Weird disciple - Chapitre 81 - Les habitudes quotidiennes
On frappa à la porte d’un rythme doux et régulier. Une fois, deux fois, trois fois, puis un long silence. Un léger froissement de vêtements suivit, accompagné d’un bruit de pas : la personne derrière la porte venait de reculer d’un pas.
Shi Yue posa soigneusement son pinceau sur le côté, se leva, lissa sa robe en marchant jusqu’à la porte et l’ouvrit avec un calme : « Oui ? »
« Shi Yue ! »
En six ans, Xie Yi avait établi une distinction très nette entre les moments où il l’appelait par son nom et ceux où il disait « Maître ». « Maître » était réservé aux situations où d’autres personnes étaient présentes ou lorsqu’il voulait obtenir quelque chose ; le reste du temps, c’était simplement son nom. Cela allait totalement à l’encontre des usages, mais lorsque Xie Yi décidait de se montrer têtu, personne ne pouvait le faire changer d’avis.
Et, par les dieux, il était têtu.
Shi Yue cligna des yeux face à la lumière de l’aube qui se levait derrière son disciple, illuminant sa silhouette comme une auréole. Ses yeux rouge et orange brillaient, tandis que ses doux cheveux noirs ondulaient sous le vent.
À la plus grande horreur de Shi Yue, son disciple était effectivement devenu un véritable briseur de cœurs en grandissant. Désormais adolescent, il attirait les regards partout où il passait… sans paraître s’en soucier le moins du monde. Il possédait cette beauté qui se situait à la frontière entre le séduisant et le simplement magnifique : des traits délicats mais bien dessinés, un corps élancé qui donnait à chacun de ses mouvements une grâce naturelle.
Personne ne lui avait encore fait de déclaration, mais uniquement parce que Xie Yi affichait avec une évidence désarmante son absence totale d’intérêt pour quiconque. Cela n’empêchait pas une foule d’adolescents épris de graviter autour de lui, tandis que Xu Yan sifflait et grognait de panique pour conserver sa place de colocataire de Xie Yi avec l’aide des enseignants.
Le principal problème, cependant, se trouvait juste devant lui.
Xie Yi avait naturellement le visage impassible, mais il s’épanouissait en présence de ses amis et se mettait littéralement à rayonner dès que Shi Yue apparaissait. Sa simple présence le remplissait d’une joie débordante.
Ainsi, Shi Yue contempla ce jeune homme baigné de lumière qui lui souriait avec un bonheur si pur simplement pour lui souhaiter le bonjour…
… et lui referma la porte au nez.
« … Hein ? » La voix confuse lui parvint de l’autre côté.
Une main toujours sur la poignée, Shi Yue se massa l’arête du nez de l’autre.
Xie Yi ne poursuit qu’une image idéale, s’était-il dit. C’est une sorte d’imprégnation. Il finira par en sortir.
Xie Yi n’en était absolument pas sorti.
Pas le moins du monde.
Shi Yue n’était pas particulièrement attiré par les hommes, mais il avait l’impression d’être une pierre lentement et continuellement érodée par l’eau.
L’esprit des cultivateurs était extrêmement adaptable ; autrement, ils seraient incapables de considérer comme adulte quelqu’un qui paraissait n’avoir qu’une vingtaine d’années alors qu’il avait vécu plusieurs décennies. Ils souffraient rarement du problème des mortels, incapables de voir les enfants qu’ils avaient connus devenir des adultes.
Xie Yi approchait désormais de l’âge adulte, et l’esprit de Shi Yue le reconnaissait. C’était précisément ce qui rendait les choses si compliquées.
Il retint un soupir que son disciple aurait pu entendre, puis rouvrit la porte.
Xie Yi, dont le visage était resté figé avec les yeux grands ouverts et la bouche légèrement entrouverte par la surprise, recommença aussitôt à sourire en voyant son maître.
Il y avait aussi cette autre histoire : Xie Yi s’introduisait dans les zones réservées aux enseignants.
Au début, il s’y glissait discrètement de temps en temps, parlant de manière suffisamment détournée pour donner l’impression que quelqu’un l’avait laissé entrer. Au bout d’un an, il cessa complètement de faire semblant.
Il perçait simplement des trous dans les formations et entrait.
D’un côté, le maître des formations était ravi que Xie Yi l’aide à découvrir les failles et à perfectionner les barrières défensives ; de l’autre, c’était un léger problème qu’il continue à détruire des formations extrêmement coûteuses.
Quoi qu’il en soit, il pouvait désormais aller pratiquement où bon lui semblait.
« Bonjour », ronronna Xie Yi en repoussant une longue mèche de cheveux derrière son oreille. Sa chevelure tombait de façon irrégulière : plus longue dans le dos, elle dépassait désormais ses épaules.
Cela aurait dû lui donner une apparence douce et adorable.
Mais les doigts qui venaient d’écarter ses cheveux revinrent couverts de sang.
Il émit un petit bruit, contempla le rouge écarlate sur ses doigts, puis l’essuya rapidement sur sa robe.
« Encore un adversaire ? Si tôt ? » demanda Shi Yue en sentant un mal de tête poindre.
« Oui. Je ne voulais pas que ça perturbe les cours plus tard, alors je l’ai déplacé au matin », répondit Xie Yi avec naturel. « Ah, il va bien. On peut rattacher son doigt. »
« Arrête de couper des membres aux gens pendant les combats d’entraînement. »
« … J’essaie. »
Les dieux seuls savaient d’où lui venait cette habitude aussi féroce. Au moindre manque de vigilance, une main ou un bras pouvait facilement voler pendant un affrontement contre lui.
Depuis que Xie Yi acceptait des défis officiels, le personnel médical stationnait en permanence autour de l’arène.
Cette mauvaise habitude n’empêchait pourtant personne de le défier, pour toutes sortes de raisons. Et, il fallait bien le reconnaître, les membres sectionnés étaient généralement réimplantés sans difficulté tant les coupes de Xie Yi étaient nettes.
Après la première fois, Shi Yue l’avait sévèrement réprimandé. Depuis lors, Xie Yi faisait réellement de son mieux pour se contrôler durant les combats d’entraînement et éviter d’aller trop loin, mais il n’avait pas encore totalement maîtrisé ce défaut.
C’était néanmoins bien loin du désastre qu’avait été son tout premier duel.
Shi Yue n’avait jamais revu Maître Chen afficher une expression pareille.
« Allons prendre le petit-déjeuner ? » proposa soudain Xie Yi en se raclant la gorge pour changer de sujet. Il mangeait souvent avec Shi Yue, surtout lorsque Xu Yan était occupé et ne pouvait pas partager son repas avec lui.
« Hélas… » marmonna Shi Yue pour lui-même. « Entre. »
Le jeune homme n’eut pas besoin qu’on le lui répète.
Il entra sans la moindre retenue et se dirigea directement vers la pièce intérieure. Il faisait désormais trop froid pour manger dehors.
Il jeta un regard autour de lui, mais ne vit Xue Hua nulle part. Puisqu’il n’avait pas non plus aperçu Mingtian ce matin, les deux étaient probablement encore partis quelque part ensemble.
Mingtian semblait beaucoup apprécier Xue Hua. Ce n’était pas la même relation que celle qu’il entretenait avec Xie Yi, mais la bête paraissait toujours si heureuse que celui-ci avait fini par renoncer à poser des questions. Tant que Mingtian était heureux, cela lui suffisait.
Ying Hua, elle non plus, n’était pas toujours présente. Allez savoir où elle se trouvait. Sans doute en train de dormir.
« Je vais aussi apporter ta part », lança Xie Yi depuis la cuisine.
Shi Yue lui répondit par un simple murmure.
Le petit-déjeuner consistait en une soupe légère, parfaite pour se réchauffer.
Xie Yi porta facilement les deux bols jusqu’à la table, en plaça un devant Shi Yue, puis s’assit. Il était toujours ravi lorsqu’ils mangeaient de la soupe ; il aimait étrangement contempler Shi Yue baisser les yeux et boire avec précaution dans son bol.
Shi Yue parla entre deux gorgées de cette soupe nourrissante tout en regardant le paysage par la fenêtre. « Il semblerait qu’il va bientôt neiger. Où en es-tu dans la technique martiale que je t’ai enseignée ? »
Xie Yi tressaillit et but lentement une nouvelle gorgée pour gagner quelques secondes. Incapable de repousser davantage l’échéance, il reposa finalement son bol et évita maladroitement le regard de son maître. « Je… j’y travaille. »
En progressant, Xie Yi avait dû accepter une vérité assez douloureuse.
Les formations lui étaient aussi familières que le dos de sa main, et il apprenait avec enthousiasme celles de la Secte de la Vertu.
Manipuler l’énergie spirituelle lui était aussi naturel que respirer.
L’entraînement physique était facile, et son talent au combat ne faisait aucun doute.
C’est pourquoi la surprise fut générale — à l’exception de Mingtian, qui l’avait précisément redouté — lorsque Xie Yi se révéla lamentablement maladroit dès qu’il fallait intégrer son énergie spirituelle à ses mouvements pour exécuter des techniques martiales.
Lui et Mingtian en connaissaient évidemment la raison.
Des siècles passés sur la voie démoniaque lui avaient laissé des habitudes profondément ancrées. Les fondements des voies spirituelle et démoniaque étaient identiques, mais leur manière de manipuler l’énergie différait énormément. En d’autres termes, Xie Yi n’avait jamais appris la moindre technique de la voie spirituelle.
Là où tous les autres commençaient à zéro…
… lui commençait en dessous de zéro.
Il devait d’abord désapprendre ses anciens réflexes.
Résultat : lorsqu’il s’agissait d’apprendre des techniques martiales, il ne progressait pas plus vite qu’un disciple ordinaire.
Son maître était au bout de ses ressources. Il ne comprenait tout simplement pas pourquoi Xie Yi éprouvait autant de difficultés.
Xie Yi baissa la tête, embarrassé.
À vrai dire, les techniques de la Secte de la Vertu étaient bien trop bienveillantes pour lui et ne lui convenaient guère.
Ses anciennes techniques étaient froides : rapides et violentes, entièrement tournées vers une attaque impitoyable suivie d’une esquive immédiate avant de recommencer. Elles étaient souples et pouvaient être librement enchaînées.
Les nouvelles représentaient exactement l’inverse.
Chacune maintenait un équilibre parfait entre défense et attaque, et leur structure était si rigoureuse qu’il fallait presque mémoriser quelles techniques s’associaient harmonieusement entre elles.
Cela allait totalement à l’encontre de son instinct.
Traduction: Darkia1030
Créez votre propre site internet avec Webador