Le seigneur Yan était entré au palais à l’âge de sept ans et, dès son arrivée, était devenu le garde personnel du jeune empereur.
Il accompagnait le Petit empereur à ses études et avait également affronté pour lui les lames et les épées. Il gardait constamment le Petit empereur dans son cœur, car celui-ci était son maître et la seule personne qu’il avait à protéger.
Le Petit empereur lui avait offert un pendentif de jade et, se blottissant contre lui, lui avait dit : « A-Heng, tu es la personne la plus importante pour moi. Tu ne dois jamais me quitter, compris ? »
Le seigneur Yan avait serré le pendentif dans sa main et gravé ces paroles dans son cœur.
Par la suite, il resta près du Petit empereur pendant près de vingt ans, l’accompagnant jour après jour. Par moments, il avait même réellement cru qu’ils pourraient continuer à dépendre l’un de l’autre pour vivre.
Jusqu’au jour où le Petit empereur choisit sa consort.
Cette nuit-là, le seigneur Yan ressentit pour la première fois de sa vie quelque chose qui ressemblait à un sentiment d’abandon. La personne qu’il avait protégée depuis son enfance allait devenir le soutien de quelqu’un d’autre. Il en était jaloux.
Il se dit qu’il avait peut-être éprouvé des sentiments pour le Petit empereur.
Le plus jeune des neuf frères cadets du jeune empereur avait grandi sous les yeux du seigneur Yan. Lorsqu’il était encore tout petit et ne comprenait rien, il aimait déjà s’accrocher à lui pour se faire porter ; en grandissant, il continua de le suivre partout sans que le seigneur Yan ne parvienne à s’en débarrasser.
Bien que le seigneur Yan trouvait parfois cela encombrant, il ne le détestait pas. Avec son caractère franc et adorable, le jeune prince était impossible à détester, d’autant plus que ses sourcils et ses yeux ressemblaient à ceux de cette personne.
Après le mariage du Petit empereur, il demanda volontairement à être envoyé sur le champ de bataille aux frontières, espérant ainsi oublier cette affection qui n’aurait jamais dû naître.
Cependant, durant ces années, les guerres furent fréquentes et la situation se révéla bien plus difficile qu’il ne l’avait imaginé. Au moindre faux pas, il pouvait perdre la vie.
Durant cette période, il recevait chaque mois une lettre envoyée par le jeune prince. L’écriture sur ces lettres était majestueuse et imposante, mais leur contenu n’était fait que de petites choses insignifiantes : par exemple, la petite chatte du palais avait eu des chatons, ou encore les nouvelles hirondelles avaient construit un nid devant la porte.
Au début, le seigneur Yan trouvait cela puéril, mais peu à peu, ces lettres devinrent l’unique touche de couleur sur son champ de bataille gris et noir.
Parfois, lorsqu’il revenait du front après avoir échappé de peu à la mort, il lui suffisait de lire ces longues lettres pour que la noirceur qui pesait sur son cœur se dissipe inconsciemment en grande partie. Lui-même trouvait cela incroyable.
Une fois la guerre terminée, le seigneur Yan retourna dans la capitale. Cinq années s’étaient écoulées sans qu’il voie le jeune prince. Celui-ci avait perdu la naïveté de son enfance, mais il aimait toujours autant s’accrocher à lui.
Le seigneur Yan ne le repoussa plus comme autrefois. Il lui arrivait de trouver que le jeune prince ressemblait à un soleil, possédant une force capable de réchauffer les cœurs, qui donnait irrésistiblement envie à cet iceberg qu’il était de se rapprocher peu à peu de lui.
Le soir du solstice d’hiver, le jeune prince lui demanda : « Est-ce que tu m’aimes bien ? »
Le seigneur Yan resta figé. Il ne s’était jamais posé cette question et fut incapable de répondre sur-le-champ.
Il pouvait entendre son cœur frapper violemment contre sa poitrine, mais il ignorait si cela pouvait être considéré comme de l’amour. Si c’était le cas, alors qu’étaient les sentiments qu’il éprouvait pour l’empereur ?
Il était incapable de démêler tout cela. Il savait seulement que son corps avait fait un choix avant même son esprit.
Le lendemain, le seigneur Yan se rendit au palais et tomba justement sur la servante personnelle du jeune prince qui sortait du cabinet de travail de l’empereur. Son cœur se vida soudain de tout espoir.
Il resta agenouillé toute une nuit devant le cabinet de travail de l’empereur.
Il supplia l’empereur : « Puisque vous avez déjà obtenu ce que vous vouliez, pourriez-vous laisser une chance de survivre à Son Altesse le prince Rui ? Je l’emmènerai loin de la capitale et, désormais, nous ne nous en approcherons plus d’un seul pas. »
La voix de l’empereur était froide et dépourvue de toute compassion, si différente du Petit empereur doux et raffiné qu’il avait connu. Il dit : « Et si je tiens absolument à lui ôter la vie ? »
Le seigneur Yan releva la tête et le fixa droit dans les yeux : « Alors votre serviteur mettra toutes ses forces à le protéger. »
L’empereur eut un rire froid : « Très bien. Aujourd’hui,, tu es donc devenu envers lui ce que tu étais autrefois envers moi ? »
Le seigneur Yan inspira profondément et prononça un seul mot : « Oui. »
Fou de colère, l’empereur fit tomber au sol la tasse de thé posée sur la table et hurla au seigneur Yan : « Pourquoi ? Est-ce que je t’ai mal traité ? Depuis ton enfance, je ne t’ai jamais rien refusé ! Maintenant, je t’ai même confié le poste de commandant des gardes. De quel droit prends-tu son parti ?! »
Le seigneur Yan redressa le dos et répondit calmement : « Votre Majesté est désormais le Fils du Ciel, vous possédez un vaste empire et êtes entouré des beautés de votre harem. À l’avenir, vous aurez également une descendance nombreuse.
« Toutes ces années, votre serviteur a consacré tous ses efforts à Votre Majesté. À l’avenir, même sans moi, des milliers et des milliers d’hommes seront encore prêts à se battre pour vous.
« Mais Son Altesse le prince Rui est différent… Il n’a que moi. »
L’empereur resta silencieux un moment, puis demanda avec incrédulité : « Tu… tu l’aimes ? »
« …Oui. »
À cet instant, le seigneur Yan entendit la voix la plus profonde de son propre cœur.
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Note de l’auteur :
Pour les petites personnes adorables qui n’avaient pas deviné pour Zhenzhu, je vous condamne à retourner réviser les paragraphes 43 et 50 [visage de professeur principal].
Traducteur: Darkia1030
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