans le manoir Fang. Épouses et concubines, entourées de véritables ribambelles de fils et de filles, étaient assises là ; tous demeuraient toutefois prisonniers d’une torpeur vaporeuse, peinant à rassembler assez d’énergie pour baisser la tête et avaler leur congee, le regard vide.
Le maître de maison les accueillit faiblement d’un salut, puis demanda à la vieille intendante :
« Qui est le médecin réputé ? »
C’était la première fois que Chen Xing voyait un individu atteint de cette peste ; comparé à Xiang Shu, les symptômes présentaient une différence manifeste.
Xiang Shu but calmement son médicament. Son corps s’était quelque peu rétabli, et il semblait plongé dans ses réflexions. Après le repas, Feng Qianjun se leva pour aller se préparer ; il comptait retourner à la banque Xifeng.
« C’est moi. » Chen Xing retroussa ses manches et ajouta : « Laisse-moi t’ausculter. »
La veille au soir, il avait déjà interrogé le jeune serviteur ; aussi se contenta-t-il à présent de prendre le pouls du patriarche de la famille Fang. Après un examen attentif, il constata que la situation correspondait exactement à ce que Xie Daoyun avait décrit : le pouls était parfaitement normal, sans la moindre anomalie.
« Lorsque vous avez contracté la maladie pour la première fois, avez-vous rencontré quelqu’un ou mangé quelque chose d’inhabituel ? » demanda Chen Xing. « Avez-vous ressenti quoi que ce soit d’étrange ? »
Le chef de la famille Fang avait été infecté l’année précédente ; même en s’efforçant de fouiller sa mémoire, il ne parvenait plus à se souvenir clairement des événements.
Xiang Shu buvait son médicament tout en réfléchissant. Il attendit d’avoir reposé le bol avant de parler. « Quand tu es tombé malade pour la première fois, as-tu entendu le carillon d’une cloche ? »
Chen Xing : « !!! »
Chen Xing tourna brusquement la tête vers Xiang Shu. Le carillon d’une cloche ? La cloche de Luohun ? À cet instant, de nombreux éléments de ce fléau commencèrent à s’éclaircir. Le prétendu symptôme de la « mauvaise humeur » des patients ne désignait-il pas en réalité un état où l’un des hun était arraché de force ?
« Le carillon d’une cloche ? » répondit le chef de la famille Fang. « Je ne m’en souviens plus très bien… »
Xiang Shu dit alors à Chen Xing : « La nuit où tu t’es enivré, il me semble me souvenir avoir entendu une cloche. »
« À Jiankang ? » Chen Xing lâcha le poignet du chef de famille et demanda avec attention : « Pourquoi ne l’ai-je pas entendue ? »
« Tu étais si ivre que tu n’étais plus lucide », répondit Xiang Shu. « Évidemment, tu ne pouvais pas l’entendre. »
C’est alors que Feng Qianjun revint et déclara : « Vous avez compris quelque chose ? Retournons à Xifeng pour en discuter. »
Chen Xing rassura brièvement la famille Fang, leur expliquant qu’un résultat pourrait être obtenu sous peu et qu’en attendant, ils devaient continuer à prendre leurs médicaments comme auparavant et rester à Kuaiji. Feng Qianjun, inquiet d’un éventuel retour des ennemis, fit appeler une voiture et installa les trois autres par l’arrière-cour, puis ajouta : « J’ai utilisé de l’argent pour mobiliser les enfants de la ville. Tous ont des lance-pierres : dès qu’ils voient un corbeau, ils le bombardent de pierres. Nous ignorons si les rois démons de la sécheresse se cachent encore en ville, mais au moins, avec cela, ils ne devraient pas oser revenir se venger avant un certain temps. »
Avant de monter dans la voiture, Xiang Shu ne put s’empêcher de jeter un long regard, empreint de mélancolie, en direction de l’entrée du manoir de la famille Fang.
La charrette à cheval vacilla tandis qu’elle poursuivait sa route. Chen Xing jeta un coup d’œil à Xiang Shu, tandis que Xiao Shan bâillait à l’arrière-plan, manifestement pas encore tout à fait réveillé. Il se recroquevilla dans la voiture et se rendormit. Chen Xing savait que Xiang Shu pensait encore à ce qui s’était produit la nuit précédente, et, au moment précis où il ouvrit la bouche pour débiter quelques paroles de consolation convenues, Xiang Shu déclara : « La lampe du cœur ne m’a-t-elle trouvé que parce que je suis moi aussi né dans une famille d’exorcistes ? »
Chen Xing sombra dans un silence méditatif durant quelques secondes, puis répondit : « Je l’ignore, Protecteur, mais j’ai réalisé au fil de mes réflexions que bien des choses obéissent à la destinée. Ton… arrière-grand-mère a également dit que la lampe du cœur et la lame d’Acala devaient coexister ; peut-être est-ce pour cela que nous nous sommes rencontrés ? »
Xiang Shu déclara : « La première fois que j’ai vu cette lame, j’eus l’impression qu’elle m’était familière, comme si elle m’appelait. »
Chen Xing sourit avec légèreté et dit : « Alors je suppose que je peux confirmer que tu veux vraiment être mon Protecteur, désormais. »
Xiang Shu fronça légèrement les sourcils. « Ce que j’ai fait durant ce voyage n’a-t-il pas été suffisant ? »
Chen Xing répondit aussitôt : « Merci, je n’avais aucune autre intention en disant cela, mais nous devons encore découvrir où se trouve la perle Dinghai… »
Tous deux cessèrent de parler un instant. Chen Xing réalisa soudain que, depuis qu’il avait été enlevé par Sima Wei au pied de la montagne, Xiang Shu se montrait extrêmement vigilant à son égard, ne le quittant presque jamais des yeux.
« Kjera se dirige vers le nord », déclara soudain Xiang Shu. « À ton avis, que cherche-t-il ? »
Cette question ouvrit un nouveau chemin de réflexion dans l’esprit de Chen Xing.
« Cherche-t-il ta mère ? » demanda Chen Xing. « Ce qui est arrivé à Zhang Liu reste obscur, mais ta mère s’est retrouvée projetée trois cents ans dans le futur, et Kjera a voyagé à plusieurs reprises vers le Nord… Se pourrait-il qu’il ait constamment retracé ses allées et venues ? »
Sous cet angle, Shi Hai et sa troupe pouvaient eux aussi être à la recherche de la perle Dinghai. Savaient-ils ce que Zhang Liu projetait de faire ? Trois cents ans plus tôt, les deux camps s’étaient-ils brièvement rencontrés et affrontés ?
« Le miroir Yin Yang se trouvait à l’origine entre les mains de Zhang Liu », déclara Xiang Shu, « mais la première fois que nous l’avons aperçus, il était entre… »
« … les mains de Feng Qianyi ! » réalisa Chen Xing. « Oui, Shi Hai et les autres ont dû retrouver Zhang Liu ! Ils ont contrecarré ses plans ! »
La carriole transportant ses quatre passagers arriva à destination : la banque Xifeng. Tous profitèrent de l’occasion pour enfiler des vêtements propres, à l’exception de Xiao Shan, qui continua de dormir, indifférent au monde extérieur. Chen Xing attendit qu’ils fussent assis, une tasse de thé en main, avant de commencer à organiser ses réflexions de la nuit passée.
« Tout d’abord, Zhang Liu prit la perle Dinghai et quitta Kuaiji », déclara Chen Xing. « Il dut affronter Shi Hai et perdre, sans quoi le miroir Yin Yang n’aurait jamais fini entre les mains de ce dernier. »
« Mm », fit Feng Qianjun. « Le but de ces types est de ressusciter Chiyou ; cette succession d’événements est donc parfaitement cohérente. »
Xiang Shu réfléchit en silence, puis nota : « C’est peut-être précisément à cause de cette confrontation que ma mère fut envoyée trois cents ans dans le futur. »
À cet instant, toutes les pièces du puzzle s’emboîtèrent parfaitement. Chen Xing demanda :
« Mais où se trouve la perle Dinghai, à présent ? »
« Je pense qu’elle n’est pas entre les mains de Shi Hai », répondit Feng Qianjun. « S’il possédait un artefact d’une telle puissance, il aurait déjà tout anéanti. »
Xiang Shu ajouta : « Elle n’est pas non plus entre les mains de ma mère, puisqu’elle ne l’a pas emporté avec elle. J’en suis absolument certain. »
Chen Xing fronça les sourcils sans parler, puis dit : « Se pourrait-il que Zhang Liu soit mort, mais qu’avant de mourir, il ait réussi à dissimuler la perle Dinghai en un lieu secret afin d’empêcher qu’elle ne tombe entre les mains de Shi Hai ? »
Xiang Shu répondit : « Te souviens-tu encore de ces trois cartes ? »
Chen Xing sortit les cartes mentionnées. La première représentait le plan de Carosha, que l’on pouvait d’ores et déjà écarter.
« Oh ? » dit Feng Qianjun. « N’est-ce pas la carte du Qixing Tan du mont Nanping ? »
Xiang Shu : « … »
Chen Xing : « ………… »
« Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ? » À cet instant, Chen Xing eut sincèrement envie d’assommer Feng Qianjun.
« Vous ne me l’aviez pas demandé ! » répliqua Feng Qianjun.
« Chut ! » Xiao Shan dormait encore ; brutalement réveillé, il se retourna et leur fit signe de se taire avec irritation.
Xiang Shu dit : « Ce jour-là, au département des exorcistes, tu ne l’avais pas remarqué ? »
Feng Qianjun répondit : « À ce moment-là, je n’y avais absolument pas pensé ! »
Xiao Shan marmonna encore : « Chut ! Chut ! »
Chen Xing s’y conforma finalement, baissa la voix et murmura : « Attendons un instant et réfléchissons d’abord à ce que signifie chacune de ces trois cartes. Carosha est l’endroit où se trouve la perle Dinghai ; le mont Nanping… devrait être un lieu propice au lancement de sorts. »
« Correct », répondit Feng Qianjun après un court instant de réflexion. « On dit que le mont Nanping est un lieu béni, et qu’il fut autrefois l’endroit où Kongming lança sa magie pour emprunter le vent d’est. »
« C’était aussi un exorciste ? » demanda Xiang Shu. Il ne comprenait pas grand-chose au peuple Han, mais le nom du célèbre Zhuge Liang lui était familier.
« Peut-être ? » Chen Xing agita la main et poursuivit : « Ce n’est pas important. D’après ce raisonnement, le deuxième emplacement pourrait correspondre au troisième point clé. Vérifions encore une fois : serait-ce à Jiangnan ? »
« C’est quelque chose que nous ne pouvons pas déterminer pour le moment », dit Feng Qianjun.
Xiang Shu déclara : « Tu ferais mieux de ne pas attendre encore un an et demi avant de m’annoncer que tu t’en es soudain souvenu. »
Feng Qianjun protesta, accablé : « Maintenant que vous avez tous dit ça, même si je m’en souvenais, je n’oserais plus en parler, d’accord ! »
Chen Xing se remémora les souvenirs laissés par Xiang Yuyan, en particulier cette phrase prononcée par Zhang Liu : « trouver un lieu béni afin d’exploiter l’énergie du ciel et de la terre ». Le mont Nanping pouvait donc être l’endroit où il avait utilisé la perle Dinghai pour absorber toute l’énergie de la région. Quant au troisième lieu, il s’agissait peut-être de l’endroit où un réseau avait été installé, activant la perle Dinghai et les renvoyant aux coordonnées du réseau d’il y avait trois mille ans.
Heureusement, le mont Nanping était un lieu qu’ils pouvaient provisoirement éviter, car l’essentiel restait de localiser le dernier emplacement. Toutefois, s’il existait des traces du passage de Zhang Liu et de Xiang Yuyan au mont Nanping, cela ne ferait aucun mal d’aller y jeter un œil. Pour l’heure, cependant, il leur était difficile de partir sans autorisation : ils devaient d’abord résoudre le problème de la peste.
Lorsque Xiang Yuyan partit, elle emporta avec elle la cloche Luohun. À en juger par la localisation du miroir Yin Yang, ils pouvaient pratiquement confirmer que la cloche Luohun se trouvait elle aussi entre les mains de Shi Hai. Cet artefact, capable de rappeler en un instant les âmes hunpo, était extrêmement puissant, mais Chen Xing n’éprouvait pourtant aucune crainte. Si Xiang Shu avait raison, alors ce jour-là, Shi Hai avait déjà tenté d’utiliser la cloche Luohun sur lui et sur Xiang Shu ; or le résultat avait été que Chen Xing n’avait subi aucun dommage, et que Xiang Shu, malgré d’étranges effets secondaires, conservait toujours ses trois hun parfaitement intacts, n’ayant perdu que sa force physique.
Peut-être la raison en était-elle que la lampe du cœur protégeait les trois hun.
À ce moment-là, une autre personne arriva pour les consulter. Il s’agissait d’un patient amené par l’un des sous-fifres de la banque Xifeng : le marchand sur lequel Chen Xing enquêtait, celui qui, après être revenu de la ville de Mai, avait été le premier à présenter le symptôme de « perte du hun et du po ». Chen Xing observa attentivement son état et constata qu’il paraissait extrêmement épuisé, bien que son moral restât intact. Dès qu’il apprit qu’un médecin miraculeux se trouvait ici, il estima qu’il n’y avait aucun mal à tenter sa chance et se rendit à la banque Xifeng.
Chen Xing ne prit même pas la peine de lui tâter le pouls et demanda directement : « Lorsque vous avez contracté la maladie, avez-vous entendu le son d’une cloche ? »
« Le son d’une cloche ? » L’homme afficha la même expression confuse et méfiante que le maître du manoir Fang. Après un moment de réflexion, il dit : « Il me semble bien qu’il y en avait une… mais je ne m’en souviens plus très clairement. »
« Où étiez-vous lorsque vous êtes tombé malade ? » demanda à nouveau Chen Xing.
Le marchand avait déjà été interrogé à de nombreuses reprises sur ce point ; hormis le son de la cloche, il se souvenait clairement des détails et livra une fois de plus son témoignage. Ce jour-là, il revenait de la ville de Mai ; toutefois, lorsqu’il entra à Kuaiji, il se sentit soudain pris de somnolence et tomba de cheval. Même après avoir été ramené chez lui, son état ne s’améliora pas : il demeura alité, plongé dans un sommeil profond durant trois jours, l’esprit errant et confus.
« Tout comme ce gamin, là-bas », ajouta le marchand en désignant Xiao Shan, qui dormait sur le lit.
« Hein, regardez-le… Depuis combien de temps est-il malade ? C’est pitoyable, à un âge si jeune… »
Xiao Shan ouvrit un œil embrumé et le fixa.
Xiao Shan : « ? »
Chen Xing déclara : « N’êtes-vous pas venu consulter un médecin ? Pourquoi vous mettez-vous maintenant à poser des diagnostics ? Êtes-vous le médecin, ou est-ce moi ? Très bien, rentrez chez vous et reposez-vous. Ne quittez pas Kuaiji durant ces prochains jours. »
Le marchand s’en alla, et tous trois échangèrent un regard. Enfin, ils avaient découvert la cause de la peste — ou, pour être plus exact, il ne s’agissait absolument pas d’une peste. Quelqu’un avait utilisé la cloche Luohun pour emporter des dizaines de milliers de hun appartenant aux habitants ordinaires de la région de Jiangnan.
« Tant que nous retrouvons la cloche Luohun et que nous libérons les hunpo enfermés à l’intérieur », déclara Chen Xing, « ils devraient pouvoir se rétablir… Mais où se trouve cette cloche ? »
Lorsque les trois rois démons de la sécheresse les avaient poursuivis, ils n’avaient emporté aucun artefact. Xiang Shu se souvint de Chang’an et de Chi Le Chuan : à cette époque, c’était Feng Qianyi qui contrôlait le miroir Yin Yang, tandis que Zhou Zhen détenait le tambour Zheng, et les rois démons de la sécheresse ne faisaient qu’apporter leur aide. Autrement dit, derrière les trois rois démons de la sécheresse se dissimulait encore une autre personne, celle qui les manipulait réellement.
« Nous devions découvrir qui était cette personne », déclara Xiang Shu. « Lorsque nous trouverions la cloche Luohun, je pourrais récupérer mon énergie. »
Xiang Shu s’était contenu bien trop longtemps, et il avait nourri depuis longtemps le désir de frapper Shi Hai à plusieurs reprises pour toutes les souffrances qu’il avait infligées. Dès qu’il retrouverait son énergie, les rois démons de la sécheresse en paieraient assurément le prix.
« Ça… tu devrais te calmer un peu », déclara Chen Xing.
Feng Qianjun croisa les bras et mentionna : « Cette personne pourrait aussi se cacher à Jiangnan, tout comme mon grand frère, sauf qu’il est extrêmement difficile d’en déterminer l’identité… Peu importe que nous soyons actuellement pourchassés : tant qu’il possède un minimum d’intelligence, il ne se dévoilera pas maintenant. »
Xiang Shu reprit alors : « Les scènes que nous avons vues dans les souvenirs de ma mère, lorsque la cloche Luohun lançait sa magie, montraient qu’il y avait toujours une trace à suivre. Vous souvenez-vous du papillon qui s’était formé à partir de ce hun ? Si nous pouvions tendre une embuscade et attendre que cette personne utilise la cloche pour lancer sa magie, puis suivre la trajectoire du papillon… »
« Fleur », dit soudain Xiao Shan. « J’en ai. »
Tous trois cessèrent brusquement de parler et tournèrent les yeux vers Xiao Shan.
Xiao Shan comprenait une partie de leur conversation ; en substance, il avait compris que tout ce qui concernait ce papillon lumineux était important. Il sortit alors plusieurs fleurs séchées de la poche de sa poitrine et les tendit à Chen Xing.
Chen Xing : « … »
« Je voulais demander hier soir », déclara Xiang Shu, « pourquoi les souvenirs, une fois transformés en papillon lumineux, s’étaient-ils posés précisément sur cette fleur-là ? »
Chen Xing expliqua : « Cela s’appelle la fleur de lihun ; vous feriez mieux de garder vos distances. Ce genre de fleur ne pousse que dans les endroits où se concentre le qi spirituel de la terre, et son pollen contient un effet particulier issu de la veine divine de la terre. Après la mort d’une personne, le hunpo est toujours attiré vers les cieux lorsqu’il entre dans la circulation du pouls du ciel et de la terre. Vous comprenez ? Ce pouvoir d’aspiration inhérent au mouvement du ciel et de la terre est aussi appelé le pouvoir de lihun. Tout comme une rivière en crue emporte les pierres de ses rives, il entraîne tout sur son passage, alors… »
« Va droit au but ! » lança Xiang Shu, impatient.
« Pourquoi es-tu si agressif ? » répondit Chen Xing avec un sourire paisible. « Tu veux encore me frapper ? Mais tu ne peux pas me battre dans ton état actuel. »
Xiang Shu : « … »
Feng Qianjun : « … »
Après un court silence, Feng Qianjun remarqua : « Hum, frère Xiang, un gentilhomme se venge même après dix ans (NT : idiome signifiant que la patience n’empêche pas la vengeance). »
Xiang Shu poursuivit avec une patience forcée : « Peux-tu, s’il te plaît, en venir au fait ? »
Chen Xing reprit : « C’est ce qu’on appelle le pouvoir de lihun. Ce type de fleur s’empare des souvenirs. Son pollen fait éternuer les gens, puis, peu à peu, ils deviennent désorientés et oublient de nombreuses choses… »
« Ainsi », demanda Xiang Shu, « le papillon formé à partir du hun terrestre serait lui aussi attiré par cette fleur ? »
« Euh… peut-être », répondit Chen Xing.
« Le hun terrestre de toutes ces personnes, emporté par la cloche Luohun… se trouverait-il à… À Jiangnan, existe-t-il un endroit où ce genre de fleur pourrait pousser ? La famille Xiang d’il y a trois cents ans : d’où provenait la fleur que tenait cette mère ?! Xiang Shu, tu es trop intelligent ! Tu es vraiment trop intelligent ! »
Traducteur: Darkia1030
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