Xie Yi inspira brusquement et corrigea à la hâte sa posture afin de protéger son côté gauche, son point faible.
Comme il tenait toujours sa main droite au-dessus de la gauche, il lui avait constamment été inconfortable de défendre le côté gauche de son corps. Ses bras étaient dans une position tordue, mais il ne pouvait pas se permettre de relâcher sa prise.
Mécontent, il bondit d'un pas en arrière pour sortir de la portée de son adversaire, puis fit un pas vers la gauche, forçant finalement celui-ci à choisir entre tenter d'obtenir une meilleure position ou attaquer le côté droit, le plus solide.
L'armure de l'homme de papier grinça. Il opta pour la seconde solution et se rua de nouveau à l'attaque.
Les hommes de papier étaient conçus selon différents styles de combat. Celui-ci privilégiait davantage la puissance. Ses coups étaient lourds, mais il manquait de mobilité. Il en existait aussi qui privilégiaient la vitesse, frappant plus légèrement, ainsi que des modèles bien plus rusés.
Puis il y avait le plus coûteux de tous : un homme doré qui se tenait près de l'entrée tel un dieu gardien des portes.
Xie Yi l'aimait tellement qu'il avait sérieusement envisagé de le voler.
L'affronter était une récompense que Shi Yue avait lui-même instaurée.
Xiao Jin — Petit Or — était tout sauf petit et, au contraire, formait un garde d'une présence extrêmement intimidante.
Revêtu de son armure rouge et or et tenant une longue lance, il ressemblait à un général de l'Antiquité prêt à partir au combat.
Xie Yi adorait Xiao Jin, un nom qu'il lui avait lui-même donné. Principalement parce que Xiao Jin était son adversaire préféré.
L'homme de papier avait été créé par le maître du maître du chef actuel de secte et avait, depuis, bénéficié de trois générations successives d'améliorations et d'entraînement.
Son style de combat était froid et méthodique. Il alternait entre attaques lourdes et légères en un clin d'œil et simulait ses mouvements afin de désorienter son adversaire. Il évoquait un fier général instruisant son soldat, dégageant une aura de sérénité. Honorable, juste, miséricordieux…
À l'heure actuelle, il était plus fort que Xie Yi et remportait toujours la victoire. Pourtant, pas une seule fois Xie Yi ne s'était senti mal après avoir perdu.
Lorsque la silhouette avait planté sa lance dans le sol, puis tendu lentement sa main dorée pour l'aider à se relever… Lorsqu'elle s'était ensuite inclinée, les jambes serrées et le dos parfaitement droit, avant de reprendre silencieusement sa garde devant la porte…
Après ce premier combat, Shi Yue avait dû décoller Xie Yi de la silhouette immobile et le pousser hors de la salle.
À vrai dire, Shi Yue s'était un instant inquiété que Xie Yi fît partie de ces personnes singulières capables de tomber amoureuses d'objets. Heureusement, ce n'était pas le cas. Xie Yi voulait simplement posséder cette figurine qui était non seulement une excellente partenaire d'entraînement, mais qui incarnait également le chevalier idéal. De ceux qui possédaient toutes les vertus que les hommes considéraient comme nobles.
Shi Yue comprit rapidement la première moitié de ce raisonnement, et cela suffit à dissiper ses inquiétudes.
Le duel entre Xie Yi et l'homme de papier approchait de sa conclusion lorsque l'énergie spirituelle animant la figurine commença à imiter l'épuisement.
Ses mouvements devinrent pesants et maladroits ; il ne faisait plus le poids face à Xie Yi, qui ne s'arrêta que lorsque son épée plana juste au-dessus de l'interstice séparant le torse de la hanche.
L'homme eut une secousse mécanique, demeura immobile deux secondes, puis se retira lentement.
Xie Yi expira profondément et recula. Des gouttes de sueur coulaient le long de sa gorge. Il contempla l'épée dans sa main, puis leva les yeux vers Shi Yue en lui adressant un sourire.
Il rejoignit le banc sur lequel reposait le fourreau, s'assit aussitôt et essuya soigneusement la poignée afin de la ranger impeccablement. Il poursuivrait son entraînement avec une épée en bois.
« Tu prends trop de risques », le réprimanda Shi Yue pour ce qui devait bien être la millième fois. C'était de loin la critique qu'il formulait le plus souvent. « Tu possèdes suffisamment d'endurance pour soutenir un combat plus long. Il est inutile de risquer le tout pour le tout simplement pour terminer plus vite lorsque rien ne t'y oblige. »
« Mmh… », acquiesça Xie Yi en faisant une grimace. Les vieilles habitudes ont la vie dure.
À part cela, Shi Yue n'avait que quelques détails mineurs à corriger.
« Est-ce que je pourrai m'entraîner avec toi un jour, Shi Yue ? » demanda prudemment Xie Yi.
Shi Yue le fixa sévèrement. « Bats d'abord Xiao Jin. »
« Mais tu ne m'autorises pas à l'affronter régulièrement. »
« Tu devras mériter le droit de le combattre et de le vaincre. »
Xie Yi fit la moue. Il avait l'impression que Shi Yue le freinait volontairement.
Très bien, très bien. Inutile d'essayer de négocier.
Xie Yi réprima l'irritation inexplicable qui venait soudain de monter en lui et quitta le banc pour commencer les véritables exercices d'échauffement. Il lui fallut près d'un quart d'heure, mais il se sentit beaucoup mieux ensuite. Ce n'est qu'alors qu'il saisit l'épée en bois suspendue au mur sous le jiao (NT : 蛟, dragon aquatique mythique) d'acier et revint au centre de la salle.
Shi Yue s'approcha tout en gardant une certaine distance. Les mains croisées derrière le dos, il commença à compter. « Prépare-toi. »
Xie Yi abaissa son centre de gravité et posa ses deux mains sur la poignée. Son dos était droit ; la pointe de l'épée était dirigée vers l'avant, légèrement relevée. Il fit rouler une fois son épaule, puis s'immobilisa.
« Un. »
Son pied droit avança d'un demi-pas et il exécuta une taille verticale fulgurante. À l'instant même où son épée s'immobilisa, la voix de Shi Yue retentit de nouveau.
« Deux. »
Ses pieds pivotèrent de cent quatre-vingts degrés, suivis aussitôt par son buste. Au cours de sa rotation, il ramena l'épée au-dessus de son épaule avant de porter une seconde frappe d'une netteté parfaite.
« Trois. »
Sa main gauche lâcha la poignée. Ne tenant plus l'épée que de la droite, il traça un large arc qui le ramena à sa position initiale.
« Quatre. Cinq. Six. »
Le rythme s'accéléra. Il redressa légèrement sa posture pour une taille oblique venue de la gauche, dessina une boucle à la fin du mouvement avant d'enchaîner sur une coupe horizontale. Il accompagna l'élan, tourna sur lui-même en bondissant et porta une nouvelle taille oblique.
Il enchaînait ces mouvements presque par habitude. Les appels de Shi Yue étaient si parfaitement synchronisés qu'il ne cessait pratiquement jamais de bouger.
C'était presque une forme de méditation. Il répétait cet exercice plusieurs fois par semaine et n'avait plus vraiment besoin d'y réfléchir. Il arrivait que Shi Yue lui lançât soudain un objet pour vérifier s'il pouvait être pris au dépourvu, ou qu'il fasse apparaître des sphères flottantes afin de contrôler la précision de ses frappes.
À présent, ils avaient élaboré plus d'une centaine d'enchaînements différents que Xie Yi connaissait par cœur. Ils variaient régulièrement, tant dans leur contenu que dans leur difficulté.
Shi Yue n'avait jamais eu l'intention qu'ils servent directement en combat. Il savait que Xie Yi n'avait pas besoin de ces chorégraphies pour bien se battre et qu'il maîtrisait déjà parfaitement les bases.
Mais elles avaient sur lui un effet apaisant.
Xie Yi devenait de plus en plus impulsif aux moments les plus étranges. Il pouvait rayonner de bonheur une seconde, puis être sur le point d'exploser la suivante à cause d'une simple phrase lancée au hasard. La situation devenait quelque peu inquiétante.
Xie Yi termina la leçon par quelques profondes inspirations. Il secoua la tête, projetant les gouttes de sueur autour de lui.
« Va te laver et change de vêtements. Nous poursuivrons avec une leçon sur les formations », dit calmement Shi Yue en regardant Xie Yi presque courir jusqu'à la petite pièce.
Les deux choses que Xie Yi préférait au monde étaient le combat et les formations. Toutefois, les formations occupaient incontestablement la première place.
La plupart des cultivateurs de haut niveau finissaient par développer un attachement presque anormal à quelque chose. C'était comme un mécanisme d'autodéfense destiné à équilibrer leur longue existence et le spectacle d'un monde qui continuait de défiler derrière eux.
Le Transcendant avait ses livres. Shi Yue avait la nourriture. Le chef de secte avait ses peintures.
Tiankong, quant à lui, était manifestement passionné par les formations. Leur rencontre d'autrefois l'avait montré sans le moindre doute, et Xie Yi avait hérité de cet enthousiasme.
Le regard de Shi Yue s'assombrit.
Il disposait malgré tout de quelques informations. Le compagnon de Tiankong apparaissait régulièrement, mais Tiankong lui-même demeurait introuvable. Il avait refusé d'envoyer l'Araignée Noire suivre cet homme : celui-ci était bien trop dangereux, et Shi Yue ne voulait pas donner l'impression d'agir avec hostilité.
Les années avaient passé, mais il avait maintenu la mission ouverte, attendant avec une patience infinie. On ne brusquait jamais les choses avec un cultivateur.
« J'ai terminé ! » cria Xie Yi depuis la petite pièce en ouvrant brusquement la porte. « Allons-y ! »
« Remets correctement tes vêtements », grommela Shi Yue en lui lançant un regard noir.
Xie Yi baissa les yeux sur lui-même. « Euh… »
« Remets-les correctement. »
Le visage de Xie Yi tressaillit un instant avant de retrouver son calme. Les lèvres légèrement boudeuses, il passa encore quelques minutes à remettre cette robe agaçante en ordre.
Shi Yue secoua discrètement la tête et rompit sa connexion avec la formation de la salle. Grâce à elle, le combat contre l'homme de papier n'avait laissé absolument aucune trace.
« Au revoir, Xiao Jin », dit Xie Yi en tapotant l'épaule du garde doré avant de quitter la pièce.
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Note de l'autrice
Regardez, voici le rival amoureux de Shi Yue !
En réalité, le type idéal de Xie Yi, ce sont les personnes droites et vertueuses. C'était déjà le cas lors de la première ligne temporelle.
Traduction: Darkia1030
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