Xiao Jiu- Chapitre 7

 

  1.  

Le petit prince réfléchit un instant en tenant la lettre entre ses mains. Il se dit qu’il avait certainement été trop subtil dans sa manière de s’exprimer, puis saisit son pinceau et écrivit une nouvelle lettre.

« Depuis la mort de mon père impérial, je suis fort accablé. Mon frère empereur est également occupé toute la journée par les affaires de l’État et n’a pas le temps de s’occuper de moi. Heureusement, avant de mourir, mon père impérial m’a confié aux soins du Premier ministre. Celui-ci me traite comme son propre fils, vient souvent me voir et me réconforte. Je lui en suis extrêmement reconnaissant. Cependant, dernièrement, il fait sans cesse allusion, de manière plus ou moins directe, à son désir de me donner sa fille en mariage. C’est ainsi que j’ai pris conscience que j’avais moi aussi atteint l’âge de me marier. En y réfléchissant, avec mon statut et mon apparence, je serai probablement très recherché à l’avenir. Si Yan gege ne revient pas bientôt, il se pourrait que je me marie avant vous. J’attends votre réponse. Lianhong. »

Peu après l’envoi de cette lettre, il reçut, comme la fois précédente, une réponse très rapidement. Elle ne contenait toujours qu’une seule phrase : « Votre Altesse possède une apparence et un talent tous deux exceptionnels ; qu’elle soit appréciée des jeunes femmes est parfaitement naturel. C’est une bonne chose. »

Le petit prince relut cette phrase plusieurs fois. Finalement, il conclut que le point essentiel était le compliment qui lui était adressé et se montra donc plutôt satisfait.

  1.  

Deux années passèrent encore au gré de l’alternance des saisons. Un matin, dès son réveil, le petit prince reçut une lettre du seigneur Yan. Celui-ci annonçait que la frontière méridionale avait été pacifiée et qu’il pourrait partir pour la capitale dès ce jour.

Le petit prince bondit de joie et courut dans tout le palais pour annoncer la nouvelle. Lorsqu’il arriva devant son frère empereur, celui-ci but tranquillement une gorgée de thé avant de dire : « Je le savais déjà depuis longtemps. »

Le petit prince en fut frappé et se plaignit intérieurement que le cheval chargé de porter les lettres à l’empereur soit plus rapide que le sien.

À partir de ce jour, le petit prince se rendit chaque jour aux remparts de la ville pour attendre. Zhenzhu lui disait qu’il fallait au moins un mois, même à bride abattue, pour aller de la frontière méridionale à la capitale, et qu’il n’était donc pas nécessaire de se précipiter. Le petit prince ne l’écoutait pas.

Zhenzhu ajouta : « Vous allez bientôt devenir une pierre de Wangfu . » (NT : référence à la légende chinoise d’une épouse fidèle qui, à force de guetter le retour de son mari, fut pétrifiée en pierre)

Le petit prince, les joues rouges, protesta : « Ce n’est, ce n’est pas mon époux. » Mais, au fond de son cœur, il était tout de même très heureux.

Un mois plus tard, la grande armée arriva enfin sans encombre. Le Major général chevauchait en tête, tandis qu’à ses côtés se trouvait le seigneur Yan, qui avait accumulé de nombreuses victoires militaires.

Après cinq années passées à se forger sur les champs de bataille, le seigneur Yan avait beaucoup mûri. Bien qu’il eût acquis une certaine rudesse due aux années, ses traits étaient devenus encore plus nettement dessinés qu’auparavant et son allure héroïque était saisissante.

Le petit prince le reconnut d’un seul regard. Il dévala les remparts en courant et se précipita jusqu’à l’avant de la troupe.

« Votre serviteur, général de rang inférieur, salue Votre Altesse », déclara le seigneur Yan.

Le petit prince réprima les palpitations de son cœur et sourit, les yeux plissés de bonheur.

Les lèvres de Le seigneur Yan se relevèrent elles aussi légèrement tandis qu’il disait : « Votre Altesse a grandi. »

  1.  

Le petit prince monta sur le cheval de Le seigneur Yan et entra dans la ville avec lui.

Comme ils ne s’étaient pas vus depuis si longtemps, le petit prince ne parvenait pas à détourner les yeux de lui, pas même un instant. Assis devant le seigneur Yan, il persistait à tourner la tête pour le regarder.

Le seigneur Yan, mal à l'aise sous son regard insistant, força sa tête à se tourner vers l'avant, mais dès qu'il relâcha sa main, elle revint aussitôt dans sa position initiale.

L'Empereur se tenait déjà devant la porte du palais. En apercevant le jeune prince mêlé à la foule, il ne put s'empêcher de rire : « On dirait que notre Xiao Jiu revient lui aussi du champ de bataille. »

Le jeune prince descendit alors de cheval, un peu penaud, et retourna se placer derrière l'Empereur.

Les généraux mirent pied à terre et s'inclinèrent tour à tour. L'Impératrice s'avança pour aider le Major Général à se relever. Le père et la fille ne s'étaient pas vus depuis longtemps, et les larmes coulaient sur le visage de l'Impératrice.

L’Empereur s'approcha de l'Impératrice , la soutint par le bras et essuya délicatement ses larmes, d'une voix pleine de sollicitude : « L'Impératrice est enceinte, il ne faut surtout pas vous laisser submerger par l'émotion au point de nuire à votre santé. »

Le couple impérial affichait une telle tendresse que tous les présents en étaient envieux — seul le seigneur Yan avait les lèvres pincées, sans prononcer un mot.

27.

Le soir, un banquet fut donné au palais pour laver la poussière du voyage (NT : idiome, pour accueillir et réconforter les soldats de retour) en l'honneur des généraux et des officiers. Le jeune prince était assis à côté du seigneur Yan et lui racontait sans interruption les événements, grands et petits, survenus dans la capitale au cours de ces années. Le seigneur Yan, tout en buvant, écoutait d'une oreille distraite.

Le banquet terminé, le jeune prince se promena avec le seigneur Yan dans le jardin. Après avoir parlé toute la soirée, sa voix était devenue un peu rauque, aussi s'arrêta-t-il et se tut.

Ils marchaient côte à côte dans le silence, et l'atmosphère se refroidit inexplicablement. Le jeune prince réalisa alors que le seigneur Yan était de fort mauvaise humeur depuis qu'il avait revu l'Empereur, exactement comme le soir de la désignation de la Princesse Héritière.

Le jeune prince ne comprenait pas pourquoi, et ne savait pas quoi dire. À ce moment, une pomme tomba d'un arbre fruitier voisin et vint atterrir pile sur sa tête.

Le jeune prince ramassa la pomme, cherchant une parole pour briser le silence : « Yan gege, dis-moi, pourquoi une pomme tombe-t-elle vers le bas ? »

Le seigneur Yan ne répondit pas.

Le jeune prince, se sentant un peu bête, croqua dans la pomme avec un « Crac » et répondit à sa propre question : « Probablement parce qu'elle veut que je la mange. »

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Note de l'auteur :
Si ce n'était pour ses préoccupations amoureuses, le jeune prince aurait pu être le Newton de la cour.

 

Traducteur: Darkia1030

 

 

 

 

 

 

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