Panguan - Chapitre 60 - Passer la nuit
Une camionnette pleine de cochons.
« Tu tiens absolument à aller les chercher aujourd’hui ? » demanda Zhang Yalin.
Zhang Lan balaya dans un sac les flacons et pots posés sur sa coiffeuse, puis pointa vers lui un doigt aux longs faux ongles effilés. « Ce n’est pas moi. C’est toi et moi. »
Après avoir insisté là-dessus, elle marmonna encore : « Tu devrais regarder un peu qui figure à côté de qui sur le registre des noms. En tout cas, ce n’est pas moi. »
Zhang Yalin ravala silencieusement une gorgée de sang imaginaire, puis entendit sa sœur poursuivre : « Quant à savoir pourquoi il faut absolument y aller aujourd’hui… »
Zhang Lan réfléchit un instant avant de dire : « Ce matin, quand Xiao Xu est parti, tu as entendu ce qu’il a dit ? »
Le sujet semblait surgir de très loin. Zhang Yalin ne comprenait pas. « Quel rapport avec Zhou Xu ? »
Zhang Lan lui lança un regard exaspéré. « Tu sais bien que ce garçon a une bouche de corbeau (NT : quelqu’un dont les paroles portent malheur). Ce n’est pas comme si tu ne l’avais jamais constaté. »
Effectivement, il en avait déjà fait l’expérience plus d’une fois. Zhang Yalin prit une expression crispée, comme s’il avait mal aux dents, et demanda : « Qu’a-t-il dit ? »
« Il pleuvait à ce moment-là, et le vent soufflait très fort. J’avais laissé la fenêtre de ma chambre ouverte, alors l’ambiance était déjà assez inquiétante, » expliqua Zhang Lan. Il était déjà arrivé devant le portail principal quand il s’est retourné pour regarder la maison et dit : “Depuis combien d’années cette demeure existe-t-elle ? On dirait qu’elle va s’écrouler.” »
Zhang Yalin resta sans voix un instant avant de lâcher : « Quelle délicatesse dans le choix des mots… »
Avec sa bouche de mauvais augure, il ne se rendait même pas compte de ce qu’il disait. Encore un enfant, on aurait pu invoquer l’excuse de l’innocence enfantine, mais il avait déjà quinze ans et disait toujours tout ce qui lui passait par la tête. Sans leur proximité, quelqu’un l’aurait probablement déjà pendu par les pieds pour le corriger.
« Enfin bref, je suis nerveuse toute la journée, » continua Zhang Lan qui avait une personnalité très directe et détestait ce genre d'incertitude. « Donc il faut absolument que j’y aille. »
Puis elle jeta un regard vers la pièce extérieure. « Au fait, où est Xiao Hei ? »
« Quoi encore ? » protesta Zhang Yalin, bien qu’il fasse déjà bouger ses doigts pour appeler sa marionnette ressemblant à un garde du corps.
« Demande-lui de calculer la destination. » Zhang Lan faisait défiler son téléphone sans relever la tête. « Que je puisse acheter les billets. »
Ils connaissaient les déplacements des deux disciples de la famille Shen grâce à des talismans de traçage et à des marionnettes chargées de les surveiller. Ils savaient seulement dans quelle direction ils étaient partis, pas leur destination finale.
Xiao Hei sortit plusieurs pièces de cuivre de sa poche, les disposa rapidement du bout des doigts puis commença à tirer les hexagrammes. Zhang Lan ayant l’habitude de vouloir consulter la divination pour un oui ou pour un non, il avait effectué ce geste d’innombrables fois, au point de ne jamais se tromper.
Mais lorsqu’il lança les pièces, l’une d’elles tomba soudain au sol avec un « clang », puis roula le long du parquet avant de disparaître sous l’armoire.
Zhang Lan resta figée un instant, son expression changeant légèrement.
Même si elle ne comprenait rien à l’art divinatoire, les chefs de la famille Zhang pratiquaient depuis des générations plusieurs disciplines à la fois, et à force d’en entendre parler depuis l’enfance, elle connaissait les règles élémentaires mieux que quiconque : pendant un tirage, laisser tomber une pièce et la perdre de vue était un très mauvais présage.
Une fois la pièce tombée, il n’était plus question de recommencer. Cela signifiait simplement que cette divination ne devait pas être faite.
« On ne peut pas calculer la destination ? » demanda Zhang Lan, stupéfaite.
Zhang Yalin fronça lui aussi fortement les sourcils.
« Ce n’est pas un peu excessif ? demanda encore Zhang Lan avec hésitation. Xiao Hei n’aurait pas tremblé simplement de la main ? »
Xiao Hei tendit silencieusement ses deux mains devant elle. « Je suis très stable. Si vous ne me croyez pas, vérifiez vous-même. »
Zhang Yalin ajouta : « Impossible. Les marionnettes fabriqués à partir d’objets spirituels de Bu Ning maîtrisent la divination aussi naturellement que respirer ou boire de l’eau. Est-ce que toi, tes mains tremblent quand tu manges ? »
Zhang Lan resta muette.
Au départ, Zhang Yalin hésitait encore. Les règles de la famille Zhang exigeaient que si lui et Zhang Lan quittaient Ningzhou en même temps, ils devaient en informer le chef de famille — autrement dit, prévenir leur grand-père Zhang Zhengchu.
Ces dernières années, ils évitaient autant que possible de travailler ensemble afin d’échapper à cette obligation. Tous deux redoutaient un peu de voir leur grand-père.
Pourtant, lorsqu’ils étaient enfants, ils étaient très proches de lui, surtout Zhang Lan. Mais les choses avaient lentement changé. La raison était simple : après l’expulsion de Zhang Wan de la famille, le poids de la succession du chef de clan était naturellement retombé sur le frère et la sœur. Zhang Zhengchu voulait qu’ils deviennent des pratiquants polyvalents, mais Zhang Lan avait refusé.
En vérité, Zhang Yalin ne le voulait pas non plus. Plus il grandissait, plus il se passionnait pour l’art des marionnettes, sans grand intérêt pour le reste. Mais contrairement à Zhang Lan, il avait un tempérament plus conciliant. Il avait donc choisi un compromis : faire apprendre à ses marionnettes la divination, les formations et les talismans. Cela avait permis d’apaiser les choses de justesse.
À leurs yeux, ce n’était pas une question de principe majeure. Mais leur grand-père y attachait une importance extrême, et chaque discussion sur le sujet finissait inévitablement en dispute. Depuis lors, frère et sœur redoutaient un peu sa présence. Peut-être parce qu’ils ne voulaient plus se quereller, ni devenir encore plus distants. Ainsi, tant qu’ils pouvaient éviter de déranger le vieil homme, ils le faisaient.
Mais maintenant que Xiao Hei avait obtenu un présage aussi néfaste, Zhang Yalin avait au contraire envie d’aller voir ce qui se passait réellement.
« Je vais préparer les bagages, et passer derrière ensuite », annonça-t-il.
« Passer derrière » signifiait aller prévenir leur grand-père. Zhang Lan lui fit signe de la main de se dépêcher.
Mais Zhang Yalin n’était manifestement pas quelqu’un de pressé. Ce « dépêche-toi » dura près d’une heure. Zhang Lan avait terminé ses bagages depuis longtemps et, faute de mieux, s’amusait avec Xiao Hei.
« Puisqu’on ne peut pas calculer la destination, on peut au moins connaître les auspices, non ? » demanda-t-elle.
Xiao Hei, déjà piégé d’innombrables fois par cette ancêtre capricieuse, se montra prudent. « Je préfère d’abord entendre ce que vous voulez savoir. »
« Oh ? Tu deviens malin. » Zhang Lan n’avait pas réellement l’intention de le tourmenter. « De bon ou de mauvais augure, ça devrait aller, non ? »
Xiao Hei hocha la tête et recommença aussitôt un tirage. Cette fois, aucune pièce ne tomba au sol. Zhang Lan poussa un soupir de soulagement.
Mais avant même d’avoir complètement expiré, elle l’entendit réciter : « Six au troisième rang : “Poursuivre un cerf sans guide, c’est entrer seul dans la forêt. L’homme sage comprend qu’il vaut mieux abandonner ; persister mène à l’humiliation.” »
Zhang Lan cligna des yeux. « Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Xiao Hei répéta avec une diction parfaite : « Chercher un cerf sans personne pour montrer le chemin. Mieux vaut abandonner, sinon vous subirez une humiliation. »
Zhang Lan resta silencieuse un instant.
Puis elle demanda d’une voix sinistre : « Qui va subir l’humiliation ? »
En voyant ses lèvres rouge vif qui semblaient prêtes à dévorer quelqu’un, Xiao Hei fit exceptionnellement preuve de diplomatie. « Vous… probablement. »
Le mot « probablement » était déjà une forme de diplomatie.
S’il s’était arrêté avant cela, Zhang Lan aurait peut-être hésité. Mais le fait d’ajouter « subir une humiliation » la décida au contraire. « L’essentiel, c’est qu’il manque un guide, c’est bien ça ? »
Xiao Hei répondit : « L’essentiel, c’est d’abandonner. »
Zhang Lan le poussa dehors tout en continuant à faire défiler son téléphone. Dans le monde moderne, il existait des cartes pour trouver son chemin. Le « guide » évoqué dans l’hexagramme ne pouvait donc pas être pris au sens littéral. À ses yeux, cela signifiait plutôt qu’il leur manquait quelqu’un pour servir d’intermédiaire.
Elle n’avait aucun lien particulier avec les disciples de la famille Shen. Si elle et Zhang Yalin débarquaient directement, ils risquaient encore de se faire rembarrer, comme lors de leur précédente visite chez les Shen.
À bien y réfléchir, la divination de Xiao Hei avait effectivement du sens. Dans ce cas, il leur fallait quelqu’un ayant un « lien » avec eux.
Parmi les personnes qu’elle connaissait et qui pouvaient être reliées aux disciples Shen, le premier nom qui lui vint à l’esprit fut naturellement Xie Wen. Malheureusement, l’intéressé se trouvait déjà dans cette même voiture roulant vers le nord.
Elle appela donc Zhou Xu à la place.
Quand Zhang Yalin eut enfin terminé d’informer leur grand-père, Zhou Xu était déjà arrivé devant le portail principal de la résidence familiale.
Il paraissait extrêmement excité, comme s’il partait en excursion scolaire. Il tenait son téléphone et portait un sac à dos bien rempli ; Zhang Yalin soupçonna qu’il était bourré de nourriture.
Parler de filature donnait tout de même une impression étrange. Soucieuse de ne pas entraîner un adolescent sur une mauvaise voie, Zhang Lan avait simplement expliqué à Zhou Xu qu’ils partaient « en déplacement pour dissiper une cage ».
Comme ils ignoraient leur destination exacte, ils n’avaient d’autre choix que de prendre la voiture. Zhang Lan lança un talisman de traçage pour suivre le véhicule de Wen Shi et, au passage, leur servir de guide.
Une fois en route, ils cessèrent de se presser. Après le départ, ils firent d’abord un détour par une boutique funéraire portant l’enseigne « Couronnes mortuaires et objets en papier », afin d’acheter du papier, des pinceaux et du cinabre pour tracer des talismans.
Zhang Lan rangea toutes ces affaires dans son sac, au cas où, puis, profitant du fait que Zhou Xu n’était pas encore monté dans la voiture, elle tapota Xiao Hei sur l’épaule.
« Je compte sur toi. C’est l’employé de la boutique de Xie Wen qui conduit de leur côté. Même s’ils sont partis avant nous, ils feront forcément une pause en route ou se relaieront au volant. Toi, tu es une marionnette ; les rattraper ne devrait pas te demander beaucoup d’efforts. »
Le téléphone de Zhang Lan fut fixé sur le tableau de bord devant Xiao Hei. L’écran affichait également une navigation, mais au lieu d’un simple itinéraire, deux points mobiles y apparaissaient : un point bleu représentant leur propre voiture, et un point rouge, déjà entré sur le territoire du Shandong, représentant le disciple aîné de la famille Shen suivi grâce au talisman de traçage.
Xiao Hei jeta un regard à la distance puis calcula rapidement avant de dire à Zhang Lan :
« Attendez encore vingt minutes. Quand la nuit sera complètement tombée, ce sera beaucoup plus pratique. Nous devrions les rattraper en deux heures environ. »
Leur plan paraissait parfait, mais ils avaient oublié deux détails essentiels.
Premièrement : « l’employé de boutique de Xie Wen » était, lui aussi, une marionnette. Et si les marionnettes avaient une hiérarchie, Xiao Hei devrait probablement l’appeler « ancêtre ».
Deuxièmement : un « traître » se trouvait dans leur voiture.
Le traître s’appelait Zhou Xu.
Trop excité, il s’était mis à discuter dès qu’il était monté dans la voiture avec un nouvel ami ajouté sur WeChat. Il lui racontait qu’il partait loin pour entrer dans une cage.
Peu importait que ce nouvel ami parle peu, que les messages arrivent avec du retard ou même qu’il ne comprenne pas les significations de « au revoir » et de « sourire ». Zhou Xu voulait simplement quelqu’un auprès de qui se vanter.
Ainsi, lorsque son nouvel ami lui demanda où il allait pour dissiper une cage, Zhou Xu partagea distraitement sa position.
Sur cette petite carte partagée, deux points avançaient l’un derrière l’autre selon des trajectoires étrangement similaires.
Zhou Xu : « … »
Une personne un peu lente d’esprit n’aurait peut-être rien remarqué pour le moment, puisque la distance restait encore grande. Mais Zhou Xu était très vif ; il comprit presque instantanément le véritable but de ce long voyage.
Il ne dit cependant rien.
Ainsi, Zhang Lan et les autres ignoraient totalement le changement de situation. Ils savaient seulement que la nuit était désormais complètement tombée et que Xiao Hei pouvait commencer la poursuite sans retenue.
La voiture accéléra soudainement et fila dans l’obscurité. Après cela, sa vitesse ne diminua plus. Les autres véhicules autour d’eux semblaient ne même pas remarquer leur présence et continuaient à rouler tranquillement dans les limites autorisées, tandis qu’ils étaient laissés loin derrière.
Sur le téléphone de Zhang Lan, les deux points se rapprochaient de plus en plus.
Comme Xiao Hei l’avait annoncé, il leur fallut moins de deux heures pour atteindre le petit point rouge.
Lorsqu’il ne resta plus qu’un kilomètre, même le très posé Zhang Yalin ne put s’empêcher de dire : « Ils sont juste devant. »
À la vitesse actuelle de Xiao Hei, un kilomètre n’était qu’une question de secondes. Zhang Yalin et Zhang Lan levèrent tous deux la tête, fixant la route devant eux sans cligner des yeux.
Ils avaient déjà vu la voiture de la galerie Xiping: rouge vif, impossible à manquer.
Pourtant, lorsqu’ils prirent un virage, la voiture rouge attendue n’apparut pas. Le véhicule devant eux était un camion bleu. La benne était recouverte d’un filet métallique et d’une bâche dont le vent avait soulevé la moitié, révélant ce qui s’entassait à l’intérieur.
Depuis la banquette arrière, Zhang Lan distinguait mal la scène. Elle allongea le cou comme un serpent et demanda : « Qu’est-ce que c’est ? »
Zhang Yalin répondit : « Des cochons. »
Zhang Lan : « … »
Et, comme s’il craignait que sa sœur ne soit pas encore assez furieuse, il ajouta :
« Un camion entier de cochons. Ton talisman de traçage est probablement collé sur l’un d’eux. »
***
Pendant qu’ils poursuivaient des cochons à travers le Shandong, Wen Shi était déjà arrivé à destination.
C’était l’endroit où l’autoroute Jincang croisait l’autoroute Jinshi. Lao Mao quitta l’autoroute par une sortie, suivit plusieurs routes secondaires, puis s’arrêta près d’un bois.
Xia Qiao se pencha à la fenêtre avec un air encore ensommeillé. « Où est-ce qu’on est ? »
« À Tianjin », répondit Wen Shi.
Il comparait justement la carte envoyée par Zhou Xu avec celle de son application. Coïncidence ou non, l’endroit se trouvait précisément dans la zone entourée par Zhou Xu.
« On peut vraiment aller de Lianyungang à Tianjin aussi vite ? » demanda Xia Qiao en se penchant entre les sièges pour parler à Lao Mao.
Lao Mao répondit : « Il y a peu de monde sur l’autoroute la nuit. Je conduis vite. »
Xia Qiao trouvait tout cela irréel. « Alors pourquoi s’arrêter ici ? »
Ils semblaient être à la frontière entre deux villages. Il n’y avait que des champs et des bois à perte de vue. Pas le moindre lampadaire. Une route noire s’étirait jusqu’au bout de l’obscurité, où l’on distinguait vaguement quelques maisons.
Heureusement qu’ils connaissaient le conducteur, sinon l’endroit aurait parfaitement convenu à un fait divers criminel.
Lao Mao prit une serviette et essuya le pare-brise soudain couvert de buée. Puis il abaissa les fenêtres pour aérer avant de jeter un regard autour de lui. « Il pleut. Mieux vaut ne pas entrer en ville ce soir. »
À travers la vitre, Xie Wen regarda au loin avant de dire : « Après être restés enfermés toute la journée dans la voiture, vous devez être fatigués. Installons-nous ici provisoirement pour ce soir. »
Wen Shi demanda : « Provisoirement… dans la voiture ? »
Xie Wen était justement en train d’essuyer la buée sur la vitre. En entendant cela, il tourna la tête vers lui. « À quoi penses-tu ? Ai-je vraiment l’air aussi cruel ? »
Les lèvres de Wen Shi bougèrent légèrement. Sans émettre un son, deux mots semblèrent se former : difficile à dire.
« Qu’as-tu dit ? » demanda Xie Wen avec un sourire dans la voix.
Puis il passa une main devant les yeux de Wen Shi. « Tu fixes ton téléphone depuis tout à l’heure. Ton frère n’avait-il pas dit que tu n’aimais pas utiliser ce genre de choses ? Voilà que tu y prends goût ? »
Wen Shi était assis légèrement penché en avant. Les yeux baissés, il regarda les doigts gantés de noir passer devant lui. « Je n’ai rien dit. Ne bloque pas la vue. »
Sa main droite bougea légèrement pour repousser les doigts de Xie Wen sur le côté. Mais comme le geste manquait de fermeté, cela ressemblait presque à une caresse involontaire du bout des doigts.
Wen Shi fixa ces doigts quelques secondes avant de relever les yeux. « Si ce n’est pas dans la voiture, alors où allons-nous ? »
« Il y a une maison là-bas. Ce sont des connaissances, nous pouvons y passer la nuit. » Xie Wen désigna le lointain du doigt, et le contact finit alors par disparaître.
« Des connaissances ? »
Wen Shi resta un instant surpris avant de comprendre. Après tout, il était venu ici en suivant les traces de Zhang Wan ; il était parfaitement normal que Xie Wen ait des connaissances dans cet endroit.
« Un vieux couple marié», expliqua simplement Xie Wen. « Des gens très aimables. »
Lao Mao ajouta : « Vous aussi, vous êtes venus ici pour une affaire, non ? Attendez simplement que la pluie cesse demain. »
« Mm », répondit Wen Shi. Mais intérieurement, il pensait : c’est précisément ici que je voulais venir.
« Il y a vraiment beaucoup de brouillard », marmonna Lao Mao après avoir essuyé une nouvelle fois la vitre avant de redémarrer.
La route était isolée et sans éclairage.
Autrefois, Wen Shi avait vécu quelque temps à Tianjin avec Shen Qiao. Le climat y était plus sec qu’à Ningzhou, mais les pluies d’été y restaient fréquentes.
Et justement, c’était cette saison-là. La pluie tombait sans interruption à l’extérieur, enveloppant tout d’une brume humide. Même les lumières lointaines des maisons semblaient floues, comme couvertes d’un brouillard de pluie.
Lorsque la voiture éclaboussa une flaque et s’approcha enfin des lumières, Wen Shi réalisa qu’il ne s’agissait pas d’une seule maison, mais d’un vaste ensemble irrégulier ressemblant à un village.
Toutes les habitations étaient de petites maisons à deux étages construites par leurs propriétaires eux-mêmes. Les murs extérieurs étaient recouverts de carreaux de céramique aux décorations variées. Rien n’était harmonisé, mais l’ensemble débordait de couleurs.
Certaines résidences avaient une cour, d’autres non.
La maison où Xie Wen les conduisit n’avait pas de cour ; seulement une dalle de ciment directement reliée à la route. L’endroit était néanmoins très propre, et Lao Mao y gara la voiture.
Peut-être parce qu’ils entendaient arriver des étrangers, les chiens du village se mirent à aboyer les uns après les autres. Ce n’est que lorsque Xie Wen frappa à la porte que le vacarme diminua peu à peu.
De la lumière filtrait à travers les fenêtres, et l’on entendait vaguement la télévision.
Les habitants mirent un moment avant d’entendre frapper, puis une voix répondit depuis l’intérieur : « J’arrive ! »
La voix était assez claire. Wen Shi l’entendit et, désignant la porte, demanda à voix basse à Xie Wen : « Ce sont des personnes âgées ? »
Xie Wen secoua la tête. « Cela n’en a effectivement pas l’air. »
Et malgré cela, il eut un petit rire. Wen Shi lui jeta un regard en coin. « Cela fait combien de temps que tu n’es pas venu ? Tu es certain de ne pas t’être trompé de porte ? »
Xie Wen entra dans son jeu et abaissa lui aussi la voix, mais ce qu’il répondit était franchement inquiétant : « Pas tout à fait certain. »
Wen Shi : « … »
Va donc au diable. Pas certain, et tu frappes avec autant d’assurance ?
Il pouvait déjà imaginer le malaise qui allait suivre. Il se retourna aussitôt pour partir, mais Xie Wen le retint par le poignet.
« Pourquoi t’enfuir ? Si l’on s’est trompés, il suffit de demander. Tu n’as tout de même pas la peau si fine », dit Xie Wen.
Wen Shi baissa les yeux vers son poignet. Au même moment, la porte s’ouvrit ; partir maintenant aurait été inconvenant.
La personne qui ouvrit était une femme d’âge mûr, avec un grain de beauté entre les sourcils — autrefois, on aurait appelé cela un grain de beauté qui, autrefois, aurait été considéré comme tel. Elle était effectivement jolie, avec des yeux et des lèvres naturellement souriants, et une peau presque aussi pâle que celle de Wen Shi.
« Vous êtes… » demanda-t-elle avec un sourire avant même d’avoir fini sa phrase ; ses yeux se plissèrent doucement, lui donnant une expression chaleureuse et amicale.
« Monsieur Lu Xiao habite-t-il ici ? » demanda Xie Wen. Il n’avait pas l’habitude de jeter des regards indiscrets dans les maisons des gens ; peu importait qui ouvrait la porte, il posait simplement la question.
La femme resta un instant surprise, puis sourit de nouveau. « Oh, c’est mon père. »
« Votre père ? »
« Oui. »
Xie Wen hocha la tête, mais ne dit rien de plus, comme perdu dans ses pensées. Quelques secondes plus tard, il reprit : « Vous lui ressemblez effectivement un peu. Il a aussi un grain de beauté ici. »
La femme sourit, visiblement ravie. « Tout le monde dit que je ressemble beaucoup lui quand il était jeune. Comme moulés dans le même moule. »
Elle se décala pour leur laisser le passage. « Entrez donc vous asseoir. Cela fait longtemps que nous n’avons pas eu de visiteurs. Vous venez le voir ? »
Xie Wen regarda l’espace qu’elle venait de dégager. « Il est ici lui aussi ? »
« Non, il n’est pas là. Mes parents ne vivent plus ici. »
Xie Wen hocha la tête.
« Entrez donc. Il pleut, ne restez pas tous dehors. »
Ce n’est qu’alors que Xie Wen entra.
Wen Shi passa également la porte, mais une fois à l’intérieur, il se retourna pour jeter un regard à Lao Mao et Xia Qiao.
Il ne dit rien, pourtant Xia Qiao sentit malgré tout que quelque chose n’allait pas dans l’atmosphère.
Lao Mao tapota l’épaule de Xia Qiao, lui faisant signe de rester un peu en arrière. « La porte est étroite, il faut entrer un par un. »
La phrase était pourtant banale, mais Xia Qiao trouvait cela étrange sans savoir pourquoi.
« Oncle Lao Mao, est-ce que je me fais des idées ? Vous connaissez vraiment les gens d’ici ? »
« Oui, nous les connaissons. » Lao Mao, profitant de ne pas être encore entré, désigna la femme à l’intérieur d’un mouvement du menton. « Je connais même son nom : Lu Wenjuan. »
Son ton était calme, et Xia Qiao se détendit légèrement. Il se dit qu’après être entré dans plusieurs cages d’affilée, il était devenu trop méfiant et imaginait des choses.
Il poussa un long soupir et continua de bavarder pour dissiper la peur fugace qu’il venait d’éprouver : « Oh, tant mieux si vous les connaissez. Mais elle n’a pas l’air de vous avoir déjà vus. Elle ne vivait pas avec ses parents avant ? »
« Non », répondit Lao Mao.
« Ah, d’accord. »
Puis Lao Mao ajouta : « Nous avons vu son nom sur sa tombe. »
Traduction: Darkia1030
Check: Hent-du
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