Il se faisait tard. Le jeune prince raccompagna le seigneur Yan à l’extérieur de la résidence princière et, avant leur séparation, lui recommanda avec sérieux : « Même si je souhaite ardemment voir Yan gege, tu ferais mieux de ne pas venir trop souvent pendant quelque temps. J’ai peur que ce dont nous avons parlé aujourd’hui ne t’implique dans cette affaire. »
Le seigneur Yan lui frotta la tête : « Votre Altesse, rassurez-vous. Je sais ce que je fais. »
Le jeune prince regarda la silhouette du seigneur Yan s’éloigner lentement, le cœur bouleversé par des émotions contradictoires. Il savait qu’en révélant tout au seigneur Yan aujourd’hui, il avait en quelque sorte placé sa propre vie entre ses mains.
Le seigneur Yan était entré au palais avant même d’avoir dix ans et avait grandi aux côtés de l’empereur. Qu’il s’agisse de la faveur dont il bénéficiait ou de son statut, il n’avait aucune raison de prendre le parti du jeune prince.
Le jeune prince y avait songé, mais il avait malgré tout confié sa personne au seigneur Yan sans la moindre hésitation. Il se disait que, s’il devait un jour en subir les conséquences, il ne le regretterait probablement pas.
Le vent froid se leva soudain. La silhouette du seigneur Yan disparut derrière un tournant. Le jeune prince resserra autour de lui son petit manteau de fourrure de renard et rentra seul dans la résidence princière glaciale.
Le jour du solstice d’hiver, une importante chute de neige s’abattit sur la capitale, recouvrant en une seule nuit la ville entière de blanc.
Lorsque le seigneur Yan arriva, le jeune prince était dans la cour en train de se livrer à une bataille de boules de neige avec plusieurs servantes. Il venait justement de recevoir une boule de neige en plein visage et adressa un sourire idiot au seigneur Yan qui entrait.
Le seigneur Yan s’approcha et lui ôta délicatement le givre blanc qui s’était déposé sur ses sourcils. Le jeune prince lui demanda avec enthousiasme : « Yan gege veut jouer avec nous ? »
« Je ne jouerai pas. »
Le jeune prince prit aussitôt un air déçu.
Le seigneur Yan lui demanda à son tour : « En revanche, on prépare actuellement des raviolis chez moi. Votre Altesse veut-il venir en faire avec nous ? »
Les yeux du jeune prince s’illuminèrent instantanément. Il allait hocher la tête pour accepter lorsqu’il se souvint soudain des quelques gardes postés devant la porte.
Le seigneur Yan comprit les inquiétudes du jeune prince. Il se dirigea vers l’entrée, échangea quelques mots avec les gardes. Ceux-ci jetèrent un regard au jeune prince, puis se retirèrent rapidement.
C’est ainsi que le jeune prince sortit de sa résidence princière avec le seigneur Yan, avec la plus grande assurance.
Le jeune prince n’en revenait pas et demanda avec curiosité : « Comment Yan gege a-t-il réussi à les éloigner ? »
« Votre Altesse aurait-il oublié quel est mon poste ? »
Le jeune prince fut aussitôt éclairé et comprit enfin : il venait de s’accrocher à une grosse cuisse. (NT : idiome désignant le fait de s’appuyer sur une personne puissante).
Les serviteurs de la résidence Yan étaient assis en cercle dans la salle et confectionnaient des raviolis. En voyant arriver le jeune prince, ils se levèrent tous pour le saluer.
Le jeune prince n’avait jamais accordé beaucoup d’importance à ce genre de convenances. Il s’empressa de leur demander de se rasseoir, puis trouva une place à côté du seigneur Yan et s’installa avec eux.
C’était la première fois de sa vie que le jeune prince préparait lui-même des raviolis. Bien qu’il eût appris les gestes avec une certaine habileté, la farce ne cessait de s’échapper par endroits.
Le seigneur Yan ne put plus le regarder faire. Il contourna le jeune prince, se plaça derrière lui, saisit ses deux mains et lui enseigna le geste en guidant ses mains avec les siennes.
Le jeune prince se retrouva entièrement encerclé dans les bras du seigneur Yan. Leurs joues étaient presque l’une contre l’autre et, tandis que leurs souffles se mêlaient, le cœur du jeune prince se mit à battre à tout rompre. Les raviolis qu’il confectionna furent encore plus difformes que les précédents.
Le seigneur Yan soupira légèrement et murmura à son oreille : « Xiao Jiu est vraiment maladroit. »
Le jeune prince ne protesta même pas. Les oreilles rouges, il hocha docilement la tête pour l’admettre.
Après avoir mangé les raviolis, le seigneur Yan raccompagna le jeune prince jusqu’à sa résidence.
Le jeune prince avait bu un peu de vin au dîner et son visage était à présent tout rouge. Il marchait dans la neige, s’amusant à l’écraser sous ses pieds, avançant tantôt profondément, tantôt légèrement, et semblait être particulièrement heureux.
Le seigneur Yan marchait derrière lui, les mains dans le dos, sans se presser, l’observant silencieusement s’amuser.
Soudain, le jeune prince s’arrêta et se retourna pour sourire au seigneur Yan.
« Xiao Jiu aime la neige ? » demanda le seigneur Yan.
Le jeune prince hocha vigoureusement la tête : « Oui, j’aime la neige. » Puis il leva de nouveau les yeux vers le seigneur Yan et déclara d’un ton sérieux, teinté d’une légère timidité : « Et je t’aime aussi. »
Les doigts du seigneur Yan, dissimulés derrière son dos, frémirent légèrement, tandis qu’une sensation de douceur engourdissante lui parcourait le cœur.
« Yan gege m’aime-t-il bien? »
Le jeune prince leva légèrement son petit visage vers lui. La lumière de la lune coulait doucement dans ses yeux telle une source limpide. En regardant ses yeux, le seigneur Yan eut soudain l’impression d’être ensorcelé. Ses mains agirent malgré lui et saisirent le jeune prince.
Il l’attira légèrement vers lui, puis baissa la tête et déposa doucement un baiser sur ses lèvres.
Traducteur: Darkia1030
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