DPUBFTB -  Chapitre 138 - Élever un gros chat dans l'apocalypse (17)

 

Soulagement, transformation en humain, sauvetage d’esclaves.

 

Chi Xiaochi croisa nonchalamment ses longues jambes et se renversa contre le corps de Mei Laoban, passant un bras sur le dos du léopard noir.

« Je vous présente un nouveau membre de l’équipe », déclara Chi Xiaochi d’un ton indifférent. « Gu Xinzhi. »

Les membres de l’équipe échangèrent des regards, quelque peu incertains de l’attitude qu’ils devaient adopter envers Gu Xinzhi.

S’ils disaient que le capitaine Ding appréciait ce Gu, personne n’avait jamais vu Ding Qiuyun traiter quelqu’un d’autre avec une attitude aussi froide et distante.

S’ils disaient que le capitaine Ding le détestait, tout le monde savait qu’aussitôt arrivé en ville, cet homme s’était directement installé chez la famille Ding.

Pour les hommes et les femmes qui admiraient Ding Qiuyun, ils n’avaient rien fait d’autre durant cette semaine que se tourmenter l’esprit à se demander si tous deux avaient dormi dans le même lit.

Gu Xinzhi ne se souciait jamais du regard des autres. Il fixa Chi Xiaochi : « Une arme? »

Le fusil de précision qu’il avait utilisé pendant deux ans était resté chez Sun Yan et avait probablement déjà été versé dans les réserves communes.

Chi Xiaochi attrapa une barre de fer dans un coin du camion et la lui lança nonchalamment.

Gu Xinzhi l’accepta sans difficulté. Il la rattrapa d’une main, la soupesa, puis lui fit décrire un mouvement fluide avant de la manier avec une grande aisance : « Du papier de verre. »

Quelqu’un fouilla dans son sac à dos, lui tendit du papier de verre et lui offrit en prime une cigarette.

Gu Xinzhi ne le remercia même pas. Il prit directement la cigarette, la coinça entre ses lèvres et, alors qu’il tendait la main pour prendre le papier de verre, Chi Xiaochi étendit sa longue jambe et en écrasa le bord.

Soutenant sa tête d’une main, il dit : « Dis “merci”. »

Gu Xinzhi parut perplexe : « … C’est lui qui a voulu me le donner. »

Il ne comprenait guère comment se comporter avec les autres et avait beaucoup de mal à éprouver de l’empathie ; sa connaissance des règles de bienséance ordinaires était encore plus limitée.

Sa mère biologique et son beau-père, tous deux alcooliques invétérés, ne lui avaient rien appris. Ils lui avaient seulement enseigné par l’exemple une chose : lorsqu’on désire quelque chose, il faut se battre pour l’obtenir, sans se soucier du prix à payer.

Gu Xinzhi n’aimait pas l’alcool. Il aimait Ding Qiuyun.

Après avoir fait la connaissance de Ding Qiuyun, ses yeux ne regardèrent plus que lui et rien d’autre ne pouvait trouver place dans son champ de vision.

Les autres considéraient son indifférence comme allant de soi. Après tout, lorsqu’une personne était plus compétente que les autres, il n’était pas rare qu’elle ait les yeux levés au-dessus des têtes. Même Ding Qiuyun avait autrefois pensé de même.

Mais Chi Xiaochi ne le voyait pas ainsi.

Il tapota deux fois le papier de verre du bout du pied.

Sous le regard de Chi Xiaochi, Gu Xinzhi sembla comprendre quelque chose. Du bout de la langue, il repoussa légèrement le filtre de la cigarette qu’il tenait entre ses lèvres, puis inclina légèrement la tête vers celui qui lui avait prêté l’objet : « Mer… ci. »

Ce ne fut qu’alors que Chi Xiaochi retira son pied.

L’homme se frotta l’arrière de la tête et lui adressa un sourire franc et bon enfant.

Mais Gu Xinzhi ne regarda même pas son sourire. Il baissa la tête et commença à poncer sa nouvelle arme avec le papier de verre ; couche après couche, la rouille rougeâtre se détacha dans un léger bruissement de frottement.

Chi Xiaochi ne s’occupa plus de lui et se mit à gratter doucement du bout des doigts le creux du cou du léopard noir.

Son patron semblait pourtant quelque peu incommodé par ces caresses. Un léger ronronnement s’échappa de sa gorge, tandis que ses oreilles frottaient à plusieurs reprises contre la cuisse de Chi Xiaochi.

Yan Lanlan fut attirée par le comportement quelque peu inhabituel du léopard noir : « Capitaine Ding, qu’est-ce qu’il a, Patron ? »

Chi Xiaochi, lui, ne trouvait rien d’étrange : « Qu’est-ce qu’il a ? »

Yan Lanlan : « Il ne serait pas devenu un peu trop collant avec toi récemment ? »

Chi Xiaochi lui caressa les oreilles : « Je l’ai nourri bouchée après bouchée depuis qu’il était petit. S’il ne s’attachait pas à moi, ce serait manquer de reconnaissance, non ? »

Un autre membre de l’équipe intervint : « Non, capitaine Ding, je trouve moi aussi que Patron n’est vraiment pas comme d’habitude. On dirait un peu… »

Il s’interrompit et lança un regard à Yan Lanlan.

À la suite de cette remarque, Chi Xiaochi porta son regard sur Patron, qui frottait doucement son corps contre sa taille et ses hanches, et finit par comprendre ce qui se passait.

Patron était généralement affectueux lorsqu’il se retrouvait seul avec lui : il le prenait souvent dans ses pattes pour enfouir son museau contre lui, ou sautait sur le lit pour se rouler avec lui en une seule boule. Mais en présence des autres, il se montrait toujours très réservé ; même dans ses attitudes quotidiennes, il conservait une grande dignité…

Yan Lanlan énonça directement la vérité : « Il est en période de rut. »

Chi Xiaochi et 061 restèrent tous deux stupéfaits.

Au cours de cette semaine, le corps de 061 avait effectivement présenté quelques anomalies. Son corps était brûlant et tendu, tandis qu’une démangeaison sourde se faisait sentir dans le bas-ventre. Il lui suffisait de se frotter contre l’esprit de Chi Xiaochi pour retrouver une agréable sensation de fraîcheur et de soulagement. Depuis ce matin, les symptômes étaient devenus encore plus évidents : une chaleur brûlante et des démangeaisons lui parcouraient le ventre. Heureusement, il conservait encore suffisamment de raison pour pouvoir les supporter.

Chi Xiaochi commença à s’inquiéter. Il se pencha sur le léopard noir et examina un moment son appareil reproducteur.

Puisque Yan Lanlan ne s’en souciait pas, tout le monde décida simplement de mettre le sujet sur la table et d’en discuter ouvertement : « Ce soir, trouvons un endroit où camper et laissons Patron partir chercher une femelle léopard. »

Yan Lanlan dit : « Tu crois que les femelles léopards courent les rues ? Si on arrive à lui trouver un mâle, ce sera déjà une bénédiction. »

La voix de Sun Yan leur parvint depuis la cabine de conduite : « Trouver une hyène serait déjà pas mal. »

Yan Lanlan, qui tenait à protéger son petit protégé, répliqua avec empressement : « Non. Notre Patron ne peut pas s’accoupler avec une hyène, ce serait trop avantageux pour elles. »

061 écoutait tout le monde discuter avec enthousiasme de la reproduction qui le concernait, avec des sentiments mitigés.

Il voulait entendre quelle solution Chi Xiaochi avait en tête. Après tout, Chi Xiaochi avait l’esprit vif et Ding Qiuyun avait lui-même étudié la médecine vétérinaire ; peut-être trouverait-il un médicament quelconque…

Chi Xiaochi réfléchit un moment, puis trancha : « Autant le castrer. »

061 : « …………………… »

Chi Xiaochi avait même des arguments parfaitement rationnels : « Si je me souviens bien, une fois adultes, les léopards sont en chaleur au moins deux fois par an. Le faire se retenir constamment serait trop contraire à la nature humaine. »

Sun Yan plaisanta : « Une castration pour une guérison définitive. »

Tout le camion éclata de rire.

061 : « … »

Il n’avait absolument pas envie de rire et ressentait même quelque peu l’envie de quitter l’équipe et de partir seul.

Le léopard noir ouvrit la gueule et mordit le bas du pull de Chi Xiaochi, avant de le secouer deux fois avec mécontentement.

Mais Chi Xiaochi comprit mal son intention. Il le calma en lui caressant deux fois la tête et dit doucement : « Je plaisantais, je plaisantais. Ne te fâche pas. »

Cependant, 061 entendit bientôt Chi Xiaochi lui demander intérieurement : « Professeur Liu, professeur Liu, pour la castration, quelle dose d’anesthésiant faudrait-il pour que Patron souffre le moins possible ? »

061 : « … »

Ah, les humains.

061 n’avait absolument aucune envie d’expliquer pas à pas à Chi Xiaochi comment le castrer lui-même. Il déclara donc : « Trouvons un endroit où camper ce soir et voyons s’il arrive à trouver une partenaire. Après tout, les conditions médicales actuelles ne permettent plus de suivre correctement. S’il venait à attraper une infection, ce serait problématique. »

Chi Xiaochi réfléchit et trouva que cela avait du sens. Il abandonna donc provisoirement l’idée de faire pratiquer une stérilisation artificielle à son Mei Laoban.

Au fil du trajet, tout le monde se rendit compte que leurs inquiétudes avaient été totalement vaines.

Ils n’avaient absolument pas besoin de se demander quelle attitude adopter envers Gu Xinzhi. Gu Xinzhi ne participait jamais à leurs conversations. Il restait tranquillement assis à sa place, comme s’il était naturellement devenu un élément du décor du véhicule. Sa présence n’était guère plus perceptible que la barre de fer qu’il tenait entre les mains et, parfois, ils en venaient même à oublier qu’une personne se trouvait encore dans le camion.

Au milieu de la nuit, le groupe s’arrêta dans une vaste étendue sauvage et désolée.

Bientôt, le crépitement de la viande de lapin en train de griller provint du côté du feu de camp.

Assis parmi les tentes dressées, Chi Xiaochi attacha un dispositif de localisation à distance à la patte avant droite de son Patron, tout en lui donnant avec sérieux un véritable cours d’éducation sexuelle : « Patron, si tu ne trouves vraiment pas de partenaire, ce n’est pas grave. Tu vois, là-bas, il y a un arbre. Et la chose dans cet arbre s’appelle un trou d’arbre… »

061 trouvait cela quelque peu pénible à entendre et n’avait guère envie d’écouter. Il se retourna donc et partit vers l’extérieur.

Chi Xiaochi le suivit en lui lançant avec sollicitude : « N’oublie pas le chemin du retour. »

La silhouette de Mei Laoban se fondit rapidement dans l’obscurité de la nuit.

Chi Xiaochi resta debout dans le vent froid et dit à 061 : « J’ai l’impression d’être un vieux père. »

061 pensa avec une certaine indignation : Je n’ai pas un père comme toi qui veut castrer son fils.

Chi Xiaochi retourna auprès du feu de camp.

L’air du père aimant qui avait accompagné son enfant avec réticence jusque-là lui valut les moqueries unanimes de ses coéquipiers.

Sun Yan rit : « Capitaine Ding, tu es vraiment en train de serre le pied de Bouddha au dernier moment. » (NT : faire des efforts ou à chercher de l’aide seulement lorsque l’échéance est imminente )

Sun Bin : « … Grand frère, tu manques de culture. C’est “une lance”. »

(NT : Sun Bin mélange 2 expressions : 临阵磨枪 (línzhèn mó qiāng) = « affûter sa lance à l’approche du combat » → se préparer au tout dernier moment. 临时抱佛脚 (línshí bào fójiǎo) = « serrer le pied de Bouddha au dernier moment » → chercher de l’aide ou faire des efforts in extremis.)

Sun Yan lui donna une tape sur la tête : « C’est toi qui manques de culture. Une lance, on la polit contre le pied de Bouddha ? »

Sun Bin poussa un « Aïe ! » après avoir reçu une tape et referma la bouche d’un air lésé.

Au milieu des éclats de rire, Chi Xiaochi ajouta du bois au feu et pensa avec inquiétude : Pourvu qu’il ne se fasse pas séduire par une belle femelle léopard et ne décide pas de ne plus rentrer à la maison.

Gu Xinzhi était assis à distance, tenant dans ses bras le tube de fer dont il avait aiguisé les deux extrémités jusqu’à les rendre tranchantes et brillantes comme de la neige. Il regardait avec fascination Ding Qiuyun assis au milieu du groupe, ressentant à la fois une douleur aigre et de la jalousie.

Mais la trace de malveillance indistincte qui subsistait dans son cœur fut rapidement dissipée sans laisser de trace.

De ses rêves répétitifs, il avait au moins acquis une compréhension simple et fondamentale : Ding Qiuyun accordait beaucoup d’importance à ces personnes.

S’il nourrissait la moindre intention de leur faire du mal, il n’aurait alors plus aucune possibilité d’être avec Ding Qiuyun.

Il ferma les yeux, préférant ne plus voir ni s’en préoccuper. Mais les voix animées qui lui parvenaient de loin lui transperçaient le cœur de douleur et lui donnaient des frissons dans le dos.

Gu Xinzhi se retourna et pensa : … À moi. Tout cela aurait dû m’appartenir à moi seul.

Il tendit la main et grava cinq longues traces de doigts dans la terre humide et froide. Il inspira profondément, puis expira tout aussi profondément, s’efforçant d’apaiser la tempête de vagues noires qui déferlait au fond de son cœur.

Mais il tremblait toujours de haine.

À deux doigts d’exploser, il se retourna, retroussa sa manche, puis, face à la lumière de la lune, utilisa le tube d’acier pour entailler lentement une profonde marque sanglante à l’intérieur de son avant-bras.

La douleur et la sensation de coupure, suffisamment terribles pour donner la chair de poule, finirent par calmer quelque peu son cœur en ébullition.

Il ne pouvait plus laisser Qiuyun le détester. Il ne pouvait plus revoir ces yeux de Qiuyun, ces yeux morts qui semblaient ne pas pouvoir trouver le repos. Absolument pas.

*

Au milieu de la nuit, non loin du campement des membres de l’équipe, les oiseaux perchés sur un arbre desséché furent effrayés et s’envolèrent.

Une panthère fit quelques pas avec agitation, piétinant la végétation alentour avant de parvenir jusqu’à l’arbre. Sa silhouette, recouverte d’une fourrure noire de qualité, sombre comme une pierre précieuse, commença progressivement à se transformer.

Un jeune homme vêtu de blanc et de noir apparut au pied de l’arbre desséché, dans cette étendue sauvage. Il s’appuya d’un coude contre le tronc et haleta légèrement.

… Lorsque les instincts que les animaux avaient perpétués pendant des centaines et des milliers d’années se déclenchaient, ils étaient réellement d’une puissance redoutable.

Après avoir finalement attendu la tombée de la nuit, il était presque devenu fou à cause des démangeaisons et de l’engourdissement qui lui parcouraient tout le corps. Avant même que la teinte gris-bleu de ses yeux ne se soit dissipée, 061, n’en pouvant plus, posa la main sur sa ceinture.

C’était un homme très mesuré et particulièrement soucieux de propreté. Même lorsqu’il se transformait en bête, il s’efforçait de conserver une allure noble et élégante. Même lorsqu’il s’était cassé la jambe la dernière fois, il avait maintenu autant que possible son calme devant son ami.

Mais cette fois, les vagues successives de sensations étaient devenues difficiles à supporter.

Un souffle brûlant s’échappait de son nez et de sa bouche, tandis que son rythme respiratoire était désormais complètement désordonné.

Ses cheveux, d’ordinaire soigneusement arrangés, étaient complètement ébouriffés. Une goutte de sueur s’accrochait à une mèche sur son front, telle une goutte de rosée suspendue à une feuille d’herbe. Elle oscilla plusieurs fois au gré de ses mouvements, puis tomba au sol dans un petit bruit sec, éclatant en mille gouttelettes.

061 serra les dents jusqu’à en avoir mal à la mâchoire. Finalement incapable de supporter davantage, il laissa échapper un faible « Hmm » et tenta de murmurer : « Xiaochi… »

À peine eut-il prononcé ce nom qu’il expira brusquement. De fines gouttes de sueur couvraient son front, et, de plus en plus éprouvé, il se courba.

« Xiaochi… Xiaochi. »

Il abaissa sa voix à un niveau inhabituellement faible, avec une douceur et une prudence semblables à un murmure. Le bras appuyé contre l’arbre se mit lui aussi à trembler d’excitation.

« … Xiaochi. »

Un long moment s’écoula. Ce ne fut qu’alors que 061 inspira légèrement entre ses dents, l’épaule appuyée de travers contre l’arbre. Ses vêtements étaient entièrement trempés de sueur chaude et collaient à sa peau ; les muscles magnifiques de sa taille et de son abdomen se contractaient et se relâchaient de manière particulièrement agréable à regarder.

Il enfouit son visage dans ses bras, sourit avec impuissance et secoua légèrement la tête avant de murmurer pour lui-même : « Chi Xiaochi, toi alors… »

Toi qui es si intelligent, quand comprendras-tu enfin que je suis celui que tu cherches ?

*

Après avoir établi leur camp, les membres de l’équipe montèrent la garde à tour de rôle, comme à l’accoutumée. Chi Xiaochi assurait la seconde moitié de la nuit, de une heure à trois heures. De temps à autre, il regardait au loin, calculant à quel moment son Mei Laoban allait enfin rentrer.

Alors qu’il baissait la tête pour remuer les braises du feu de camp, un jeune homme vêtu de blanc et de noir s’approcha pas à pas par-derrière.

Ses pas étaient légers et silencieux et n’attirèrent aucunement l’attention de Chi Xiaochi.

Ce ne fut que lorsqu’une paire de pattes lui entoura les épaules par-derrière et que les doux poils, suffisamment chauds, de la nuque vinrent lui frotter le cou que Chi Xiaochi se réjouit. Il se retourna aussitôt, enlaça la taille fine et musclée de la panthère noire, posa une main sur l’arrière de sa tête et l’embrassa sur le front.

Chi Xiaochi lâcha : « Tu m’as tellement inquiété. »

La panthère noire lui lécha doucement l’oreille et la nuque. Chaque coup de langue lui donnait l’impression d’être légèrement éraflé ; sous le souffle du vent, sa peau se couvrait de frissons successifs. Cette affection bouleversante fit involontairement frissonner Chi Xiaochi à son tour, partagé entre joie et excitation.

L’homme et la panthère restèrent un moment tendrement enlacés avant que Chi Xiaochi n’aborde enfin la question importante : « Tu as trouvé une panthère femelle, n’est-ce pas ? »

Mei Laoban : « Aou. »

Chi Xiaochi lui caressa le ventre. Il sentit effectivement que sa chaleur avait quelque peu diminué et qu’il ne faisait plus ces petits gestes affectueux par lesquels il venait se frotter à lui. Il se sentit quelque peu rassuré : « Pourquoi ne l’as-tu pas ramenée pour me la montrer ? »

Mei Laoban s’accroupit devant Chi Xiaochi et l’embrassa doucement sur le ventre.

Chi Xiaochi sentit la chaleur monter en lui sous ses caresses, tandis que la chaleur dans son dos tendait sa peau. Il repoussa sa tête : « Ne fais pas le pitre, ne fais pas le pitre. … Hé, si l’on s’en tient à cela, tu es parti après avoir fait l’affaire, n’est-ce pas ? Tu ne comptes donc pas assumer tes responsabilités envers cette femelle ? »

Mei Laoban pencha la tête et le fixa.

Chi Xiaochi continua à le taquiner : « J’ai vu juste ? Ou alors tu n’as pas trouvé de partenaire et tu as réglé le problème contre un arbre ? »

061 : « ………… »

Les élucubrations de Chi Xiaochi, qui tombaient par hasard si juste, étaient véritablement exaspérantes. Mei Laoban rapprocha simplement ses deux pattes arrière et serra la taille de Chi Xiaochi entre elles.

Pris au dépourvu, Chi Xiaochi bascula en arrière et tomba sur le dos au bord du feu, dérangeant deux morceaux de bois. Des étincelles rouges jaillirent et retombèrent près de son visage. Le bas de ses vêtements remonta également sous le frottement, dévoilant une mince ligne de sa taille.

Chi Xiaochi ne se doutait encore aucunement du danger. Il rit franchement et se tourna sur le côté pour se relever.

Mei Laoban ne tergiversa plus et lécha avec précision le creux de sa taille ainsi découvert.

La taille de Chi Xiaochi était sans doute la partie la plus sensible de tout son corps, mais il ignorait totalement que la taille de Ding Qiuyun possédait elle aussi une telle faiblesse. Cette léchouille totalement inattendue lui fit dresser les cheveux sur la tête. Il aspira brusquement une bouffée d’air, sa taille se relâcha instantanément et il retomba sur le côté. Ses pieds frappèrent involontairement le sol à plusieurs reprises, laissant deux traces nettes dans la terre.

Lorsqu’il comprit ce qui venait de se passer, Chi Xiaochi découvrit avec un mélange d’exaspération et d’amusement que cette action l’avait en fait excité.

Il se tortilla légèrement, mal à l’aise, une main pressée contre le bas de son ventre, tout en essayant doucement de calmer Mei Laoban : « Doucement, ne fais plus de bêtises, ne fais plus de bêtises. Laisse-moi me relever. »

Mei Laoban était toujours étendu sur lui, ses yeux gris-bleu ressemblant, sous la lumière du feu, à deux pierres précieuses immergées dans l’eau.

Chi Xiaochi relâcha simplement la main qui couvrait son ventre, passa son bras autour du cou de Mei Laoban et lui dit d’un ton à moitié plaintif, à moitié autoritaire : « Tu n'as pas la tâche facile, alors tu ne veux pas que je l'aie facile non plus, n'est-ce pas ? Allez, relève-toi, relève-toi. Je suis mal à l’aise. »

Ce ne fut qu’alors que Mei Laoban sentit le changement dans le corps de Chi Xiaochi. Après un bref instant de stupéfaction, il relâcha son emprise, s’éloigna lentement et s’allongea sur le côté, tout en continuant à l’observer du coin de l’œil.

Chi Xiaochi se redressa et se plaignit : « Professeur Liu, il m’intimide. »

061 répondit sans changer d’expression : « Oui, il est vraiment très méchant. »

Chi Xiaochi s’installa face au feu de camp, mais ne semblait nullement avoir l’intention de faire quoi que ce soit pour remédier à la situation.

061 fut légèrement surpris : « Tu… ne vas pas régler cela ? »

Chi Xiaochi adopta une position plus confortable, expira et dit : « C’est le corps de quelqu’un d’autre. Il suffit de patienter. »

061 avait initialement voulu lui donner une petite leçon, sans chercher à le mettre aussi mal à l’aise. Mais maintenant, il se retrouvait au contraire à s’inquiéter pour lui.

Il fit se relever la panthère noire, lui fit contourner le feu de camp, puis la ramena jusqu’à la main de Chi Xiaochi. C’était une manière de faire le premier pas vers la réconciliation et de mettre fin à leur petite querelle.

Chi Xiaochi passa les bras autour de sa taille, posa le visage contre son flanc et écouta tranquillement les battements de son cœur.

061 aimait naturellement voir Chi Xiaochi dépendre ainsi de lui, mais il avait également remarqué l’attention excessive que Chi Xiaochi accordait à Mei Laoban et ne pouvait s’empêcher de s’en inquiéter.

Il s’adressa spontanément à Chi Xiaochi : « Xiaochi, une fois la mission terminée, je peux numériser Mei Laoban et l’emmener avec nous. »

À sa grande surprise, Chi Xiaochi répondit les yeux fermés : « Ce ne sera pas nécessaire. »

061 : « … Mais même si tu le laisses à Ding Qiuyun, il ne reconnaîtra pas forcément Ding Qiuyun. »

« Dans ce cas, il appartient tout de même à ce monde », remarqua Chi Xiaochi. « Il ne m’appartient pas. »

Depuis très longtemps, Lou Ying avait enseigné à Chi Xiaochi, au prix de sa propre vie, une chose : dans ce monde, rien ne lui appartenait exclusivement.

Les humains mourraient, les animaux mourraient eux aussi, et lui-même mourrait.

Tout ce qu’il pouvait faire, était de se souvenir de ce qui était le plus important pour lui avant la mort, afin que leurs vies puissent être préservées dans sa mémoire.

Ce ne fut qu’une fois que le feu qui brûlait en lui se fut naturellement dissipé que Chi Xiaochi ouvrit les yeux. Il regarda à la renverse le ciel constellé d’étoiles scintillantes d’une lumière argentée et esquissa un léger sourire. Il pensa soudain à cette étoile que 061 lui avait offerte dans un monde qu’ils avaient quitté peu auparavant.

Il se dit que, jusqu’à sa mort, il se souviendrait probablement de ce précieux cadeau qui, autrefois, lui avait appartenu.

Ce que 061 supportait le moins de voir, c’était cette terrible lucidité chez Chi Xiaochi.

061 avait terriblement envie de lui dire : Mei Laoban t’a toujours appartenu, du début à la fin, tout comme moi.

Pourtant, il ne pouvait rien dire. Il ne pouvait que rester silencieusement auprès de Chi Xiaochi, devenant un oreiller chaud et rassurant.

Tandis que Chi Xiaochi se perdait dans ses pensées, 061 sortit silencieusement de l’entrepôt une petite quantité de métal Naman.

Il l’avait obtenu des étoiles qu’il avait décrochées pour Chi Xiaochi. Il en avait donné la majeure partie à Chi Xiaochi et en avait gardé une portion, qu’il avait discrètement cachée dans un coin de l’entrepôt.

Il manipula les données et fit prendre au métal toutes sortes de formes et d’apparences.

Une petite fleur, une étoile, une sculpture représentant un bébé panthère…

Bientôt, le moment de changer de tour arriva. Sun Yan se leva en bâillant et échangea son poste avec Chi Xiaochi.

Chi Xiaochi retourna s’allonger dans la tente.

Les cahots de toute une journée, la fatigue accumulée pendant son tour de garde, ainsi que le petit incident qui venait de se produire, avaient tous épuisé son énergie. À peine eut-il pénétré dans son sac de couchage, sans même avoir eu le temps de le fermer correctement, qu’il se recroquevilla et s’endormit profondément.

Peu après qu’il eut perdu connaissance, la panthère noire qui dormait dans la même tente que lui se leva et reprit sa forme de jeune homme vêtu de blanc et de noir.

Il contempla silencieusement le visage endormi de Chi Xiaochi pendant un long moment, puis plongea la main dans sa poche et en sortit le petit morceau de métal Naman d’un argent pâle.

Il saisit doucement le poignet de Chi Xiaochi, tira son bras hors du sac de couchage et appliqua le métal Naman, qui flottait entre ses doigts, contre l’annulaire de sa main droite.

Au contact de la peau de l’annulaire, le métal Naman se rassembla et prit automatiquement forme, adoptant celle d’une bague.

Une bague faite de métal Naman était plus de cent fois plus résistante qu’une bague en diamant.

Et comme cette bague était portée par son corps spirituel, elle était totalement invisible de l’extérieur.

Il soutint précieusement la main de Chi Xiaochi et y déposa un léger baiser.

Rassure-toi. Certaines personnes seront à jamais à toi.

*

À l’aube, tout le monde se leva, éteignit les braises du feu de camp en les piétinant, puis se mit en route vers une ville située non loin de là.

Cette fois, leur sortie n’avait pas uniquement pour but de rechercher des provisions.

Parmi le groupe d’anciens humains qu’ils venaient de sauver, quelqu’un avait raconté qu’à environ six cents kilomètres de là se trouvait une zone où étaient détenus des esclaves anciens humains.

Les nouveaux humains, se considérant dotés de capacités dépassant celles des gens ordinaires, estimaient naturellement qu’ils devaient également jouir de privilèges supérieurs à ceux des gens ordinaires.

Ils avaient donc établi un point de transit où ils envoyaient les anciens humains capturés aux quatre coins du territoire et dont ils n’avaient eux-mêmes pas l’utilité. Ils les y vendaient et les faisaient circuler, les échangeant contre des biens de première nécessité ou, parfois, contre des esclaves qui leur convenaient davantage.

C’était précisément pour ces esclaves que Chi Xiaochi et les autres s’étaient rendus là-bas.

 

Traduction: Darkia1030