Xiao Jiu- Chapitre 11

 

  1.  

Quelques jours plus tard, l’impératrice donna sans encombre naissance à une fille au palais, qui devenait ainsi la première princesse de la dynastie.

En l’apprenant, le jeune prince se précipita avec impatience pour aller prendre le bébé dans ses bras. Par coïncidence, l’empereur et le seigneur Yan étaient également présents, et tous trois se relayèrent pour la porter.

Le jeune prince n’avait jamais tenu de bébé. Ses gestes étaient maladroits et la petite princesse, dans ses bras, se mit à donner des coups de pied et à pleurer à chaudes larmes sans s’arrêter. Ne sachant que faire, le jeune prince la tendit en tremblant au seigneur Yan.

Dès qu’elle arriva dans les bras du seigneur Yan, elle cessa de pleurer. Le seigneur Yan lui tapota le dos et elle lui adressa même un large sourire.

Le jeune prince trouva cela assez extraordinaire. Le seigneur Yan, d’ordinaire si froid et si dur lorsqu’il maniait sabre et épée, était étonnamment habile lorsqu’il s’agissait de tenir un bébé.

L’empereur dit en riant au jeune prince : « Parce que, lorsque tu étais petit, tu demandais souvent au seigneur Yan de te porter. »

Le visage du jeune prince se couvrit aussitôt d’une rougeur écarlate, tandis que le seigneur Yan toussota lui aussi avec embarras.

  1.  

Moins d’un demi-mois après la naissance de la petite princesse, l’empereur émit soudain un décret annonçant qu’il faisait de la fille du Premier ministre sa nouvelle consort.

En l’apprenant, le seigneur Yan porta instinctivement la main à son pendentif en jade. Cependant, au moment où ses doigts le touchèrent, il se rendit soudain compte que ce jade n’était plus celui qu’il portait auparavant.

Le seigneur Yan caressa les motifs de nuages ruyi bleu-vert et blanc gravés dessus et resta un instant comme absent.

L’affaire de la nouvelle consort se répandit rapidement dans tout le palais. Pendant un temps, les discussions allèrent bon train. Certains disaient que les relations entre l’empereur et l’impératrice s’étaient détériorées, tandis que d’autres affirmaient que l’empereur était pressé d’avoir un héritier.

Un jour, à la sortie de l’audience, le seigneur Yan se trouva par hasard à marcher aux côtés du Premier ministre. Il joignit les poings et déclara : « Félicitations. »

Le Premier ministre accepta ses félicitations et, sans rien dire, partit précipitamment.

Le seigneur Yan fronça les sourcils. En principe, envoyer sa fille au palais pour devenir consort était une heureuse occasion. Alors pourquoi le Premier ministre semblait-il si préoccupé, au point que ses cheveux avaient eux-mêmes blanchi considérablement ?

Cet après-midi-là, le seigneur Yan faisait comme d’habitude le tour du palais avec le jeune prince lorsqu’ils entendirent deux gardes qui, un peu plus loin, discutaient eux aussi discrètement de cette affaire.

L’un dit : « Il paraît que l’empereur a agi ainsi pour s’attirer les bonnes grâces du Premier ministre. »

L’autre répondit : « L’empereur est le Fils du Ciel de cette dynastie. Qui oserait s’opposer à lui ? Pourquoi parler de s’attirer ses bonnes grâces ? »

Le premier baissa la voix : « Tu as oublié ce qui s’est passé à l’époque de la mort de l’ancien empereur ? »

« Oh là là, il ne faut surtout pas parler avec insouciance… »

  1.  

Les deux gardes s’éloignèrent progressivement, mais leur conversation resta gravée dans l’esprit du seigneur Yan, faisant aussitôt naître de nombreux soupçons.

Le seigneur Yan se tourna vers le jeune prince, qui jouait avec le bord de son vêtement en baissant la tête, et demanda : « Votre Altesse n’avait-elle pas dit auparavant que le Premier ministre souhaitait vous donner sa fille en mariage ? »

« Il l’a effectivement dit. » Le jeune prince releva la tête et regarda le seigneur Yan avec des yeux brillants. « Mais je lui ai dit que mon cœur appartenait déjà à quelqu’un. Après cela, il n’en a plus parlé. »

Les mots « mon cœur appartient à quelqu’un » sortirent de la bouche du jeune prince sans le moindre avertissement. Pour une raison inconnue, le cœur du seigneur Yan s’émut soudain. Il détourna précipitamment les yeux et n’osa plus croiser le regard du jeune prince.

Pour dissimuler cette gêne inexplicable, le seigneur Yan demanda encore d’un ton désinvolte : « Alors, vient-il encore souvent vous voir ces derniers temps ? »

Le jeune prince réfléchit un instant : « Il me semble que cela fait déjà longtemps qu’il n’est pas venu. »

Le seigneur Yan hocha la tête. En réalité, il avait encore beaucoup de questions en tête, mais il ne savait plus quoi demander à cet instant. Ils marchèrent un moment en silence.

Le jeune prince prit alors de nouveau la parole et demanda, sans aucun rapport apparent avec ce qui précédait : « Si l’empereur et moi nous disputions, Yan gege, de quel côté te rangerais-tu? »

« Pourquoi vous disputeriez-vous avec l’empereur ? »

« Avec mon bon caractère, je ne chercherais évidemment pas querelle de moi-même. Je veux dire, si l’empereur voulait se disputer avec moi », se défendit sérieusement le jeune prince.

Le seigneur Yan le taquina : « Si je ne prends pas le parti de l’empereur, je risque d’être décapité. » Ce qui sous-entendait clairement qu’il prendrait certainement le parti de l’empereur plutôt que le sien.

Le jeune prince bouda, contrarié, puis expliqua au seigneur Yan : « Tu devrais dire que, même si cela devait te coûter la tête, tu prendrais quand même mon parti. »

Le seigneur Yan ne put s’empêcher d’éclater de rire. Après un moment, il finit par prononcer un seul mot : « D’accord. »

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

 

 

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