Écho, effondrement, télécommunication
Le soir, avant que tout le monde ne se repose, ils désignèrent, comme d’habitude, une personne pour la garde visible et deux pour la garde dissimulée, en changeant d’équipe toutes les trois heures.
Sans attendre que Sun Yan établisse le planning, Chi Xiaochi déclara : « De 23 heures à 2 heures, Lanlan sera de garde visible, et moi et le vice-capitaine Gu assurerons la garde dissimulée. »
Gu Xinzhì, qui était en train de ranger le barbecue, s’immobilisa en entendant cela. Puis il accéléra ses gestes, rassembla à la hâte tous les ustensiles dans ses bras et se dirigea rapidement vers l’extérieur.
Les membres de l’équipe se regardèrent, perplexes.
Ils étaient complètement incapables de le cerner Gu Xinzhì.
Ils le connaissaient depuis si longtemps, pourtant Gu Xinzhì était toujours resté à l’écart du groupe ; dans ses yeux comme dans son cœur, il n’y avait juste assez de place que pour Ding Qiuyun.
À la longue, les membres de l’équipe s’y étaient tous habitués, mais lorsqu’ils l’entendirent parler avec un naturel désinvolte de l’idée d’anéantir les Nouveaux Humains, ils ne purent malgré tout s’empêcher de sentir un frisson leur parcourir le dos.
Gu Xinzhì, quant à lui, ne pouvait pas comprendre ce qu’ils ressentaient.
Plus précisément, dépourvu d’empathie, il ne percevait même pas la tension qui s’était installée dans l’atmosphère à cet instant.
À ses yeux, il avait simplement proposé une idée présentant une certaine faisabilité, afin que Ding Qiuyun puisse y réfléchir. Puisque Ding Qiuyun n’était pas content, il ferait comme s’il n’avait rien dit.
Le supermarché ne comptait que deux étages. Ding Qiuyun et Gu Xinzhì montèrent la garde accroupis sur le toit, au point culminant.
Cette nuit-là, il faisait particulièrement froid. Ding Qiuyun avait enroulé une longue écharpe autour de son cou, tandis que Mei Laoban était couché à ses pieds pour les lui réchauffer. Sa fourrure douce et moelleuse effleurait légèrement les chevilles de Ding Qiuyun, tel un véritable radiateur naturel.
Ding Qiuyun tenait une patate douce grillée et la partagea avec le Patron.
Lui en mangea une petite moitié, et le Patron la majeure partie.
Le grand léopard, tel un gros chat, se frotta contre sa cheville et poussa un doux : « Aou. »
Chi Xiaochi lui parla d’une voix douce, comme s’il comprenait réellement ce qu’il disait : « C’est bon, hein ? C’est sucré, hein ? »
La patate douce était réellement sucrée. Sa chair intérieure avait en grande partie fondu en sirop sous l’effet de la cuisson ; lorsqu’il la mordait, il devait faire preuve d’une grande prudence, à la fois pour ne pas se brûler et pour éviter que le jus ne déborde. Chi Xiaochi la mangeait donc avec un soin tout particulier.
Mei Laoban, lui, n’avait pas de telles préoccupations. Dès que la patate douce eut un peu refroidi, il l’avala d’une seule bouchée. Le reste du temps, il se contenta de regarder Chi Xiaochi manger et de lui nettoyer la patate douce qui avait coulé sur ses doigts.
Chi Xiaochi remua la cheville et se vanta auprès de 061 : « Professeur Liu, regarde. Mon chauffe-pieds automatique. »
Puis il tendit la main et le laissa lécher doucement l’intérieur de son poignet : « … Mon savon liquide automatique. »
Après quoi, il fourra de nouveau sa main dans la fourrure du léopard : « Mon sèche-mains automatique. »
… Ses paroles étaient empreintes d’une immense fierté envers son Patron multifonction.
061 eut un petit rire, puis prit prudemment dans les siennes les mains légèrement froides de Chi Xiaochi. Sa voix souriante parut calme et grave dans la nuit noire : « Oui. C’est vraiment bien. »
Gu Xinzhì savait depuis longtemps que le léopard noir et Ding Qiuyun s’entendaient bien.
Au début, il détestait profondément ce léopard, mais il n’osait même pas vraiment laisser paraître ses émotions de « dégoût » ou de « jalousie ».
Parce qu’il ne pouvait plus prendre le moindre risque de perdre Ding Qiuyun.
Ding Qiuyun le choyait tellement que, pour se sentir lui-même un peu mieux, Gu Xinzhì ne pouvait que tenter d’apprendre à l’apprécier.
Après une longue période d’auto-persuasion, Gu Xinzhì parvint tant bien que mal à apprécier ce léopard. Au moins, il pouvait protéger Qiuyun et devenir son bouclier.
Mais lui était différent. Lui était le pistolet de Qiuyun, celui qui était unique en son genre.
Tout le monde alla dormir.
La garde visible fut installée devant l’entrée principale du supermarché. Des branches brûlaient en dessous et crépitaient, tandis que Yan Lanlan, assise près du feu, utilisa une grosse branche pour tasser et rapprocher les pierres autour d’elle. Au gré de ses mouvements, les clochettes argentées à son poignet tintaient doucement.
Gu Xinzhì demanda doucement à Ding Qiuyun : « Tu m’as fait monter, il y a quelque chose ? »
Ding Qiuyun avait spécialement demandé qu’il vienne et avait choisi de monter la garde dissimulée avec lui. Il se doutait donc que Ding Qiuyun avait quelque chose à lui dire.
Et il ne s’était pas trompé. Tout en tenant les deux pattes avant du Patron pour jouer avec elles en les faisant se toucher l’une contre l’autre, Ding Qiuyun lui tourna le dos et répondit : « Oui. C’est au sujet des armes de niveau national dont nous parlions tout à l’heure. »
Gu Xinzhì ne dit plus rien. Son expression resta inchangée, mais ses doigts se crispèrent légèrement sur le bord de ses vêtements.
Il attendit en silence que Ding Qiuyun lui fasse des reproches.
Le ton de Ding Qiuyun resta aussi froid et détaché que d’habitude : « À ce moment-là, je t’ai demandé de ne pas aller plus loin parce que je savais ce que tu allais dire ensuite. Tu détestes donc tellement les Nouveaux Humains ? »
Gu Xinzhì fronça les sourcils, incapable de comprendre : « Les Nouveaux Humains sont différents de nous. Ce sont une autre espèce. »
Chi Xiaochi lui répondit directement par une question : « Et si, un jour, j’avais moi aussi un cancer ? »
Gu Xinzhì resta stupéfait pendant quelques secondes, puis fronça profondément les sourcils. Son ton se fit lui aussi dur : « Cela ne t’arrivera pas. »
« “Si”. »
« Ce “si” n’existe pas. »
Ding Qiuyun ne prêta aucune attention à sa réfutation obstinée et poursuivit de son propre chef : « Alors moi aussi, je deviendrais un Nouvel Humain et je deviendrais ce que tu appelles “une autre espèce”. »
Puisque Gu Xinzhì ne comprenait pas ce qu’était l’empathie, pour lui faciliter la compréhension, il ne restait qu’à prendre Ding Qiuyun, la seule personne avec laquelle il pouvait établir un lien affectif, comme exemple.
Comme prévu, Gu Xinzhì ne dit plus rien.
Il se demanda à quoi ressemblerait Ding Qiuyun après être devenu un Nouvel Humain et découvrit avec surprise que, tant que cette personne était Ding Qiuyun, il n’était finalement pas si difficile de l’accepter.
Cette découverte surprit quelque peu Gu Xinzhì.
Ding Qiuyun semblait particulièrement doué pour saisir l’instant précis où les défenses de Gu Xinzhì vacillaient : « À ce moment-là, est-ce que tu me tueras parce que je serai un Nouvel Humain ? »
Gu Xinzhì supporta le moins bien d’entendre cette phrase : « Non ! »
… Il s’effondra d’un seul coup.
Ding Qiuyun modifia de nouveau naturellement son ton. Cette fois, il était beaucoup plus doux, mais chaque mot exerçait une pression considérable : « Des anciens humains comme nous peuvent devenir des Nouveaux Humains du jour au lendemain, qui sait. Si tu tires un missile, parmi les gens que tu feras exploser, il se pourrait que j’en fasse partie. »
Le cœur de Gu Xinzhì se contracta douloureusement.
« Cependant, » reprit Ding Qiuyun, « ta proposition n’est pas si mauvaise. »
Dans sa vie précédente, à part être tombé sur ce traître de niveau catastrophique qu’était Gu Xinzhì, ce qui avait le plus handicapé Ding Qiuyun était le manque d’armes et le retard de son équipement.
Chi Xiaochi connaissait trop bien cette lacune du fond de son cœur et avait donc toujours eu l’intention de la combler.
Au début, Chi Xiaochi avait pris d’assaut un dépôt d’armes, puis, par la suite, il s’était rendu dans plusieurs installations militaires, récupérant quantité d’armes et établissant ainsi autour de leur ville une ligne de défense basée sur une puissance de feu pratiquement imprenable.
Mais il ne s’en était pas satisfait.
Ding Qiuyun comme Chi Xiaochi savaient parfaitement que, pour survivre dans un monde post-apocalyptique, la brève tranquillité obtenue en échange de consommables ne pouvait absolument pas être qualifiée de véritable tranquillité.
C’est pourquoi, très tôt, Chi Xiaochi avait commencé à convoiter les dépôts d’armes de niveau national.
Lorsque la catastrophe s’était produite, les personnes qui travaillaient dans les services concernés avaient immédiatement compris que quelque chose n’allait pas et, d’un commun accord, avaient détruit physiquement toutes les connexions entre les armes et les réseaux, y compris le réseau militaire interne.
Il fallait reconnaître que c’était une décision judicieuse. Une fois ces connexions détruites, toutes les armes de haute technologie étaient devenues de vulgaires amas de fer, entreposés dans les dépôts en attendant de rouiller.
Mais ces armes restaient malgré tout extrêmement importantes et précieuses. Il fallait absolument trouver un moyen de les récupérer.
La plupart des anciens humains ne pensaient qu’à sauver leur vie et à trouver de quoi manger et boire pour survivre. Ils devaient en outre se méfier des attaques des animaux et des plantes ayant évolué, et parvenir simplement à rester en vie leur demandait déjà tous leurs efforts. La plupart des Nouveaux Humains avaient eux aussi leur propre famille. Certains, refusant de faire de nouveau confiance à l’IA, choisirent de fuir ; d’autres, afin de protéger leur famille, choisirent de travailler pour l’IA.
L’IA voulait naturellement s’emparer de ces armes et, surtout, tenir véritablement l’humanité par la peau du cou. Pourtant, à chaque fois, les soldats chargés de garder les dépôts d’armes parvenaient à repousser les attaques.
Ces soldats avaient d’un côté une responsabilité à assumer et, de l’autre, le désir de rester auprès des armes, qui constituaient pour eux un soutien concret et fiable. Ils se consacraient donc naturellement corps et âme à leur mission.
Avant même de rencontrer Gu Xinzhì, Chi Xiaochi avait déjà eu des contacts avec les personnes qui gardaient ces dépôts d’armes.
Ils étaient tous des anciens humains et avaient besoin de maintenir les conditions de vie les plus élémentaires. Une organisation avait donc également mis en place des équipes spécialement chargées de récupérer des ressources, qui sortaient chercher de la nourriture.
L’IA cherchait quant à elle à couper leur approvisionnement afin de les laisser mourir de froid et de faim et de les faire s’effondrer sans même avoir à combattre. Leurs véhicules de ravitaillement devenaient donc souvent les principales cibles des attaques des Nouveaux Humains sous les ordres de l’IA, et chaque sortie constituait une véritable bataille acharnée.
Une fois, Chi Xiaochi avait emmené plusieurs membres de son équipe, robustes et vigoureux, dans un long périple de près d’un demi-mois, avec pour objectif une certaine grande base militaire située à l’endroit le plus proche de lui.
Il s’était embusqué au bord de la route et avait joué le rôle de la mante qui attend que la cigale tombe dans le piège pour devenir à son tour la proie d’un oiseau (NT : profiter d’une situation où deux camps s’affrontent pour tirer avantage du conflit). Profitant du repos tandis que l’ennemi était fatigué, il avait aidé les soldats à repousser les Nouveaux Humains venus les attaquer, récupéré leurs armes et offert gratuitement quelques provisions aux soldats.
Chi Xiaochi avait reproduit cette méthode au moins trois fois, prétendant à chaque fois être simplement « de passage », et avait également fait des récoltes plutôt considérables auprès des Nouveaux Humains.
061 s’était autrefois moqué de lui, disant que non seulement il apportait du charbon pendant une tempête de neige (NT : idiome, apporter une aide précieuse à quelqu’un dans une situation difficile), mais qu’en plus, il allait jusqu’à prendre deux morceaux dans le brasier.
C’était vrai, mais apporter du charbon pendant une tempête de neige était toujours bien plus marquant que d’ajouter des fleurs à une broderie (NT : ajouter quelque chose à une situation déjà favorable).
Chi Xiaochi aurait pu garantir qu’après ces trois occasions où il leur avait apporté une aide précieuse dans les moments difficiles, il avait déjà laissé une trace dans l’esprit du commandant de cette base, et que l’impression qu’il avait laissée était nécessairement positive et digne de confiance.
Après tout ce temps, les gardiens avaient eux aussi été presque entièrement épuisés par la faim, le froid, les pertes au combat et les décès dus aux maladies. Il était temps pour eux d’envisager la possibilité de coopérer avec d’autres.
Et c’était précisément ce genre d’occasion que Chi Xiaochi attendait.
La construction et la consolidation de la ville lui avaient réellement demandé et accaparé trop d’énergie. Il ne souhaitait pas non plus révéler ses intentions trop tôt et était donc resté silencieux jusqu’à présent. Il ne s’était pas attendu à ce que Gu Xinzhì, par un heureux concours de circonstances, parvienne justement à la même conclusion que lui.
Mais ce n’était pas si étrange.
À l’époque, si Ding Qiuyun était tombé amoureux de Gu Xinzhì, n’était-ce pas justement parce qu’ils avaient, pendant un temps, été parfaitement en accord l’un avec l’autre et partageaient les mêmes aspirations ?
C’était simplement qu’à cette époque, Ding Qiuyun avait accordé trop facilement sa confiance à Gu Xinzhì et n’avait pas découvert le fossé idéologique, infranchissable comme des montagnes et des mers, qui les séparait.
Gu Xinzhì resta longtemps abasourdi avant de comprendre ce que l’homme devant lui voulait dire : « Tu… tu penses que ce que j’ai dit est juste ? »
« La première moitié était encore digne d’être prononcée par un être humain », répondit Ding Qiuyun en haussant les épaules. « Pour la seconde moitié, même en réfléchissant avec mes talons, je savais que tu ne pourrais rien sortir de bon. »
Gu Xinzhì pinça les lèvres et sourit.
Il possédait une apparence juvénile d’une froideur extrême et terriblement séduisante. Lorsqu’il souriait, il y avait même dans son expression une pointe de candeur capable de faire battre le cœur plus vite. Mais Ding Qiuyun ne lui accorda aucune attention. Il sortit de ses vêtements une petite flasque, dévissa le bouchon et but une gorgée d’alcool pour se réchauffer.
Ding Qiuyun déclara très clairement : « J’ai des personnes importantes à protéger. Je ne peux pas les laisser exposées au danger. Mais je sais parfaitement que ce qui peut réellement préserver la paix, ce n’est pas la bonté ni les relations humaines, mais la peur. C’est pourquoi je veux des armes, une force écrasante, je veux tout. Nous ne massacrerons pas les autres de notre propre initiative, mais nous devons absolument être les plus forts. »
Gu Xinzhì fixa Ding Qiuyun sans dire un mot, les yeux remplis d’un amour passionné. Bien qu’il ne puisse pas comprendre quelle sorte de noble ambition cela représentait, puisque c’était le souhait de Ding Qiuyun, cela devait forcément être important.
Il se porta naturellement volontaire : « Laisse-moi m’en charger, d’accord ? »
Ding Qiuyun lui jeta un regard : « On verra. Je vais encore y réfléchir. »
Pour une fois, l’atmosphère entre eux était étonnamment harmonieuse. L’un fumait, l’autre buvait. Bien qu’ils restent silencieux, il n’y avait ni dispute ni opposition, ce qui emplissait Gu Xinzhì de joie tandis qu’il regardait Ding Qiuyun à la dérobée.
Ding Qiuyun sembla sentir ce regard et tourna la tête vers lui. Gu Xinzhì détourna alors très rapidement les yeux et, légèrement nerveux, caressa le fil au bord de sa manche. Son visage resta parfaitement impassible, mais son cœur battait à tout rompre.
Il voulait dire quelque chose à Ding Qiuyun, mais il craignait de prononcer une parole déplacée et de gâcher cette si bonne atmosphère.
Après un long moment, il rassembla enfin son courage et dit : « Capitaine Ding, tu devrais dormir. »
Ding Qiuyun inspira profondément l’air glacial de la nuit. Son ton avait déjà retrouvé cette manière de plaisanter, ni froide ni chaleureuse, qu’il employait habituellement : « Vice-capitaine Gu, nous sommes de garde dissimulée. Depuis quand les sentinelles dorment-elles pendant leur garde ? »
Gu Xinzhì aimait que Ding Qiuyun l’appelle ainsi : « Capitaine Ding… »
Avant qu’il ait pu terminer sa phrase, le léopard noir, qui était resté paisiblement couché aux pieds de Ding Qiuyun, ouvrit brusquement ses yeux gris-bleu à demi clos et poussa un grondement sourd. Il s’élança directement aux côtés de Ding Qiuyun, dévala l’escalier et disparut en quelques secondes.
Au même moment, 061 prit une voix grave et déclara : « Xiaochi, il y a un problème. »
Après deux années d’expérience dans des combats en solitaire, les réflexes de Gu Xinzhì, déjà naturellement aiguisés, n’avaient plus rien à envier à ceux d’une bête. Dès que Mei Laoban donna l’alerte, il se redressa immédiatement depuis sa position dissimulée et passa la tête à découvert. À la seule vue de ce qui se trouvait en contrebas, son visage changea brusquement de couleur.
Une dizaine de points lumineux vert fluorescent encerclaient silencieusement et rapidement le feu de camp.
… Des hyènes.
Une meute de hyènes.
Plus grave encore, Yan Lanlan, qui était chargée de la garde visible, avait probablement eu trop chaud près du feu et, rassurée par la présence de deux gardes dissimulés fiables sur lesquels elle pouvait compter, s’était endormie, la tête baissée.
Chi Xiaochi avait lui aussi vu la scène. Son esprit se tendit instantanément. Tout en portant la main à son arme, il avait déjà envisagé plusieurs possibilités. En un éclair, son cœur se glaça davantage.
Ces hyènes devaient être affamées à l’extrême, sans quoi elles n’auraient jamais pris le risque de chasser sur un territoire où vivait un léopard noir.
Elles étaient déjà beaucoup trop proches de Yan Lanlan. S’il tirait, rien ne garantissait qu’une balle ricochet ne la blesserait pas ; et encore moins qu’elles ne lanceraient pas, sous l’effet du coup de feu, une attaque fulgurante et ne lui déchiquetteraient pas la gorge.
La cohésion d’une meute de hyènes ne devait absolument pas être sous-estimée.
Plus terrible encore, ces hyènes avaient fait remonter dans l’esprit de Chi Xiaochi un souvenir extrêmement pénible de Ding Qiuyun.
… Une main couverte de sang et portant une clochette argentée se tendait désespérément au milieu des cris de déchiquetage des hyènes, comme si elle cherchait à saisir quelque chose, mais elle ne parvenait à rien attraper.
Une tension extrême déclencha instantanément une violente migraine. Chi Xiaochi serra les dents pour la supporter et pointa le canon de son arme, dont il avait ôté la sûreté, vers le bas, en diagonale : « Professeur Liu, aide-moi à viser… »
Cependant, avant même que 061 ait pu répondre, l’homme à ses côtés posa silencieusement une main sur le bord du toit et sauta !
Le courant d’air provoqué par sa chute remonta violemment jusqu’au visage de Chi Xiaochi, le figeant instantanément. Ses doigts se raidirent complètement sur la détente et son corps se mit même à trembler malgré lui.
061 : « … Xiaochi ? »
Le plan d’attaque surprise des hyènes fut complètement bouleversé par Gu Xinzhì, tombé du ciel.
Gu Xinzhì n’avait absolument pas l’intention de les effrayer en criant. Il tira silencieusement le poignard accroché à sa taille, leva le poignet et transperça directement la tête d’une hyène.
Le sifflement strident de l’air fendu par la lame et les éclaboussures de chair et de sang réveillèrent Yan Lanlan. Encore ensommeillée, elle aperçut devant elle une multitude de lueurs vert pâle. Ses instincts lui signalèrent aussitôt le danger. Sans perdre davantage de temps en doutes ou en hésitations, elle saisit deux branches dans le feu voisin et les agita dans toutes les directions, cherchant à les faire fuir tout en évaluant rapidement par quel côté elle pourrait percer leur encerclement.
Les hyènes n’étaient évidemment pas disposées à laisser échapper une proie déjà à leur portée. Profitant du moment où Yan Lanlan tourna légèrement les épaules, deux d’entre elles bondirent simultanément de directions opposées, visant sa gorge et son bras !
À peine l’une d’elles avait-elle pris son élan qu’un tir provenant du deuxième étage lui fit littéralement exploser la tête.
Mais il ne pouvait plus empêcher l’autre.
Elle dévoila ses crocs d’un blanc éclatant, dégoulinant de salive, et referma violemment la mâchoire sur l’avant-bras de Yan Lanlan !
Mais ses crocs rencontrèrent un tuyau métallique.
Au même instant retentit le bruit glaçant de dents qui se brisaient, faisant frissonner le cuir chevelu. Gu Xinzhì fit tournoyer le tuyau d’acier qu’il tenait à la main. Celui-ci décrivit un magnifique demi-cercle dans les airs avant de projeter brutalement le corps de la hyène au sol.
Sous la violence du choc, le tuyau d’acier se brisa en deux.
Gu Xinzhì réagit avec une rapidité fulgurante. Il attrapa l’une des moitiés du tuyau qui allait être projetée au loin, la fit tournoyer habilement dans sa main, orienta l’extrémité brisée vers le bas et l’enfonça dans le ventre retourné de la hyène. D’une main, il lui saisit la gorge et, de l’autre, abaissa violemment le tuyau, lui ouvrant directement le ventre.
Du sang éclaboussa la commissure de ses lèvres.
Deux autres coups de feu retentirent depuis le toit : l’un tua une hyène, l’autre en blessa une. Quant aux hurlements atroces de la hyène mourante, éventrée en un instant, ils effrayèrent suffisamment les quelques survivantes pour les faire fuir dans une débandade complète.
Gu Xinzhì se releva, essuya le sang au coin de ses lèvres du revers de la main, puis passa le tuyau ensanglanté sur son vêtement. Sans prêter attention à Yan Lanlan, encore figée de stupeur après coup, il leva les yeux vers le toit.
Ding Qiuyun n’y était plus.
Les coups de feu réveillèrent les membres de l’équipe qui dormaient paisiblement dans le supermarché. Lorsqu’ils sortirent précipitamment, Yan Lanlan se tenait au milieu de la place, désemparée, tenant encore les branches enflammées.
Ding Qiuyun sortit du supermarché en tenant son fusil de précision par le canon, la crosse dirigée vers le haut : « Yan Lanlan, réponds-moi : qu’est-ce qu’une garde visible ? »
Le visage de Yan Lanlan était livide : « Je… »
Ding Qiuyun lui lança brutalement le fusil dans les bras et cria d’une voix sévère : « Qui t’a autorisée à dormir ?! Tu tiens à mourir ?! »
Yan Lanlan venait de frôler la mort. Une sueur froide ruisselait encore dans son dos et, lorsqu’une rafale d’air froid la frappa, elle sentit la chair de poule lui parcourir le corps : « Capitaine Ding, je suis désolée… »
« Désolée de quoi ? De quoi es-tu désolée ? » Ding Qiuyun donna un coup de pied dans le feu, faisant voler des étincelles dans toutes les directions. « Tu ne t’es fait du tort qu’à toi-même ! »
Yan Lanlan, effrayée par la colère de Ding Qiuyun, savait également qu’elle avait commis une erreur beaucoup trop grave et ne pouvait que baisser la tête pour subir ses reproches.
Sun Yan et les autres n’avaient jamais vu Ding Qiuyun entrer dans une telle colère. Ils s’approchèrent tous pour tenter d’apaiser la situation : « Capitaine Ding, capitaine Ding, calmez-vous. »
« Lanlan est encore jeune, elle ne connaît pas encore bien la mesure des choses. Ne vous mettez pas en colère. »
« Lanlan, viens vite dire quelque chose de gentil au capitaine Ding. »
Gu Xinzhì, qui avait quelque peu pitié de Ding Qiuyun, s’approcha volontairement : « Qiuyun… »
Ding Qiuyun lui donna une gifle sans même dire un mot.
Gu Xinzhì resta complètement abasourdi par le coup et leva les yeux vers Ding Qiuyun avec stupeur.
« Qu’est-ce que tu regardes ?! C’est bien toi que je frappais ! »
Gu Xinzhì perçut une légère vibration dans la voix de Ding Qiuyun. « Pourquoi as-tu sauté ?! Tu tiens toi aussi à mourir ?! Tu es toi aussi trop jeune ?! Tu voulais nous montrer à quel point tu étais capable et compétent ?! »
Après avoir dit cela, il repoussa d’un geste les personnes qui tentaient de le retenir, fit demi-tour et retourna dans le supermarché. Il monta rapidement les escaliers et verrouilla directement la porte donnant sur le toit.
Tout le monde avait compris que Ding Qiuyun était véritablement entré dans une grande colère.
Après une telle agitation, qui aurait encore sommeil ?
Yan Lanlan n’avait pas pleuré lorsqu’elle avait été encerclée par les hyènes, mais cette fois, elle avait été véritablement effrayée au point d’en pleurer. Elle alla sangloter devant la porte du toit pour reconnaître sa faute et implora pendant un long moment, mais revint finalement sans avoir obtenu gain de cause.
Les yeux encore remplis de larmes, elle retourna auprès des autres, où elle reçut à son tour un violent coup sur la tête de chacun d’eux, ce qui la fit pleurer encore plus désespérément.
Sun Bin alla la consoler, tandis que l’oncle Luo s’occupait efficacement de découper la viande des hyènes afin de la conserver pour en faire des provisions. Sun Yan, quant à lui, attisa le feu avant de dire à Gu Xinzhì : « Vice-capitaine Gu, le capitaine Ding n’a fait que passer sa colère sur toi. Ne le prends pas à cœur. »
Gu Xinzhì ne répondit pas.
En repensant au Ding Qiuyun de tout à l’heure, dont l’expression trahissait clairement l’inquiétude et la nervosité, Gu Xinzhì sentit son cœur se remplir d’une douce chaleur. Comment aurait-il pu se formaliser pour une si petite chose ?
Sur le toit, à l’écart des autres, Chi Xiaochi était adossé à la rambarde, le visage enfoui entre ses genoux. La main avec laquelle il venait de frapper Gu Xinzhì tremblait légèrement.
061 l’appela doucement : « Xiaochi ? »
Chi Xiaochi remit ses cheveux en ordre : « Désolé. Je me suis trop pris au jeu. »
061 répondit : « Oui, je sais. »
Il avait deviné à quoi Chi Xiaochi avait fait le rapprochement.
Dans l’orphelinat du monde précédent, Chi Xiaochi avait déjà manifesté une réaction assez grave face à une scène similaire.
… Il ne supportait pas de voir « quelqu’un tomber d’un toit ».
061 savait également que la colère de Chi Xiaochi contre Yan Lanlan était réelle.
Mais celle qu’il avait manifestée contre Gu Xinzhì était entièrement volontaire.
Il savait que Gu Xinzhì se méprendrait, qu’il interpréterait le sens caché derrière cette gifle et penserait que « Ding Qiuyun » se souciait de lui, allant même jusqu’à accepter cela de plein gré.
Alors, il avait simplement exploité ce point.
Parce que Chi Xiaochi savait trop bien que la seule personne dont il avait la charge était Ding Qiuyun.
Compte tenu du caractère de Gu Xinzhì, afin de garantir qu’aucun imprévu ne survienne, avant de partir, Chi Xiaochi devait remettre à Ding Qiuyun un Gu Xinzhì entièrement dévoué à sa cause.
Pour le dire de manière simple et directe, même si, après avoir récupéré son corps, Ding Qiuyun devait commencer par le tuer, Chi Xiaochi devait tout de même s’assurer qu’à ce moment-là, Gu Xinzhì soit disposé à faire entièrement confiance à Ding Qiuyun et à lui confier son dos.
Cependant, cette gifle était également une façon pour lui de laisser échapper ses émotions. En voyant Gu Xinzhì sauter du toit, il avait réellement eu peur.
La migraine provoquée par le choc émotionnel faisait couler de la sueur froide sur tout le corps de Chi Xiaochi.
Il resserra autour de lui son manteau et son écharpe, puis murmura : « Professeur Liu. »
061 : « Oui, je suis là. »
Chi Xiaochi laissa échapper du fond de la gorge un petit rire indistinct : « Heureusement que ge Lou ne peut pas me voir dans cet état. »
Tout à l’heure, lorsque Gu Xinzhì avait sauté du toit, Chi Xiaochi avait repensé à ce qui lui était arrivé lors d’un événement similaire, la fois précédente.
À cette époque, Chi Xiaochi, qui pleurait, paniquait et s’agenouillait au sol en suppliant Lou Ying de ne pas mourir et de ne pas l’abandonner, était devenu ce qu’il était aujourd’hui : même les émotions qui éclataient spontanément pouvaient désormais être exploitées sur-le-champ afin de manipuler et de calculer les autres.
Chi Xiaochi était rarement dominé par un tel sentiment de mépris envers lui-même. Alors que ses deux mains tremblaient encore, une silhouette noire agile bondit silencieusement du toit voisin et atterrit devant lui.
Au même moment, 061 déclara : « Non. Je pense… qu’il aurait beaucoup aimé. »
Il aimait vraiment beaucoup le Chi Xiaochi rusé, intelligent et toujours rempli d’idées tordues.
Profitant du bref instant durant lequel Chi Xiaochi resta légèrement abasourdi, deux pattes avant chaudes vinrent se poser sur ses genoux.
Chi Xiaochi releva la tête et découvrit que Mei Laoban s’était déjà nettoyé.
Quant aux cadavres des hyènes qui, après avoir échoué dans leur attaque surprise, s’étaient enfuies, ils étaient alignés sur le toit voisin, congelés et séchés par le vent.
Le front chaud du léopard vint doucement se poser contre le sien et le frotta avec docilité et douceur.
Au même moment, la voix claire et chaleureuse de 061 résonna à point nommé à son oreille : « Voilà. Voilà. Ne réfléchis pas autant. Si tu as peur, prends-le simplement davantage dans tes bras. »
Dans un état second, Chi Xiaochi eut l’impression que ce « Voilà » venait du Patron lui-même.
Il serra silencieusement le Patron dans ses bras, enfouit son visage dans la fourrure de son épaule et pensa : Laisse-moi m’abandonner à cela un petit moment. Juste un petit moment.
Il resta ainsi, immobile, sans verser de larmes. Il vida simplement son esprit et s’appuya de tout son poids contre ce corps animal chaleureux, permettant ainsi à son esprit, épuisé depuis longtemps, de se détendre enfin.
Le léopard noir le laissa s’appuyer contre lui et resta silencieusement son soutien.
À cet instant précis, l’annulaire de la main droite de Chi Xiaochi, posé autour de la taille du léopard noir, ressentit une sensation de picotement semblable au passage d’un faible courant électrique.
Aussitôt après, une voix transmise par le signal audio émana de l’intérieur de la bague : « Monsieur Chi ?… Monsieur Chi ? Vous êtes en— »
La connexion ne dura qu’un instant. Lorsque Chi Xiaochi revint à lui, la voix et la sensation de picotement au bout de son doigt avaient déjà disparu ensemble.
… Qu’est-ce que c’était ? Une illusion ?
Traduction: Darkia1030
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