Weird disciple - Chapitre 70 – S'excuser

 

Lorsque Xu Yan entra en courant, la première chose qu'il aperçut fut le rouge des yeux de Xie Yi qui l'observaient à travers l'ouverture de la couverture. Il clignait lentement et rarement des yeux, comme un chat. Xu Yan connaissait bien ce comportement : cela signifiait simplement que son ami ne dormait pas réellement et qu'il était en alerte.

« Grande sœur », appela Xu Yan en se tournant vers Li Mei avant de s'incliner avec un grand sourire. « Merci de t'être occupée de Xiao Yi ! »

« Il n'y a pas de quoi. Tu as terminé pour aujourd'hui ? »

« Mmh-mh », répondit Xu Yan. « J'en ai parlé avec les enseignants. Je n'irai plus vraiment en cours tant que Xiao Yi ne se sera pas remis. »

Tout en parlant, il récupéra son livre, grimpa sur le lit à côté de Xie Yi et tira la couverture pour se faire une place dessous. Xie Yi poussa un gémissement mécontent, mais se tourna sur le dos, lui céda une partie de la couverture et posa Mingtian sur son ventre. La bête resta tranquillement allongée, telle une bouillotte.

« Xiao Yi », l'appela Xu Yan en le poussant du doigt. « Tu arrives vraiment à dormir avec Grande sœur d'apprentissage ici ? »

« Non », admit franchement Xie Yi en regardant Xu Yan d'un air ensommeillé. Celui-ci lui adressa un sourire embarrassé.

« J'imagine que tu dormiras normalement cette nuit, alors... Tu veux qu'on revoie un peu les cours ? »

Xu Yan tapota son livre et se glissa un peu plus bas sur le lit afin que sa tête soit à peu près au niveau de celle de Xie Yi. Ils ne dormaient pas ensemble, mais Xu Yan venait souvent le rejoindre le soir lorsqu'il avait le mal du pays. Il se justifiait toujours en disant qu'ils étaient encore jeunes et qu'il était normal de rester collés l'un à l'autre, même si, au fond de lui, il se sentait un peu gêné d'être déjà si grand.

« D'accord », accepta aussitôt le garçon aux cheveux noirs.

Xie Yi se frotta les yeux et s'installa plus confortablement tout en restant tourné vers Xu Yan pour pouvoir le regarder parler. Il sentit Li Mei lever les yeux avec curiosité, mais l'ignora pour examiner ce que Xu Yan tenait exactement.

C'était, chose amusante, un livre sur les formations.

Il en avait justement longuement discuté avec Shi Yue lorsqu'ils avaient bu ensemble. En réalité, Xie Yi avait désespérément envie de recommencer.

C'était différent de leurs interactions habituelles. Ils parlaient d'égal à égal. Ce n'était pas seulement agréable parce qu'il s'agissait de Shi Yue ; c'était aussi passionnant, amusant, et il adorait toutes les connaissances qu'il découvrait.

Aussi forte que fût cette envie, Xie Yi ne prendrait pas ce risque tant que Mingtian ne lui aurait pas confirmé que tout allait bien.

Principalement parce qu'il savait, et se souvenait parfaitement, qu'il avait perdu le contrôle.

Shi Yue n'aimait pas qu'on tue des gens, et il craignait qu'il ne le regarde de nouveau avec ces yeux sombres, remplis de colère.

Il préférait ne pas courir ce risque si cela devait probablement arriver.

« C'est cette partie-là », se plaignit Xu Yan en lisant quelques phrases avant de tourner le livre vers Xie Yi pour qu'il puisse voir.

Celui-ci leva sur lui un regard incrédule. « Qu'est-ce qu'il y a à ne pas comprendre ? »

« Xiao Yi ! » le gronda Xu Yan en rougissant légèrement. « À chaque fois ! Je vais te le répéter : tout le monde n'est pas un génie ! Je ne suis pas très doué pour ce genre de choses, d'accord ? »

« Je ne comprends pas », répondit Xie Yi avec perplexité.

Les antidouleurs et les poisons ralentissaient son esprit, et même dans les meilleurs moments il ne comprenait déjà pas pourquoi Xu Yan trouvait cela difficile.

« Je vais simplement t'expliquer. »

Xu Yan acquiesça avec enthousiasme.

Xie Yi ne comprenait jamais où se situaient ses difficultés ; cela finissait donc souvent par un véritable cours improvisé. Xu Yan pouvait poser autant de questions qu'il le souhaitait, obtenant de plus en plus de détails au fil de ses interrogations. C'était une méthode plus lente, mais très efficace pour apprendre.

Xie Yi n'était peut-être pas un professeur idéal, mais il était loin d'être mauvais.

Li Mei interrompait parfois sa lecture pour leur jeter un regard accompagné d'un sourire, appréciant l'atmosphère paisible.

Cela ne dura cependant pas très longtemps.

À midi du quatrième jour, Xie Yi bouillonnait d'agacement.

Le temps qu'il pouvait passer dehors était ridiculement limité et il lui était totalement interdit de faire le moindre exercice. Shi Yue insistait toujours pour qu'il passe l'essentiel de son temps au lit.

Il était désormais arrivé au bout de sa patience.

Même le bruit de la respiration de Li Mei suffisait à déclencher chez lui une crise d'irritation enfantine.

« Je m'en fiche, je m'en fiche, je m'en fiche ! » Xie Yi se tira les cheveux, incapable de supporter cet ennui auquel il n'était tout simplement pas habitué.

Là où les Grands Maîtres ordinaires excellaient dans l'art de ne rien faire, Xie Yi, lui, n'avait jamais connu de période de repos forcé.

Il avait toujours eu la possibilité de faire quelque chose ou de refuser d'agir, mais comme il craignait énormément de mettre Shi Yue en colère, il était profondément partagé.

« Tu fais trop de bruit ! » siffla-t-il à l'adresse de Li Mei, qui ne faisait pourtant rien d'autre que respirer et tourner les pages de son livre.

La disciple garda un visage patient et compréhensif tandis qu'elle essayait de l'apaiser.

« Qu'est-ce qui fait trop de bruit ? » demanda-t-elle, espérant lui faire préciser ce qui n'allait pas.

« Tout ! » Il attrapa un oreiller et le lança sur Li Mei, puis saisit Mingtian et le lança à son tour.

Le chiot poussa un petit jappement, effectua une pirouette en plein vol et retomba sans encombre. Puis il pencha la tête avant de tirer doucement sur les vêtements de Li Mei en direction de la porte.

« Xu Yan, viens avec moi un instant ». Elle appela le garçon médusé, qui était entré peu auparavant et faisait désormais l'objet d'un regard noir de Xie Yi.

Il acquiesça et se hâta vers la porte, qu'il referma aussitôt derrière eux.

« Qu'est-ce qui lui arrive ? C'est le traitement ? » demanda Xu Yan avec inquiétude en prenant Mingtian dans ses bras.

La bête était très docile et toute douce, il adorait la serrer contre lui.

« Je ne pense pas », répondit lentement Li Mei. « Je n'ai trouvé aucun signe indiquant que son corps supporte mal le traitement, et Maître non plus. Je pense qu'il s'agit peut-être d'un problème psychologique. »

« D'un quoi ? »

« D'un problème de l'esprit », expliqua patiemment Li Mei tout en vérifiant que les formations de la pièce fonctionnaient toujours correctement. « Je ne suis pas très compétente dans ce domaine, alors je vais devoir demander à Maître Chen, mais j'ai une théorie. Je vais la creuser. »

Peu après, la femme aux formes généreuses entra puis ressortit de la chambre.

Faisant signe à Xu Yan et Li Mei de la suivre, tous trois s'installèrent dans une petite pièce voisine habituellement réservée aux assistants. « Tu avais raison. Il semble simplement être en état de surcharge. »

« Maître Chen... », gémit Xu Yan, espérant une explication.

Les yeux de Maître Chen tressaillirent légèrement avant qu'elle ne lui adresse un petit sourire et poursuive : « Tu sais à quel point Xie Yi s'ennuie en ce moment ? Toute cette frustration s'est accumulée. Il est tellement focalisé sur son agacement que le moindre stimulus sensoriel supplémentaire, par exemple un bruit, devient insupportable pour lui. Il ne sait pas comment gérer cela, alors il devient agressif. Dans des moments comme celui-ci — et ils sont très fréquents, surtout en période de stress ; nous en voyons énormément — la simple présence de quelqu'un dans la même pièce peut devenir irritante. Je lui ai administré un somnifère plus puissant. Lorsqu'il se réveillera, nous devrions le laisser sortir. »

« Est-ce que c'est dangereux ? »

Xu Yan n'avait compris qu'environ la moitié des explications, mais Li Mei et Mingtian se détendirent.

« Pas du tout. Ce dont il a le plus besoin en ce moment, c'est de repos, puis d'une activité qui rompe son ennui. Évitez simplement de rester trop près de lui pendant quelque temps. Je vais continuer à le surveiller ; je peux aussi limiter ma présence afin qu'il puisse continuer à dormir. »

La Maître jeta un regard vers la chambre.

Xie Yi se montrait inhabituellement agressif, mais elle était presque certaine qu'il s'agissait d'un problème purement psychologique. Lui-même semblait contrarié de ne pas parvenir à se contrôler ; autrement, il n'aurait pas pris les médicaments sans protester.

Il était vraiment temps qu'on l'autorise à ressortir.

De simples longues promenades ou simplement le fait d'errer un peu devraient suffire à atténuer ses symptômes.

« Il est censé reprendre les exercices demain », fit remarquer Li Mei. « On pourrait peut-être avancer cela de quelques heures. Ce n'est qu'une demi-journée. »

« Cela devrait aller », confirma Maître Chen. « Dès qu'il sera réveillé, je t'appellerai, Li Mei. Emmène-le dehors pendant une heure afin qu'il fasse des activités légères : quelques étirements, une promenade, ou même t'aider à broyer des herbes. Tant que ce n'est pas trop fatigant, cela ne pose aucun problème. Laisse-le aussi prendre son dîner dehors s'il en a envie — pas celui du réfectoire, bien sûr, mais son repas habituel pourra être apporté à l'extérieur. »

« Finalement, je vais retourner assister à quelques cours », marmonna Xu Yan avec une évidente déception, la tête basse.

Li Mei posa une main sur son épaule. « Ne t'inquiète pas, il ira bientôt mieux. »

 

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Note de l'autrice

La surcharge sensorielle est quelque chose qui peut se produire dans des situations stressantes. Ce n'est pas nouveau : même autrefois, on savait que certaines personnes finissaient par perdre les pédales lorsqu'on les forçait à rester trop longtemps enfermées dans une seule pièce.

Xie Yi est vraiment incapable de supporter l'oisiveté...

« Comment ça va, maintenant ? » demanda Xu Yan à voix très basse, en jetant un regard à Xie Yi qui mâchonnait quelque chose.

Le garçon était affalé, les mains refermées autour de ce qui ressemblait à une brioche, qu'il grignotait lentement depuis un bon moment.

L'angle de ses sourcils s'était peu à peu adouci au fil des dernières heures, si bien que Xu Yan osa enfin reprendre la parole.

Xie Yi cessa de mâcher un instant en poussant un léger grondement pensif, puis reprit une bouchée. Il tourna toutefois les yeux vers Xu Yan — ce qu'il n'avait pas fait jusque-là. Ne plus être confiné à son lit contribuait grandement à l'apaiser.

« Demain, ça te dirait d'aller courir ? » proposa Xu Yan en tripotant ses doigts. Le Xiao Yi joyeux lui manquait. Le Xiao Yi stressé le stressait lui aussi.

« Mmh », acquiesça Xie Yi, cette fois beaucoup plus rapidement. Ses pieds traçaient des sillons dans le sable, allant et venant sur le sol de terre.

En cette fin d'après-midi, il faisait encore assez clair et de nombreux disciples s'entraînaient. Seuls quelques-uns s'affrontaient dans de légers combats d'entraînement ; la plupart étaient réunis en petits groupes pour effectuer leurs séries habituelles d'abdominaux et autres exercices.

Certains maniaient même leurs épées, les levant et les abaissant mécaniquement.

À chaque frappe, l'air sifflait, les épées de bois s'arrêtant dans une ligne parfaitement parallèle au sol. Une seconde de pause, puis elles remontaient jusqu'à s'aligner avec le dos du cultivateur, s'immobilisaient à nouveau, avant de redescendre dans un autre sifflement.

Les plus jeunes étaient un peu moins stables et n'osaient pas encore pousser de cris, mais les cultivateurs plus expérimentés laissaient échapper une brève clameur à chaque coup, expulsant l'air de leur poitrine au moment précis où ils concentraient leur force dans leurs bras.

Des centaines et des centaines de frappes, toujours le même mouvement, sans la moindre variation dans leur expression.

C'était le mouvement le plus fondamental, mais cela ne signifiait pas qu'il fallait le prendre à la légère.

Il était facile de mal orienter son coup ou de ne pas l'arrêter avec précision. On pouvait aussi se blesser aux bras et aux épaules en balançant son épée n'importe comment.

De plus, ils avaient adopté la posture du cavalier. Les pieds écartés à la largeur des épaules, le corps abaissé jusqu'à ce que leurs jambes forment un angle de quatre-vingt-dix degrés, cette position était extrêmement stable, mais mettait les jambes à rude épreuve. Il était amusant de voir combien de fois les plus jeunes devaient corriger leur posture, leur corps se redressant inconsciemment pour soulager leurs jambes sans qu'ils s'en rendent compte.

Xie Yi avait fait exactement la même chose qu'eux, il y avait très longtemps. Lever et abaisser son épée, encore et encore. Il lui arrivait même d'effectuer ce mouvement à genoux, une bougie placée devant lui. Plus d'une bougie avait fini écrasée avant qu'il ne parvienne à arrêter parfaitement sa lame juste au-dessus de la mèche, éteignant la petite flamme grâce au souffle d'air produit par son épée.

Il existait évidemment bien d'autres frappes et mouvements à travailler, mais tout le monde revenait toujours aux bases.

« Je ne pense pas que tu puisses reprendre l'entraînement à l'épée pour le moment », dit Xu Yan, comme s'il lui jetait un seau d'eau froide.

En effet, il n'était toujours pas autorisé à s'entraîner aussi intensément. De toute façon, les jeunes disciples comme lui n'avaient généralement pas grand-chose à faire avec les épées. Seulement à de rares occasions.

La raison en était que l'expérience avait montré aux enseignants que les disciples devenaient vite présomptueux avec une épée en main. Encore plus qu'avec l'énergie spirituelle, ils adoraient les faire tournoyer partout. Ce n'était que depuis environ un quart d'année qu'ils avaient commencé à recevoir un enseignement de l'escrime, bien que Xie Yi fît exception. Grâce à ses progrès fulgurants, il avait été autorisé à s'entraîner un peu plus tôt et un peu plus intensément.

Le combat au couteau et les affrontements à mains nues étaient enseignés plus tôt, mais les véritables épées de bois, qui servaient de base aux futures épées spirituelles, leur restaient souvent inaccessibles.

Xie Yi termina sa brioche et passa sa langue sur son doigt.

Quand il était sorti, ses oreilles lui avaient fait très mal ; tout lui paraissait encore trop bruyant et trop irritant. Mais cela s'était peu à peu atténué. Il aimait le bruit des autres qui s'entraînaient.

« Courons, au moins », marmonna-t-il en glissant ses mains entre ses cuisses pour les réchauffer contre l'air plus frais du dehors.

Xu Yan posa une main sur sa poitrine, soulagé de voir Xie Yi réagir de nouveau. Il lui adressa un grand sourire avant de lui tapoter le dos.

« Moi aussi, je déteste être malade. C'est vraiment pénible de rester allongé au lit toute la journée. Pourquoi ne viendrais-tu pas assister à mes cours demain ? Même si Maître Li ne t'en donne pas pour l'instant, tu peux quand même m'accompagner ! »

À mesure qu'il parlait, l'idée semblait lui plaire de plus en plus. « S'il te plaît ? Je ne suis pas très proche des autres, alors les cours sont vraiment ennuyeux ! Je m'entends bien avec eux, mais c'est beaucoup plus amusant quand tu es là ! »

« En quoi est-ce que ça change que je sois là ou non ? » demanda Xie Yi en se forçant à parler.

« Eh bien, parce que si tu es là, je peux discuter du cours avec toi, commenter les choses amusantes et tout ça. Tu sais... avoir quelqu'un à qui parler pendant le cours », expliqua Xu Yan en gesticulant vivement. « C'est plus agréable d'assister à un cours avec quelqu'un dont tu es proche. Et puis tu n'as rien de mieux à faire, non ? Tant que les cours de Maître Li n'ont pas repris, tu as plein de temps libre. »

C'était vrai. L'accompagner ne présentait aucun inconvénient ; au contraire, il pourrait peut-être apprendre un peu comment fonctionnaient toutes ces interactions sociales. Il avait souvent l'impression qu'il vaudrait mieux comprendre un peu mieux l'enthousiasme de Xu Yan pour certaines choses.

« Pourquoi pas », céda finalement Xie Yi. Ses principaux cours étaient l'entraînement physique obligatoire et ceux de Shi Yue ; puisque ces derniers n'avaient pas lieu pour le moment, il avait largement le temps de le remplir avec les leçons d'autres enseignants.

« Youpi ! » s'écria Xu Yan avec un rire enfantin.

Xie Yi poussa un léger soupir, son expression s'adoucissant un peu.

Euh... Il s'était montré assez désagréable avec Xu Yan et Li Mei tout à l'heure. Avec Mingtian aussi...

« Désolé de t'avoir lancé ce regard », dit sincèrement Xie Yi.

Xu Yan avait eu l'air... comment dire ? Blessé, en réalité. Comme un enfant qui s'était écorché le genou. Et inquiet aussi, mais Xie Yi n'était alors pas d'humeur à s'en préoccuper.

« Ce n'est rien », balaya Xu Yan d'un geste de la main. « Je sais que tu ne le pensais pas vraiment. »

Le garçon aux cheveux noirs se pencha vers la petite boule de fourrure à ses pieds et la prit entre ses mains. Les yeux turquoise le regardèrent en clignant doucement, tandis qu'une langue rouge apparaissait entre ses crocs acérés.

« Et désolé de t'avoir lancé », ajouta-t-il en regardant Mingtian.

S'excuser était toujours un peu gênant, mais... il avait le sentiment que c'était important.

Mingtian poussa un petit jappement, agita sa queue de scorpion et frotta son petit museau humide contre la main de Xie Yi. Puis il fixa ostensiblement un point derrière lui.

Le garçon fit une grimace.

D'une manière ou d'une autre, comparé à Xu Yan et Mingtian, il éprouvait une certaine réticence à présenter de véritables excuses à Li Mei. Rien de très fort, mais elle existait. Il n'aimait pas faire des choses qui ne lui plaisaient pas entièrement, pourtant Mingtian lui faisait clairement comprendre qu'il devait aussi s'excuser auprès d'elle.

Heureusement, ce sentiment n'était pas assez fort pour le rendre réellement réticent. C'était comme devoir bouger alors qu'on venait tout juste de trouver une position parfaitement confortable. Agaçant, mais pas insupportable.

« Désolé d'avoir été impoli », dit simplement Xie Yi en se plaçant devant Li Mei.

« Ce n'est rien. »

Tout comme Xu Yan, Li Mei n'avait aucune intention d'insister sur l'incident. Elle restait un peu plus loin, comme une garde, veillant à pouvoir intervenir si Xie Yi se sentait mal, sans pour autant envahir son espace.

Xie Yi se détendit lorsqu'elle accepta ses excuses.

Présenter des excuses machinalement ne lui posait aucun problème, mais c'était différent lorsqu'elles devaient être sincères. D'ordinaire, il estimait ne devoir aucun remords aux autres, et il ne voyait donc aucun inconvénient à prononcer des paroles creuses.

En revanche, lorsqu'il avait réellement le sentiment de leur devoir des excuses, cela le mettait mal à l'aise. Il n'aimait pas être redevable de ce genre de chose — c'était précisément pour cela qu'il s'était senti mal à l'aise à l'idée de s'excuser auprès de Li Mei — mais il n'appréciait pas davantage le fait que, parce qu'on s'excusait, les autres ne vous devaient rien de plus qu'un simple acquiescement.

Reconnaître des excuses et les accepter étaient deux choses bien différentes.

« Les humains me donnent mal à la tête », murmura-t-il à Mingtian en retournant auprès de Xu Yan.

Dans sa vie précédente, il n'avait jamais eu à s'excuser auprès des autres. La seule personne envers qui il s'était vraiment senti redevable était Shi Yue, mais c'était une dette qu'il ne pourrait jamais rembourser.

« Tu prêches un convaincu », commenta Mingtian avec amusement.

Les bêtes spirituelles n'étaient cependant pas tellement plus simples...

Xue Hua, lui, continuait toujours à s'enfuir dès qu'il le voyait.

 

Traduction: Darkia1030

 

 

 

 

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