A certain someone - Chapitre 43 - Pari
Et si tu m'appelais Ge à nouveau?
Pour la majorité des élèves, le véritable sens du carnaval sportif n’était pas la compétition entre jeunes ni la possibilité de faire preuve de vitalité, mais plutôt la rare occasion de se détendre et de reprendre son souffle au milieu de cette montagne d’examens. Il n’y avait pas cours pendant ces deux jours, qui constituaient essentiellement une pause mensuelle. Toute l’école était excitée et se montrait anormalement assidue dans sa préparation. En revanche, les enseignants étaient beaucoup plus imperturbables.
He Jin avait déclaré qu’il n’y avait aucune exigence concernant le nombre minimal de spectateurs. S’ils voulaient assister aux épreuves, ils pouvaient y aller. Sinon, ils pouvaient également rester en classe pour l’auto-apprentissage.
Les gros bonnets de la classe A avaient toujours fait passer leurs études avant tout !
……
Il fallait être un imbécile pour rester en classe afin de faire de l’auto-apprentissage.
Lorsque He Jin revint du bureau pour récupérer un document, il ne restait plus une seule âme dans la salle de classe.
« Cette bande de morveux », rit-elle en jurant elle aussi, avant de se diriger vers le terrain de sport avec les autres professeurs principaux. Bien qu’à la base, le carnaval sportif fût principalement destiné à la détente, l’amitié passait avant la compétition, et chacun, quel que fût son âge, se retrouvait captivé par cette ambiance de course et d’effervescence.
Les professeurs semblaient tous modestes en disant : « Notre classe ne peut pas y arriver », mais, au fond d’eux-mêmes, ils espéraient que leurs élèves surpasseraient tous les autres.
Alors que He Jin entrait dans la partie réservée aux enseignants, elle faillit s’évanouir en voyant la classe A dans les tribunes.
Le premier groupe de leur classe brandissait une immense bannière sur laquelle le slogan de la classe était écrit en blanc sur du tissu rouge. Tous les autres arboraient une formule inspirante, telle que : « Chargez courageusement », « que l’énergie juvénile bouillonne dans votre sang » ; « visez au moins la deuxième place et combattez pour la première », « surmontez toutes les difficultés », etc. Leur classe, cependant, ressemblait plutôt à ceci :
Classe A de deuxième année : Ne prenez pas la victoire ou la défaite à la légère ! La vie est pénible et brève ; quand tout sera fini, ce sera un soulagement !
Toute la rangée de professeurs fut pliée de rire.
He Jin accourut en se couvrant le visage, attrapa un garçon à proximité et demanda : « À qui était la bonne idée de ce slogan ? »
« Oh, c’est l’idée de Gao Tianyang », répondit le garçon, vendant son frère sans la moindre hésitation.
Là-bas, Gao Tianyang distribuait les uniformes d’équipe aux participants. En entendant son nom, il se retourna et afficha un large sourire.
« Professeur ! Regardez, on a même un uniforme ! »
Les T-shirts étaient de bonne qualité ; les deux lignes verticales bleu foncé sur les côtés donnaient à la chemise une silhouette élégante. Sur le devant du maillot figurait un « A » particulièrement imposant, et au dos, un « Super A » encore plus audacieux .
He Jin eut l’impression d’avoir attrapé un fantôme.
Au moment où elle s’apprêtait à s’éloigner d’eux afin de ne pas perdre la face, elle fut arrêtée par Yang Jing, qui arriva très en retard. Ce jour-là, Yang Jing avait un style complètement différent de son apparence habituelle. Elle portait une chemise blanche ajustée et une jupe de sport. Elle avait également relevé ses cheveux en une queue de cheval haute et portait une casquette de baseball blanche, ce qui lui donnait de manière inattendue une certaine vivacité. Les élèves de la classe A ne purent presque pas la reconnaître ; puis, l’un après l’autre, ils écarquillèrent les yeux et gardèrent la bouche grande ouverte.
« Qu’est-ce que vous faites, vous autres ? Vous essayez de copier le vieux Xu de l’administration ? » Yang Jing haussa un sourcil et tourna le nez vers eux. « Comme c’est disgracieux ! Fermez-moi ça. »
Le groupe d’étudiants qui se trouvait à proximité referma docilement la bouche.
« Ici, ici, ici ! Prenons une photo avec la bannière. » Elle fit signe à He Jin, qui n’avait plus aucune volonté de vivre, et ses longues jambes la portèrent vers le haut.
« C’est trop stupide, à quoi cela sert-il ? » demanda He Jin, exaspérée.
« À le publier dans le cercle d’amis, » répondit Yang Jing. « Pour nous vanter de notre trésor de classe. »
He Jin éclata de rire : « Pff. »
« Bon sang, qui est-ce ? » Alors que Sheng Wang se disputait avec Gao Tianyang au sujet de l’uniforme ridicule, Yang Jing lui fit peur au moment où il leva les yeux.
La manière dont il demeura complètement perdu amusa tellement Yang Jing qu’elle ne put s’empêcher de rire. Elle baissa les yeux et aperçut une autre personne assise à côté de Sheng Wang, les longues jambes étendues. Un écouteur blanc était enfoncé dans ses oreilles et son dos était légèrement courbé tandis qu’il utilisait son téléphone.
« Comme c’est effronté ! Tu es si audacieux à utiliser ton téléphone en plein jour ? » demanda Yang Jing.
Les doigts de Sheng Wang frappèrent furieusement les épaules de Jiang Tian. « Réveille-toi ! Range ton téléphone ! »
Jiang Tian leva les yeux et jeta un coup d’œil aux doigts indiscrets de Sheng Wang avant de regarder Yang Jing et He Jin. « Professeurs. »
Les élèves de la classe A savaient tous que tant qu’ils n’utilisaient pas leur téléphone au beau milieu d’un cours ou ne se faisaient pas prendre par Big Mouth, rien ne se produirait si les autres enseignants les voyaient. Jiang Tian était, de nature, froid et imperturbable ; il réagit à peine lorsque les professeurs arrivèrent. Après les avoir saluées, il fit même glisser son doigt sur l’écran à deux reprises.
« Qui l’a contrarié ? Il semble plutôt mécontent », demanda Yang Jing.
« Il s’est exclu du monde », répondit Sheng Wang en retenant son rire. « L’uniforme de Gao Tianyang était trop épouvantable et il refuse de le porter, même si cela doit le tuer. »
Jiang Tian fit la sourde oreille, son écouteur profondément enfoncé dans son oreille.
Yang Jing trembla de rire en le voyant ainsi, puis partit après avoir pris quelques photos avec He Jin.
Après que Sheng Wang eut contemplé le profil distant de Jiang Tian de dos, il eut soudain envie de le taquiner.
Lui non plus ne voulait pas porter cet uniforme ; il avait même envie de frapper Gao Tianyang. Mais, en voyant l’état de Jiang Tian, il ne put s’empêcher de changer d’avis.
Il fit signe à Gao Tianyang. « Viens ici, donne-m’en deux. »
Gao Tianyang se réjouit de ce revirement. « Hein ? Tu as enfin découvert la dimension artistique de mon goût ? »
« L’enfer est ton talent artistique », trancha Sheng Wang sans la moindre pitié.
« Alors pourquoi as-tu soudainement changé d’avis ? »
« Ma peau me démange. »
Ma peau me démange vraiment d’être battue, déclara intérieurement Sheng Wang, mais ses mains firent tout de même miroiter le T-shirt devant Jiang Tian.
Jiang Tian leva les yeux, retira son écouteur et demanda : « Quoi ? »
Sheng Wang répondit : « J’ai soudainement trouvé que ce T-shirt était acceptable. »
Jiang Tian le regarda avec une expression qui semblait dire : « Tes cellules esthétiques sont-elles toutes mortes ? »
« Regarde de plus près », déclara Sheng Wang.
Jiang Tian eut un rire froid ; il n’était pas intéressé.
« Allez, c’est le carnaval sportif, il ne faut pas hésiter, » insista Sheng Wang en faisant de son mieux pour ne pas rire, affichant une sincérité particulière. « C’est normal d’être un peu prétentieux et ridicule. Vieux Gao a déjà fait tant d’efforts, de toute façon. »
« Donc ? » Un seul mot s’échappa du visage impassible de Jiang Tian.
Sheng Wang commença à prendre l’expression de quelqu’un qui était sur le point d’être battu. « Par conséquent, j’ai un peu envie de le porter. »
« … »
Le regard de Jiang Tian le parcourut. « Porte-le alors. »
Voyant qu’il était sur le point de remettre son écouteur, Sheng Wang lui attrapa le poignet et dit : « C’est trop embarrassant si je le porte seul. »
L’expression de Jiang Tian criait : « Je le savais, bon sang », mais il déclara d’un ton hébété : « Je ne porterai pas ça. »
« Tu fermes les yeux, tu te donnes un coup de pied dans les jambes, tu l’enfiles et, tada, c’est terminé », déclara Sheng Wang.
« Non. »
« Juste un jour. »
« Non. »
« Ge. »
"...…"
Jiang Tian eut également l’impression d'être tombé sur un fantôme.
Quelques minutes plus tard, sous le regard stupéfait de tous les autres membres de la classe A, Sheng Wang descendit de la tribune avec lui, poussant Jiang Tian par les épaules. Il réprima son rire derrière lui et fit même un signe à Gao Tianyang dans son dos. Quant à Jiang Tian… son aura était si glaciale qu’il faillit se figer en statue de glace ; chacune de ses cellules, de la tête aux pieds, semblait crier « je refuse » en lettres majuscules.
Il était rare que tout le monde pût voir Jiang Tian descendre ainsi, et ils se mirent instantanément à siffler et à hurler. Ils déclenchèrent aveuglément un immense tohu-bohu.
Sheng Wang leva l’index pour leur faire signe de se taire et dit en riant : « Ne criez pas, ne gâchez pas tout pour moi. J’ai versé du sang, de la sueur et des larmes pour finalement l’amadouer jusqu’ici. S’il se met en colère et va s’asseoir sur le toit, allez-vous le cajoler ? »
Jiang Tian s’arrêta net, les sourcils froncés, et le regarda.
Sheng Wang déclara immédiatement : « Je suis désolé, je ne parle plus. »
Tout le monde avait initialement prévu de regarder le spectacle, mais lorsqu’ils se conformèrent à la demande et redevinrent plus calmes… oh mon Dieu, ils étaient vraiment beaux ?
Gao Tianyang était tel un singe gigantesque bondissant de haut en bas. Il pointa les deux mannequins du doigt et s’exclama : « Regardez ! J’avais parfaitement raison ! L’effet est absolument explosif ! Ce T-shirt est tellement puissant, sauvage et fringant ! Qui ose encore dire que mon goût est déplorable ?! Qui ?! »
« Imbattable ! » s’exclama Song Sirui en faisant un énorme pas en avant. Il arracha un T-shirt des mains de Gao Tianyang et s’enfuit avec.
En quelques secondes à peine, les camarades de classe qui, quelques instants auparavant, auraient préféré mourir plutôt que de céder changèrent collectivement de camp. Les uniformes de l’équipe disparurent instantanément ; il y eut même quelqu’un qui n’avait pas besoin de participer aux épreuves et qui tenta d’en attraper un au milieu du chaos, avant d’être immédiatement pris en flagrant délit par Gao Tianyang.
« Hé, va-t’en ! Si tu prends même celui-ci, je vais devoir me présenter dans mon costume de naissance ! »
Le garçon fauteur de troubles retira ses mains avec un sourire. « Très bien, très bien, ce serait effectivement une horreur. »
Comme le prouvaient les faits, le goût de Gao Tianyang était réellement passable. Les vêtements avaient un aspect extrêmement chuuni (NT : argot d’Internet désignant une attitude faussement mature ou particulièrement théâtrale), mais l’effet était exceptionnel une fois portés.
Tout ce que les athlètes de la classe A eurent à faire lors de l’appel nominal fut de se tenir ensemble, et les classes de première année les plus proches d’eux déclenchèrent toutes une immense agitation. Les filles échangèrent des chuchotements excités, et le livret contenant la liste des athlètes, dont chaque classe avait reçu un exemplaire, faillit tomber en morceaux à force d’être feuilleté. Les filles cherchaient toutes les épreuves auxquelles Sheng Wang et Jiang Tian participeraient, et des appels tels que « Gao Tianyang ! » se mêlaient même au vacarme.
Gao Tianyang était surnommé en plaisantant le tyran de la classe A par les élèves des autres classes, car cette créature était capable d’enchaîner un 1 500 mètres puis un 3 000 mètres tout en continuant à décrocher la première place. À la ligne d’arrivée, il n’avait même pas besoin de se reposer pour reprendre son souffle avant de repartir appeler ses amis pour aller jouer au ballon. Son endurance était tout simplement inhumaine.
Le carnaval sportif de Fuzhong reposait sur un système d’accumulation de points. Il y avait douze classes en deuxième année, et les six premières places de chaque épreuve rapportaient toutes des points. Les première, deuxième et troisième places rapportaient respectivement quinze, dix et cinq points. De la quatrième à la sixième place, les concurrents obtenaient respectivement trois, deux et un point, dans l’ordre décroissant.
« Vieux Gao a décroché trois fois quinze points l’année dernière, réussissant ainsi à tirer notre classe jusqu’à la sixième place à lui seul », expliqua Song Sirui.
« La sixième place est censée être phénoménale ? » Sheng Wang n’était pas exactement au fait du niveau des autres classes.
Song Sirui résuma tout en une seule phrase : « Disons-le ainsi : si ce n’était pas grâce à Vieux Gao l’année dernière, nous aurions probablement marqué quinze points au total et terminé derniers de tout le niveau. »
Sheng Wang : « … »
Sa première réaction fut de regarder Jiang Tian, l’expression quelque peu incrédule.
Jiang Tian ne se souciait pas particulièrement de ce genre de choses à l’origine, mais en voyant le regard interrogateur de Sheng Wang, il ne put s’empêcher d’ajouter : « Ne me regarde pas, je n’étais pas là l’année dernière. »
« Ah, oui », intervint Gao Tianyang. « Je crois qu’il était dans un camp d’entraînement, donc il n’était pas à l’école. »
Sheng Wang laissa échapper un « Oh » avant de dire : « C’est exactement ce que je pensais. Tu n’as pas l’air du genre à ne pas marquer de points, après tout. »
« À quelle place notre classe est-elle arrivée au relais l’année dernière ? » demanda Sheng Wang. « Donne-moi une estimation raisonnable. »
Gao Tianyang eut un rire gêné. « Nous sommes arrivés derniers. »
« Mais cette année, aspirons au minimum à la sixième place et battons-nous pour les trois premières ! Tout le monde, donnez-vous à fond ! » cria Song Sirui.
À quatorze heures trente, l’après-midi, l’appel nominal commença pour l’épreuve du 8 × 200 mètres. Avant le départ, l’ordre des participants au relais de chaque classe ne cessait de changer. Toutes les autres classes tentaient d’amener leurs adversaires à révéler leur stratégie, cherchant à comprendre la composition de leur équipe. Toutes, à l’exception de la classe A.
Toutes les filles qui les entouraient étaient simplement là pour s’exclamer à quel point ils étaient séduisants ; il n’y avait pas le moindre espion. C’était la manifestation la plus flagrante du mépris des autres classes.
« Peu importe, allons-y simplement dans cet ordre ! » déclara Gao Tianyang. « Je pars en premier et j’essaie de créer autant d’avance que possible. Ensuite viennent Vieux Song et Petite Carpe, vous deux, faites de votre mieux. Sheng-ge, tu passes au milieu et tu essaies de rattraper une partie de l’écart qu’ils auront creusé. Petite Chilli est assez bonne en course, donc la cinquième place lui revient. Ensuite, Qiaona et Dai Xiaohuan… euh… ne vous mettez pas trop la pression. Ne pas vomir sera déjà une victoire. Et enfin, Tian-ge pour la dernière étape. Nous prendrons la place que tu pourras obtenir. »
Bientôt, tout le monde se mit en place. Un tour de piste faisait quatre cents mètres, ce qui signifiait qu’il y avait deux relais par tour. La zone de transmission de Sheng Wang et celle de Jiang Tian se trouvaient justement au même endroit ; avant leur passage, ils se tinrent donc côte à côte près de la piste.
La main de Sheng Wang reposait contre la tente ; il plissa les yeux en regardant le point de départ.
Le soleil du début de l’automne n’était pas aussi brûlant que celui du plein été et se trouvait suspendu très haut dans le ciel. L’air était imprégné de l’odeur fraîche du gazon du terrain de football. Sheng Wang vit Gao Tianyang se pencher sur la ligne de départ, tandis que le professeur levait le pistolet de départ à une distance encore plus éloignée.
Au moment où le coup de feu retentit, Jiang Tian, qui se tenait à côté de lui, prit soudain la parole. « Tu veux parier ? »
Il était rare qu’il prît l’initiative, et Sheng Wang se sentit quelque peu surpris. « Nous sommes dans la même équipe cette fois, tu l’as oublié ? »
Jiang Tian répondit : « C’est justement pour cela que je parie. »
Sheng Wang demanda : « Sur quoi ? »
« Je parie que nous pouvons obtenir la première place. »
« L’enjeu ? »
Les sourcils de Jiang Tian se froncèrent légèrement tandis qu’il réfléchissait. « Je n’en ai pas encore trouvé un. »
Sheng Wang fit claquer sa langue et dit : « À quoi bon parier, alors ? »
Au loin, Gao Tianyang sprintait sur la piste, rapide comme le vent. Sheng Wang le regarda laisser derrière lui les onze concurrents des autres classes, puis passer le relais à Song Sirui. Les acclamations de la classe A résonnaient de l’autre côté du terrain, faisant battre le cœur de tout le monde.
Alors que Gao Tianyang essuyait sa sueur en revenant vers eux, Sheng Wang lui fit signe.
Juste au moment où il pensait que ce pari n’aboutirait à rien, le regard de Jiang Tian revint soudain de loin. Il lui jeta un coup d’œil et dit : « Et si tu m’appelais Ge à nouveau? »
Traduction: Darkia1030
Correction: Religieuse Aucafé
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