Xiao Jiu- Chapitre 9

 

30.

À la cour, les critiques ne cessèrent de fuser, certains affirmant que le poste de commandant des gardes impériaux était une fonction importante et que, le seigneur Yan étant encore si jeune, il ne serait probablement pas capable d’assumer une telle responsabilité.

Le jeune prince entendit ces rumeurs et, pendant plusieurs jours, en fut profondément indigné. Justement ce jour-là, il aperçut dans le palais le seigneur Yan, qui effectuait sa ronde. Il se précipita alors vers lui pour le réconforter. « Yan gege, ne te fâche pas. Tu es jeune, talentueux, ingénieux et plein de ressources ; tu es bien plus capable que cette bande de vieux fossiles. Sans parler de soixante mille soldats d’élite, même six cent mille ne seraient pas un problème pour toi », déclara le jeune prince avec un air sérieux.

Ces louanges éhontées et démesurées prirent le seigneur Yan complètement au dépourvu. Il ne put s’empêcher d’en être amusé, et les commissures de ses lèvres se relevèrent légèrement.

Le jeune prince en resta ébahi. Depuis sa naissance, il avait vu le seigneur Yan sourire moins de dix fois, à peu près. Bien que le seigneur Yan fût habituellement froid et peu avenant, lorsqu’il souriait, il donnait l’impression d’un souffle printanier qui vous baignait de douceur.

Le jeune prince pensa secrètement : Qu’est-ce qu’il est beau… J’ai envie de l’embrasser.

31.

Le jeune prince avait beau avoir de mauvaises intentions, il n’avait finalement pas le courage de les mettre à exécution. Il accompagna le seigneur Yan pendant toute sa ronde dans le palais. À la fin, lorsque le seigneur Yan annonça qu’il devait prendre congé, le jeune prince se montra très réticent à le laisser partir.

Il demanda au seigneur Yan : « Reviendras-tu demain au palais pour effectuer ta ronde ? »

En réalité, le commandant des gardes impériaux ne faisait sa ronde que tous les cinq jours. Le seigneur Yan allait justement répondre que non lorsqu’il entendit le jeune prince prendre les devants : « Je n’ai pas grand-chose à faire toute la journée dans ce palais et je m’ennuie beaucoup. Lorsque Yan gege me parle, je me sens déjà beaucoup mieux. »

Le seigneur Yan demanda, perplexe : « Puisque Votre Altesse trouve le temps long, pourquoi ne pas sortir du palais pour vous promener ? »

Le jeune prince hésita : « Je… après tout, mon statut est différent. Pour sortir du palais, je dois tout de même obtenir l’autorisation de l’empereur. »

Le seigneur Yan voulut encore poser quelques questions, mais lorsqu’il eut les mots sur le bout des lèvres, il changea finalement de formulation : « Je comprends. Alors je reviendrai demain accompagner Votre Altesse. »

Le jeune prince répondit joyeusement : « D’accord. »

  1.  

Le lendemain, le jeune prince attendit l’arrivée du seigneur Yan jusque vers midi .

Le seigneur Yan déclara : « Je viens de voir l’empereur et lui ai demandé la permission de vous emmener hors du palais pendant une demi-journée afin de vous changer les idées. »

Le jeune prince, qui était alors en train de pêcher à mains nues dans le bassin, trouva que le seigneur Yan semblait tout simplement rayonner.

Le seigneur Yan emmena le jeune prince au marché le plus animé. Cela faisait longtemps que le jeune prince ne s’était pas rendu dans un endroit aussi animé et, à la vue de toutes ces choses nouvelles et insolites, il eut envie de tout acheter.

Bien entendu, il les acheta réellement, puisqu’il ne manquait pas d’argent.

En flânant, le jeune prince arriva devant une boutique de jade. Dès que le propriétaire aperçut sa tenue et son allure, il comprit que son visiteur était quelqu’un d’important et sélectionna spécialement plusieurs trésors de la boutique pour les lui recommander.

Le jeune prince y jeta un regard sans grand intérêt. Des sculptures de jade de ce genre, il y en avait en quantité innombrable au palais ; elles ne pouvaient donc pas attirer son attention. En revanche, un pendentif en jade posé dans un coin attira son regard.

C’était un morceau de jade bleu-vert et blanc gravé de motifs de nuages, à la texture fine et à la teinte douce et chaleureuse. Le jeune prince le prit et le soupesa attentivement dans sa main. Après un moment, il se tourna vers le seigneur Yan et demanda : « Yan gege porte depuis de nombreuses années le pendentif en jade qu’il a à la taille, sans jamais l’avoir remplacé. Est-ce qu’une personne très importante le lui a offert ? »

Par réflexe, le seigneur Yan referma la main sur le pendentif qu’il portait à la taille. Après un moment, il la rouvrit lentement et, après une brève hésitation, répondit : « Autrefois, oui. »

« Plus maintenant ? » Le jeune prince regarda de nouveau le pendentif qu’il tenait dans sa main et demanda : « Alors, puis-je en offrir un à Yan gege ? »

  1.  

Le seigneur Yan ne refusa pas et accepta le pendentif offert par le jeune prince.

Peut-être trouvait-il quelque peu gênant d’accepter gratuitement un présent aussi précieux de la part d’un prince. Lorsqu’ils passèrent devant un petit étal, le seigneur Yan prit même l’initiative de saisir la main du jeune prince et demanda : « Voulez-vous manger une brochette de fruits confits au sucre ? »

L’intention du seigneur Yan était de faire plaisir au jeune prince, mais cette phrase, prononcée sur son ton raide et dépourvu d’émotion, parut particulièrement maladroite.

Heureusement, le jeune prince ne le prit pas ainsi. Il trouvait que le seigneur Yan avait à ce moment-là une certaine tendresse impossible à décrire.

Le jeune prince eut même envie de le taquiner. Il fit la moue et feignit de se plaindre : « Je donne à Yan gege un pendentif en jade aussi précieux, et Yan gege m’offre seulement une brochette de fruits confits au sucre. Quel avare. »

Le seigneur Yan se retrouva embarrassé. Il n’avait jamais utilisé de brochettes de fruits confits pour amadouer quelqu’un, ni un enfant, et encore moins un adulte comme le jeune prince, qui mesurait une demi-tête de moins que lui.

Il demanda humblement conseil : « Alors, que faut-il faire ? »

Le jeune prince sourit de toutes ses dents et leva deux doigts : « Il en faut deux pour que cela convienne. »

 

Traducteur: Darkia1030