Le jeune prince tint fermement la main du seigneur Yan tout le long du chemin et, en un instant, ils arrivèrent devant la résidence princière.
En voyant les trois grands caractères « 瑞王府 » (NT : résidence (offcielle) du prince Rui) qu’il avait lui-même calligraphiés, le jeune prince ressentit soudain une pointe de déception. Il se dit que le seigneur Yan avait forcément emprunté un raccourci avec lui ; sinon, comment une rue entière aurait-elle pu être parcourue aussi rapidement ?
Le seigneur Yan ne comprenait pas ce qui lui passait par la tête. Il lâcha sa main et dit : « Il se fait tard, rentrez vous reposer de bonne heure. »
Le jeune prince refusa de le laisser partir et, profitant de son courage acquis grâce à l’alcool, s’agrippa à la manche du seigneur Yan sans la lâcher.
Heureusement, cette fois, le seigneur Yan comprit rapidement le message. Il baissa la tête et déposa à nouveau un petit baiser sur les lèvres du jeune prince.
Le jeune prince pinça légèrement les lèvres. Bien qu’il eût encore quelque peu envie de prolonger ce moment, il se dit qu’ils avaient tout le temps devant eux et laissa donc le seigneur Yan repartir.
Après son départ, le jeune prince ne cessa de toucher ses lèvres du bout des doigts et regagna sa chambre en sautillant, dissimulant mal sa joie.
Cependant, au moment même où il franchit la porte, son sourire se figea complètement.
Dans la pièce, une niche secrète de la bibliothèque était grande ouverte, de manière flagrante, et le décret qui s’y trouvait avait disparu.
Le visage du jeune prince devint livide et tout son corps se mit à trembler. Lorsqu’il se précipita hors de la pièce, ses jambes étaient si faibles qu’il faillit trébucher sur le seuil.
Il appela le nom de Zhenzhu d’une voix affolée, et celle-ci accourut précipitamment en l’entendant.
« Ce soir… ce soir, qui est venu ? » Le jeune prince tenait à peine debout et s’agrippa fermement à Zhenzhu pour se maintenir.
Zhenzhu le suivait depuis de nombreuses années et ne l’avait jamais vu dans un tel état. Tremblante, elle répondit : « Votre Altesse, après votre départ avec le seigneur Yan, les domestiques sont retournés dans leurs quartiers et ne se sont pas approchés de la chambre. »
Le jeune prince ne dit plus rien. Aujourd’hui, il avait quitté la résidence princière, et les gardes postés devant l’entrée avaient été éloignés par le seigneur Yan. N’importe qui aurait pu entrer facilement…
Soudain, en cette nuit glaciale où le froid avait gelé jusqu’à la terre, une sueur froide après l’autre se mit à perler dans le dos du jeune prince. Son visage devint blanc comme un linge et, secouant la tête, il murmura pour lui-même : « Ce n’est pas possible… Il ne l’a certainement pas fait exprès. »
Zhenzhu soutenait prudemment le jeune prince, si effrayée qu’elle était sur le point de fondre en larmes : « Votre Altesse, qu’est-ce qui vous arrive ? De qui parlez-vous ? »
Le jeune prince se dégagea de la main de Zhenzhu. Son regard était vide. Quelques instants auparavant encore espiègle et adorable, il semblait à présent avoir perdu son âme.
Il se dirigea vers sa chambre en titubant à chaque pas. Après quelques mètres seulement, il s’effondra inconscient dans la neige immaculée.
Le jeune prince resta inconscient pendant un jour et une nuit entiers, avant de reprendre lentement connaissance le lendemain au crépuscule.
Zhenzhu était agenouillée au bord du lit et sanglotait doucement. En voyant le jeune prince ouvrir les yeux, elle s’approcha aussitôt et demanda : « Votre Altesse, vous sentez-vous mieux ? »
Le jeune prince regarda fixement le baldaquin au-dessus de son lit. Les événements de la nuit précédente affluèrent de nouveau dans son esprit, lui vrillant la tête de douleur.
D’une voix rauque, le jeune prince demanda : « Le seigneur Yan est-il venu ? »
Zhenzhu répondit : « Non. »
Le jeune prince referma les yeux. Deux filets de larmes coulèrent lentement au coin de ses yeux et se perdirent dans ses cheveux près de ses tempes.
Par la suite, le jeune prince resta encore deux jours allongé dans son lit. Durant tout ce temps, il mangea à peine. Lorsqu’il se réveillait, il fixait le baldaquin dans le vide sans prononcer un mot.
Zhenzhu crut que le jeune prince avait contracté quelque étrange maladie. Elle alla spécialement au palais chercher un médecin impérial pour l’examiner. Le médecin secoua la tête et déclara qu’il s’agissait d’un mal du cœur.
Au matin du surlendemain, un jeune eunuque arriva soudainement du palais. Il annonça que le Nouvel An approchait et que l’empereur donnerait un banquet au palais le soir même, auquel il invitait le prince Rui à participer.
Zhenzhu regarda avec inquiétude le jeune prince qui semblait avoir perdu son âme. Contre toute attente, celui-ci sembla soudain retrouver ses esprits. Il se redressa dans son lit et dit au jeune eunuque : « Je vous remercie de transmettre mon message. Que l’empereur soit rassuré, je serai certainement présent à l’heure prévue. »
Ce soir-là, le jeune prince se rendit seul au palais. Il portait sa petite veste matelassée rouge préférée et s’assit à une table basse située au plus près du trône impérial.
Tous les ministres avaient déjà pris place lorsque l’empereur arriva tardivement. Le jeune prince regarda dans la direction d’où il venait et aperçut le seigneur Yan, qui ne s’était pas montré depuis plusieurs jours, marchant juste derrière lui et discutant avec lui de quelque chose.
Le jeune prince serra les poings, son regard fermement fixé sur le seigneur Yan. Comme s’il avait senti son regard, celui-ci tourna également les yeux dans sa direction.
Au moment où leurs regards se croisèrent, une expression de trouble passa, de façon inattendue, dans les yeux du seigneur Yan, lui qui était toujours si calme et maître de lui.
Traducteur: Darkia1030
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