Weird disciple - Chapitre 51 - L'ingrédient spécial

 

Xie Yi était assis par terre, face à un coin, réfléchissant à ses erreurs, à la raison pour laquelle ce qu’il avait fait était impoli, à pourquoi il ne fallait pas engager la conversation au hasard avec des personnes d’un statut supérieur au sien, et à pourquoi on ne pouvait pas simplement essayer de toucher à tout.

Cela faisait beaucoup de choses auxquelles réfléchir, mais il était déjà resté assis dans le coin pendant une demi-heure, ce qui laissait largement le temps de penser à tous ces sujets.

Shi Yue avait lancé la phrase « Va t’asseoir dans un coin » sur un coup de tête, mais il avait été surpris de l’effet produit. Pour des cultivateurs, supprimer leur dose habituelle de pilules ou leur imposer un entraînement supplémentaire constituait une punition. Avec Xie Yi, cela ne fonctionnait absolument pas ; en revanche, devoir rester assis dans un coin semblait réellement le perturber.

Peut-être était-ce précisément parce que Shi Yue lui avait interdit d’utiliser ce temps pour cultiver, si bien qu’il n’avait rien d’autre à faire que fixer le mur et réfléchir.

Une méthode qu’on utiliserait avec un enfant ordinaire se révélait étonnamment efficace. Il devait s’en souvenir.

« Xue Hua restera dans les environs jusqu’à notre départ », mentionna Shi Yue en revenant dans la pièce, jetant un regard vers Xie Yi.

Le chef de la secte vérifia encore les herbes avant de relever la tête. « C’est bien. Il est possible que la décoction rende Xie Yi extrêmement fatigué, et il pourrait dormir beaucoup plus longtemps que d’habitude. Xue Hua ne devrait pas être forcé d’attendre ici pendant tout ce temps. »

Shi Yue acquiesça avec gratitude avant de s’asseoir. Son regard continuait de se poser sur son disciple, qui était enfermé derrière une barrière sonore afin de ne pas se distraire en écoutant les bruits du chef de la secte qui allait et venait. « Maître ? »

« Hmm ? »

« Quel genre de disciple étais-je ? », demanda Shi Yue pour la première fois de sa longue existence. Il n’avait jamais vraiment pris le temps d’observer les disciples des autres enseignants ou cultivateurs auparavant, mais maintenant qu’il voyait à quoi ressemblait Xie Yi, il était sincèrement curieux de savoir comment son maître l’avait perçu.

« Tu étais le disciple parfait des histoires », gloussa le vieil homme. « Rejeté par ta famille, puis recueilli par hasard. Faible, mais doté d’un esprit inébranlable. Tu étais l’exemple même du cultivateur dont les gens parlent à leurs enfants avant de les coucher. »

« Dès le début, tu as toujours voulu aider tout le monde. Tu courais partout, accomplissais des tâches gratuitement, et tu cultivais ou t’entraînais à chaque minute libre. Tu t’acharnais à devenir plus fort simplement pour pouvoir aider la prochaine personne en difficulté », poursuivit le chef de la secte avec nostalgie. « Tu n’étais pas vraiment turbulent, mais je me souviens que tu avais souvent des ennuis parce que tu estimais qu’un cultivateur plus fort se montrait injuste. Pour toi, être privé d’entraînement était la pire des punitions, mais je n’ai jamais réussi à te faire perdre cette habitude. »

« Est-ce que je causais beaucoup de problèmes ? », demanda Shi Yue en essayant de se rappeler son enfance.

« Non. Cet esprit droit qui était le tien, je n’ai jamais eu l’intention de le briser, même lorsque tu créais du désordre. Je suis fier d’avoir été le maître d’un cultivateur comme toi, alors j’espère que mon petit-disciple deviendra pareil. Quelqu’un avec un fort sens de la justice, qui n’ignore pas les faibles. »

Il marqua une pause avant de secouer la tête avec un sourire bienveillant. « Même si, pour le moment, il va falloir beaucoup de travail pour empêcher cet enfant d’ignorer tout le monde. Ce n’est même pas de la mauvaise volonté ; il s’est simplement complètement attaché à toi. »

Shi Yue acquiesça. « Je suis soulagé de voir qu’il apprécie beaucoup Xu Yan. Il semble aussi avoir une certaine affection pour Li Mei, la disciple de Maître Chen. Comment dire… il va mieux. Il aime toujours ignorer les gens autour de lui, mais il commence à accepter l’idée de pouvoir s’entendre avec les autres. »

« Et avec tes deux petits Hua ? »

« Étonnamment bien », répondit le plus jeune cultivateur avec un sourire. « Au début, il les supportait plus qu’autre chose, mais maintenant on peut dire qu’ils s’entendent bien. J’avais peur que leur relation se brise lorsqu’il a attaqué Xue Hua cette fois-là, mais heureusement il a compris que c’était uniquement parce que Xie Yi était sous l’influence de drogues. »

« Son corps absorbe tout ce qu’on lui donne », commenta le chef de la secte. « Cela explique également pourquoi les pilules nutritives fonctionnent si bien sur lui. C’est autant une malédiction qu’une bénédiction. Tant que nous parvenons à compenser les effets négatifs de sa constitution, il peut être reconnaissant d’avoir un tel corps. »

Shi Yue répondit par un léger son avant de lever les yeux vers le plafond et de dissiper la barrière sonore. Xie Yi tourna immédiatement la tête avec un air malheureux ; les coins de ses lèvres étaient tombants et ses sourcils froncés.

« Comprends-tu ce que tu as fait de mal ? »

« Je n’aurais pas dû traiter un cultivateur extrêmement puissant comme une personne ordinaire et lui manquer de respect », répondit docilement Xie Yi en pivotant sur le sol pour faire face à son maître. Shi Yue essayait de lui enseigner des choses que tout le monde connaissait déjà, alors même s’il était un peu contrarié de se faire réprimander pour cela, il lui était aussi reconnaissant.

« Tu devrais être heureux d’avoir autant de chance. Si cela avait été un Transcendent plus impulsif, tu ne t’en serais pas tiré aussi facilement… » Shi Yue s’interrompit. En réalité, Xie Yi ne s’en était pas simplement bien sorti ; il avait même obtenu des avantages. Shi Yue ne savait plus si la vie se montrait particulièrement cruelle ou étonnamment généreuse avec lui.

Être orphelin, puis être recueilli par un homme incroyablement bon et honorable. Rencontrer des disciples d’une Secte Démoniaque, puis devenir le disciple d’un Grand Maître de la Secte Vertueuse. Manquer de se faire tuer, puis obtenir une rare et puissante bête spirituelle. Être drogué, puis finir invité dans la demeure d’un Transcendent.

Dans l’ensemble, Shi Yue aurait préféré que la vie de Xie Yi soit un peu plus équilibrée, mais au moins elle n’était pas uniquement composée de catastrophes.

« Je vais commencer à préparer la décoction », annonça le chef de la secte en se levant de la table. « Il se fait tard. »

Shi Yue jeta un regard vers l’extérieur. Le temps était effectivement passé très vite ; lorsqu’il avait laissé Xie Yi et Yao Ming, c’était encore le début du dîner. À présent, il était pratiquement minuit.

« Veux-tu un vrai repas sans drogue avant d’aller dormir ? », demanda Shi Yue en faisant signe à son disciple d’approcher. Soulagé, le garçon se leva et se dirigea vers lui. Assis, Shi Yue se trouvait désormais presque à sa hauteur.

« Ça va », refusa Xie Yi. Il n’avait pas très faim. C’était supportable et il se sentait… étrange à l’idée de demander de la nourriture à Shi Yue.

« Je ne t’ai pas demandé si ça allait. Je t’ai demandé si tu voulais manger », répéta Shi Yue en levant un sourcil.

Mal à l’aise, Xie Yi hésita un instant avant de hocher timidement la tête.

En retour, il reçut une caresse sur la tête. Shi Yue ne poursuivit pas davantage la conversation et ouvrit simplement l’un de ses sacs dimensionnels pour en sortir une portion de nourriture préparée à l’avance. Il la contempla un instant avant de la tendre à Xie Yi. « Je préférerais te préparer un repas frais, mais je ne peux pas utiliser la cuisine de cet endroit. »

« Vous savez cuisiner ? », demanda Xie Yi avec surprise, déjà à moitié en train de s’empiffrer de ce qui ressemblait à une sorte de pain moelleux saupoudré de sel.

« Oui. J’ai préparé les raviolis, par exemple, ainsi que cela », répondit Shi Yue avec amusement en désignant ce que Xie Yi tenait dans sa main.

L’enfant se figea, les yeux s’écarquillant. Manifestement troublé et décontenancé, il regarda alternativement la nourriture puis Shi Yue.

Shi Yue avait réellement préparé de la nourriture ? Pour lui ? Qu’il avait le droit de manger ? Mais… c’était…

Voyant Xie Yi complètement dépassé, la bouche entrouverte, Shi Yue commença à se sentir un peu mal. Les dieux seuls savaient ce que cet enfant avait traversé.

« Très bien, très bien. Ne fais pas cette tête. Si tu aimes ça, je te préparerai quelque chose de temps en temps », dit doucement Shi Yue avant d’enrouler sa main autour de la petite main de Xie Yi, de la guider jusqu’à sa bouche et d’y fourrer le pain.

Sortant enfin de sa stupeur, Xie Yi mordit instinctivement dans le pain moelleux. Sans plus réfléchir, il décida qu’il aimait vraiment cela et se mit à mâcher sans la moindre hésitation.

Satisfait, son maître lui caressa la tête. « Y a-t-il quelque chose que tu aimerais goûter ? »

Xie Yi continua à manger ce qui était peut-être du pain tout en réfléchissant. Dans sa vie, il n’y avait eu qu’une seule fois où il avait voulu manger quelque chose avant de le regretter amèrement. Ce n’était pas bon du tout. Plus tard, Mingtian lui avait expliqué ce qu’il avait mal fait.

« Vous en mangeriez avec moi ? », marmonna Xie Yi entre deux bouchées.

« Bien sûr. »

« Ying Hua et Xue Hua en mangeraient aussi ? »

Shi Yue inclina la tête. « Certainement, si nous leur demandons. »

« Et Xu Yan et Mingtian ? »

« Tous ensemble ? Cela ne me dérange pas, mais de quoi s’agit-il ? » Shi Yue attendait maintenant avec curiosité ce que Xie Yi voulait partager avec tout le monde.

« Je ne sais pas comment ça s’appelle », admit Xie Yi en se recroquevillant sur sa chaise.

« Alors décris-le », suggéra Shi Yue en sortant un autre morceau de pain pour lui.

« C’est de la pâte… comme pour faire du pain. Et on l’enroule autour d’une branche avant de la faire griller au-dessus d’un feu de camp. » Xie Yi cessa de manger et enfouit son visage dans ses bras. Une brusque vague d’embarras venait de l’envahir.

Mingtian lui avait expliqué que c’était une activité amusante pour les enfants. Les amis, la famille et toutes les personnes qu’on appréciait se réunissaient dans une forêt ou dans une prairie une fois la nuit tombée, lorsqu’il faisait calme. Ensuite, tout le monde préparait la pâte ensemble. Puis chacun allait chercher des bâtons — en réalité des branches — pour y enrouler la pâte. Tout le groupe s’asseyait ensuite autour du feu pour manger tout en racontant des histoires.

Ce n’était ni particulièrement nourrissant ni extraordinairement délicieux, mais le groupe que Xie Yi avait observé mangeait comme s’il s’agissait de la meilleure chose au monde.

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Note de l’auteur

L’image de Xie Yi assis dans un coin face au mur est vraiment adorable.

Ce dont parle Xie Yi ici est quelque chose qu’on fait en Allemagne — ou du moins dans la région d’où je viens. Cela s’appelle tout simplement du « Stockbrot » (« pain sur bâton ») et c’est une activité qu’on fait avec les enfants lorsqu’on campe. C’est simple, mais amusant et excitant, parce qu’enfant, on a l’impression de faire quelque chose de très spécial et très cool en faisant cuire son pain au-dessus d’un feu de camp. Un peu comme si on vivait dans la nature sauvage. Le goût n’est pas meilleur que la moyenne, mais c’est associé à tellement de bons souvenirs que tous ceux que je connais sont toujours ravis d’en faire, même adultes. Vous pouvez imaginer que la principale raison pour laquelle cela paraît si bon, c’est surtout l’atmosphère créée par le fait d’être assis ensemble avec des gens qu’on aime.

 

Traduction: Darkia1030