DPUBFTB - Chapitre 126 - Élever un gros chat dans l'apocalypse (5)
Résistance au feu, coéquipier, informations du terminal
Les cercueils vivants du parking, saisis de frayeur, démarrèrent les uns après les autres et s’enfuirent en se frayant un passage.
Père Ding, horrifié, n’osait en croire ses oreilles : « …Ils… parlent ? »
Pour être précis, ils avaient appris à imiter la parole.
En faisant vibrer leurs feuilles à grande vitesse, ils reproduisaient une voix proche de celle des humains ; le timbre étant aigu et fin, cela ressemblait davantage à la voix d’un jeune enfant.
Dans les souvenirs de Ding Qiuyun, après l’explosion de la catastrophe, la plupart des plantes mutées avaient acquis cette capacité.
Après avoir été dupé à plusieurs reprises, chaque fois qu’il entendait l’appel au secours d’un enfant, il redoublait de prudence et ne portait jamais secours à la légère.
Chi Xiaochi refusa de réfléchir à l’origine de la phrase « Oncle, ouvrez la porte » que ce lierre avait apprise, et fit signe à père Ding de quitter au plus vite ce lieu de malheur.
Père Ding reprit ses esprits et appuya immédiatement sur l’accélérateur. Cependant, la voiture n’avança que d’un demi-mètre avant de s’arrêter brutalement, comme retenue par quelque chose.
Le visage de père Ding pâlit : « Quelque chose est pris dans le pneu. »
Le lierre avait déjà atteint le deuxième sous-sol. Sur le chemin, il avait probablement absorbé quantité de chair et de sang humains grâce à sa nouvelle ruse, croissant à une vitesse fulgurante, suffisamment robuste désormais pour immobiliser un véhicule cherchant à fuir.
Chi Xiaochi n’hésita plus. Il enfila des gants de cuir à renforts, tira un pull de son sac, prit un briquet automatique dans la boîte à gants du siège passager, enflamma une manche et déclara :
« Papa, ne relâche pas l’accélérateur. Dès que je serai sorti, verrouille les portières. Quand la voiture pourra avancer, pars et roule tout droit vers l’avenue Wutong Est. Ne te retourne pas. »
« Qiuyun ! »
Alors que les flammes gagnaient en intensité, Chi Xiaochi se retourna vers mère Ding.
La lumière du feu illumina ses iris brun clair.
Il sourit : « Ding-jie, n’aie pas peur. Je vous rejoindrai. »
Il prit une profonde inspiration, déverrouilla la portière, lança d’abord le pull enflammé dehors, forçant instantanément les créatures glaciales collées aux vitres à battre en retraite.
Puis, sac au dos, il se glissa par l’ouverture.
La portière claqua.
Les instincts forgés par des millions d’années d’évolution ne s’effacent pas aisément : les plantes craignent le feu.
À cet instant, Chi Xiaochi abandonna entièrement son corps à Ding Qiuyun, qui prit le contrôle avec une parfaite entente. De la main gauche, il brandissait une torche ardente ; de la droite, il tira de derrière sa taille un poignard dissimulé dans sa parka.
Tout en balayant de flammes les lianes qui tentaient de s’enrouler à ses chevilles, il porta d’un revers une lame glaciale derrière sa tête, tranchant de justesse la liane déjà enroulée autour de son cou.
Dans un bruit humide, un jet de sève chaude l’éclaboussa au visage.
Il arracha aussitôt la liane, semblable à un serpent sectionné, qui cherchait à grimper sur son visage et à s’introduire par ses sept orifices (NT : les sept ouvertures du visage humain — yeux, oreilles, narines et bouche). S’assurant d’un appui sûr sous ses pieds, il se précipita vers la roue arrière droite de la voiture.
Des lianes noires s’y entortillaient comme des chevelures de spectres. Même broyées par la rotation rapide du pneu, projetant leur sève en tous sens, elles demeuraient imperturbables.
Mais à la vue des flammes, elles reculèrent en hurlant.
Le pneu libéré, la voiture pivota brusquement, les pneus crissant sur le sol, et s’élança au loin.
Chi Xiaochi poussa un soupir de soulagement.
Père Ding était un homme résolu, et il avait une confiance absolue en son fils ancien militaire.
C’était parfait ainsi.
Ses parents partis sains et saufs, Chi Xiaochi tourna son regard vers la moto garée non loin.
Heureusement, peu de lierres l’avaient envahie.
Le pull était presque consumé ; il se précipita vers la moto, enfourcha la selle, inséra la clé et tenta de démarrer.
Une première tentative échoua.
La seconde aussi.
Les flammes faiblissaient ; les lierres s’approchaient en silence, tels des spectres, bruissant en direction de ce pot de fleurs nourri de chair humaine riche en nutriments.
Chi Xiaochi tourna la clé à plusieurs reprises ; la moto gelée refusait toujours de démarrer.
Voyant leur proie incapable de fuir, les lierres s’immobilisèrent et observèrent.
…Ils avaient même développé, à l’instar des félins, l’habitude cruelle de jouer avec leurs proies.
Sous leur regard, à moins d’ôter ses vêtements et de provoquer un nouvel incendie, il lui serait impossible d’allumer un feu d’envergure.
Mais alors, il gèlerait rapidement, avant d’être dépecé et dévoré.
À l’avant, plusieurs tiges se dressèrent comme des cobras, leurs feuilles se contractant et vibrant, émettant un rire aigu d’enfant : « Hi hi. »
Chi Xiaochi sortit un objet de son sac entrouvert.
…Un briquet tempête.
Lorsque la petite flamme bleu pâle jaillit, les lierres, devenus intelligents, ne reculèrent nullement ; leur rire devint encore plus strident.
Depuis qu’ils avaient acquis une intelligence proche de celle des humains, ils n’avaient cessé d’apprendre avec assiduité.
Ils reconnaissaient cet objet. Plus d’une personne avait déjà tenté de les effrayer avec cela.
Mais les briquets modernes étaient conçus avec des dispositifs antidéflagrants, extrêmement robustes : même jetés violemment au sol, ils n’explosaient pas.
Ils attendaient donc tranquillement que cet humain échoue à les intimider et sombre dans la panique.
Lorsqu’il lancerait le briquet sur eux dans un accès de terreur, ils se rueraient en masse, pénétreraient par n’importe quel orifice de son corps, ressortiraient par un autre, aspireraient son sang et sa chair, puis accumuleraient la force nécessaire pour attaquer le suivant.
Tandis que les lierres vibraient en communiquant entre eux leurs intentions, Chi Xiaochi sortit un autre objet.
Cet après-midi, il avait acheté au centre commercial un petit extincteur portatif, de la taille d’un vaporisateur.
Et pendant le temps d’attente où il avait rempli un récipient hermétique d’eau, il avait démonté l’extincteur et l’avait rempli d’alcool fort.
Chi Xiaochi leva le cylindre, le secoua, orienta la buse vers la flamme et appuya.
Avec un sifflement, un brasier furieux jaillit, illuminant un coin entier du parking.
Les lierres arrogants, pris au dépourvu, brûlèrent en hurlant et se replièrent sous les voitures voisines.
Chi Xiaochi dit : « Hi hi hi. »
Après avoir dégagé autour de lui et de sa moto un cercle de sécurité d’environ un mètre, il tenta à nouveau de démarrer.
La moto finit par rugir ; le grondement du moteur fit bouillir le sang dans ses veines. Il ôta son casque, le remit correctement, nettoya encore les alentours, puis accéléra.
Il roula directement sur les lierres envahissants et partit dans la direction prise par ses parents.
Après avoir parcouru une certaine distance, à travers la visière teintée de son casque, il aperçut une scène insoutenable.
— Les protagonistes de cette tragédie étaient le père et la fille Li qu’ils avaient croisés plus tôt dans l’escalier.
Pendant son affrontement avec les lierres, Chi Xiaochi avait déjà perçu des cris dans cette direction ; mais dans ce parking semblable à l’enfer d’Avici (NT : le plus profond des enfers dans la cosmologie bouddhique, lieu de souffrance incessante), de tels hurlements résonnaient partout. Ce n’est qu’en s’approchant qu’il comprit.
La voiture des Li avait été immobilisée dans la montée. Les vitres avaient été écrasées. Il ne restait plus au sol qu’un amas d’ossements blanchis.
La petite fille, le poignet marqué de lividités, ramassait les os encore reliés par des lambeaux de chair.
Ses mains, son visage, jusqu’au bord de sa bouche, étaient maculés d’un mélange de sang humain et de sève végétale.
Il n’était pas difficile d’imaginer ce qui venait de se produire.
D’après les souvenirs de Ding Qiuyun, sauf en cas de famine extrême ou lorsque le prédateur était charognard, la plupart des créatures mutées évitaient les nouveaux humains.
Les lierres avaient ignoré la petite fille et emporté son unique parent au monde, ne lui laissant qu’un sol couvert d’ossements.
Elle les ramassait en pleurant, tandis que d’innombrables véhicules en fuite passaient en trombe près d’elle ; instruits par les exemples précédents, personne n’osait s’arrêter.
Et chaque voiture qui passait roulait inévitablement sur les ossements dispersés par les lierres.
La fillette n’avait plus la force de lutter au prix de sa vie. D’une voix enrouée, elle suppliait : «Ne roulez pas sur mon papa… Ne roulez pas sur mon papa… »
Personne n’entendait sa voix.
Tous suivaient l’instinct des êtres vivants face au danger : fuir d’abord est la meilleure des stratégies.
La moto de Chi Xiaochi s’arrêta non loin d’elle. Il regarda un crâne d’un blanc livide à ses pieds, le ramassa et s’avança vers la fillette.
Il posa une première question : « Où est ta mère ? »
La petite, sanglotant, déposa dans sa petite couverture un fémur dont il ne restait que la moitié, puis secoua la tête.
Deuxième question : « As-tu de la famille ? »
La fillette leva des yeux rougis et répondit d’une voix douce :
« Ils ont peur de moi. »
Chi Xiaochi jeta un regard aux lianes frémissantes au loin, lui tendit le crâne et demanda : «Veux-tu monter ? »
La petite, serrant contre elle les ossements de son père défunt, prit place sur le siège arrière de la moto. Elle n’avait plus nulle part où aller.
Chi Xiaochi, emmenant avec lui cette nouvelle humaine recueillie en chemin, s’engouffra dans la nuit sans fin.
La barrière à l’entrée du parking avait été brisée. Au loin, des immeubles de grande hauteur étaient en flammes ; d’épais panaches de fumée blanche s’élevaient, transformant les bâtiments en gigantesques cheminées. On distinguait déjà des lueurs d’incendie à l’intérieur, et ceux qui s’y trouvaient ne verraient sans doute jamais arriver les pompiers.
Des émeutes avaient éclaté dans les commerces des deux côtés de la route. Certains gisaient au sol, la tête ensanglantée ; d’autres défonçaient les portes. Les systèmes d’alarme piaillaient comme des oiseaux affolés, formant une clameur insupportable qui vrillait les tempes.
Chi Xiaochi suivit l’avenue Wutong Est. Des véhicules lancés à grande vitesse le dépassaient, surgissant derrière lui pour le devancer, puis disparaissaient au bout de la route.
Il eut l’impression d’être un épi de blé balayé par une nuée de sauterelles.
Cependant, son corps était anormalement chaud.
« Professeur Six, ne régule pas ma température corporelle », dit-il en percevant une anomalie, rappelant 061 à l’ordre. « Une fois que nous serons partis, Ding Qiuyun devra continuer à vivre.»
À présent, le corps de Ding Qiuyun n’était pas encore adapté au froid extrême de cette fin du monde ; Chi Xiaochi devait penser à son avenir.
Il se souvint soudain de quelque chose : « Au fait, Professeur Six, essayez de rester aussi discret que possible— »
À cet instant, la fillette derrière lui, serrant les os de son père, laissa échapper un petit son de surprise.
Chi Xiaochi se retourna : « Oui ? »
La petite murmura : « …Ton petit chien. »
Sans qu’elle ait besoin d’expliquer davantage, Chi Xiaochi sentit autour de son cou une écharpe chaude et familière.
…Il avait cru que la petite créature était restée dans la voiture.
Le petit léopard, encore juvénile, semblait inquiet ; il frottait son museau humide contre sa nuque, le chatouillant légèrement : « Aouh. »
Chi Xiaochi l’apaisa d’une voix douce : « Tout va bien. »
Bientôt, la voiture du père Ding et de la mère Ding apparut devant eux.
Le véhicule était arrêté, feux de détresse allumés. Les joues de la mère Ding étaient devenues d’un blanc livide sous le froid, mais elle refusait de retourner se réchauffer dans la voiture, insistant pour attendre à côté. À la vue de son fils, son corps voûté par l’angoisse se détendit enfin un peu.
Leur arrêt improvisé était en réalité extrêmement imprudent : il aurait suffi d’un jeune vaurien robuste et dénué de scrupules pour leur voler la voiture.
Chi Xiaochi se promit de leur enseigner cela plus tard, afin qu’ils n’aient pas à regretter une leçon apprise trop tard.
Il attira la fillette vers lui, voulant expliquer la situation à sa mère. Mais avant qu’il n’ouvre la bouche, un son cristallin et familier tinta à son oreille — celui de grelots heurtant leur paroi.
Chi Xiaochi se figea et tourna la tête vers la source du bruit.
Une jeune fille sortit de la voiture des Ding, la chevelure couverte de poudre blanche d’extincteur.
Consciente que son apparence n’était guère présentable, elle balaya aussitôt la poussière de ses cheveux ; les grelots attachés à son poignet tintaient sans cesse :
« Bonjour, bonjour. J’avais vraiment trop froid, je voulais vous emprunter votre voiture pour me réchauffer un peu. Je suis— »
Ce qu’elle s’apprêtait à dire, ce qu’elle voulait dire, Chi Xiaochi le savait déjà parfaitement.
C’était une jeune femme au parcours de vie digne d’un mélodrame.
À sa naissance, l’hôpital l’avait diagnostiquée atteinte d’un cancer. Ses parents, peu responsables, l’avaient abandonnée dans une benne à ordures en plein hiver, espérant ainsi lui offrir — et s’offrir à eux-mêmes — une délivrance.
Cependant, ses pleurs vigoureux attirèrent une personne bienveillante ; elle fut conduite dans un orphelinat. Après un nouvel examen médical, il fut confirmé qu’elle n’était en réalité pas malade, mais en parfaite bonne santé.
Une erreur de données dans la base de données avait entraîné ce malheur dès sa venue au monde.
Heureusement, elle était d’un naturel résilient. L’orphelinat ne l’avait pas rendue sombre ; elle aimait parler et rire, se montrant fort attachante. Elle travaillait souvent à l’extérieur, comme manutentionnaire dans de petites supérettes où l’intelligence artificielle n’était pas encore répandue. Elle pouvait soulever trois caisses de bière à la fois et en tirait une grande fierté.
Lorsque la catastrophe éclata, elle était de garde dans un entrepôt et se retrouva encerclée par des rats. Ce n’est qu’en utilisant un extincteur qu’elle parvint à s’échapper, puis elle courut jusqu’à la grande route, cherchant un compagnon de route.
Après avoir brièvement expliqué sa situation, la jeune fille se présenta : « Je m’appelle Yan Lanlan. » (NT : Lan (蘭) veut dire orchidée)
Elle tendit la main ; les grelots à son poignet sonnèrent de plus belle.
Ting-a-ling, ting-a-ling.
Le jeune homme en face d’elle sembla un instant troublé, puis son regard se raffermit. Il lui serra légèrement la main : « …Ding Qiuyun. »
Au même instant, tandis que Ding Qiuyun retrouvait Yan Lanlan, deux notifications glaciales furent émises par un important terminal d’intelligence artificielle.
« …Détection que dcertaines intelligences artificielles fonctionnent toujours normalement . »
« Le système central enverra un virus μ aux terminaux encore actifs afin d’en forcer l’arrêt. »
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L'auteur a quelque chose à dire :
Votre bonne amie Yan Lanlan est en ligne ~
Traduction: Darkia1030
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