« Je pensais essayer de forger une épée », dit-il lentement, les yeux rivés sur la petite sphère de la taille d'une noix.
« Pourquoi ? » demanda Mingtian sans ouvrir les yeux. Sa voix grondante vibra contre la cuisse de Xie Yi.
« Je ne sais pas. J'ai… le sentiment que ça m'aiderait, » expliqua le jeune homme, la voix teintée de frustration et de confusion. « Je veux dire… avec ces sautes d'humeur. Avec ma tête. »
« Alors fais-le », gloussa Mingtian. « Je t'offrirai une dent ou une corne comme matériau supplémentaire. Je peux aussi demander à Xue Hua une plume ou une griffe ; cela te fournira déjà d'excellents matériaux pour les améliorations. Tu as déjà une idée du matériau de base ? »
« Pas encore », se plaignit Xie Yi.
À leur niveau le plus élémentaire, les épées spirituelles étaient forgées à partir de minerai, comme n'importe quelle autre épée. Cuivre, acier… tout dépendait de ce qui convenait. Certains minerais étaient plus adaptés que d'autres, mais tout reposait en général sur le type d'épée que l'on souhaitait créer.
Au cours du forgeage, insuffler son énergie spirituelle dans le minerai permettait d'obtenir une épée spirituelle de base.
Tout le reste relevait des améliorations. À l'instar des formations, elles exigeaient les matériaux appropriés ainsi que le savoir nécessaire pour les graver. Une fois le processus achevé, les gravures disparaissaient visiblement.
C'était là que les choses se compliquaient. Non seulement la gravure demandait une quantité monumentale d'énergie spirituelle utilisée avec une précision extrême, mais elle nécessitait également une énergie d'une très grande pureté et ne tolérait pratiquement aucune erreur.
En outre, chaque matériau possédait des attributs différents. On ne pouvait pas jeter au hasard des matériaux d'attribut eau et feu dans une même épée en espérant qu'ils ne s'entrechoquent pas jusqu'à la briser. C'était un travail d'une extrême délicatesse.
Les parties d'une bête appartenant à la lignée des phénix étaient évidemment des matériaux de tout premier ordre, et Mingtian avait prouvé dans sa vie précédente que sa lignée était tout simplement extraordinaire. Ils pouvaient donc fournir des matériaux exceptionnels, à condition que Xie Yi sache comment les utiliser.
De plus, il avait toujours la possibilité de demander l'aide de Shi Yue. Il ne lui restait donc plus qu'à choisir le matériau de base.
« Laisse faire le destin. Tu finiras par trouver le bon au moment opportun », suggéra Mingtian. « Il y a toutes sortes de marchands et de ventes aux enchères qui reçoivent régulièrement de nouvelles marchandises. »
Xie Yi émit un petit grognement.
Depuis l'incident avec le cultivateur démoniaque, il ne s'était plus faufilé hors de la secte. Son état était trop instable, et Mingtian lui avait expressément interdit de le faire. La ville lui manquait, mais il savait que s'obstiner ne mènerait qu'à une catastrophe.
« Les ventes aux enchères sont ennuyeuses », rejeta Xie Yi.
Il remit son cristal à sa place, puis tendit les deux bras pour attirer Mingtian sur ses genoux.
Les pattes du petit louveteau commençaient déjà à révéler ce qu'il deviendrait plus tard : elles étaient beaucoup trop grandes pour le reste de son corps. Ses griffes blanc grisâtre étaient dures et commençaient à s'allonger, faute d'être suffisamment utilisées.
« Elles le sont probablement », rit Mingtian de sa voix inhumaine. « Des dizaines de personnes enfermées dans des loges, à jeter leur argent par les fenêtres et à s'enivrer jusqu'à perdre connaissance… »
La main enfouie dans sa fourrure s'immobilisa. « … Les ventes aux enchères servent de l'alcool ? »
Mingtian eut envie de se mordre la langue.
Bon sang.
Mais mentir sur une chose que Xie Yi pouvait vérifier en posant une seule question à n'importe quel cultivateur de la secte était totalement inutile.
« Elles en proposent. »
« Du bon ? »
« … Cela dépend sans doute de la maison de vente. Les plus prestigieuses servent probablement de très bons alcools. »
« Où se trouve une maison prestigieuse ? » demanda Xie Yi avec un empressement évident.
Mingtian poussa un soupir.
Cela faisait des années… De toute façon, il ne pouvait pas enfermer Xie Yi pour toujours.
« … À Zhongyang. »
Zhongyang se trouvait assez loin, mais après une très longue discussion avec Shi Yue et de nombreuses promesses, Xie Yi obtint finalement l'autorisation d'effectuer un voyage personnel à l'extérieur sous prétexte de chasser.
Ce n'était pas la première fois qu'il partait seul pour une mission de chasse aux bêtes démoniaques. Il le faisait régulièrement afin d'assouvir sa soif de sang tout en laissant Mingtian courir librement. Cette fois-ci, ce n'était qu'une couverture : il comptait passer au moins une journée entière à faire tout autre chose que ce qu'il avait annoncé.
Zhongyang était moins une ville qu'un véritable repaire de tous les vices. Jeux d'argent, prostitution, ventes aux enchères, immense marché noir… L'île située au milieu d'un lac aux eaux cristallines brillait toute la nuit, ensorcelant quiconque passait à proximité.
C'était un endroit dangereux pour quelqu'un qui ne comprenait pas encore suffisamment les êtres humains. Aussi Mingtian guida-t-il Xie Yi en le tenant par la main et lui interdit de parler dès qu'ils montèrent à bord du bateau.
Xie Yi retira aussitôt sa main en penchant la tête, mais acquiesça docilement et marcha près de Mingtian sans jamais le quitter des yeux.
Tous deux portaient des capes ; personne ne leur prêta donc attention. Lorsque Mingtian jeta sur le comptoir une bourse pleine d'or pour prouver qu'ils avaient les moyens de payer, la beauté qui les accueillait dans la maison de vente leur adressa son plus doux sourire.
« Veuillez me suivre, chers messieurs », dit-elle en jetant un regard curieux au masque démoniaque qui luisait sous la capuche de Xie Yi.
Elle ne posa aucune question.
La maison de vente n'était pas encore pleine, puisqu'il restait du temps avant le début des enchères, mais le brouhaha était déjà considérable.
À intervalles réguliers, le type de vente changeait, tout comme les visiteurs. Il était facile de savoir quels jours les objets les plus précieux seraient proposés, et il fallait prouver que l'on était capable de les acheter avant même d'entrer.
Ce jour-là faisait justement partie des ventes les plus prestigieuses. Mingtian ne s'inquiétait donc pas de voir quelques importuns venir les déranger.
La jeune femme les guida en balançant doucement les hanches tout en leur expliquant brièvement les règles.
Chacun disposait d'une loge attitrée. Pour enchérir, il suffisait de crier le montant de son offre, et l'un des serviteurs notait immédiatement quel enchérisseur proposait la somme la plus élevée. Si deux personnes criaient en même temps, celle qui augmentait ensuite son offre devenait le vainqueur provisoire.
Il était interdit de menacer ouvertement les autres participants sous peine d'être immédiatement expulsé.
Tous les achats devaient être réglés le jour même, de préférence juste après la victoire. L'incapacité de payer signifiait que la maison récupérerait son dû d'une autre manière. Qu'il s'agisse de conserver une garantie en attendant le paiement… ou d'utiliser directement l'enchérisseur lui-même… les deux options existaient.
La loge où furent conduits Xie Yi et Mingtian n'était pas très grande, mais elle était particulièrement confortable.
Une table entourée de trois fauteuils était installée devant une fenêtre ouverte donnant sur l'estrade ainsi que sur les nombreuses autres loges. Un voile léger la recouvrait ; depuis l'extérieur, il était difficile de distinguer qui s'y trouvait.
Les sièges ressemblaient davantage à des fauteuils qu'à de simples chaises. Xie Yi les trouva immédiatement très confortables et s'y laissa tomber.
Mingtian leva les yeux au ciel en voyant qu'on le dévisageait.
« Apportez-nous immédiatement un bon vin », ordonna-t-il à la jeune femme.
Elle s'inclina avec un sourire délicat avant de quitter la pièce.
« Tu devrais quand même manger quelque chose plus tard », grommela Mingtian en s'asseyant, tout en ignorant le sourire discret de Xie Yi.
Un long moment plus tard, le vin leur fut servi, et les lumières s'atténuèrent légèrement pour annoncer les préparatifs des enchères. Un murmure continu s'élevait de toutes les loges.
« Rien que pour ça, ça valait le voyage », murmura Xie Yi en laissant le liquide glacé glisser dans sa gorge.
Mingtian s'était installé à sa droite plutôt qu'en face de lui — ce que Xie Yi trouva étrange sans chercher à le questionner — et s'appuya sur un bras pour le regarder.
Ce faux corps était en bien meilleur état que lors de sa dernière utilisation. D'une part, la transformation n'était plus aussi radicale, mais devenue presque imperceptible ; d'autre part, Mingtian avait parcouru le monde afin de trouver des ingrédients capables de l'améliorer.
Il paraissait désormais bien plus vivant.
Le cœur de Mingtian se serra douloureusement en voyant Tiankong sourire.
Ce sourire semblait si libre, si insouciant, à l'opposé de ceux gravés dans sa mémoire, qui avaient toujours été teintés d'amertume et d'innombrables émotions négatives.
En même temps, il observait attentivement toutes les différences que présentait Xie Yi dès qu'il revêtait l'apparence de Tiankong.
Il marchait plus droit, la tête haute. Une aura de danger et d'arrogance flottait autour de lui, suffisamment contenue pour ne pas devenir écrasante. Sa voix était plus calme et plus posée que celle du jeune Xie Yi, laquelle trahissait toujours ses pensées bondissantes.
Il observait les gens en contrebas avec un intérêt modéré, le corps parfaitement immobile, tel une bête tapie dans l'ombre.
Xie Yi était en train de changer en grandissant.
Chez n'importe qui d'autre, cela aurait été parfaitement normal. Mais Xie Yi avait déjà vécu une vie entière jusqu'à l'âge adulte. Mingtian avait l'impression que nombre de ses transformations étaient étranges pour quelqu'un censé avoir déjà atteint la maturité.
Alors, le Mingtian de ses souvenirs murmura à son oreille avec un soupir empreint de nostalgie.
Xie Yi n'avait jamais grandi.
Ce n'était que maintenant qu'il devenait peu à peu la personne qu'il aurait toujours dû être : celle qui était assise devant lui.
Pas le chef de la Secte Démoniaque.
Pas un enfant traumatisé et incapable de se contrôler.
Pas cela.
Ce n'était pas ce qu'il aurait dû devenir.
Et pourtant, en réalisant enfin cette vérité, Mingtian sentit ses épaules se détendre au lieu de se raidir.
Il devait bien l'admettre. De toutes les versions de Xie Yi, celle qui se trouvait devant lui à cet instant était sa préférée.
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Note de l'autrice
Puisque la question est revenue dans les commentaires, permettez-moi de l'expliquer officiellement !
Les sautes d'humeur de Xie Yi ne sont pas naturelles (et je suppose que je n'ai pas suffisamment réussi à montrer à quel point elles sont anormales et soudaines…). La partie de son esprit que nous avons vue lorsqu'il a tué ce cultivateur — au moment où il a complètement perdu le contrôle — recommence à s'agiter en lui.
Cela se manifeste par des accès de colère soudains que Xie Yi lutte pour contenir. N'oubliez pas que cette partie n'est faite que de colère et de souffrance. Même si elle souhaite elle-même disparaître, elle s'en prend malgré tout à tout ce qui l'entoure. Plus elle craint d'être coupée de Xie Yi, plus elle devient agressive. (Et il y aura une scène très importante à ce sujet, alors soyez patients !)
Mini-théâtre
Xie Yi : « Tu ne trouves pas que le mariage, c'est merveilleux ? J'ai envie de t'épouser ! »
Xie Yi : « Tu sais… que seule la mort puisse nous séparer ! »
Shi Yue : …
Shi Yue : « Pourquoi est-ce que cela sonne aussi sinistre quand c'est toi qui le dis ? »
Traduction: Darkia1030
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