Rencontre avec un ours, panthère noire, lieu de refuge
Après avoir entendu les paroles de Chi Xiaochi, 061 ne dit rien.
En revanche, la petite panthère noire se dégagea des mains de Chi Xiaochi et se glissa dans le sac de couchage.
Très vite, Chi Xiaochi sentit quelque chose s'insinuer sous l'ourlet de son pull à col roulé, puis ramper lentement vers le haut. Une main derrière la tête, les yeux fermés, il fit semblant de ne rien remarquer de cette attaque furtive.
Lorsque le petit animal atteignit le col, celui-ci lui opposa une forte résistance. Il aurait très bien pu poser directement ses pattes sur le cou de Chi Xiaochi pour passer, mais il se montra prévenant : dressant son petit derrière tout rond, il ne força le passage qu'avec sa tête.
Chi Xiaochi entrouvrit les yeux pour regarder la petite bosse qui remuait sur sa poitrine et esquissa un sourire.
Après bien des efforts, une petite tête de panthère finit par émerger de l'encolure de son pull.
Chi Xiaochi continua à faire semblant de dormir.
La petite panthère s'aplatit contre lui et tendit une petite patte pour lui caresser doucement le visage.
Chi Xiaochi la prit aussitôt en flagrant délit et confisqua sans hésiter son « instrument du crime ».
Il lui saisit la patte et pressa délicatement le coussinet contre ses lèvres. « Je vais la manger, tu sais. »
La petite panthère pencha la tête, le laissant lui tenir la patte, puis baissa la tête et déposa un petit baiser au coin des lèvres de Chi Xiaochi.
Ses yeux gris bleuté miroitaient comme la surface d'un lac.
Chi Xiaochi resta un instant interdit. Il caressa doucement le sommet de son petit front de l'index, puis toucha de l'autre main l'endroit où il venait d'être embrassé. Une agréable sensation de picotement l'envahit, et il ne put s'empêcher de sourire.
Il demanda : « Tu essaies de me consoler ? »
La petite panthère passa ses pattes autour de son cou et, bien installée contre lui, pétrit encore deux fois sa poitrine de ses coussinets.
Chi Xiaochi continua quelque temps à enfouir son visage dans son ventre tout doux avant de la serrer contre lui pour s'endormir.
Juste avant de sombrer dans le sommeil, il murmura à 061 : « Quand Mei Laoban sera grand, je le laisserai partir. »
061 répondit : « Il ne te mangera pas. »
Chi Xiaochi frotta le bout de son nez contre la petite panthère. « Je préfère le laisser partir moi-même plutôt que de le voir disparaître un jour sans prévenir. »
Après ces mots, bercé par le parfum léger et chaleureux qui émanait de la petite panthère, semblable à une odeur de soleil, il s'endormit.
061 sourit avec impuissance.
Quant à la petite panthère, elle se dégagea des bras de Chi Xiaochi et, un peu maladroitement, lui entoura la tête de ses pattes, comme si elle berçait un enfant.
… Ne t'inquiète pas. Elle est née pour toi.
Tant que tu souhaiteras qu'elle reste auprès de toi, elle ne te quittera jamais.
J'ai déjà manqué à ma promesse deux fois. Il n'y en aura pas une troisième.
*
Comme chacun avait quelque chose à faire, le temps passa très vite.
Deux années entières s'écoulèrent.
Un jour, alors que Chi Xiaochi était parti chercher des provisions avec tout un camion de compagnons, ils se retrouvèrent immobilisés en pleine nature.
Le véhicule était tombé en panne et la nuit approchait. Des rugissements d'animaux sauvages montaient faiblement des profondeurs des hautes herbes d'armoise ; au son, il semblait qu'un carnivore les observait dans les environs.
Le jeune couple d'anciens humains qu'ils avaient secouru était mort de peur et se serrait l'un contre l'autre pour se réchauffer.
En revanche, tous les autres occupants du camion restaient parfaitement calmes.
Sun Yan était au volant. Assis sur le siège du conducteur, une cigarette aux lèvres, il regardait distraitement autour de lui. Dans les herbes sauvages hautes jusqu'à la taille, il aperçut un demi-panneau portant les mots « Parc du centre-ville ». Il plissa les yeux en souriant, puis frappa du doigt la petite lucarne derrière lui.
Chi Xiaochi, qui se reposait à l'arrière du camion, ouvrit la lucarne à peine plus grande qu'une trousse d'écolier. « Quoi ? »
« Capitaine Ding, regardez ce panneau, » dit Sun Yan en gardant sa cigarette entre les lèvres. « Quand j'étais petit, j'emmenais mon frère ici acheter de la barbe à papa. »
Après avoir dormi deux bonnes heures, Chi Xiaochi s'étira. « En parlant de ton frère, Sun Bin a fini de réparer le camion ? »
Sans attendre que Sun Yan transmette la question, Sun Bin, accroupi près du capot, retira le tournevis qu'il tenait entre les dents et répondit : « Pas encore. »
Chi Xiaochi donna un coup de pied contre la bâche du camion. « Dans combien de temps ce sera réparé ? »
Sun Bin marmonna : « Non… ça ne va pas… ce n'est plus réparable. »
En entendant cela, le jeune couple se mit à trembler de plus belle.
Mais tous les autres membres de l'équipe demeurèrent parfaitement sereins.
Sans connaître le tempérament naturellement pessimiste de Sun Bin, n'importe qui aurait cru que cette fois, c'était réellement impossible.
Un an et demi plus tôt, ils étaient tombés sur un groupe de nouveaux humains qui s'étaient ralliés aux IA. Leurs adversaires étaient armés, leur camion était tombé en panne et la situation était extrêmement critique.
Accroupi sur le moteur, utilisant le capot comme bouclier contre les balles qui sifflaient de toutes parts, Sun Bin ne cessait de marmonner : « C'est fini... c'est fini, c'est fini, c'est fini... »
Alors que tout le monde s'était déjà préparé à livrer un combat jusqu'à la mort, Sun Bin avait soudain déclaré : « C'est bon ! Grand frère, démarre ! »
Sun Yan avait aussitôt écrasé l'accélérateur et avait ainsi emmené tout le monde hors de danger.
Après coup, bien qu'il fût celui qui avait rendu cet exploit possible, Sun Bin avait tout de même reçu une bonne correction de la part du groupe. Son crime : avoir sapé le moral des troupes.
Très lésé, il s'était défendu avec des arguments parfaitement logiques : « Tant que ce n'était pas réparé, je ne pouvais pas dire le contraire. »
Sun Yan avait également pris la défense de son frère : « Il est comme ça depuis qu'il est petit. Après le gaokao (NT : concours national d'entrée à l'université), il est rentré en pleurant : “Grand frère, je suis fichu, je suis fichu !” Il venait de se rendre compte qu'il s'était trompé dans le calcul de la deuxième question d'un grand problème de sciences. Il pleurait tellement que je l'ai emmené manger au restaurant plusieurs fois pour le consoler. Puis les résultats sont sortis : ce sale gosse avait obtenu 295 points – sur un total de 300. Il n'avait perdu que les points de cette demi-question. »
Yan Lanlan et les autres avaient aussitôt conclu que cela lui valait encore davantage une correction.
Si Sun Bin avait toujours des paroles défaitistes, personne ne doutait pourtant de ses compétences.
Durant ces deux années, il avait été capable de réparer presque tout, depuis une simple agrafeuse jusqu'à un générateur, parfois après un simple coup d'œil. Il pouvait même fabriquer des émetteurs radio avec des outils rudimentaires et des matériaux de récupération.
Bien entendu, chacune de ses réparations s'accompagnait en fond sonore de ses éternels « Ça ne va pas... ça ne va pas... ». À force de les entendre, tout le monde avait fini par considérer cela comme sa musique de fond personnelle.
Assise à califourchon près de lui, son arme à la main, Yan Lanlan s'ennuyait. Elle forma un pistolet avec ses doigts et le pointa contre l'arrière de la tête de Sun Bin. « Hé, gamin, si tu ne répares pas ça rapidement, tu es mort. »
Sun Bin répondit d'une voix douce : « Lanlan, ne me presse pas. Quand tu me presses, je panique. »
« Pourquoi tu paniquerais ? »
« J'ai peur que tu me grondes. »
Yan Lanlan protesta : « Arrête de me calomnier. Je ne dis jamais de grossièretés, d'accord ? »
Sun Bin essuya sa sueur tout en rebranchant les câbles. « Lanlan, ton maintien... ton maintien. »
Puis il sauta du capot, secoua ses deux mains couvertes d'huile de moteur, recula de deux pas face au camion et lança : « Grand frère, démarre. »
Le moteur se mit à ronronner et les phares s'allumèrent aussitôt.
Sun Yan sourit. « C'est réparé. ... Bordel ! »
Les phares percèrent le brouillard nocturne et lui permirent d'apercevoir, juste derrière Sun Bin, une silhouette humanoïde noire d'environ deux mètres de haut, semblable à un homme robuste enveloppé dans une doudoune noire.
… Un ours !
Personne ne savait depuis combien de temps il observait silencieusement Sun Bin, attendant simplement le bon moment.
Sans le moindre bruit, il ouvrit sa gueule énorme, pareille à un cercueil, visa la tête de Sun Bin et referma violemment ses mâchoires !
Un coup de feu éclata. La douille brûlante fut éjectée de l'arme de Yan Lanlan et roula sur le sol.
Placée la plus près de l'ours, Yan Lanlan avait réagi avec sang-froid et tiré immédiatement. Son tir manquait toutefois de précision : la balle tourna en sifflant devant le museau de l'ours, ce qui le fit simplement hésiter un instant. Ses pupilles jaune froid brillèrent, puis il reporta aussitôt son attention sur Yan Lanlan.
Son regard était d'un calme glaçant, celui d'un être humain examinant sa proie. Cette intelligence animale donnait froid dans le dos.
Yan Lanlan repoussa Sun Bin d'un coup de pied et roula immédiatement sur le côté.
Chi Xiaochi ouvrit la trappe située sur le toit du camion et tira aussitôt à son tour. La balle atteignit sa cible avec une précision parfaite et pulvérisa le museau de l'ours.
Alors que celui-ci poussait un rugissement de douleur, Chi Xiaochi lança un sifflement.
Les herbes voisines frémirent.
Une flèche noire en jaillit à une vitesse fulgurante, mordit avec une précision impitoyable la nuque de l'ours ; un éclair neigeux traversa l'obscurité, et les vertèbres cervicales de l'animal se brisèrent net. Le sang gicla à plusieurs mètres.
Fou de douleur, l'ours balaya l'air de ses énormes pattes dans l'espoir d'entraîner ce redoutable prédateur avec lui dans la mort.
Mais cette flèche noire bondit agilement au sol et disparut aussitôt dans les herbes, se fondant dans la nuit.
Le camion recula d'une trentaine de mètres et attendit tranquillement que l'ours, qui se débattait encore sur le sol, finisse par mourir.
Complètement sonné, Sun Bin grimpa à l'arrière du camion. Yan Lanlan monta juste derrière lui. Son canon encore brûlant sur l'épaule, elle se pencha aussitôt par-dessus la bâche.
Le jeune couple supplia : « Partons d'ici ! »
Chi Xiaochi répondit : « Rien ne presse. »
Yan Lanlan se mit alors à marchander avec lui : « Capitaine Ding, cet ours est plutôt gros. On pourra sûrement faire quelques gilets sans manches pour les enfants ; il en restera bien assez pour me fabriquer une paire de gants, non ? »
Chi Xiaochi répondit : « Une paire de gants pour chacun. Pour des gilets, il n'y en aura pas assez. Ces garnements grandissent tous à vue d'œil. Si on leur fait des vêtements aujourd'hui, demain ils risquent déjà de ne plus leur aller. »
Une fois son souffle revenu, Sun Bin se mit à expliquer au jeune couple tout ce qu'on pouvait tirer d'un ours : « On peut faire de la viande séchée avec sa viande, utiliser sa graisse pour alimenter les lampes, sa bile sert en médecine. Avec un seul ours, on aura de quoi manger pendant longtemps. »
Pendant que Sun Bin donnait ses explications, Chi Xiaochi et Yan Lanlan avaient déjà fini de distribuer les différentes pièces et composants de l'ours.
Il continua à survivre tant bien que mal pendant une quinzaine de minutes, avant de s'effondrer peu à peu et de cesser définitivement de respirer.
Sun Yan frappa contre la petite lucarne. « Hé, capitaine Ding, il est couché. »
Le jeune homme du couple estima qu'il devait enfin se rendre utile. Il s'apprêtait à descendre le premier pour transporter l'ours lorsqu'un coup de crosse le retint par l'arrière de son manteau. « Où tu crois aller ? »
Chi Xiaochi se leva, souleva la bâche, visa la masse sombre de l'ours dans la nuit et tira une nouvelle fois.
L'ours « mort » poussa aussitôt un rugissement de douleur, si bien que le jeune homme faillit tomber à la renverse.
Chi Xiaochi reprit tranquillement sa place. « Il est malin, celui-là. Il essaie de jouer la comédie avec moi. Attendons encore un peu. »
Cette fois, le jeune homme obéit sans protester. Encore sous le choc, il demanda : « C'était lui aussi qui tournait dans les herbes en rugissant tout à l'heure, n'est-ce pas ? »
Sun Bin repoussa ses lunettes sur son nez. « Non. Celui qui criait dans les herbes tout à l'heure, c'était le “Patron”. Il faisait exprès de faire du bruit afin que les autres carnivores sachent que nous, les “proies”, étions déjà sous sa surveillance. Cet ours devait vraiment mourir de faim ; autrement, il n'aurait pas ignoré les règles entre animaux en venant voler la proie d'un autre. »
« Le “Patron” ? »
Chi Xiaochi prit la parole : « Oui. C'est mon animal de compagnie. »
Dix minutes plus tard, l'ours fut pris de quelques derniers spasmes avant de s'immobiliser définitivement.
Quelques jeunes hommes robustes sautèrent du camion et, à plusieurs, hissèrent tant bien que mal l'ours de plus de trois cents jin (NT : environ 150 kg) à l'arrière du véhicule.
À voir leur enthousiasme, le jeune couple avait du mal à croire qu'ils venaient d'abattre un ours ; on aurait plutôt dit une famille occupée à tuer le porc du Nouvel An.
Chi Xiaochi, son fusil en bandoulière, sauta du camion, enfourcha la moto garée sur le côté, passa au point mort et fit volontairement rugir le moteur à haut régime, dispersant une volée d'oiseaux qui se reposaient non loin.
Au moment où il enfila son casque, cette silhouette noire, souple et élégante, écarta les hautes herbes et vint s'asseoir tranquillement à ses côtés.
Il fit un signe de la main. En apercevant son geste dans le rétroviseur, Sun Yan démarra le camion, roula sur la flaque de sang d'ours déjà gelée, puis s'enfonça dans l'immensité de la nuit.
L'odeur du sang d'ours était particulièrement forte. Craignant que sa petite amie n'ait le mal des transports, le jeune homme du couple releva l'épais rideau de la benne afin d'aérer.
Lorsqu'il distingua clairement le « compagnon » qui courait aux côtés du capitaine Ding, il resta bouche bée. Il inspira brusquement une longue bouffée d'air glacé, au point d'en avoir les joues engourdies.
C'était une panthère noire qui courait silencieusement et fidèlement à droite de la moto.
Sa musculature, parfaitement dessinée, formait des lignes d'une élégance remarquable. À chaque foulée, chaque poussée de ses membres, chacun de ses mouvements exprimait une puissance noble et parfaitement maîtrisée.
À cette vue, le jeune homme, comme tous ceux qui assistaient à cette scène pour la première fois, ne put retenir une exclamation sincère : « Bordel… c'est incroyable. »
Les insectes à carapace dure, gros comme des grains de riz, venaient s'écraser contre le pare-brise avec des claquements secs, éclatant dans un crépitement continu.
Ils roulèrent toute la nuit et arrivèrent finalement dans une petite ville de district.
Ce qui stupéfia le jeune couple, c'est que l'endroit semblait véritablement habité.
De la lumière filtrait des fenêtres de presque toutes les maisons, et certaines avaient même de l'électricité.
Yan Lanlan, appuyée sur son fusil, demanda au jeune couple : « Quelles sont vos compétences ? »
La jeune femme désigna son compagnon. « Lui est diplômé d'une école spécialisée en électricité. Quant à moi, je suis infirmière. »
Le visage de Yan Lanlan s'illumina aussitôt. « C'est formidable ! Nous manquons justement d'infirmières expérimentées. Je vais vous conduire à l'hôpital. »
… À l'hôpital ?
Quel hôpital ?
Dans l'imagination de la jeune femme, il devait tout au plus s'agir d'une petite cour délabrée où l'on faisait sécher les bandages au soleil.
Pourtant, le camion entra directement dans l'hôpital populaire du district.
Tout l'établissement était brillamment éclairé, et il y avait même des personnes chargées de diriger la circulation.
Sous les regards médusés des deux jeunes gens, le camion s'arrêta.
Yan Lanlan sauta du véhicule avec un sourire. « Bienvenue dans l'utopie des anciens humains. »
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L'auteur a quelque chose à dire :
La chasse à l'ours ici est un cas particulier ! Les ours sont des animaux rares et protégés ! Si personne n'achète et ne vend, alors il n'y aura pas de meurtre qwq
(NT : L'ours noir d'Asie est une espèce protégée dans une grande partie de son aire de répartition et est classé Vulnérable par l'UICN, en raison de la perte de son habitat, du braconnage et du commerce illégal de ses parties (notamment la bile). Il est inscrit à l’Annexe I de la CITES (commerce interdit))
Traduction: Darkia1030
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