Xiao Jiu- Chapitre 16

  1.  

Lorsque le seigneur Yan rouvrit les yeux, une quinzaine de jours s’étaient déjà écoulés.

Il était allongé dans son propre lit et, partout où se portait son regard, la pièce était remplie de précieux remèdes et compléments médicinaux offerts par l’empereur.

La servante qui montait la garde à son chevet le vit se réveiller et sortit précipitamment lui chercher un bol de remède.

Le seigneur Yan, retenant la douleur qui lui transperçait tout le corps, se redressa avec difficulté et en but une gorgée. Il ne demanda ni comment allait sa blessure ni depuis combien de temps il était alité. Sa première question fut : « Comment va le prince Rui ? »

« Je l’ignore, répondit honnêtement la servante. Mais j’ai entendu dire que, le soir où vous avez été blessé, c’est le prince Rui qui vous a porté jusqu’à l’hôpital impérial. »

« Clac. »

La cuillère que tenait le seigneur Yan tomba soudain dans le bol.

Il fallait au moins le temps d’un bâton d’encens (NT : une trentaine de minutes) pour aller à pied du lieu du banquet à l’hôpital impérial. À ce moment-là, tout était plongé dans la confusion : chacun était occupé à protéger l’empereur ou à poursuivre l’assassin. Avec sa si petite constitution, combien de temps le jeune prince avait-il porté seul un homme inconscient ? Une demi-heure ?

Lorsqu’il était inconscient, avait-il appelé quelqu’un par son nom ? Lian… Qing ?

Le seigneur Yan n’osa pas poursuivre cette réflexion. Il ferma les yeux et sentit soudain une douleur aiguë lui transpercer la poitrine. En un instant, quelques taches de sang apparurent sur les bandages blancs qui l’enveloppaient.

  1.  

Peu de temps après, une nouvelle importante chute de neige s’abattit sur la capitale, bien plus abondante que celle du solstice d’hiver ; toute la cité impériale se retrouva plongée dans une blancheur immaculée.

Dès que son état lui permit tant bien que mal de marcher, le seigneur Yan se leva et, malgré les recommandations du médecin, se précipita directement vers la résidence du prince Rui.

Un mois s’était écoulé sans la moindre nouvelle de lui et le seigneur Yan était depuis longtemps rongé d’inquiétude. Il voulait savoir s’il était sain et sauf ; il avait encore tant de choses à lui dire.

Les portes de la résidence du prince Rui étaient hermétiquement closes, aussi désertes et silencieuses qu’auparavant.

Les gardes qui se tenaient devant avaient déjà été retirés et, après avoir attendu longtemps devant la porte, le seigneur Yan ne vit personne venir lui ouvrir.

Le seigneur Yan s’impatienta et interpella au hasard un passant pour l’interroger.

Le passant répondit : « Le prince Rui ? Il a reçu son fief il y a déjà un mois et a quitté la capitale. »

Le seigneur Yan resta stupéfait pendant un long moment. Il poussa d’abord un soupir de soulagement, puis demanda avec anxiété : « Où se trouve son fief ? »

C'était dans le Grand Nord.

La neige, qui s’était arrêtée pendant une nuit, recommença à tomber. Debout sous le ciel où virevoltaient les flocons, le seigneur Yan eut l’impression de revoir devant lui cette silhouette qui riait en jouant dans la neige.

« Xiao Jiu… »

  1.  

Une fois rétabli, le seigneur Yan se rendit au palais. Devant l’empereur, il retira son chapeau officiel noir, puis remit également son pendentif de jade à l’empereur.

L’empereur poussa un long soupir derrière son bureau et dit : « Ne m’en veux pas. »

L’expression du seigneur Yan était froide et distante. Il répondit : « Un simple roturier comme moi n’oserait pas. Je ne peux que me reprocher de ne pas avoir examiné suffisamment attentivement cet assassin. Votre stratagème pour détourner le tigre de la montagne (NT : idiome, éloigner l’ennemi de son territoire afin de l’affaiblir) était véritablement remarquable. »

Le visage de l’empereur s’assombrit, mais il ne dit plus rien. Alors qu’il voyait le seigneur Yan se retourner et s’apprêter à partir, il l’appela précipitamment : « A-Heng… »

On ne savait pas si le seigneur Yan l’entendit ou pas. Ses pas ne ralentirent pas et il franchit directement le seuil.

C’était la première fois, après toutes ces années, qu’il quittait cet endroit sans le moindre regret.

Deux jours plus tard, le seigneur Yan congédia la majeure partie des domestiques de la résidence Yan. Après avoir réglé toutes ses affaires, il rassembla quelques-uns de ses vêtements ouatés les plus épais, monta sur un cheval rapide et prit seul la route.

Au moment de son départ, le vieux majordome qui était venu l’accompagner lui demanda, intrigué : « Jeune maître, que va faire le jeune maître dans le Nord ? »

Le seigneur Yan retroussa légèrement les lèvres. « Aller me marier dans la famille de mon épouse. »

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

 

 

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