FSC - Chapitre 111 – Je veux juste que tu sois en sécurité et heureux.
Après que le doyen Jiang eut prononcé son discours, plusieurs autres administrateurs de l’école montèrent à leur tour sur la petite estrade.
Le soleil devint de plus en plus brûlant.
« On dirait qu’ils vont distribuer quelque chose plus tard. » He Zhao, qui était grand, aperçut d’un coup d’œil la boîte en carton posée à côté du doyen Jiang. Il ajouta, en devinant : « On dirait des livres ? »
Dans d’autres écoles, on distribuait effectivement des livres lors des cérémonies de passage à l’âge adulte — généralement un exemplaire de la Constitution. Mais, vu la taille de la boîte, elle ne semblait pas contenir des ouvrages aussi épais.
Vieux Tang s’occupait de maintenir l’ordre. Xie Yu se pencha légèrement en arrière ; il n’avait pas bien entendu ce que He Zhao avait dit.
He Zhao se pencha à son tour. S’il baissait encore un peu la tête, il toucherait l’oreille de Xie Yu. Il y réfléchit un instant, puis appela : « Vieux Xie. »
Incommodé par la chaleur, Xie Yu leva une main pour se protéger du soleil.
« Tu es adulte maintenant, tu as grandi. Il y a une chose importante que tu dois apprendre. »
Derrière lui, la voix de He Zhao était basse ; son souffle effleura l’oreille de Xie Yu. Ses paroles ressemblaient étrangement à celles de Chien fou un instant plus tôt. Pendant un instant, Xie Yu ne comprit pas où il voulait en venir. Il s’arrêta, puis demanda : « Quoi ? »
He Zhao répondit : « Assumer tes responsabilités. »
« Mm. »
La réponse de Xie Yu resta tiède. D’après ce qu’il connaissait de He Zhao, cela ne présageait rien de bon.
Comme prévu, dès qu’il eut répondu, He Zhao poursuivit immédiatement : « Par exemple, assumer la responsabilité de ton petit-ami. »
« …… »
Voilà donc sa fichue ruse.
« Assumer la responsabilité de mon— » Xie Yu s’interrompit au milieu de son juron et coupa court :
« Si tu as quelque chose à dire, dis-le directement. À quoi bon tourner autour du pot ? »
He Zhao voulait simplement le taquiner. En entendant cela, il sourit, pencha la tête et posa son front dans le creux du cou de Xie Yu.
À ce moment-là, le dernier intervenant termina son discours.
Il était temps d’entrer dans le mémorial pour la visite. Pourtant, tous les professeurs principaux se rassemblèrent autour de la boîte pour une raison inconnue. Environ cinq minutes plus tard, chacun revint avec une pile d’objets.
— C’étaient de grosses enveloppes.
Vieux Tang ne leur en avait pas parlé à l’avance. Lorsque Xie Yu reçut la sienne, il resta un instant stupéfait.
Sur l’enveloppe était écrit : « Xie Yu ». L’écriture était soignée, élégante et très familière. D’un coup d’œil, il reconnut celle de Madame Gu.
« Et la tienne ? » demanda-t-il en jetant un regard en arrière.
Sur l’enveloppe de He Zhao, sous les grands caractères « He Zhao », figurait une ligne griffonnée : « Je suis ton père. »
« …… »
He Zhao le vit également. Il toussa légèrement et dit : « C’est mon vieux He. Il a une forte personnalité »
Auparavant, au bureau, Xie Yu avait entendu Vieux Tang appeler le père de He Zhao. Il pensait déjà bien le cerner, mais cela dépassait tout ce qu’il avait imaginé. « C’est… tout à fait son style. »
Pendant qu’ils parlaient, une musique d’ambiance s’éleva des haut-parleurs : « A Grateful Heart ».
Les élèves, lettres en main, étaient tous un peu perdus et murmuraient entre eux :
« C’est quoi, ça ? »
« Mon père m’a écrit ? »
« Ma mère ? »
Liu Cunhao, en tant que représentant de classe, se tenait en tête du groupe.
« C’est quoi ? » dit-il en ouvrant la lettre. Il lut la première ligne : « À mon fils chéri… »
Au début, son ton était léger, presque moqueur. Mais après ces mots, il se tut brusquement.
Vieux Tang distribua la dernière lettre, puis se tint à côté du doyen Jiang et demanda : « Comment avez-vous eu cette idée ? »
Le doyen Jiang paraissait habituellement dur et impitoyable, mais, malgré ses paroles sévères, il se montrait parfois plus attentionné encore que Tang Sen, le professeur de littérature. Il avait préparé cette cérémonie depuis longtemps, souhaitant la rendre mémorable et faire en sorte que ces élèves n’oublient jamais ce jour.
Le doyen Jiang soupira. « Certaines choses sont difficiles à dire au quotidien. Peut-être qu’à travers une lettre, leurs parents pourront… mieux communiquer avec eux. »
Xie Yu ouvrit son enveloppe et découvrit que Madame Gu avait rempli trois pages entières.
La première ligne disait : « Je t’aime. »
À travers ces fines feuilles, Xie Yu eut l’impression de voir Madame Gu, stylo à la main, assise à son bureau en train d’écrire.
« — Je t’aime, mais parfois l’amour est aussi un fardeau.
Je te suis également très reconnaissante. Je suis reconnaissante que tu sois entré dans ma vie. »
Les mains de Xie Yu se crispèrent sur le papier. Il ne sut l’expliquer, mais il eut l’impression que quelqu’un serrait doucement son cœur.
Plusieurs filles de la classe voisine ne purent contenir leurs émotions et commencèrent à sangloter, les mains couvrant leur bouche tandis que des pleurs étouffés s’échappaient entre leurs doigts.
Leur réaction rendit l’atmosphère encore plus chargée d’émotion.
Parfois, les pensées les plus sincères et les plus intenses sont aussi celles qu’on éprouve le plus de gêne à exprimer.
Xie Yu lut deux pages, puis leva les yeux. Il fixa un arbre à proximité pendant un moment, puis se redressa et lut la dernière page lentement, mot après mot, ligne après ligne.
« Depuis que tu es très jeune, je n’ai cessé de penser à ton avenir. À ce que tu deviendrais, à l’endroit où tu irais, à ce que tu ferais.
Parmi les trois cent soixante métiers (NT : idiome chinois désignant l’ensemble de toutes les professions possibles), je les ai tous imaginés.
Maintenant, c’est à toi de réfléchir par toi-même. Peu importe ce que tu choisiras, je serai fière de toi. Je veux seulement que tu sois en sécurité et heureux. »
« La cérémonie de passage à l’âge adulte du lycée Erzhong de Liyang s’achève ici », annonça le doyen Jiang en reprenant le micro, avant d’ajouter quelques mots de conclusion. « J’espère que, quelles que soient les difficultés que vous rencontrerez à l’avenir, vous vous souviendrez de cette journée — de vos émotions, de votre courage et de votre cœur originel. »
« Maintenant, chaque classe, veuillez suivre votre professeur et entrer dans le musée pour la visite, dans l’ordre… »
La visite du Memorial se déroula dans un calme presque solennel. Peut-être ne s’étaient-ils pas encore remis de la cérémonie qui venait d’avoir lieu, ou peut-être que, face au poids de l’histoire, ils se trouvaient incapables de parler. Ils suivirent le parcours prédéterminé et finirent par ressortir. À ce moment-là, il était près de trois heures de l’après-midi.
Ce ne fut qu’une fois remontés dans le bus, en route vers le restaurant réservé pour le déjeuner, qu’ils retrouvèrent un peu d’énergie.
He Zhao déclara à haute voix : « Je vais être clair dès maintenant. Plus tard, je refuse de m’asseoir à la même table que le représentant de sport. »
Ils étaient huit par table, et il fallait pratiquement se battre pour manger.
Après la déclaration de He Zhao, Liu Cunhao leva aussitôt la main : « Je refuse aussi. »
Luo Wenqiang fut repoussé comme une balle en caoutchouc. À en juger par la tournure des choses, il finirait à table avec Vieux Tang et les autres professeurs. « Hao-zi, tu ne m’adores plus ? Où est passé l’amour mutuel dont on parlait ? »
« …… »
He Zhao lança la conversation, détendit l’atmosphère, puis se tut. Une main dans la poche, il inclina la tête en arrière et ferma les yeux.
Même dans l’obscurité derrière ses paupières, les mots de la lettre de Vieux He refirent surface peu à peu.
« — J’avais peur que, lorsque tu tomberais, tu te blesses.
Mais plus encore, je croyais en toi. Comment mon fils pourrait-il abandonner face à une difficulté aussi insignifiante ? »
Dans ses souvenirs, Vieux He avait toujours été un parent plutôt cool. Autrefois, He Zhao avait même pu trouver sa méthode d’éducation un peu dure. Lorsqu’il tombait, son père ne lui tendait jamais la main.
« Si tu en as le courage, reste allongé par terre toute ta vie. Sinon, relève-toi. »
Parvenu à ce souvenir, He Zhao sentit vaguement quelque chose bouger à côté de lui. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit que son petit ami avait discrètement glissé le bout de ses doigts dans sa poche.
He Zhao ne dit rien. Appuyé contre le dossier du siège, il fixa Xie Yu.
Xie Yu ne détourna pas le regard et saisit directement la main de He Zhao.
Pendant ce temps, Luo Wenqiang et les autres étaient déjà passés du sujet du dîner à celui de la soirée à l’hôtel.
« Quand je rentrerai, je ferai mes devoirs… »
« Tu as apporté des devoirs ? Tu es un monstre ? Tu n’avais pas dit qu’ils pouvaient se débrouiller seuls ?! »
« Je te consolais. Tu ne vas quand même pas croire des paroles de consolation ? »
La nourriture du restaurant n’était pas fameuse. Des nappes en plastique recouvraient de grandes tables en bois, et une douzaine de tables remplissaient la salle. Plusieurs classes s’y étaient rassemblées, et le repas avait le goût typique de la cuisine de cantine faite en grandes quantités.
Luo Wenqiang était assis à leur table, ce qui rendait tout le monde nerveux.
He Zhao, inquiet que Xie Yu se fasse dépouiller, lui rappela : « Plus tard, utilise tes baguettes pour te battre pour la nourriture, sinon il ne te restera même pas les restes. »
Xie Yu écarta ses baguettes sans la moindre inquiétude. « Qu’il essaie. »
Tous ceux qui partageaient la table avec Luo Wenqiang se tenaient droits, prêts comme s’ils s’apprêtaient non pas à manger, mais à livrer bataille.
Wan Da, assis à côté de lui, eut la certitude que ce repas entrerait dans l’histoire. Tandis que les autres tables mangeaient tranquillement, se plaignant parfois du goût, la leur ressemblait à un véritable champ de bataille.
He Zhao lança ses baguettes : « Merde, Hao-zi, retiens-le ! Ne lui laisse pas l’occasion de tout prendre… »
Liu Cunhao ajouta : « Wan Da, arrête de manger, aide-nous ! Attaque son point faible ! »
Wan Da, perdu, demanda : « Son point faible ? Lequel ? »
Xie Yu répondit : « Prends ses baguettes. »
Luo Wenqiang fut aussitôt pris d’assaut. Quelqu’un le maintint en place, écrasant presque son visage contre la table. « Pourquoi me faites vous ça ?! »
Les élèves de la table voisine restèrent bouche bée. « C’est encore un repas, ça ? Ils sont trop féroces… »
Finalement, à force d’efforts conjoints, ils réussirent à sauver une demi-assiette de poisson grillé au centre de la table.
Ce repas, pourtant banal — loin des mets raffinés — ressemblait davantage à une scène d’accident qu’à un dîner. Et pourtant, sans que personne ne le sache, ils n’en oublieraient jamais le goût.
Le programme des deux jours était chargé. Après avoir mangé, ils se reposèrent brièvement, puis partirent pour la foire du temple.
Il ne faisait plus aussi étouffant que dans l’après-midi. Lorsqu’ils descendirent du bus, plusieurs rafales de vent frais soufflèrent depuis le lac.
South Temple était un site touristique unique. À mesure que la nuit tombait, la foule se faisait de plus en plus dense.
Dans la rue, des marchands ambulants vendaient divers objets sur des chariots : broderies rouges ornées de glands délicats, lanternes flottantes… De vieux vendeurs, penchés, s’installaient au bord du lac, les pieds posés sur les marches de pierre.
La culture et l’ambiance différaient de celles de la ville A, donnant à l’ensemble un air ancien.
Vieux Tang, inquiet, leur rappela à plusieurs reprises de garder leurs téléphones sur eux. « … Très bien, vous les avez tous ? Alors formez des groupes et allez où vous voulez. Rendez-vous à 19 heures à l’entrée. »
Alors que Xie Yu écoutait, quelqu’un lui tapa soudain dans le dos.
He Zhao se tenait derrière lui. « Allons-y. »
« Où ? »
« N’importe où », répondit He Zhao. « Ou tu préfères rester ici avec les autres ? »
Xie Yu se rappela le voyage scolaire d’automne et pensa : Trop de monde, c’est ennuyeux.
Après que Vieux Tang eut parlé de la formation des groupes, Liu Cunhao chercha instinctivement les deux « tyrans de l’école » et aperçut leurs silhouettes s’éloigner.
Tous deux portaient leur uniforme scolaire et formaient un duo harmonieux. Avant même d’avoir fait quelques pas, He Zhao tendit la main sans hésiter et saisit celle de Xie Yu.
Traducteur: Darkia1030
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