Xiao Jiu- Chapitre 21

 

  1.  

Le jeune prince était d’une grande perspicacité. Même sans que le seigneur Yan lui explique la suite, il pouvait déjà en deviner les sept ou huit dixièmes.

Pourtant, il resta assis en silence, sans prononcer un mot.

En le voyant ainsi, le seigneur Yan ressentit une peine encore plus profonde.

Autrefois, il avait seulement su que le jeune prince était naturellement souriant et qu’il vivait avec insouciance. Ce n’est que plus tard qu’il comprit qu’il ne faisait simplement pas voir facilement ses souffrances aux autres.

Il enfouissait toutes ses préoccupations au plus profond de son cœur, puis, lorsque la nuit était avancée, il pleurait secrètement seul dans son sommeil.

La poitrine du seigneur Yan se serra violemment. Il avait très envie de prendre son jeune prince dans ses bras, mais il vit celui-ci baisser la tête et commencer à caresser avec précaution sa propre cicatrice.

« Est-ce que tu as encore mal ? » demanda le jeune prince.

« Non. Je suis tombé malade ces derniers jours parce que je n’avais pas pris le temps de me reposer durant le voyage. À présent, je vais bien. »

Le jeune prince hocha la tête, sans interrompre le mouvement de sa main, puis demanda : « Ce que tu as écrit hier dans ta lettre, tu le pensais vraiment ? »

« Oui », répondit le seigneur Yan avec une telle fermeté et un tel sérieux qu’il semblait presque prêt à le jurer devant le Ciel.

Mais, à la seconde suivante, le jeune prince lui coupa la parole : « Pourtant, ce jour-là, je t’ai entendu prononcer son nom personnel. Tu ne m’avais jamais dit que tu l’aimais. »

Le cœur du seigneur Yan s’alourdit.

  1.  

Dans leur jeunesse, le seigneur Yan et l’empereur avaient été proches comme des frères. Lorsqu’ils plaisantaient parfois ensemble, ils s’appelaient par leurs noms personnels. Mais en grandissant, le seigneur Yan avait pris conscience des sentiments qu’il n’aurait pas dû éprouver et, dès lors, n’avait plus osé que murmurer ce nom secrètement au fond de son cœur.

Ce jour-là, il avait cru que l’assassin voulait prendre la vie de l’empereur et, dans l’urgence, son nom lui avait échappé.

Ces sentiments étaient un secret que le seigneur Yan avait gardé en lui pendant de nombreuses années. Il pensait qu’à présent que son cœur appartenait à quelqu’un d’autre, il pourrait laisser ce sentiment pourrir lentement au fond de lui. Il n’avait pas imaginé que le jeune prince finirait malgré tout par le découvrir.

Il avait certes enduré les souffrances physiques à la place du jeune prince, mais en même temps, il lui avait porté un coup cruel au cœur.

Le seigneur Yan ne sut pendant un moment s’il ressentait davantage de chagrin ou de culpabilité. Il prit le jeune prince dans ses bras et embrassa doucement le sommet de sa tête, répétant encore et encore : « Je suis désolé… »

Désolé de ne pas avoir compris plus tôt ce que je ressentais.

Désolé de ne pas te l’avoir dit plus tôt.

  1.  

Le jeune prince renifla et se plaignit d’une petite voix nasillarde : « Tu n’as jamais prononcé mon nom. »

Le seigneur Yan s’exécuta aussitôt avec naturel. Il le serra dans ses bras et l’appela : « Lianhong, Lianhong… »

Le ton était d’une douceur extrême. Entendre son nom ainsi prononcé fit frissonner le jeune prince de la tête aux pieds et rougir véritablement. Il se dégagea avec embarras des bras du seigneur Yan et lui interdit de continuer à l’appeler ainsi.

Le jeune prince changea alors de sujet : « Demain, c’est le Nouvel An. Ce prince accepte que tu viennes dans ma demeure manger des raviolis. »

Le seigneur Yan sourit et répondit : « D’accord. »

Le jeune prince déclara d’un ton sérieux : « Ne te méprends pas. C’est toi qui as trompé mes sentiments en premier, et je n’ai nullement l’intention de te pardonner. Au solstice d’hiver, tu m’as offert un repas de raviolis ; maintenant, si je t’en offre à mon tour, ce n’est qu’un simple retour de politesse. »

Seigneur Yan retint un sourire : « J’ai compris, Votre Altesse. »

74.

Le jour du réveillon du Nouvel An, Seigneur Yan put enfin franchir la porte d’entrée et pénétrer ouvertement dans la résidence du prince Rui.

Comme lors de la soirée du solstice d’hiver, tous s’assirent autour de la table pour préparer les raviolis. Les talents du jeune prince ne s’étaient pas améliorés depuis la dernière fois ; il renonça donc tout simplement à les préparer lui-même et s’assit docilement à côté pour regarder les autres s’en charger.

À mi-chemin de la préparation, Seigneur Yan releva la tête et croisa justement le regard ardent du jeune prince. Celui-ci détourna aussitôt les yeux, faisant semblant de ne pas y prêter attention.

Seigneur Yan ne le fit pas remarquer et conserva simplement un léger sourire au coin des lèvres.

Le soir, le jeune prince trouva une pièce de monnaie dans le premier ravioli qu’il mangea, signe de bon augure pour l’année à venir. Il ignorait si cela avait été arrangé intentionnellement par quelqu’un, mais il en fut tout de même très satisfait.

75.

Pour faire plaisir à leur prince, les domestiques de la résidence avaient acheté à l’avance une grande quantité de feux d’artifice au marché.

Le jeune prince avait rarement eu l’occasion d’admirer de tels spectacles de feux d’artifice populaires au palais. Il s’enthousiasma aussitôt au point d’en oublier toute retenue, saisit Seigneur Yan par la main et l’entraîna dehors pour regarder le spectacle, sans même se rendre compte qu’il tenait la main de Seigneur Yan dans la sienne.

Les feux d’artifice s’épanouirent lentement dans le ciel. Le jeune prince leva la tête pour les regarder, tandis que Seigneur Yan baissa les yeux vers lui.

Les lèvres légèrement entrouvertes, le jeune prince contemplait le spectacle avec fascination. Seigneur Yan le regardait lui aussi, tout aussi fasciné, et, incapable de se retenir, l’embrassa.

Le jeune prince sursauta, mais ne le repoussa pas. Il ferma discrètement les yeux un instant, savourant cette brève tendresse entre leurs lèvres.

Leurs lèvres se séparèrent aussitôt. Les yeux humides, le jeune prince émit néanmoins une légère protestation : « Tu m’empêches de regarder les feux d’artifice. »

Seigneur Yan s’excusa : « Regardez donc, Votre Altesse. Je ne vous dérangerai plus. »

Après avoir parlé, Seigneur Yan recula d’un demi-pas. Le jeune prince mordilla ses lèvres avec déception. Les feux d’artifice continuaient de se succéder dans le ciel, mais il les trouvait désormais beaucoup moins éblouissants qu’auparavant.

Après un bref combat intérieur, le jeune prince tira discrètement sur la manche de Seigneur Yan : « Finalement, tu peux continuer à me déranger. »

Les lèvres de Seigneur Yan se relevèrent légèrement. Il resserra sa prise sur sa main et cessa de le taquiner : « Si vous voulez m’embrasser, vous pouvez le faire à tout moment. Les feux d’artifice, eux, ne sont là qu’une fois par an. »

« Mais je te préfère à eux », murmura le jeune prince.

Cette déclaration d’amour aussi directe lui arriva, comme auparavant, sans le moindre avertissement, simplement parce que ces sentiments n’avaient jamais disparu.

Heureusement, cette fois, Seigneur Yan n’eut plus aucune hésitation. Il prit pieusement le visage du jeune prince entre ses mains et l’embrassa avec ferveur.

 

Traducteur: Darkia1030