La résidence du prince Rui et la nouvelle demeure achetée par le seigneur Yan n’étaient séparées que par un mur. Le soir, une fois tous les habitants de la résidence princière endormis, une silhouette élancée franchit silencieusement le mur et retomba avec assurance dans l’arrière-cour.
Le seigneur Yan épousseta la poussière qui s’était déposée sur ses vêtements et fronça légèrement les sourcils. Il se dit que les gardes de cette résidence étaient vraiment trop négligents ; il faudrait qu’un de ces jours il rappelle au jeune prince de rester sur ses gardes.
Le seigneur Yan entra sans le moindre effort dans la chambre du jeune prince par la fenêtre. Dans la pièce brûlait un encens apaisant et favorisant le sommeil, que Qiaoqiao avait allumé de peur que le jeune prince n’ait trop froid la nuit et dorme mal. Le jeune prince ne parvenait à s’endormir qu’après avoir respiré chaque jour ce parfum.
Le seigneur Yan s’approcha du lit et s’assit sur le bord. Il ne fit rien d’autre que regarder le jeune prince dormir, et resta ainsi jusqu’à ce que le ciel commence à blanchir avant de repartir.
Après cela, le seigneur Yan apparut chaque nuit dans la chambre du jeune prince.
Il découvrit que le sommeil du jeune prince était plutôt agité : parfois, il donnait des coups de poing et de pied sous ses couvertures ; parfois, il sanglotait tristement.
Le seigneur Yan se rapprocha pour écouter. Il ne distingua clairement que deux mots : Yan gege.
Le cœur tout entier du seigneur Yan se serra. Avec mille précautions, il souleva les couvertures du jeune prince, s’allongea à ses côtés et le serra étroitement contre lui.
Un jour, alors que Qiaoqiao rangeait la chambre, elle remarqua que l’encens dans le brûle-parfum était éteint depuis on ne savait combien de temps. Qiaoqiao s’en réjouit : « Il semble que le jeune prince se soit récemment habitué au climat d’ici. Il dort parfaitement bien même sans encens. »
Assis au chevet de son lit, le jeune prince tenait son brasero entre ses mains et sourit sans rien dire.
Cette nuit-là, le jeune prince fit de nouveau un cauchemar. Dans son rêve, il était revenu au soir où l’on avait tenté d’assassiner l’empereur au palais.
Le seigneur Yan s’effondra lourdement devant lui. Il eut terriblement peur, bien plus peur encore qu’en apprenant que l’empereur pourrait vouloir le faire éliminer pour réduire au silence toute menace.
Sans la moindre hésitation, il rassembla toutes ses forces, chargea le seigneur Yan sur son dos et avança à travers la neige boueuse en direction de l’hôpital impérial.
Ce jour-là, un trajet qui aurait normalement demandé le temps d’un bâton d’encens lui prit près d’une heure.
Lorsqu’il avait été poussé à terre par le seigneur Yan, il s’était foulé la cheville. À présent, chaque pas lui arrachait une douleur lancinante au poignet de la cheville, mais il n’osait pas pleurer. Il craignait que ses larmes ne lui fassent perdre les forces nécessaires pour atteindre l’hôpital impérial.
Sur son dos s’élevait une respiration faible et ténue. C’était tout son univers, quand bien même il venait tout juste d’apprendre que cet univers ne lui appartenait pas.
Plongé dans son sommeil, le jeune prince sanglotait doucement, tandis que des larmes perlaient au coin de ses yeux.
Le cœur du seigneur Yan fut de nouveau transpercé de douleur. Sans même en avoir conscience, il posa ses lèvres sur le front du jeune prince pour le réconforter doucement.
Cette sensation chaleureuse fit peu à peu cesser les sanglots du jeune prince. Cependant, le seigneur Yan apprit à ne plus se satisfaire de si peu et se montra de plus en plus audacieux, faisant lentement descendre ses lèvres vers ses sourcils et ses yeux, puis ses joues, avant de venir finalement saisir ses lèvres pour l’embrasser avec précaution.
Le jeune prince fut réveillé par ce baiser et ouvrit grand les yeux pour le regarder.
Le seigneur Yan se détacha de lui à contrecœur et l’appela d’une voix douce : « Xiao Jiu… »
Le jeune prince prit une expression grave et dit : « Appelez-moi Prince Rui. Ce que vous faites là est irrespectueux. »
Le jeune prince déclara solennellement devant le seigneur Yan qu’à l’avenir, il ne devait plus venir.
« Et si je reviens malgré tout ? » demanda le seigneur Yan.
Le jeune prince n’avait pas réfléchi à ce qu’il répondrait. Il balbutia tout en essayant de prendre un air menaçant : « Si vous revenez, alors… alors je ferai déménager toute la résidence princière ! »
Même si sa menace n’avait guère de force de persuasion, le seigneur Yan joua tout de même le jeu : « Je n’oserai plus. »
Le lendemain, le seigneur Yan ne reparut effectivement pas. Il ne frappa pas à la porte pendant la journée et ne vint pas non plus partager la couche du jeune prince le soir.
Le jeune prince ne parvint de nouveau pas à dormir. Son lit était un peu froid ; il appela Qiaoqiao pour qu’elle se lève et fasse chauffer un brasero.
Recroquevillé sous ses couvertures, le jeune prince se serra lui-même dans ses bras et pensa qu’après avoir été aussi sévère avec lui ce jour-là, le seigneur Yan était probablement retourné dans la capitale.
Le lendemain midi, dès que le jeune prince ouvrit la porte de sa chambre, une colombe entra en volant. Elle tendit une patte vers le jeune prince, révélant un petit rouleau de papier.
Le jeune prince le détacha et lut : « De fortes chutes de neige sont prévues aujourd’hui. Le temps est extrêmement froid, Votre Altesse devrait éviter autant que possible de sortir. Yan Heng. »
Le troisième jour, la colombe apporta de nouveau une lettre : « Aujourd’hui, il y a un vendeur de brochettes de fruits confits au sucre devant la résidence princière. Ils sont meilleurs que ceux de la capitale. Votre Altesse peut aller en goûter une. Yan Heng. »
Le quatrième jour, la colombe revint. Cette fois, elle volait un peu lentement : elle montait d’un bon cran avant de retomber de deux. Pensant que la colombe avait été blessée, le jeune prince s’empressa de l’examiner. Il aperçut alors une petite pièce de bois attachée à sa patte, sur laquelle était sculpté un petit lapin.
La technique de sculpture était quelque peu maladroite, bien moins raffinée que celles que le jeune prince avait autrefois collectionnées. Le jeune prince l’accepta donc à contrecœur.
Le cinquième jour, la colombe arriva un peu tard. Le jeune prince l’attendait déjà depuis un moment. Il détacha précipitamment le papier de sa patte. Il n’y avait que quatre caractères :
Je t’aime bien. (NT : 我喜欢你, Wǒ xǐhuan nǐ)
Traducteur: Darkia1030
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