13.
La petite servante Zhenzhu avait attendu toute la nuit devant la chambre du jeune prince. En le voyant revenir, l'air abattu, elle versa des larmes d'émotion.
« Maître, comment avez-vous pu passer la nuit dehors sans nous prévenir ? Nous étions tous si inquiets que nous n'avons pas fermé l'œil de la nuit », se plaignit Zhenzhu tout en essuyant ses larmes, trottinant derrière lui.
Le jeune prince l'écouta distraitement, pensant se contenter de quelques « Mmm » pour éluder le sujet, mais Zhenzhu était vraiment inquiète et continua à parler sans s'arrêter. « Il ne faut plus jamais faire cela. Vous êtes un prince de sang, comment pouvez-vous agir avec tant de désinvolture ? Il y a tant de gens malintentionnés hors du palais ; si jamais ils vous enlevaient, les conséquences seraient désastreuses... »
Le jeune prince, accablé de soucis, ne parvenait plus à réfléchir tranquillement à cause de ce bavardage. Il soupira et se dit en lui-même que cette petite servante était bien trop bavarde ; elle aurait sans doute du mal à trouver un mari plus tard.
De son côté, Zhenzhu pensait que, bien qu'elle ne fût pas encore mariée, elle se tracassait déjà comme une vieille gouvernante, et qu'un jour elle saurait sans doute bien élever ses enfants, ce qui serait apprécié par sa future belle-famille.
14.
Après avoir eu beaucoup de mal à calmer Zhenzhu, le jeune prince put enfin retourner en cachette dans sa chambre et retira son pantalon, que la chaleur de son corps avait déjà séché.
Ensuite, seul, il s'accouda au rebord de la fenêtre, le menton dans la main, et resta là à rêvasser en silence.
Il eut beau essayer, il ne parvint pas à se rappeler ce qu'il avait rêvé la nuit précédente. Il se souvenait seulement d'une palpitation et d'un désir si intenses dans son rêve qu'ils semblaient vouloir lui fendre la poitrine, une sensation si étrange qu'elle l'effraya un peu.
Le jeune prince, qui avait toujours vécu dans la soie et le jade (NT : idiome, dans le luxe et l'opulence, sans connaître les soucis), ressentit pour la première fois de sa vie l'amertume de l'existence. Il était pressé de se confier à quelqu'un, mais ne savait à qui.
Le jeune prince n'avait pas de mère. La sienne avait été la concubine préférée du vieil empereur, mais elle était tombée malade et était décédée peu après l'avoir mis au monde. Depuis, le vieil empereur avait reporté toute son affection sur le jeune prince.
Bien que le vieil empereur le chérît profondément, le jeune prince sentait d'instinct qu'il ne pouvait pas aborder ce sujet avec lui. Le vieil empereur se souciait déjà du royaume et du peuple, il ne pouvait pas en plus se soucier du problème de son pantalon mouillé.
Sans parents à qui se confier, il ne lui restait que les gens autour de lui. Mais les petites servantes n'y connaîtraient rien, et les eunuques n'avaient même pas « cela », ils comprendraient encore moins.
Après avoir longuement réfléchi, le jeune prince décida d'aller trouver son quatrième frère impérial.
15.
À vrai dire, le vieil empereur avait neuf fils. À part le prince héritier et le jeune prince, aucun des sept autres n'avait la moindre envergure.
"Sans envergure" soit, mais ils avaient chacun leurs talents. Par exemple, ce quatrième prince avait dévoré toutes sortes d'ouvrages ; ses connaissances couvraient à peu près tout ce qui n'était pas enseigné par les précepteurs en classe.
Le jeune prince, assis dans la résidence du quatrième prince, trempa ses lèvres avec retenue dans sa tasse de thé, attendant que son frère aîné dissipât ses doutes.
Mais dès qu'il eut entendu le début de l'histoire, le quatrième prince éclata de rire.
« Il semble que notre Xiao Jiu (NT : Petit neuvième) a bien grandi », dit le quatrième prince en se levant, avant de caresser affectueusement la tête du jeune prince. « Viens, ton frère aîné va t'emmener découvrir le monde. »
Le jeune prince, qui ne savait pas du tout où cela le mènerait, hocha la tête sans comprendre, et monta dans le carrosse du quatrième prince pour sortir du palais.
Au moment où ils franchirent la porte du palais, ils croisèrent le carrosse du jeune empereur qui entrait. Le seigneur Yan était assis à l'avant du char. Le jeune empereur souleva le rideau et lui dit quelques mots ; le seigneur Yan inclina docilement la tête, sans la moindre once d'austérité sur son visage.
Le jeune prince ne put s'empêcher de le regarder un instant de plus ; leurs regards se croisèrent lorsque le seigneur Yan leva la tête. Pris de timidité, le jeune prince baissa les yeux.
16.
Le jeune prince changea de vêtements avec son quatrième frère impérial, puis ils se rendirent au Pavillon Qiuxi (NT : Pavillon de la Joie d'Automne); en d’autres termes , ils visitèrent une maison close.
Le quatrième prince était un habitué des lieux. Il enlaça la courtisane en chef d'un bras, et de l'autre tapota le dos du jeune prince en disant : « Xiao Jiu, ne sois pas gêné. Aujourd'hui, je vais te faire goûter pour la première fois aux plaisirs d'un homme. »
Le jeune prince, qui ne comprenait qu'à moitié, se retrouva entouré de toutes ces jolies "sœurs aînées" ; il resta figé, ne sachant que faire.
Les jeunes femmes autour de lui éclatèrent de rire, pinçant ses joues fines et jolies pour le taquiner : « Jeune maître, pourquoi êtes-vous si timide ? N'ayez pas peur, vos grandes sœurs ne vont pas vous dévorer. »
Une forte odeur de fards et de poudres parfumées flottait autour de son nez. Le jeune prince éternua, renifla, et commença à regretter d'être venu trouver son quatrième frère.
Une des jeunes femmes à côté demanda : « Jeune maître, avez-vous une personne qui vous plaît ? »
Le jeune prince cligna des yeux : « Qu'est-ce que cela signifie, "plait" ? »
Les jeunes femmes ricanèrent à nouveau, se penchant contre lui : « C'est bien sûr avoir envie de coucher avec elle. »
En entendant cela, le cœur du jeune prince fit un bond. À ce moment, l'énigme qui le tourmentait depuis plusieurs jours sembla se dénouer. Il se souvint soudain de la personne qu'il avait vue en rêve cette nuit-là.
« Waouh, il semble que vous ayez bien une personne dans le cœur ! Dites vite à vos grandes sœurs, quel genre de jeune fille est-ce ? »
Le jeune prince, les paumes moites, avoua docilement, les joues rouges : « Il... il est très grand. » (NT : Il et elle se prononcent à l’identique en chinois)
« Et sa silhouette, comment est-elle ? »
Le jeune prince réfléchit un instant et répondit : « Sa poitrine est très large. »
Les jeunes femmes s'agitèrent en chœur : « Aïe, et il fait semblant de ne pas comprendre, c'est trop gênant ! »
À ce moment, la porte de la salle privée fut soudainement enfoncée d'un coup de pied depuis l'extérieur. L'air se figea instantanément. Tous levèrent la tête, effrayés, et virent un garde armé d'une épée, le visage sombre, se tenir sur le seuil.
Le garde était de haute taille, et son visage était d'une beauté saisissante. Et comme le jeune prince l'avait dit, sa poitrine était effectivement large.
Traducteur: Darkia1030
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