28.
Le jeune prince fixa la pointe de ses chaussures et demanda d'une petite voix au seigneur Yan : « Yan gege, est-ce que tu as pensé à moi pendant toutes ces années ? »
Le seigneur Yan répondit : « Oui. »
Le jeune prince, ravi, laissa apparaître deux fossettes, son cœur empli de joie.
Mais après un moment, il trouva que ce « oui » était trop banal. Le seigneur Yan, en terre étrangère pendant tant d'années, avait dû penser à d'innombrables personnes ; cela ne le distinguait en rien des autres. Aussi demanda-t-il : « Est-ce que tu as pensé à l'Empereur plus qu'à moi, ou à moi plus qu'à lui ? »
Le jeune prince, plein d'attente, guettait la réponse. Mais le seigneur Yan s'arrêta brusquement et lui fit signe de se taire.
Le jeune prince comprit immédiatement et ferma la bouche. Aussitôt, il entendit des voix qui conversaient non loin de là.
« Je ne m'attendais pas à ce que, pendant mon absence, de telles rumeurs aient cours au palais. » Celui qui parlait n'était autre que le Major Général, tout juste revenu de la campagne victorieuse. Il demanda : « A-t-on découvert qui se cache derrière tout cela ? »
Celle qui lui répondit était l'Impératrice régnante : « L'Empereur est d'une prudence méticuleuse, il ne me révèle jamais ces choses à la légère. Mais j'ai entendu dire en privé qu'il soupçonnerait le Premier ministre... »
À ce moment, un vent froid de début d'automne souffla. Le jeune prince, dissimulé dans l'ombre, sentit une démangeaison lui picoter le nez. Il le couvrit de sa main et éternua discrètement.
Les deux interlocuteurs, entendant ce bruit, se retournèrent. Le Major Général, vigilant, dit : « Quelqu'un écoute. » Il s'avança à grands pas dans leur direction.
Le seigneur Yan comprit qu'ils avaient sans doute entendu des choses qu'ils n'auraient pas dû. Il saisit le jeune prince par le bras et l'entraîna derrière une falaise de pierre artificielle.
Les pas se rapprochaient. La paume du seigneur Yan était moite ; il enlaça fermement la taille du jeune prince et le plaqua contre le coin, leur nez à un pouce l'un de l'autre.
À ce moment précis, le nez du jeune prince le démangea de nouveau. Il plissa les narines, se retenant de toutes ses forces, mais l'irritation était trop forte. Il ferma les yeux, entrouvrit les lèvres — il allait être découvert.
Le seigneur Yan, pris au dépourvu, dans un réflexe désespéré, inclina la tête et scella la bouche du jeune prince avec la sienne.
29.
Lèvres contre lèvres, le jeune prince sursauta — et réussit à retenir son éternuement.
Il ouvrit grand les yeux, ses mains agrippant fermement le vêtement de l'autre, l'esprit réduit à un vide absolu.
Les lèvres du seigneur Yan étaient chaudes et douces — à l'opposé de son apparence glaciale. Le jeune prince, figé, contemplait le visage du seigneur Yan ; peu à peu, sa conscience lui revint, son cœur se mit à battre avec violence, tout son sang bouillonna dans ses veines.
De l'autre côté du rocher, le Major Général fit un tour sans rien trouver, et les bruits de pas s'éloignèrent peu à peu.
Le Major Général dit à voix basse : « Impératrice, rentrez vous reposer et prendre soin de votre grossesse — ne vous tracassez plus de ces affaires. »
Sur ce, le père et la fille s'en allèrent, l'un après l'autre.
Le seigneur Yan relâcha le jeune prince, raide comme un piquet, et reprit son souffle : « Je vous prie de m'excuser pour cette liberté, Votre Altesse. »
Le visage du jeune prince était toujours en feu. Il secoua vigoureusement la tête : « Rien à excuser, rien à excuser. » Puis il ajouta, dans un élan d'enthousiasme : « Seigneur Yan, vous avez vraiment eu le réflexe extraordinaire. »
Le bout des oreilles du seigneur Yan s'empourpra légèrement. Cet acte, commis sous l'impulsion du moment, l'avait lui-même surpris — il n'aurait jamais imaginé faire une telle chose au jeune prince.
Il toussa pour dissiper la gêne et détourna la conversation : « Que s'est-il passé au palais ces dernières années ? De quelles rumeurs parlez-vous ? »
Le jeune prince se tortilla, effronté, et dit : « En... encore un baiser et je te le dirai. »
Le jeune prince n'obtint pas un deuxième baiser ; il fut directement reconduit à sa chambre par le seigneur Yan, le visage sévère.
Mais il était déjà comblé de bonheur. Une fois dans sa chambre, il se jeta sur son lit et se mit à se rouler de joie.
Le visage anguleux et magnifique du seigneur Yan, son souffle d'une douceur inattendue — tout cela tournait en boucle dans son esprit, le rendant ivre de bonheur.
C'était son premier baiser. Et le jeune prince affirmait, de manière unilatérale et bien arrêtée, que le printemps tant attendu était enfin arrivé.
Sur le chemin du retour, le seigneur Yan éprouvait un léger regret : il aurait pu simplement lui mettre la main sur la bouche — pourquoi avait-il utilisé ses lèvres ?
Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres, et y retrouva un goût de pomme, doux et sucré.
Traducteur: Darkia1030
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