DPUBFTB - Chapitre 139 - Élever un gros chat dans l'apocalypse (18)

 

Infiltration, punition, la jeune fille dans la glace



À l’approche de la ville des esclaves, Sun Yan échangea sa place de conducteur avec un homme d’âge mûr de l’équipe.

Cet homme s’appelait Luo. Il était directeur adjoint d’une petite entreprise de logistique et avait eu avec sa femme des filles jumelles. Dans sa vie, ses plus grands plaisirs étaient de cultiver des fleurs et de voyager avec sa femme et ses filles. Avant que la catastrophe ne survienne, il était mort d’un cancer de la gorge, puis avait ressuscité un jour plus tard.

Lorsque la fin du monde était arrivée, il avait emmené sa femme, ses filles et deux pots de fleurs et avait pris la route pour fuir la ville.

Sa femme et ses filles étaient toujours des anciennes humaines. Ainsi, dans le froid glacial, Oncle Luo était devenu leur plus grande source de chaleur, mais aussi leur dernière.

Avant d’atteindre la petite ville fondée par Ding Qiuyun, il avait tué trois nouveaux humains qui avaient voulu s’emparer de sa femme, ainsi que six autres qui avaient tenté de leur barrer la route pour leur voler leurs provisions.

Lorsqu’il arriva à la petite ville, en plus d’être un mari et un père irréprochable, il était déjà devenu un combattant aguerri.

Au moment d’échanger leurs places, Sun Yan suivit strictement le plan et échangea les plaques d’immatriculation avant et arrière de leur véhicule.

Ces plaques venaient d’être retirées d’un camion de transport d’esclaves.

Environ trois jours auparavant, un camion rempli d’esclaves anciens humains était passé, par un heureux hasard, juste à la périphérie de la ville, et Sun Yan et les autres étaient justement tombés dessus.

Ils avaient sauvé un groupe d’esclaves anciens humains, appris l’emplacement de la ville des esclaves et obtenu le laissez-passer permettant d’y entrer.

Les deux nouveaux humains chargés d’escorter les esclaves n’avaient cessé de supplier : ayant perdu les esclaves, ils n’osaient pas retourner dans leur ville d’origine et ne pouvaient que supplier ces anciens humains de leur laisser une chance de survivre.

À ce moment-là, Yan Lanlan était en train de compter les personnes. Leurs pleurs lui firent perdre le compte plusieurs fois et l’exaspérèrent au plus haut point. Elle les menaça donc : « Taisez-vous tous. Si vous poussez encore un seul cri, je vous réduis tous les deux en miettes. Nous sommes des professionnels : quand nous accompagnons quelqu’un jusqu’à l’Ouest, nous l’envoyons jusqu’en enfer ; quand nous disons que nous allons tuer toute votre famille, nous tuons réellement toute votre famille. »

Les deux jeunes hommes étaient au bord des larmes et, terrorisés, et n’osèrent plus faire le moindre bruit.

Sun Bin leur fit gentiment remarquer : « C’est “accompagner Bouddha jusqu’à l’ouest”. »

(NT : l’Ouest est la direction traditionnellement associée à l’Inde, berceau du bouddhisme. L’idiome signifie aider quelqu’un jusqu’à ce que l’affaire soit complètement réglée. Yan Lanlan s’est trompée, peut-être volontairement, dans son utilisation de l’expression)

Yan Lanlan lui lança alors un regard noir.

Sun Bin fut profondément attristé. Il avait le sentiment de vivre au milieu d’une équipe remplie d’illettrés et craignait de finir par se dégrader lui aussi.

Pendant que les jeunes gens s’occupaient de cela, Oncle Luo retourna en ville et demanda au capitaine Ding ce qu’il fallait faire de ces deux hommes.

Chi Xiaochi, qui se reposait chez lui pour soigner ses blessures, réfléchit un instant avant de répondre : « Fouillez les esclaves et vérifiez s’ils portent des dispositifs de localisation. S’il y en a, démontez-les et remettez-les dans leur camion. Toi et Da Sun allez faire un aller-retour. Da Sun conduira notre véhicule, et toi, le leur. Allez aussi loin que possible, abandonnez le camion après deux cents kilomètres, puis revenez avec la voiture de Da Sun. Quant aux deux hommes qui escortaient les esclaves, fouillez-les pour vous assurer qu’ils ne portent aucun dispositif de localisation, puis bandez-leur les yeux et ramenez-les en ville. »

Oncle Luo fronça légèrement les sourcils.

Sa femme et ses filles étaient toujours en ville. Il refusait de leur faire courir le moindre risque.

Il dit : « Pourquoi les ramener en ville ? Envoyons-les avec le camion. »

Chi Xiaochi répondit : « Et s’ils vont prévenir les nouveaux humains ? »

Oncle Luo dit : « Dans ce cas, tuons-les directement. Ainsi, tout sera réglé une fois pour toutes, et ce sera plus propre. »

Chi Xiaochi savait qu’Oncle Luo haïssait profondément les nouveaux humains qui traitaient leurs semblables comme du bétail. Lui servir des sermons périmés du genre « Veux-tu vraiment prendre tes filles dans tes bras avec tes mains qui ont tué quelqu’un ? » n’aurait ni sens ni force de persuasion. Mais il ne voulait pas non plus que les hommes de Ding Qiuyun en viennent tous à considérer la vie humaine comme de la vulgaire herbe.

Une fois que l’on méprisait trop la vie humaine, le cœur lui-même finissait par changer.

Ainsi, le visage pâle, Chi Xiaochi tapota nonchalamment du bout des doigts le corps de Mei Laoban, allongé à côté de lui : « Les tuer serait tellement ennuyeux. Nous pouvons utiliser leur camion et leur laissez-passer pour prendre d’assaut cette ville d’esclaves, puis faire savoir à ces gens que nous avons pu agir par “complicité intérieure et extérieure”. Quand nous reviendrons, auront-ils encore le courage d’y retourner ? Nos serres en périphérie manquent justement de main-d’œuvre. Ces deux jeunes hommes signifieraient deux ouvriers robustes supplémentaires. Puisqu’ils sont disposés à escorter des esclaves, je vais leur faire goûter à ce que signifie être un esclave. Cela permettra aussi de les garder sous nos yeux. S’ils continuent à faire des histoires, je me chargerai personnellement de les éliminer. »

En tant que chef d’équipe, il fallait rester lucide et responsable, ne nourrir aucune illusion, tout en osant agir et prendre des initiatives. Sur ce point, Ding Qiuyun faisait mieux que n’importe qui.

Si Oncle Luo pouvait faire confiance à ce jeune homme, c’était précisément parce que, tout en ayant soigneusement pris toutes les précautions nécessaires, il savait également faire preuve d’audace. Ses ambitions ne se limitaient absolument pas à rester enfermé dans une petite ville pendant la fin du monde pour y mener une existence tranquille.

Finalement, ils arrêtèrent leur plan pour s’emparer de la ville des esclaves.

Oncle Luo prit la route jusqu’à la ville des esclaves et fut arrêté à l’entrée.

Il baissa la vitre.

L’homme en face bâilla avec indifférence : « Le laissez-passer. »

Oncle Luo porta la main gauche à son laissez-passer tandis que, de la droite, il plaça sa cigarette dans l’allume-cigare. Une fois allumée, il se mit à fumer tranquillement, avec un calme imperturbable.

Dans la partie arrière du camion, Chi Xiaochi tourna la tête : « Sun Bin. »

Sans même avoir besoin de recevoir d’autres instructions, Sun Bin avait déjà utilisé son ordinateur portable pour s’infiltrer silencieusement dans le système.

Même lorsqu’ils coopéraient avec les nouveaux humains, les IA ne fournissaient pas à ces derniers de matériel trop sophistiqué. S’infiltrer simultanément dans le système local d’authentification n’était donc pas particulièrement difficile pour Sun Bin.

Oncle Luo tendit le laissez-passer et l’inséra dans le lecteur de cartes situé sur le côté.

Le lecteur était relié à l’ordinateur, mais les informations tardèrent à apparaître. Agacé, le nouvel humain chargé de la vérification cliqua deux fois sur la souris et jura contre cet « ordinateur de merde », avant de ne pouvoir que croiser les bras et attendre.

Les informations du véhicule apparurent en premier, suivies de celles du propriétaire. Seule la case réservée à la photographie du propriétaire demeurait vide et refusait obstinément de s’afficher.

Yan Lanlan, qui n’y voyait absolument rien depuis l’intérieur, ne savait pas ce qui se passait dehors et ne cessait de presser Sun Bin : « C’est bon ? C’est bon ? »

Sun Bin prit une mine dépitée : « Non, non. C’est fichu, c’est fichu. »

Tout le monde pensa : Bon, cette fois, c’est assuré.

À la seconde suivante, la photographie apparut lentement à l’écran. Le visage encore assez viril d’Oncle Luo apparut dans le coin supérieur droit.

Sun Bin venait à peine de pousser un soupir de soulagement qu’il entendit Oncle Luo sauter du siège conducteur, les clés à la main.

Sun Yan baissa rapidement la voix : « Range-le vite, ils vont venir fouiller. »

La résistance psychologique de Sun Bin n’était guère supérieure à celle d’un agneau nouveau-né. Pris de panique, il faillit laisser tomber son ordinateur portable.

À la seconde suivante, les portes arrière du camion s’ouvrirent. Trois nouveaux humains armés de fusils chargés apparurent côte à côte, tenant deux énormes chiens-loups.

Effrayé par la lumière qui venait soudainement d’envahir l’espace, Sun Bin se réfugia instinctivement dans les bras de son frère. Sun Yan réagit avec une rapidité fulgurante, attirant son petit frère contre lui tout en dissimulant l’ordinateur qu’il serrait fermement entre ses mains.

L’un des hommes tenait une lampe torche et balaya l’intérieur d’un faisceau de lumière intense.

À première vue, il n’y avait pratiquement que des hommes ici. Tous avaient les cheveux coupés courts et étaient vêtus de haillons ; sans y regarder attentivement, il était même difficile de distinguer leur sexe. De lourdes chaînes étaient fixées aux poignets de chacun. La bâche huilée qui recouvrait le fond du camion dégageait une forte odeur âcre d’huile, si pénétrante qu’elle en faisait tourner la tête.

Après une première évaluation, la qualité de ce groupe d’anciens humains n’était pas mauvaise. Cinq ou six d’entre eux avaient une apparence moyenne, tandis que deux jeunes hommes particulièrement remarquables étaient enchaînés ensemble. Ils semblaient également robustes et feraient aussi bien l’affaire comme travailleurs forcés que comme esclaves sexuels.

Le chef était de bonne humeur. Il dit aux deux chiens : « Allez. À l’exception des deux hommes tout à droite, choisissez celui qui vous plaît et mangez-le lentement. »

Dès qu’il lâcha leurs laisses, les deux chiens-loups bondirent dans le camion.

Quiconque avait vécu plus de trois mois dans ce monde postapocalyptique pouvait facilement distinguer les animaux qui avaient subi une mutation.

Ces animaux aimaient particulièrement regarder les humains avec le même regard que les humains autrefois réservaient aux porcs : un regard à la fois moqueur et méprisant. Ils appréciaient également de déambuler tranquillement devant tout le groupe, de prendre un bon quart d’heure pour examiner les uns après les autres, sélectionner leur proie et savourer les expressions grotesques de peur des humains, tremblant de tous leurs membres pendant la sélection.

Et ce spectacle n’était pas seulement apprécié par les animaux : c’était également l’un des divertissements favoris des nouveaux humains de la ville des esclaves.

Seulement, cette fois, le spectacle prit fin avant même d’avoir commencé.

À peine les deux chiens-loups furent-ils montés dans le camion qu’ils reniflèrent deux fois. Leurs poils se hérissèrent soudain sur tout leur dos, leur queue se rabattit immédiatement entre leurs pattes et, sans même se retourner, ils s’enfuirent du camion à toute vitesse, allant jusqu’à ignorer les appels de leur maître.

Bien que le chef fût quelque peu méfiant et surpris, il ne pouvait imaginer que ce camion d’apparence ordinaire puisse contenir quelque chose capable d’effrayer les chiens-loups au point de les faire fuir. Il pensa simplement que l’odeur à l’intérieur était trop forte. Il agita donc la main avec désinvolture, faisant signe aux deux autres hommes de récupérer rapidement les chiens.

Puis il referma machinalement la porte arrière du camion et dit à Oncle Luo : « Emmène-les à l’entrepôt de l’ouest. Après avoir déchargé la marchandise, prends ton argent et tu pourras partir. »

Tous ceux qui se trouvaient dans le véhicule poussèrent un soupir de soulagement.

Après le démarrage du véhicule, chacun se sépara spontanément et prit place devant une fenêtre dissimulée afin d’observer les alentours.

À la tombée du soir, la ville des esclaves était enveloppée de brume et les rues paraissaient quelque peu désolées. Seuls des ouvriers des nouveaux humains, le visage marqué par la fatigue, installaient les tribunes.

Mais une fois la nuit tombée, cet endroit devenait un véritable lieu de débauche pour les nouveaux humains, une véritable piscine de vin et forêt de chair.

Ils pouvaient acheter de belles esclaves et avoir des relations avec elles en pleine rue sans que cela pose le moindre problème, encore moins devant leur mari ; ils pouvaient également attacher en groupe les esclaves masculins qu’ils avaient achetés à l’arrière de leurs voitures et faire le tour de la ville comme s’ils promenaient des ballons, afin d’exhiber l’abondance de leur butin.

C’était ce qu’avaient raconté les deux nouveaux humains chargés du transport des esclaves.

Pour sauver leur vie, ils avaient tout raconté, notamment que la ville ne possédait que deux entrées et sorties, une à l’est et une à l’ouest, quel était l’emplacement précis de l’arsenal au cœur de la ville, qu’au moins dix hommes armés assuraient le maintien de l’ordre dans chaque grande zone d’exposition d’esclaves, tandis que les petites étaient également gardées par trois ou quatre hommes armés, et ainsi de suite.

Peu après leur entrée dans la ville, Chi Xiaochi poussa un « Hein ? ».

Luo Shu lui demanda : « Capitaine Ding, qu’y a-t-il ? »

Chi Xiaochi répondit : « À sept heures. Qu’est-ce que c’est ? »

Luo Shu ralentit le véhicule et regarda dans la direction indiquée par Chi Xiaochi.

C’était une sculpture de glace. Elle représentait apparemment une jeune fille d’à peine plus de vingt ans. Nue, elle était emprisonnée dans un immense bloc de glace limpide, posé sur un rocher qui lui servait de socle. On aurait dit une œuvre d’art exposée, si réaliste qu’elle semblait vivante.

C’est ainsi que Chi Xiaochi l’avait d’abord considérée, jusqu’à ce qu’il voie la jeune fille emprisonnée dans la glace cligner légèrement des yeux.

Une personne vivante ?

Lorsqu’il distingua clairement, sur son omoplate, cette tache cadavérique en forme de fleur de prunier, Chi Xiaochi comprit quelque chose :

C’était une nouvelle humaine.

… Une nouvelle humaine qui subissait une certaine forme de punition.

Luo Shu arrêta lentement le véhicule et demanda au nouvel humain qui dirigeait l’installation des tribunes : « Excusez-moi, à quoi sert cette sculpture ? »

Il lui tendit au passage un paquet de cigarettes. Le nouvel humain l’accepta et, naturellement, se montra alors très loquace.

« Vous venez de l’extérieur ? … Oh, vous transportez des esclaves. Pas étonnant que vous ne soyez pas au courant. Il s’est passé quelque chose d’important ici il y a deux jours, cette… »

Il désigna la jeune fille.

« C’est une traîtresse qui mord la main qui la nourrit. Elle a organisé la fuite des esclaves et avait même l’intention de tuer le chef de la ville pour prendre le contrôle de l’IA. Heureusement que quelqu’un a révélé l’affaire à temps et qu’on a réussi à la maîtriser. Sinon, elle aurait causé une catastrophe… Bon sang, elle avait même fabriqué des bombes. »

Yan Lanlan forma silencieusement avec ses lèvres un « Bon sang ! ».

Sun Bin voulut lui aussi admirer cette femme intrépide, mais Yan Lanlan lui donna un coup de pied. « Allez, allez, qu’est-ce que tu regardes ? Que tous les hommes ferment les yeux. »

Gu Xinzhi alla droit à l’essentiel : « La surveillance sera certainement renforcée ces prochains jours. »

Chi Xiaochi approuva tacitement son analyse avant de dire : « Cette fille n’est pas mal. Lanlan, trouve un moyen de la faire sortir. Même si tu n’y parviens pas, il faudra l’utiliser pour provoquer des troubles. À toi de voir comment saisir le bon moment. »

Yan Lanlan répondit par un « D’accord », puis sortit de la poche de son pantalon un autocollant de tatouage spécial qu’elle appliqua sur le côté de son cou. Elle retira rapidement son vêtement extérieur, déjà réduit à l’état de fibres, révélant sous celui-ci un pull ajusté et fin capable de maintenir automatiquement la température corporelle. Elle arracha la perruque qui ressemblait à un nid d’oiseau, puis repoussa du pied le tapis et dévoila une trappe dissimulée dans le plancher du camion. Elle sauta à l’intérieur, arracha au passage le film protecteur de l’autocollant tatoué sur son cou, laissant sur celui-ci une série de taches évoquant des marques cadavériques.

Tout cela lui prit environ deux minutes.

Aussitôt, elle se glissa agilement par la trappe.

Luo Shu continua quelque temps à discuter avec le nouvel humain et apprit que la jeune fille s’appelait Shu Wenqing et qu’elle avait été dénoncée par son petit ami, un ancien humain.

Shu Wenqing avait grandi dans un complexe résidentiel militaire. Ses deux parents étaient morts en héros. Lorsque la catastrophe s’était produite, elle servait dans l’armée depuis déjà quatre ans et venait tout juste d’apprendre qu’elle souffrait d’un cancer des os à un stade avancé.

Elle perdit l’accès aux ressources médicales et mourut rapidement, mais ressuscita tout aussi rapidement.

Elle retrouva son petit ami et s’enfuit avec lui jusqu’ici, où elle retrouva son oncle et obtint un endroit où vivre en sécurité. Mais cet endroit ne tarda pas à devenir une ville d’esclaves. Grâce à sa puissance exceptionnelle, elle devint membre de la garde de la ville et protégea de toutes ses forces son petit ami afin qu’il ne soit pas maltraité.

En réalité, elle était tout simplement incapable de supporter que des êtres humains vendent d’autres êtres humains.

Elle espérait changer la situation et choisit donc de se rebeller.

Mais son petit ami craignait qu’en cas d’échec de sa rébellion, il ne perde non seulement sa protection, mais se retrouve dans une situation encore pire. Il tenta plusieurs fois de l’en dissuader et, constatant qu’elle n’avait aucunement l’intention de l’écouter, finit par serrer les dents et la dénonça aux autorités.

Lorsque l’affaire fut découverte, afin de se dissocier complètement d’elle, son petit ami la transforma lui-même en une sculpture de glace vivante, en lui versant bol après bol de l’eau glacée dessus jusqu’à ce qu’elle gèle.

Tous ceux qui avaient participé à la préparation de cette affaire furent brutalement massacrés devant elle dès qu’ils furent capturés.

Ce ne fut qu’après que tous ses complices eurent été tués qu’on lui permit enfin de mourir.

Le nouvel humain méprisait Shu Wenqing pour avoir tenté de détruire la stabilité de leur vie actuelle, tout en dédaignant cet homme sans courage. Il s’attarda encore un moment à bavarder de cette histoire, puis, rassasié de ragots, se prépara à retourner travailler.

Il fit signe à Luo Shu, qui remit le véhicule en marche.

Après le départ du camion, une jeune fille aux longs cheveux, pleine de vitalité, apparut sur le côté du véhicule. Elle portait des écouteurs, avait une main dans sa poche et une petite clochette tintait à chacun de ses pas.

Le nouvel humain, voyant qu’elle était plutôt frêle, n’y prêta pas attention et siffla même en direction de son dos.

La jeune fille ne l’entendit pas et se dirigea vers la sculpture de glace.

Le nouvel humain, qui s’apprêtait à repartir, fut attiré par la scène.

Ces derniers jours, personne dans la ville n’osait s’approcher de cette sculpture, de peur d’être soupçonné d’être un complice de Shu Wenqing et d’attirer ainsi des ennuis.

Cette fille était-elle idiote ?

Il la regarda s’approcher de la sculpture de glace et en faire plusieurs fois le tour. Elle caressa la glace avec une grande curiosité, sans montrer la moindre inquiétude ; au contraire, elle semblait trouver cela très intéressant. Elle donna même un petit coup de pied dans la glace.

Il pensa alors qu’elle devait vraiment avoir un problème dans la tête.

Yan Lanlan fit deux tours et calcula approximativement les différents endroits où elle pourrait placer les bombes qu’elle transportait dans son sac à dos.

Elle leva la tête et regarda Shu Wenqing.

Leurs regards se croisèrent précisément à cet instant.

Shu Wenqing avait à l’origine un visage aux traits délicats et d’une beauté froide ; vu à travers la couche de glace, son regard et son expression semblaient encore plus glacials, jusqu’à la moelle des os.

Elle forma avec ses lèvres le mot : « Va-t’en. »

Ces derniers jours, tous ceux qui avaient eu avec elle la moindre relation un tant soit peu proche avaient subi les conséquences. Elle ne voulait plus attirer de malheur à quiconque ni laisser personne nouer avec elle une relation inutile.

Mais comme elle était incapable d’afficher une expression suffisamment féroce, Yan Lanlan ne comprit pas ce mouvement des lèvres. Après y avoir réfléchi, elle leva la main pour la saluer ; sa petite clochette tinta joyeusement et elle lui adressa une réponse des plus amicales : « Salut. »

Shu Wenqing : « … »

Yan Lanlan regarda sa silhouette et sentit son visage devenir légèrement chaud. Mais comme elle était dans l’impossibilité de la couvrir, elle sortit simplement un vêtement de son sac, monta sur le socle et lui couvrit le visage. Puis elle choisit une pierre sur laquelle s’asseoir, sortit de son sac le carnet de croquis et le crayon de Ding Qiuyun, et commença à dessiner en observant attentivement la sculpture.

Son comportement, beaucoup trop voyant, attira rapidement l’attention d’un garde qui se trouvait non loin de là.

Il accourut d’un pas rapide, lui arracha brutalement le carnet de croquis des mains et en feuilleta quelques pages. Constatant qu’il n’y avait rien d’anormal, il le lui rejeta avant de demander d’un ton menaçant : « Qu’est-ce que tu fais ? »

Yan Lanlan lui jeta un coup d’œil, puis épousseta avec dédain la couverture de son carnet : « Un dessin anatomique. Tu n’en as jamais vu ? Pauvre rustre. »

Le garde : « … Va-t’en, va-t’en, va-t’en. Ce n’est pas un endroit pour faire des dessins. »

Yan Lanlan : « Va donc te faire voir. Cet endroit est à toi ? Tu as pissé ici pour marquer ton territoire ? »

Le garde, exaspéré par les paroles de Yan Lanlan, sentait sa colère monter. Mais voyant que ses vêtements ne ressemblaient pas à ceux d’une personne pauvre, il ne savait pas de quelle grande famille de marchands d’esclaves elle pouvait être la fille, et puisqu’elle était aussi arrogante, il n’osait pas facilement la provoquer. Sans même s’en rendre compte, il adoucit son ton : « Tu… Alors enlève au moins le vêtement. »

Yan Lanlan répondit avec une parfaite assurance : « Je dessine. Elle me fixe, et cela me met mal à l’aise. »

Le garde : « … Si tu fais cela, je vais me faire retenir une partie de mon salaire. »

Yan Lanlan lâcha un « Tss » et prit une expression signifiant « Très bien, je vais te faire cette faveur ». À contrecœur, elle retira le vêtement qu’elle venait de disposer sur la sculpture.

Le garde avait lui aussi fini par craindre Yan Lanlan. Il n’osa plus s’attarder à se quereller avec cette jeune maîtresse au caractère difficile et retourna à son poste. Il l’observa de loin pendant un moment et, constatant qu’elle ne faisait réellement que baisser la tête pour écrire et dessiner, relâcha quelque peu sa vigilance.

Mais Shu Wenqing avait déjà compris que quelque chose n’allait pas.

Elle avait une excellente vue et, comme elle bénéficiait d’un point de vue en hauteur, elle aperçut sans difficulté ce que Yan Lanlan dessinait sur le papier.

… Elle dessinait un plan indiquant les différents points où placer les bombes.

Yan Lanlan sentit le regard venant d’en haut et leva les yeux vers elle. Ses beaux yeux et ses sourcils s’incurvèrent dans une expression joyeuse et lumineuse. Puis elle baissa de nouveau la tête et se mit à fredonner « Dans l’étang joyeux, il y a une petite grenouille », tandis que son crayon frottait régulièrement la surface du papier, traçant toute une série de formules.

Ayant permis à Ding Qiuyun de vivre une nouvelle vie, Chi Xiaochi n’avait jamais eu l’intention de transformer ses coéquipiers en incapables ne pouvant compter que sur lui. Même sans Ding Qiuyun, ils devaient être capables de se débrouiller seuls.

Tout en fredonnant sa petite mélodie, elle jetait des regards autour d’elle.

Les premiers à arriver furent les soldats. Puis, attirées peu à peu par la musique, les personnes commencèrent à affluer, jusqu’à former une véritable foule immense.

Alors que la nuit enveloppait complètement les lieux, le marché aux esclaves ouvrit ses portes.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

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