Weird disciple - Chapitre 91 - Salutations, je suis un prince !

 

L'homme qui se tenait sur le seuil avait tout du parfait briseur de cœurs. Grand et séduisant, il possédait un visage juvénile aux traits naturellement charmeurs. Ses cheveux légèrement ondulés étaient négligemment attachés en arrière, dévoilant pleinement son visage. Ses vêtements de brocart rouge, brodés de plumes d'or, proclamaient suffisamment son rang.

« Votre Altesse ! » s'écria quelqu'un plus loin dans le couloir, à la fois indigné et désespéré.

Shi Yue le regarda d'un air parfaitement impassible.

Le sourire de l'homme s'élargit de plus en plus.

Il lâcha la porte et entra dans la pièce d'un pas théâtral. Son regard balaya les alentours avant qu'il ne fasse claquer sa langue.

« Eh bien ! Tu accapares toutes les beautés pour toi tout seul ! Quelle audace, Shi Yue ! Tu ne peux pas venir ici profiter sans moi. »

Il se tapa fièrement la poitrine, ses yeux brun roux brillant d'un éclat malicieux.

Derrière lui, un autre homme fit irruption dans la salle en haletant. C'était un jeune lettré à l'allure délicate, au visage sérieux, qui se confondit immédiatement en excuses pour cette interruption.

« Huo Cheng », salua Shi Yue avec un soupir en se levant.

Le prince ignora complètement son salut. Il fit un tour de la pièce, s'arrêta devant la beauté qui se tenait à l'entrée et lui baisa galamment la main.

« Il y a tellement de jolies petites beautés ici, Shi Yue ! Je n'en reviens pas. Nous avions pourtant toujours dit que nous partagerions. »

« C'est toi qui l'as dit. Moi, je n'ai jamais— »

« Même la bonne nourriture ! Quelle impolitesse. J'en veux aussi ! »

Il repartit aussitôt pour un nouveau tour de la salle, incapable de rester en place, tel un oiseau qui ne cessait de pépier. Il déroba quelques raisins qu'il lança dans sa bouche, puis aperçut Tiankong et entreprit un troisième tour.

En levant les yeux vers lui, il poussa un cri dramatique. « Celui-là non plus, tu ne me l'as pas partagé ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu rencontres un trésor pareil et tu ne me le présentes même pas ? »

« Il n'est pas— »

« Beauté, pourquoi portes-tu un masque ? Avec un visage aussi magnifique, pourquoi le cacher au monde ? Ah… si tu te lasses de Shi Yue, pourquoi ne pas me suivre ? Je prendrai très bien soin de toi. »

Huo Cheng n'était pas quelqu'un de mauvais.

C'était un prince qui prenait ses responsabilités très au sérieux et qui ne manquait jamais d'accomplir son travail avant d'aller s'amuser.

Il avait simplement trois très mauvaises habitudes.

La première était sa passion du combat, qui le mettait constamment dans des situations compliquées.

La deuxième était que, en tant que prince, il avait oublié qu'il fallait laisser les autres terminer leurs phrases au lieu de les interrompre. Une maladie courante de la cour impériale.

La troisième était qu'il ressemblait un peu à un dragon occidental. Il collectionnait absolument tout ce qui était beau : les bijoux, les tableaux… et les êtres humains.

Pourtant, il touchait rarement aux personnes qu'il ramenait chez lui. Contrairement à ce que la plupart des gens imaginaient, il y avait rarement un désir charnel ; c'était davantage une admiration pour leur beauté. Il aimait simplement les avoir auprès de lui et s'entourer de belles choses. Quant aux personnes qu'il désirait réellement, il ne les emmenait jamais chez lui ; ses relations étaient étonnamment irréprochables.

Plus d'une personne aurait volontiers accepté de le suivre au palais pour être choyée.

Le problème était simplement que Huo Cheng oubliait souvent qu'il existait, dans ce monde, des personnes plus puissantes que lui.

Des personnes qu'il valait mieux ne pas offenser.

« … »

Tiankong se contenta de garder le silence.

Était-ce de l'agacement, ou jugeait-il simplement cette comédie indigne de son rang ? Quoi qu'il en soit, il ne se mit pas en colère.

« Xiao Han, pourrais-tu le calmer un peu ? » demanda Shi Yue avec un soupir au petit lettré nerveux.

Lu Han avait été placé auprès de Huo Cheng des années auparavant.

Huo Cheng était un cultivateur et déjà un adulte. À strictement parler, il n'était même plus un prince : le roi actuel était déjà son petit-neveu. Pourtant, Huo Cheng conservait une apparence jeune ainsi qu'un tempérament insouciant qui adorait profiter de la vie.

Lorsque Lu Han n'avait que six ans, le roi l'avait placé à ses côtés dans l'espoir que Huo Cheng se calmerait un peu.

Et de fait, Lu Han était l'une des très rares personnes capables de le maîtriser.

Quant à la raison…

Shi Yue la connaissait.

Peut-être Huo Cheng la connaissait-il également, mais refusait simplement de l'admettre.

On ne pouvait pas être vu en train de porter un homme endormi jusqu'à son lit, rester plusieurs minutes assis à son chevet avec un sourire idiot, caresser silencieusement ses cheveux puis sa joue…

… et prétendre ensuite qu'on n'était pas proche de lui.

Huo Cheng avait ses propres problèmes. S'il refusait de reconnaître que Lu Han était la personne la plus importante de sa vie, Shi Yue n'avait pas à s'en mêler.

Cela dit…

C'était extrêmement pratique lorsqu'il fallait contrôler Huo Cheng.

Lu Han acquiesça sérieusement avant de courir repousser Huo Cheng loin de Tiankong. « Votre Altesse ! Veuillez vous conduire avec courtoisie ! »

Depuis le début, Huo Cheng ne faisait que plaisanter. Aussi, dès qu'il entendit le ton courroucé de Lu Han, il leva immédiatement les mains en signe de reddition.

Enfin immobile, il salua toutes les personnes présentes. « Mes excuses pour cette entrée fracassante. »

« Salutations, Votre Altesse », répondirent plusieurs voix en exécutant une révérence avant de reprendre leurs occupations.

Les yeux brillants de Huo Cheng revinrent aussitôt sur Tiankong, le seul à être demeuré parfaitement imperturbable.

« Cher ami, je m'appelle Huo Cheng. Comment puis-je vous appeler ? » demanda-t-il avec chaleur.

Un ami de Shi Yue était forcément son ami !

« Tiankong », répondit simplement l'homme avant de reporter son attention sur la musique des jeunes femmes.

Huo Cheng resta figé avec une expression parfaitement stupéfaite. Il ne s'était pas attendu à être accueilli avec autant de froideur.

Déconcerté, il fit signe à Shi Yue.

« C'est simplement sa manière d'être, ce n'est rien de personnel », murmura ce dernier. « Que fais-tu ici ? »

« Je m'ennuyais », avoua Huo Cheng. « Et puis, j'ai trouvé cette ancienne formation que tu voulais que je t'apporte. »

« Une formation ? » lança aussitôt une voix enthousiaste sur le côté.

Huo Cheng sentit un regard se poser sur lui.

Deux minutes plus tard, il commençait à comprendre ce que Shi Yue voulait dire lorsqu'il parlait d'« avoir découvert un génie ».

Retenant de justesse sa mâchoire de tomber, Huo Cheng regarda Tiankong se transformer sous ses yeux : d'un homme sévère et taciturne, il devenait un véritable moulin à paroles incapable de tenir en place.

« Fascinant… », souffla-t-il, abasourdi.

« N'est-ce pas ? » répondit Tiankong.

Ils parlaient pourtant de deux choses totalement différentes.

Le cultivateur masqué ne s'en rendit absolument pas compte.

Shi Yue éprouva une certaine satisfaction en voyant son vieil ami assis en cercle avec son… nouvel ami ?

Les relations entre cultivateurs étaient toujours difficiles à définir.

« Mon trésor, tu es une véritable perle », s'extasia Huo Cheng en servant une coupe de vin à Tiankong.

Il avait déjà découvert que c'était un moyen très efficace de le mettre de bonne humeur.

Tiankong accepta la coupe sans protester et continua de boire avec plaisir, tandis que ses longs doigts traçaient toujours davantage de runes.

L'atmosphère était devenue particulièrement détendue.

En tant que serviteur, Lu Han se tenait un peu plus loin, aux côtés des jeunes servantes. Avec son apparence si ordinaire, il semblait presque appartenir naturellement au décor.

Les trois beaux hommes étaient tranquillement assis en cercle sur le sol.

La musique continuait de résonner.

« Tu fais toi aussi partie de la Secte Vertueuse ? Shi Yue, amène-le la prochaine fois », demanda Huo Cheng en tapotant l'épaule de Tiankong.

Il était bien décidé à nouer une solide amitié avec cet homme masqué.

Shi Yue lui adressa un sourire embarrassé. « Je m'en excuse. Même moi, je ne sais pas à quelle fréquence je pourrai le revoir. »

Huo Cheng se tut immédiatement.

Pour que Shi Yue s'exprime avec autant de détours, il était évident qu'il y avait des circonstances particulières.

« Quel dommage », dit-il avec un sourire ironique. « Mais, mon trésor, soyons amis quand même ! »

« Non », répondit Tiankong.

Huo Cheng le fixa.Il était persuadé qu'ils s'entendaient plutôt bien.

« Pourquoi ? »

Bien que Tiankong n'eût toujours pas retiré son masque, Huo Cheng sentit son regard se poser sur lui et soutenir le sien.

Il déglutit. L'avait-il offensé ?

« C'est trop difficile d'entretenir autant de relations », répondit sérieusement Tiankong.

L'une des joueuses de qin manqua une note.

« Il est sérieux ? » demanda le prince à Shi Yue avec une expression incrédule, pointant sans aucune politesse l'homme assis à sa gauche.

Shi Yue mordit tranquillement dans une pâtisserie délicate avant de répondre en mâchant : « Je dirais que oui. »

Xie Yi était exactement pareil lorsqu'il s'agissait de gérer plusieurs relations.

Au sein d'un groupe, il ne pouvait jamais se concentrer que sur une seule personne à la fois. Observer les réactions des autres et décider comment les interpréter lui demandait un effort immense. Tous ceux qui lui étaient proches le savaient et ne se vexaient pas lorsqu'il était incapable d'interagir normalement en groupe ou lorsqu'il oubliait involontairement de parler à quelqu'un pendant un moment.

« Enfin… tu ne me verras pas très souvent », tenta doucement Huo Cheng pour le convaincre. « Pourquoi ne pas y réfléchir ? Nous serions amis, mais sans que ce soit trop compliqué. Nous ne passerions du temps ensemble que si le destin nous faisait nous rencontrer. »

« Oh. » Un silence. « Alors ça me va. »

Huo Cheng le regarda encore quelques instants, puis enfouit son visage dans ses mains. « Je l'aime bien. »

Shi Yue ne pouvait qu'être d'accord.

Il y avait quelque chose d'incroyablement attachant chez cet homme puissant, si sérieux et pourtant si innocent lorsqu'il était question de relations humaines.

« Quelle merveilleuse journée… », soupira Huo Cheng.

Il fit un signe de la main à l'une des jeunes femmes restées en attente après le changement de morceau. Elle cacha son rire derrière sa manche avant de s'approcher avec grâce.

Huo Cheng la tira sans détour sur ses genoux.

Ses mains glissèrent sur sa peau soyeuse avec une sensualité outrageusement provocante.

 

Traduction: Darkia1030