21.
Le jour du mariage du petit empereur, le palais était décoré de lanternes et de guirlandes de toutes parts. Les allées et venues au Palais de l'Est ne cessaient pas. Le jeune prince se rendit également offrir ses présents avant la tombée de la nuit.
En sortant, il aperçut le seigneur Yan. Il n'était pas à l'intérieur auprès du petit empereur, mais se tenait seul dans la cour, le dos droit, adossé à un arbre, perdu dans ses pensées.
Vêtu d'une veste rembourrée rouge, le jeune prince accourut telle une petite lanterne et s'exclama : « Yan gege, n'es-tu pas content ? »
Le seigneur Yan leva la tête, caressa sa tête avec une douceur rare et répondit : « Si, je suis content. »
Le jeune prince n'y crut pas. L'expression du seigneur Yan semblait si mélancolique. Il hasarda une supposition : « Yan gege, ne penses-tu pas que tu n'es plus très jeune, et que cela t'inquiète de ne pas être encore marié ? »
Le seigneur Yan eut un sourire amer et ne répondit pas.
Le jeune prince poursuivit, parlant seul : « Yan gege, n'aie pas peur. En réalité, quelqu'un t'aime particulièrement. Seulement, il est encore jeune, et il a besoin que tu l'attendes encore un peu. »
Après avoir prononcé ces mots, le petit prince lui-même était mort de honte. Heureusement, la nuit était déjà tombée et il était impossible de distinguer son visage devenu complètement rouge.
22.
Peu après le mariage du petit empereur, une révolte éclata soudainement à la frontière méridionale. Le vieil empereur envoya des troupes en renfort. Le seigneur Yan se porta volontaire et suivit le grand général protecteur du royaume jusqu’aux frontières afin d’y réprimer les troubles.
Le petit prince fut le dernier à l’apprendre : dès le lendemain, le seigneur Yan devait partir.
Le petit prince pleura toute la nuit. Le lendemain, avant même l’aube, il prépara un petit paquet et quitta secrètement le palais pour se rendre au manoir Yan.
Le seigneur Yan ouvrit la porte. Le petit prince, la voix emplie de larmes, le supplia doucement : « Yan Gege, je veux partir avec vous. »
« Non. » Le seigneur Yan refusa sans même y réfléchir.
Le petit prince s’empressa de dire : « J’ai étudié un peu l’art de la guerre, je pourrai être utile. Je ne vous causerai absolument aucun ennui. »
Le petit prince leva les yeux vers Le seigneur Yan. Ses deux yeux étaient rouges et il avait l’air pitoyable.
Le seigneur Yan fronça les sourcils. Même avec son cœur aussi froid que le sien, il ne parvenait pas à se résoudre à le chasser.
Du bout du doigt, il essuya les larmes au coin des yeux du petit prince, puis l’attira contre sa poitrine et lui tapota le dos pour le réconforter : « Comparée au champ de bataille, la capitale a davantage besoin du neuvième prince. La situation à la cour est inhabituelle en ce moment ; vous devez aider Son Altesse le prince héritier. »
Le petit prince hocha la tête comme s’il comprenait à moitié. Il voulut parler, mais se retint finalement.
Il savait que cette mission serait ardue et qu’il ne pourrait pas revenir au bout d’un an ou deux. En tant que prince, et qui plus est prince incapable de pratiquer les arts martiaux, il ne ferait que devenir un fardeau s’il partait.
Avant de venir, le petit prince avait déjà prévu cette issue. Il ne s’accrocha donc pas davantage à Le seigneur Yan et formula seulement une petite demande. « Je t’écrirai des lettres. Tu devras me répondre. »
« D’accord », répondit Le seigneur Yan.
Le petit prince retira alors le petit paquet qu’il portait sur lui. Il était rempli de ses objets les plus précieux : un petit chat sculpté dans du bois, ainsi que de petits pendentifs taillés dans le jade.
« Ce sont tous mes porte-bonheur. Je les donne à Yan gege. Yan Gege, tu dois absolument revenir sain et sauf. »
Le seigneur Yan partit avec la vaste armée, et son absence dura trois ans.
Pendant ce temps, le vieil empereur mourut et le petit empereur monta sur le trône, mais le seigneur Yan ne revint toujours pas.
Le petit prince alla garder le mausolée du vieil empereur. Le soir, il alluma une bougie et s’agenouilla devant la tablette funéraire pour écrire une lettre au seigneur Yan.
« Yan gege, j’espère que cette lettre te trouvera bien portant. Je ne sais pas comment tu vas. Pour ma part, je vais assez mal, car mon père impérial, qui m’aimait plus que tout, est décédé. Mon frère empereur est déjà monté sur le trône, tandis que mes autres frères impériaux ont tous reçu des fiefs. Selon les usages, je devrais moi aussi partir, mais mon frère empereur, considérant que je suis encore mineur, m’a permis de rester au palais. J’espère pouvoir voir Yan gege revenir victorieux avant de quitter la capitale. Tu me manques beaucoup. Lianhong. »
Durant ces années, le petit prince conserva le rythme d’une lettre par mois. Le seigneur Yan lui répondait environ tous les six mois, et le contenu de ses lettres pouvait être lu en un clin d’œil.
Le petit prince pouvait néanmoins le comprendre. Après tout, c’était un homme qui ne souhaitait même pas prononcer quelques mots de plus lorsqu’il parlait ; il ne fallait pas espérer qu’il puisse écrire des merveilles.
Le petit prince conserva soigneusement toutes les réponses reçues auparavant. Il les gardait habituellement à son chevet et, lorsque le seigneur Yan lui manquait, il les ressortait pour les relire.
Même après si longtemps sans se voir, son désir de le revoir ne faisait que croître. Le petit prince avait l’impression d’aimer le seigneur Yan encore davantage qu’autrefois.
À maintes reprises, le petit prince voulut lui avouer ses sentiments dans ses lettres, mais il estimait que, séparés par des milliers de lis, de simples mots ne pourraient exprimer ce qu’il ressentait. Il dessina donc une image de deux canards mandarins jouant dans l’eau (NT : symbole traditionnel de l’amour conjugal et d’un couple amoureux) et la joignit à sa lettre.
Cette fois, la réponse du seigneur Yan arriva bien plus rapidement qu’à l’accoutumée. Le cœur du petit prince battit violemment tandis qu’il s’empressait d’ouvrir la lettre. À l’intérieur, il ne trouva pourtant qu’une seule phrase : « Votre Altesse, vous avez mal écrit le caractère yuān de yuānyāng. » (NT : 鸳鸯 (yuānyāng) désigne les canards mandarins. Xiao Jiu a écrit deux 鸳, qui fait référence au canard mandarin mâle)
Traducteur: Darkia1030
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