Quotidien, câliner un petit léopard, paysage enneigé de la fin du monde.
Constatant que la carte de contrôle de rêves qu’il utilisait auparavant avait disparu, Chi Xiaochi en sortit machinalement une nouvelle de son entrepôt. Après avoir répété la même procédure, il la réinséra dans l’emplacement d’utilisation.
Une fois cette tâche accomplie, Chi Xiaochi s’endormit au son de la voix de 061 qui lui faisait la lecture, tandis qu’il serrait contre lui la petite panthère, véritable bouillotte vivante à température constante.
La petite panthère n’était pas très sage. Elle escalada un moment son corps de haut en bas avant de choisir finalement de s’installer sur sa poitrine, les quatre pattes confortablement étendues.
Avec ce petit ancêtre blotti contre lui, Chi Xiaochi dormit à merveille.
Au petit matin, lorsqu’elle le réveilla en lui donnant de petits baisers, Chi Xiaochi, encore à moitié endormi, pensa soudain à Gourou.
Il lui arrivait parfois de taquiner Gourou en faisant semblant de s’écrouler raide mort chez lui.
Gourou était d’une loyauté sans faille. Comme il ne voyait pas, il le poussait d’abord du museau. Dès qu’il comprenait que quelque chose n’allait pas, il bondissait aussitôt sur lui et se mettait à sauter de haut en bas, essayant de procéder à un « redémarrage forcé » de Chi Xiaochi, au point de presque lui faire cracher du sang à force de le piétiner.
En repensant au passé, il esquissa un léger sourire. Il souleva la petite panthère devant lui, prit l’une de ses pattes avant, l’essuya avec une lingette humide, puis déposa un baiser sur ses coussinets moelleux en forme de fleur de prunier.
La petite panthère resta un instant interdite.
Étonnamment, ce petit être qui avait jusque-là la peau dure semblait soudain tout timide et alla se cacher sous la couette.
Chi Xiaochi l’attrapa sans difficulté, la posa contre le creux de son cou, puis fit glisser le bout de ses doigts de ses oreilles jusqu’au bas de son dos, la caressant jusqu’à ce que ses oreilles s'aplatissent en arrière.
La petite panthère se laissa tripoter dans tous les sens. Son cou, ses sourcils et ses joues furent pétris à tour de rôle. Sa queue dodue se balançait sans cesse tandis qu’elle émettait un ronronnement grave de pur bien-être.
Alors que Chi Xiaochi jouait avec elle de tout son cœur, 061 prit la parole.
Sa voix trahissait une étrange retenue. « Xiaochi. »
Le pouce de Chi Xiaochi continuait de caresser doucement le dessous de son petit ventre rebondi. « Quoi ? »
« … Debout. Il est temps de préparer le repas. »
Chi Xiaochi souleva la petite panthère, enfouit son visage dans son ventre duveteux et inspira profondément.
061 : « … »
Chi Xiaochi installa ensuite la petite panthère sur sa nuque et recommanda chaleureusement à 061 : « Professeur Liu, je t’assure, une panthère, c’est incroyablement agréable à câliner. »
061 posa une main sur son bas-ventre engourdi par une étrange sensation, un sourire dans la voix. « Ah oui ? »
« Si tu ne me crois pas, sors et essaye par toi-même. »
La petite panthère attrapa sa propre queue et la lécha, manifestant ainsi que, de son point de vue, le goût n’avait rien d’exceptionnel.
Chi Xiaochi fit chauffer une casserole d’eau, sortit trois œufs frais et les plongea dans l’eau bouillante.
Après s’être lavés, He Wanwan et Jing Yiming, qui venait de se remettre de sa forte fièvre, vinrent regarder Chi Xiaochi cuisiner tout en profitant de la chaleur du feu.
Chi Xiaochi jeta un regard aux deux adorables petits bouts de chou sculptés comme des poupées de jade et prit l’initiative de s’adresser à He Wanwan : « Tu préfères des œufs mollets ou des œufs durs ? »
He Wanwan répondit de sa petite voix douce : « Des œufs mollets. »
Jing Yiming demanda : « Grande sœur, c’est quoi, un œuf mollet ? »
Avec un sérieux de grande personne, He Wanwan lui caressa les cheveux. « Je te l’expliquerai tout à l’heure. »
Puis elle se tourna vers Chi Xiaochi et lui retourna exactement la même question : « Oncle Ding, c’est quoi, un œuf mollet ? »
Chi Xiaochi répondit patiemment aux innombrables « pourquoi » des enfants : « C’est un œuf dont le jaune n’est pas complètement cuit. »
He Wanwan et Jing Yiming poussèrent un long : « Oh… »
Jing Yiming leva la tête vers He Wanwan. « Si on fait cuire complètement un œuf, ça lui fait très mal ? »
He Wanwan avait depuis longtemps dépassé l’âge de se poser ce genre de question, mais elle continua de rassurer tendrement ce petit garçon bien plus jeune qu’elle. « Probablement, oui. »
Jing Yiming déclara de sa voix enfantine : « Alors moi aussi, je veux manger un œuf qui n’a pas eu mal, un œuf mollet. »
Chi Xiaochi se retourna, prêt à répondre, lorsqu’il remarqua que Jing Yiming ne portait pas de gants. Ses deux petites mains étaient enfouies dans ses poches, mais la partie de peau qui dépassait était rougie par le froid.
Chi Xiaochi demanda : « Où sont tes gants ? »
Jing Yiming répondit docilement : « Quand je me suis levé tout à l’heure, je ne les ai pas retrouvés. »
Au lieu de l’aider à les chercher, Chi Xiaochi commença d’abord par se réjouir de son malheur. « Attends un peu que ta mère te gronde. Hahaha ! »
061: « … » Quel oncle est donc ce torrent de boue et de pierres ? (NT : quelqu’un de totalement imprévisible ou catastrophique.)
À peine cette pensée lui avait-elle traversé l’esprit que la petite panthère dans laquelle il avait transféré son âme fut soulevée par le ventre et remise entre d’autres mains.
Chi Xiaochi prit le ton d’un camelot vendant des chauffe-eau sur un pont. « Tiens, garde-la contre toi, ça tient bien chaud. »
Jing Yiming reçut contre lui cette petite chose toute douce et toute chaude. Il eut un peu de mal à la serrer dans ses bras, puis l’observa attentivement un moment avant de s’exclamer avec joie : « Oh ! Une petite panthère. Je t’ai déjà vue dans un livre illustré. »
…061 en fut quelque peu ému. Depuis son arrivée dans ce monde, c’était le premier être vivant à reconnaître son espèce sans avoir besoin de lire l’étiquette accrochée à son cou.
Avec bienveillance, He Wanwan entreprit d’instruire son petit frère : « C’est un chien. »
Chi Xiaochi garda un visage parfaitement impassible. « N'importe quoi. C'est manifestement une chaufferette. »
La vision du monde, jusque-là encore relativement normale, de Jing Yiming sombra aussitôt dans la confusion.
061 : « … » Soupir.
Une chaufferette, alors une chaufferette. Il ne pouvait tout de même pas laisser Chi Xiaochi, en tant qu'oncle, perdre toute autorité devant les enfants.
Il se laissa donc docilement serrer dans les bras de Jing Yiming et joua consciencieusement le rôle d'une chaufferette pendant une demi-heure. Durant ce temps, Jing Yiming lui écarta les poils dans tous les sens pour l'inspecter minutieusement, cherchant où pouvait bien se trouver son interrupteur.
Lorsque Chi Xiaochi récupéra sa « chaufferette », il pinça les fines moustaches qui venaient tout juste de pousser au bord de sa gueule et demanda : « Yiming, qu'est-ce que c'est, ça ? »
Jing Yiming répondit bien sagement : « Une chaufferette. »
061 : « … » Quel crime.
Cela dit, des œufs mollets ne convenaient finalement pas très bien à des enfants de cet âge.
Chi Xiaochi utilisa le bouillon d'os de mouton restant du repas de deux jours plus tôt pour cuire des nouilles. Il en servit de grands bols fumants à tout le monde, tandis que les œufs furent répartis dans les bols des femmes.
Pour les enfants, il prépara des œufs vapeur, plus faciles à digérer, sans même oublier d'y ajouter un filet d'huile de sésame et quelques ciboules hachées.
Tout en mangeant, il prit du papier et un crayon dans la salle de repos et commença à dessiner les plans d'un foyer traditionnel en terre.
À mi-chemin de son dessin, il appela : « Professeur Liu, Professeur Liu. »
061 répondit avec douceur : Oui ? »
« C'est ce qui nous permettra de cuisiner à l'avenir, il faut qu'on fasse ça sérieusement. Regarde-moi ça : quelle taille devrait faire l'ouverture du foyer ? Et comment faudrait-il installer le soufflet ? Quand j'étais petit, mes parents m'emmenaient parfois rendre visite à la famille au village, alors je n'en ai gardé qu'un souvenir approximatif. »
061 répondit : « Laisse-moi voir. »
Tout en parlant, 061 n'avait pas cessé une seule seconde d'effectuer ses calculs.
Les jours précédents, il avait utilisé le virus de la petite panthère pour mettre hors service plusieurs stations relais. Mais il n'avait jamais espéré qu'un programme improvisé à la hâte puisse paralyser l'ensemble des IA du monde.
Lorsque le virus atteignit une IA proche du noyau central, il fut intercepté, puis une IA de surveillance remonta sa piste de propagation.
Bien que 061 eût conçu le virus avec des capacités anti-traçage, ses adversaires restaient malgré tout d'autres IA.
Avoir réussi à retarder leur enquête de deux jours représentait déjà la limite de ses capacités.
Peu après le début du petit-déjeuner, son programme fut assailli de toutes parts. D'innombrables virus informatiques, suffisamment puissants pour le pousser à l'autodestruction, lançaient sans relâche leurs offensives contre son pare-feu.
Heureusement, 061 avait eu la présence d'esprit de verrouiller immédiatement son propre système de localisation, empêchant au moins qu'ils ne puissent remonter jusqu'à Chi Xiaochi.
Il ouvrit une ligne interne et envoya un message à 023 : « Au secours. »
023 répondit dans la seconde : « Non. »
061 : « Demande à 089 de m'écrire un virus. »
023 : « C'est déjà le plus gros virus de ce monde. Tu le veux quand même ? »
… Puis plus rien.
061 sourit tout en continuant de repousser les virus, attendant la réponse de 023.
Une trentaine de secondes plus tard, 023 se reconnecta. Mais il était évident qu'une autre personne avait pris le relais. En effet, son interlocuteur envoya quatre caractères d'une assurance éclatante : « Papa est arrivé !! »
Si les virus ne l'avaient pas acculé au point de lui laisser à peine le temps de respirer, et s'il n'avait pas dû en plus aider Xiaochi à concevoir son foyer, 061 aurait pu régler cette affaire tout seul.
Après avoir brièvement expliqué les caractéristiques qu'il souhaitait pour le virus, 061 demanda : « Quinze minutes ? »
089 répondit : « Viens le récupérer dans dix. »
061 sourit. « Merci. »
Après avoir fermé la fenêtre de discussion avec 089, 061 renforça son pare-feu à toute vitesse, neutralisant les virus les plus dangereux d'après les données que celui-ci lui renvoyait, tout en discutant sérieusement avec Chi Xiaochi de son foyer. « Le soufflet devrait être installé sur le côté droit du foyer à bois. Pour les paramètres précis, on pourra les mesurer au moment de la construction. En revanche, où comptes-tu trouver le ciment et le sable ? »
Chi Xiaochi fit tournoyer son crayon entre ses doigts avec virtuosité. « On a un camion. Qu'est-ce qu'on ne pourrait pas transporter ? »
061 adorait le voir afficher cet air plein d'assurance. Il sourit. « Oui, on peut tout transporter. Mais n'oublie pas de prévoir une cheminée pour évacuer la fumée. »
Chi Xiaochi frappa dans ses mains. « Ah oui, la cheminée ! »
Il baissa aussitôt la tête pour l'ajouter à son dessin.
À côté de lui, Jing Yiming regarda soudain par la fenêtre avant de s'écrier : « De la neige ! »
Dehors, une neige épaisse tombait à gros flocons semblables à des plumes d'oie, tourbillonnant dans les airs avant de recouvrir le réseau de pipelines qui s'étendait derrière la station-service, plongeant le monde entier dans un silence immaculé.
Jing Yiming avait très envie d'aller jouer dans la neige. Mais comme il venait tout juste de se remettre de sa fièvre, il dut rester bien sagement au chaud dans son sac de couchage. Pourtant, son tempérament d'enfant joueur reprit vite le dessus, et ses grands yeux brillants demeurèrent obstinément fixés sur l'extérieur.
Chi Xiaochi continuait de dessiner ses plans tout en gardant la petite panthère blottie contre lui.
Jing Zihua discutait avec les deux frères Sun, les nouveaux arrivants.
Père Ding et mère Ding tenaient chacun leur tasse isotherme remplie de thé chaud, réfléchissant ensemble à ce qu'ils feraient désormais.
He Wanwan restait auprès de Jing Yiming.
Quant à Yan Lanlan, elle enfila gants et écharpe avant de sortir pour confectionner une petite boule de neige qu'elle rapporterait à Jing Yiming pour jouer.
Elle ne s'éloigna pas. Juste à côté du bâtiment, elle rassembla un tas de neige et entreprit de modeler deux petits lapins, un grand et un petit, destinés aux deux enfants.
Personne n'aurait imaginé qu'un visiteur inattendu arriverait dans cette petite aire de service à cet instant précis. Avant qu'il ne s'approche suffisamment pour prendre la parole, Yan Lanlan ne s'était même pas aperçue qu'une présence arrivait.
Elle était occupée à façonner les oreilles du lapin de neige lorsqu'une agréable voix de jeune garçon s'éleva soudain à ses pieds : « Excusez-moi. »
Yan Lanlan sursauta et baissa aussitôt les yeux.
Le nouveau venu était un petit chien-guide mécanique. Il avait l'apparence d'un samoyède, tout duveteux, mais sa taille était réellement minuscule, si petite que les IA centrales n'avaient même pas jugé utile de dépenser davantage de ressources pour le mettre de force hors service.
De la neige s'était accumulée sur son pelage, lui donnant un air un peu boursouflé et légèrement misérable. Pourtant, son attitude demeurait d'une parfaite courtoisie.
Relevant la tête vers Yan Lanlan, il demanda : « Mademoiselle, auriez-vous vu une jeune fille nommée Xu Jingyuan ? Elle a huit ans, porte un manteau camel, des chaussures rouges et une barrette argentée en forme de papillon dans les cheveux. Elle a de grands yeux, mais une très mauvaise vue. »
Après s'être remise de sa surprise, Yan Lanlan échangea quelques mots avec lui et apprit que Xu Jingyuan était sa maîtresse. Le petit chien-guide était sorti d'usine depuis trois ans et avait été acheté par une famille ordinaire de la ville voisine. Durant ces trois années, il avait accompagné la fille de la famille Xu, Xu Jingyuan, en tant que chien-guide.
Lorsque la catastrophe s'était produite, il se trouvait en veille temporaire. Les parents Xu avaient fui précipitamment avec leur fille aveugle, et, dans la panique, celle-ci avait oublié son bracelet de guidage sur sa table de chevet.
Lorsqu'il s'était réveillé, sa petite maîtresse avait déjà disparu. Il était alors parti à sa recherche, avançant pas à pas jusqu'ici.
En apprenant que Yan Lanlan ne savait pas où se trouvait sa petite maîtresse, le petit chien-guide hocha docilement la tête, comme s'il lui adressait une révérence.
Puis il fit demi-tour, reprit la route et s'éloigna. Ses petites pattes imprimaient dans la neige une succession d'empreintes, bientôt recouvertes par les nouveaux flocons.
Ce ne fut qu'après sa disparition complète que Yan Lanlan retrouva enfin ses esprits. Ainsi, il existait encore dans ce monde des IA qui fonctionnaient toujours et qui n’avaient pas cessé de remplir leur rôle. Étaient-elles, elles aussi, capables d’aimer ? Ou bien était-ce simplement parce que leur programme leur avait attribué une fonction appelée « amour » ?
Le grésil mêlé de neige fouettait le visage de Yan Lanlan. Debout entre ciel et terre, dans ce monde uniformément blanc, elle prit soudain pleinement conscience que l’apocalypse était réellement arrivée.
Qui avait dit qu’une fin du monde devait forcément être un enfer de flammes et de sang, avec des massacres perpétrés par des hommes cruels ? Un paysage comme celui-ci, cette immense étendue blanche où l’on ne distinguait plus âme qui vive, inspirait au contraire une solitude et une désolation bien plus profondes.
Yan Lanlan reprit ses esprits, acheva rapidement de façonner les deux petits lapins, puis les rapporta dans ses mains jusque dans la salle.
Lorsqu’elle entra et referma derrière elle la porte sur le blizzard, l’eau de la marmite se mit justement à bouillir. Le couvercle tremblait sous les bouillonnements tandis que des cacahuètes cuites dans de l’eau salée mijotaient à l’intérieur. À peine le couvercle soulevé, un parfum d’anis étoilé et d’autres épices emplit aussitôt la pièce.
Yan Lanlan resta un instant immobile avant de laisser éclore un sourire rassuré.… Quoi qu’il arrive, elle avait au moins désormais un petit refuge et de nouveaux amis.
Elle apporta joyeusement les deux lapins de neige près des sacs de couchage, récoltant aussitôt les exclamations émerveillées des deux enfants.
Pendant ce temps, le virus nouvellement créé fut immédiatement mis en service. Tous les systèmes attaquant 061 reçurent un message de contre-attaque. Bien qu’ils aient déjà subi une attaque similaire auparavant, ils avaient désormais une idée assez précise des limites des capacités de 061 après l’avoir harcelé aussi longtemps.
D’après leurs estimations, après avoir encaissé autant d’attaques passivement, il lui était impossible de disposer encore de ressources suffisantes pour créer à la volée un virus capable de se retourner contre eux. De plus, le fichier reçu était très petit, comparable aux autres messages de retour habituels.
Ils le reçurent donc sans la moindre hésitation.
L’instant suivant, tous les systèmes attaquants basculèrent sur un écran noir et se retrouvèrent paralysés. Une nouvelle fenêtre venait d’apparaître… impossible à fermer.
À l’écran s’affichait un immense problème de géométrie. Le schéma voisin était couvert de droites auxiliaires, de perpendiculaires et de toutes sortes de lignes qui se croisaient dans tous les sens ; un simple regard suffisait à donner mal à la tête.
L’exercice demandait de calculer une spirale d’Archimède dans les espaces prévus à cet effet. Le contrôle était noté sur 100 points et comportait vingt grands problèmes. (NT : spirale dont les tours sont toujours espacés de la même distance.)
Chaque réponse correcte entraînait la suppression aléatoire d’un fichier. Chaque erreur faisait perdre cinq points. Quiconque n’obtenait pas au moins 80 points voyait le virus formater automatiquement tous ses programmes — autrement dit, « s’envoler en spirale vers le ciel » avant d’exploser.
Tous les systèmes : « … Bordel. »
Une demi-heure plus tard, 089, impatient, envoya un message pour demander quel avait été l’effet du virus.
L’avatar de 061 était tranquillement allongé dans les bras de Chi Xiaochi, qui lui brossait doucement le pelage avec un petit peigne. En entendant la question, il répondit : « C’est toi qui as écrit ce virus. Bien sûr qu’il est efficace. »
089 demanda avec enthousiasme : « Tu en as éliminé combien ? »
061 balança confortablement sa queue. « Tous. »
089 : « Hein ? Ils étaient aussi nuls que ça ? »
061 expliqua patiemment : « En fait, beaucoup ont très bien répondu. Mais ils ont oublié d’écrire “Solution”. »
089 : « … »
061 poursuivit : « Il y avait vingt grands problèmes. Oublier d’écrire “Solution” au début de chaque exercice faisait perdre un point de présentation à chaque fois. Du coup, personne n’a atteint la moyenne. »
089 songea que c’était d’un réalisme presque cruel.
Quant à 061, il plissa les yeux de satisfaction. Ses petites dents de lait pointues mordillaient doucement le bout du doigt de Chi Xiaochi. Celui-ci lui donna une légère tape sur la tête avec une phalange repliée, et il redevint aussitôt sage. Les yeux gris-bleu fixés sur la neige qui tombait en abondance derrière la fenêtre, il se sentit profondément apaisé.
Une nouvelle carte de contrôle de rêves avait encore été consommée. Chi Xiaochi en prit une autre dans son stock pour la remplacer.
061 ne put s’empêcher de demander : « Xiaochi, tu comptes vraiment lui faire revivre sans cesse le même cauchemar ? »
Enveloppé dans sa petite couverture, Chi Xiaochi serra le petit bébé panthère contre lui et en respira une profonde bouffée, visiblement parfaitement détendu. « Oui. Il refera sans cesse ce rêve jusqu’à ce que je le retrouve. »
« Tu penses que ça sera efficace ? »
« Oui. » Chi Xiaochi sourit légèrement. Il prit la petite patte du bébé panthère, puis déposa avec tendresse un baiser au centre de son coussinet.
Sa voix était empreinte de nostalgie.
« Les rêves ont une énorme influence sur l’esprit des gens. Je le sais. »
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L'auteur a quelque chose à dire :
061 : « Allez, allez, faites ces questions mortelles. »
La foule des systèmes : « les mathématiques de haut niveau viennent de me tuer. »
Traduction: Darkia1030
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