Xiao Jiu- Chapitre 3

 

11.

« Impossible, ma modeste demeure est bien trop rustre, je craindrais de vous offenser, Votre Altesse », répondit le seigneur Yan.

Le jeune prince resta bouche bée.

En réalité, c'était de la fausse modestie. La famille Yan comptait depuis des générations de hauts dignitaires ; le père du seigneur avait démissionné des années plus tôt pour se retirer de la vie publique, n'envoyant que son fils unique au service de la cour.

La résidence du seigneur Yan n'était pas du tout modeste, elle possédait même un patrimoine conséquent. Héberger un prince impérial n'aurait pas dû poser de problème.

Mais le seigneur Yan jugeait toujours la chose inconvenante, et insista pour raccompagner le jeune prince au palais.

Le jeune prince refusa, s'accrochant à la grosse colonne rouge devant la porte sans vouloir lâcher prise.

Le seigneur Yan, les sourcils froncés, ne savait plus quoi faire, pris d'un mal de tête.

À ce moment précis, le vieil intendant poussa la porte et sortit, souriant : « Ah, j'entendais des voix, c'est donc vous qui êtes rentré, Maître. Tiens, ce jeune seigneur est... ? »

Le seigneur Yan répondit, l'air sévère : « Je l'ai ramassé dans la rue. »

Le jeune prince fit la moue, un peu vexé, et murmura pour lui-même : « Et où est-ce qu'on trouve un trésor aussi mignon en le ramassant ? »

Le vieil intendant, lui, prit la chose au sérieux. Pensant qu'il s'agissait d'un jeune maître égaré, il accueillit chaleureusement le jeune prince à l'intérieur.

Le seigneur Yan n'eut pas le temps de l'arrêter. Il dut se résoudre à donner des ordres pour qu'on prépare une chambre d'amis pour le jeune prince, décidant de le reconduire au palais dès le lendemain matin.

12.

C'était la première fois que le jeune prince passait une nuit hors du palais, et il était tout excité. Il tourna en rond dans sa chambre, fourrant son nez partout, et s'amusa même à jouer à cache-cache tout seul dans la penderie.

Mais il réalisa bien vite que personne ne viendrait le chercher, et ressortit, déçu.

Bref, à la troisième veille de la nuit, il n'avait toujours pas la moindre envie de dormir.

Sa chambre était juste à côté de celle du seigneur Yan, séparée par un simple mur. Le jeune prince, insomniaque, alla frapper à la porte du seigneur.

Le seigneur Yan ne dormait pas encore. Adossé à la tête de son lit, il contemplait une pendeloque de jade, perdu dans ses pensées. Il entendit le bruit et alla ouvrir.

Il avait retiré sa robe de jour et ne portait plus qu'une chemise de nuit fine et légère, qui dessinait nettement les contours de ses pectoraux et sa taille fine et musclée.

Le jeune prince, qui se tenait devant la porte, avala sa salive sans y penser.

Le seigneur Yan, visiblement dérangé, laissa percer une once d'agacement dans sa voix : « Neuvième Prince, vous avez encore besoin de quelque chose ? »

Le jeune prince rentra la tête dans les épaules, pris de peur, et demanda d'une petite voix : « Je n'arrive pas à dormir. Frère Yan, tu peux dormir avec moi ? »

Le seigneur Yan le menaça : « Si vous n'arrivez pas à dormir, je vous renvoie au palais ! »

Le jeune prince, à ces mots, fila comme une flèche dans sa propre chambre et ferma la porte en claquant, sans faire un bruit.

Allongé dans son lit, les yeux clos, son petit cœur battait la chamade. Il trouva que le seigneur Yan avait été un peu brusque tout à l'heure.

Mais même brusque, il reste très beau, pensa le jeune prince.

En y pensant, l'image dans son esprit bascula malgré lui vers le corps puissant du seigneur Yan enveloppé dans ses vêtements, puis il se remémora la sensation d'avoir été serré dans ses bras plus tôt dans la journée.

Le cœur du jeune prince se mit soudain à battre plus vite ; non seulement son visage s'embrasait, mais une étrange chaleur commença également à monter dans son bas-ventre.

12.

Au réveil, le lendemain matin, le jeune prince s'aperçut que son pantalon était humide et un peu poisseux.

Bien qu'il ne sût pas exactement ce que c'était, il comprit que ce n'était pas convenable. Aussi, les joues rouges, il se nettoya sommairement et n'osa pas appeler les servantes de la résidence Yan pour l'aider à se changer.

Lorsqu'il eut fini et poussa la porte, le seigneur Yan l'attendait déjà devant la chambre. Il dit : « La chaise à porteurs est prête pour Votre Altesse le Neuvième Prince, nous pouvons partir quand vous le souhaitez. »

Le seigneur Yan avait retrouvé son calme et sa sérénité habituels, bien loin de l'irritabilité de la veille.

Cependant, le jeune prince, le regard troublé, ne remarqua rien de tout cela. Il passa devant le seigneur Yan comme une flèche et se glissa rapidement dans la chaise à porteurs.

Le seigneur Yan s'était préparé à devoir insister à plusieurs reprises, mais cela ne fut pas nécessaire ; la chose se déroula si aisément qu'il en fut surpris.

 

Traducteur: Darkia1030